Note de l'auteur : Cette fic n'est pas sensée être une histoire d'une longueur interminable. Elle est un petit peu "space" dans le sens que malgré le media dont elle est tirée, il n'y aura pas de combat et d'aventure épique, tout le tralala habituel quoi. Etant une grande fan du background du jeu, j'aime bien creuser un peu les PNJ que l'on y trouve à l'origine. J'aime pas incorporer mes propres persos, ils font cheveux sur la soupe (d'où la présence de Devona). Et de toute façon, y'a pas besoin d'eux dans un truc où il y a suffisamment de bons personnages auxquels s'intéresser.
Passons donc au récit lui-même : Si vous appréciez cette petite gamine qui vous a suivi partout dans vos débuts noobesques sur GW, cette histoire est faite pour vous xD... Si vous êtes fans d'iris rouges ou de flûte, cela pourrait vous intéresser aussi lol... (je plaisante bien sûr)
Moi je pense que le perso qui a donné son nom à un volet du jeu mérite d'avoir quelques fics de plus sur lui :p D'ailleurs, Gwen est sans doute lla mieux développée des PNJ... Enfin bon ! Dernière info : je suis du genre à rechercher des détails même minuscules de background dans le but de ne pas écrire n'importe quoi. Donc si vous reconnaissez des éléments typiques du jeu (rien que le titre, déjà), ne prenez pas ça comme un manque d'inspiration ^^
Et dans un dernier temps : j'ai horreur des écrits complètement OOC. J'espère rendre honneur à cette pauvre Gwen, donc si je rédige un truc complètement à côté de la plaque... Vous êtes en droit de me le signaler lol... !
Voilà voilà, après ce long pâté inutile, je vous souhaite une bonne lecture ! (vous n'avez plus qu'à vous coller en bruit de fond une bonne musique dépressive pour vous mettre dans l'ambiance XD)
Tous les persos, les lieux et compagnie de cette histoire appartiennent à Anet et NCsoft.
Je me souviendrai toujours de cette journée là. Non pas qu'elle soit spécialement intéressante, au contraire… Elle est si… banale. Ce doit être cela qui me la fait ancrer dans mon esprit. La dernière journée banale d'une petite fille comme les autres… Je ne m'estime pas chanceuse d'avoir traversé le temps, car il est des douleurs dont on ne ressort jamais indemne… C'est l'histoire de ma vie.
Maman aimait à me préparer des gâteaux au miel comme j'en raffolais. Etant petite, j'étais capable d'en dévorer un nombre impressionnant ! Piochant dans le plat, au début avec timidité, j'en prenais finalement plusieurs sous son regard attendrissant qui m'invitait à en manger d'autres. Ce jour ensoleillé, elle en avait préparé rien que pour moi.
Devant la maison, située au paisible village d'Ashford, je me plaisais à jouer avec mon occupation du moment. Il s'agissait d'une flûte que l'on m'avait offerte il y avait de cela quelques jours. En vérité, ce n'était pas ma première. J'en possédais précédemment une autre que j'avais égarée près de la rivière fut un temps… Mais après plusieurs péripéties inintéressantes, je ne la récupérai que brisée… Tout d'abord, je n'avais trouvé aucun intérêt à l'instrument, qui n'avait rien de plaisant comparé à un jouet quelconque. Cependant, après avoir fait diverses tentatives en soufflant maladroitement, il s'avéra que cette tige trouée m'intimida. A dix ans, on se pose des questions plutôt inutiles que l'on croit existentielles… Comme si le vent qui passe au travers d'une flûte en émettant des sons intéressait tout le monde… Pourtant, je ne manquais pas d'en parler à mes connaissances plus âgées, qui feignaient l'étonnement devant un tel phénomène.
Expirant dans l'objet qui produisait un son tiraillé et plaintif, l'odeur des pâtisseries sembla freiner mes pulsions musicales. Il ne me fallut que peu de temps avant de comprendre que mon estomac allait être rapidement ravi. Un long appel de ma mère me fit me redresser en souriant.
Gwen.
J'aimais l'entendre prononcer mon prénom. Habituellement, il était très souvent dit avec tendresse, bien que je l'eus aussi entendu à des fins moins… sympathiques. J'étais une enfant plutôt sage, bien que mon désir d'aventure me poussât parfois à commettre des bêtises et à me faire gronder. Mais quel enfant ne commet aucune erreur ?
Trottinant joyeusement jusqu'à la maison, je fus rapidement assise à table tandis que ma mère approchait le plat rempli de pâtisseries. L'odeur me donna encore plus faim que jamais, et dès que j'en eus l'autorisation, je piochai un petit gâteau.
Avant, quand j'étais encore plus petite qu'à cette époque, il était de coutume que nous dévorions ce genre de collations avec mon père. Il était un guerrier grand et fort qui combattait pour le roi Adelbern avec fierté. Il m'emplissait de joie tous les jours… Malheureusement, au grand dam de ma mère, c'est lui qui me transmit un certain goût pour l'aventure. Un beau jour on lui avait donné pour mission de surveiller les champs voisins, fréquentés parfois par des créatures sauvages pourtant peu agressives. Papa m'avait autorisée à l'accompagner pour me faire plaisir. Je me souviens avoir été aux anges, imaginant sans limite que c'était là l'aventure de ma vie. Quelle idiote…
Nous étions bien, tous les trois au village, dans notre petite maison de campagne. Bien que nous ne vivions pas dans le luxe, je me sentais comme une princesse dans un conte de fée. Tout était beau autour de moi. Tout respirait la vie et la joie. Tout respirait la naïveté et l'innocence de l'enfance… de mon enfance. Mais un évènement n'arrive jamais seul, j'en ai la certitude, et tout commença par celui là.
Un beau jour un soldat était venu chez nous avec un étrange colis dans les mains. Maman avait pleuré longtemps suite à cette visite. Etrangement, pas moi. Je ne compris même pas lorsque j'aperçus dans les mains de ma mère le heaume bosselé et fendu de papa. Je ne comprenais pas non plus pourquoi elle pleurait, bien que je sentais qu'il se passait quelque chose de grave. Elle ne m'avoua que quelques jours plus tard que je ne reverrai plus mon père. Il avait été tué en combattant des créatures que l'on appelait des Charrs. J'avais sept ans et sur le coup mon nouveau statut de semi-orpheline ne me fit strictement aucun effet. A quoi bon pleurer quand on ne comprend rien ? A quoi bon être dans le même état que maman quand celle-ci arrive à nous convaincre que papa est bien dans le royaume de Grenth, acclamé par les hérauts de Balthazar comme un grand soldat ? Au contraire, j'étais presque fière que les sujets du dieu de la guerre considèrent mon père comme le grand guerrier qu'il était. Mon héros était entre de bonnes mains, alors pourquoi maman se mettait-elle sans cet état ? Pourtant, en ce jour où je dévorais des gâteaux, je me rendis compte que mon père me manquait, depuis ces trois dernières années d'absence.
Ma mère, qui prit part à la collation, m'expliqua que son après-midi allait être bien rempli. Elle attendait plusieurs malades à la maison, et s'apprêtait à avoir une journée chargée. Elle m'invita alors à rester jouer au dehors pendant qu'elle soignerait ces gens.
Maman était comme un médecin, au village. Contrairement aux moines qui soignaient les personnes avec la magie de Dwayna, elle aidait à guérir avec des plantes. C'est ce que m'avait expliqué le moine Ciglo, à l'époque. Tous deux étaient guérisseurs, mais d'une manière différente : maman n'étais pas une moniale, mais une herboriste. Toutefois, elle aussi vénérait la déesse ailée de l'air Dwayna. Moi aussi je l'aimais bien, Dwayna. C'est elle qui insuffle la vie à toute forme d'existence qui n'appartient pas aux végétaux de Melandru. Balthazar était le dieu de la guerre, adoré de mon père. Pendant un temps c'était aussi vers lui que se tournaient mes prières maladroites, car j'aspirais déjà à devenir une puissante guerrière.
Pourtant, les goûts des enfants changent vite… Après avoir vu les chausses d'une belle envoûteuse, la force d'une guerrière me parut limite très lointaine face à de si beaux vêtements. Il s'avéra alors que j'hésitai entre les deux professions, ayant cependant une légère tendance pour la seconde, plus raffinée. Mais pour l'instant, je n'étais qu'une petite fille dont l'imagination sans borne inventait des aventures toutes plus excitantes les unes que les autres.
En vérité, mon aventure allait être bien différente de ce à quoi j'aspirais…
Il était l'heure de laisser maman travailler. A peine avais-je fini d'engloutir une pâtisserie qu'un homme était déjà à la porte, éternuant et toussant. Ma mère m'autorisa à emmener quelques gâteaux qu'elle emballa et plaça dans une sacoche, mais je compris que cela m'invitait aussi à sortir.
En passant le pas de la porte, je jetai un regard inquiet au vieillard probablement atteint d'un gros rhume. Il en faut peu pour alarmer un enfant, il est vrai… Je n'aimais pas voir des personnes souffrir ou être malades. Du coup, j'étais fière de la profession de ma mère, qui remettait souvent rapidement les gens sur pieds. Nul doute que cet homme allait être guéri d'ici peu de temps. Maman était une spécialiste pour soigner les rhumes comme le sien. Elle concoctait une tisane aux vertus thérapeutiques dont j'ai encore la recette aujourd'hui. C'est toujours très serviable et efficace…
L'après midi commença à défiler lentement. J'avais quitté la maison vers quatorze heure trente. Le soleil m'emplissait de joie et je m'amusais en souriant, jouant toujours aussi maladroitement de la flûte (et encore, je m'étais améliorée, comparé à mes infâmes débuts…). Je me dirigeais près de la rivière lorsque je croisai sur la route une jeune guerrière que j'appréciais beaucoup. Il s'agissait de Devona. C'était elle qui m'avait gentiment offert ma seconde flûte. En guise de remerciements, je me souviens lui avoir donné un lambeau de tissu que je vénérais comme une partie de ma chair… J'ose me rendre compte que mon cadeau était assez pitoyable. Malgré le fait que la jeune femme semblait m'apprécier, je ne peux qu'imaginer à l'heure actuelle qu'elle l'ait sans doute jeté je ne sais où, si elle vit toujours…
Devona était capitaine et membre d'une guilde dont je ne connaissais pas le nom. Son rang militaire m'impressionnait fort peu : en vérité mon ignorance faisait en sorte que son titre n'ait aucune valeur à mes yeux. Pour moi, elle était capitaine… une décoration sur son prénom comme en ont d'autres, voilà tout… La guerrière faisait toujours grande impression sur moi. J'étais son contraire, et j'aspirais à devenir comme elle. Devona représentait tous mes souhaits d'avenir. Et sur tous les points… J'en ris aujourd'hui, mais j'étais aussi éberluée devant la beauté de ses cheveux blonds que devant son armure imposante !
Souvent on l'envoyait en mission du côté d'Ashford, et lorsque je la vis ce jour là, je ne pus m'empêcher une fois de plus de lui demander une autorisation pour l'accompagner. La guerrière avait souri, déclinant l'offre. Parait-il que sa quête était trop dangereuse pour qu'une aussi ravissante petite fille que moi l'accompagne. Le jeune capitaine vit ma mine frustrée et ne put s'empêcher de sourire. Elle fit quelques pas sur le côté et cueillit une fleur des champs qu'elle vint placer dans mes cheveux avec délicatesse. Ainsi je passai de frustrée à ravie comme jamais.
Devona savait comment me faire plaisir. La guerrière était au courant de mon amour pour les iris rouges (et tout ce qui touche à cette couleur, d'ailleurs !). Ces fleurs n'avaient pas une odeur forte, mais c'était surtout leur forme et leur couleur qui me plaisaient.
Rouge.
Comme les fleurs à Ascalon. Comme représentation de l'amour. Ou encore… rouge sang.
La cape que le capitaine m'avait offerte était aussi de cette couleur. C'était assez étrange, l'espèce d'amitié enfant-adulte que j'avais (ou pensais) avoir tissé avec elle. Je ne me rends compte qu'aujourd'hui que je reçus beaucoup de présents de sa part, ce qui n'avait pas manqué de me combler de joie. Pour la cape, j'étais tellement émue de ce cadeau que je me souviens l'avoir portée presque tous les jours depuis. D'ailleurs, Devona sourit lorsqu'elle aperçut que je l'avais encore sur moi cette fois-ci. Elle était attachée dans mon cou et s'accordait bien avec ma petite robe bleue et rouge. J'en étais fière. Et je l'étais encore plus quand la guerrière me disait que j'étais jolie vêtue ainsi, avec des fleurs dans mes cheveux noirs au carré et mes collants blancs. Quelle petite fille ne rêve pas d'être la plus jolie ?
Par chez moi, il y avait de très belles femmes, dont de nombreuses maîtrisaient des professions toutes aussi diverses les unes que les autres. Une autre de mes « idoles » était la dame Althéa. C'était la fiancée du prince avec lequel elle était sensée se marier d'ici peu de jours. C'était très romantique. Ils formaient le couple parfait. Le prince, la princesse, le beau royaume… Le guerrier, l'envoûteuse… L'idée de la cérémonie et de la fête qui allait suivre me ravissait et ne quittait que rarement mes esprits. Je me mettais alors aussi à penser à mon futur prince charmant… Comment serait-il ? Voilà une autre question très importante à mes yeux enfantins, qui ne cessaient d'imaginer à quoi ressemblerait cet inconnu…
Devona s'en retourna, me laissant jouer seule. La jeune femme me salua d'un sourire en m'assurant que l'on se reverrait surement très prochainement.
Je ne le savais pas à ce moment là. Je pensais qu'il ne s'agissait que d'un banal au revoir. Devona ne s'en doutait pas non plus, mais en réalité, ce furent des adieux.
Même enfant on peut comprendre qu'il se passe quelque chose d'anormal. C'est sans doute l'instinct de survie qui veut ça… Je relevai la tête, étonnée mais presque choquée de n'entendre plus aucun bruit dans la forêt si ce n'est celui de la rivière. Aucun oiseau ne sifflait plus et l'air me parut étouffant, comme si la brise avait cessé de circuler également. D'ailleurs, les derniers volatiles que j'aperçus formaient un groupe important et s'en allaient je ne sais où de manière inquiétante. Je relevai la tête vers le ciel qui s'assombrit en peu de temps. Je saisis alors ma sacoche et ma flûte en observant les nuages. J'étais persuadée qu'il allait pleuvoir. Maman allait me gronder si je rentrais toute salie, j'en étais persuadée.
En effet, il plut.
Il plut du feu. La terre gronda dans un fracas immense qui souleva le sol et tout ce qui était posé dessus. Arbres, rochers, poussière, végétaux… Tout fut secoué dans un tremblement de terre qui ne faisait qu'accompagner les flammes qui pleuvaient de je ne savais où.
Je le jure, il ne fallut que quelques minutes pour transformer mon joyeux royaume en réel cauchemar. Pendant que je peinais à marcher dans je ne sais quelle direction, ballotée par le sol qui n'en faisait qu'à sa tête, je regardais dans la supposée position du village où je pus voir apeurée d'étranges explosions magique se produire, accompagnées de la venue de gigantesques dômes de piques claires…
Je croyais sincèrement m'être égarée dans un cauchemar, m'endormant près de la rivière. Il n'en était rien. Je le compris quand une secousse m'envoya rouler à terre, faisant valdinguer ma sacoche loin de moi. Le choc me parut rude. J'étais plus effrayée que jamais et lorsque mon corps toucha durement le sol je me mis à pleurer en cramponnant ma flûte de toutes mes forces, comme si c'était le seul lien qui arrivait à me relier à une réalité dont j'espérais en vain le retour.
L'endroit où je m'étais effondrée était mal choisi… J'étais tombée dans un terrain pentu qui bordait la rivière, et des petites pierres qui s'en détachaient me roulaient dessus en me blessant. La chaleur de l'air augmentait en se polluant et je crus presque mourir de chaud tellement cela fut insupportable un moment. Je cachais mon visage dans mes mains, vautrée sur le sol en pleurant, alors que j'appelais désespérément ma mère. Pourtant mes appels de détresse durent cesser, car l'air chaud qui pénétrait dans ma bouche me coupa rapidement la voix, me réduisant sous silence comme si l'on m'interdisait de demander de l'aide. Comme si le destin voulait me laisser pourrir ici toute seule.
Croyez-vous qu'une enfant de dix ans mérite de vivre des instants pareils ? J'en étais même jusqu'à me demander ce que j'avais pu faire d'aussi mal pour que l'on me punisse ainsi. Mon esprit se forçait à chercher, en panique totale, les moindres mauvaises actions que j'avais pu commettre récemment, mais il n'en voyait aucune. Je ne trouvais aucun acte qui pouvait engager une sentence aussi cruelle. J'étais petite. Je ne savais pas ce qu'étaient les charrs. Je ne connaissais pas la gravité de la guerre. Jamais, au grand jamais je n'aurai imaginé qu'une magie pouvait être aussi destructrice que celle que je connus ce jour là. Cela peut paraître égoïste de parler ainsi en mon nom alors que d'autres enfants vécurent la même chose que moi. Mais malheureusement nombre d'entre eux ne sont plus là et ne peuvent témoigner de cette souffrance… Peut être suis-je en train de m'égarer. Toutefois, tenir un récit comme celui-là n'est pas chose aisée. Bref…
Tétanisée par la peur, je ne bougeai pas d'un pouce malgré le chaos environnant qui n'en finissait pas. Je ne sais pas combien de temps je suis restée à cet endroit près de la rivière, mais je suis quasiment certaine de m'être endormie un moment ou évanouie, au choix… Comme si mon corps et mon âme, ne pouvant supporter une telle tragédie, avaient décidé de couper tout contact avec la réalité.
Pourtant, elle fut bien rude lorsque je repris conscience.
Je n'étais pas énormément blessée. C'était vraiment exceptionnel à vrai dire. J'avais diverses contusions et autres petites plaies qui parsemaient ma peau, le tout accompagné d'écorchures ensanglantées et d'ecchymoses… Je ne sais comment je pus survivre, ce jour-là. La pente qui me crachait des pierres sur le dos semblait m'avoir protégée de la tempête de feu et des aléas de la terre. Mes yeux peinaient à voir clairement, salis par la poussière mêlée de larmes sèches qui les avait recouverts.
Je n'osais pas bouger. Après tout le tumulte qu'il y avait eu, je trouvais étrange qu'il régnait un silence mortel. Mais aucune question ne se posait encore réellement : la peur prenait place sur tout le reste, me paralysant l'esprit. Tournant la tête avec difficulté, je compris que j'avais survécu. Les larmes remontèrent jusqu'à mes yeux encrassés et se remirent à couler doucement. Doucement… au début. Sans bouger, je me souviens avoir essayé de prononcer le mot « maman » une fois de plus. Seulement, lorsque ma bouche s'ouvrit, ce ne fut qu'un son étouffé limite imperceptible qui sortit. Plusieurs fois dans mes pleurs je tentais à nouveau d'appeler… sans succès. Du coup, les pleurs se transformèrent en sanglots terribles.
De longues heures passèrent et la nuit ne venait pas. C'était évident que je n'avais pas bougé de cet endroit depuis un jour au moins. Mais des grognements non loin me poussèrent à remuer les bras doucement pour bientôt tenter de me relever. Les reconnaissant, il s'agissait de grawls qui vivaient près de la rivière. Ces créatures n'étaient pas particulièrement agressives avec les humains… adultes. Pour avoir eu quelques mésaventures avec elles, entendre le son de leur gorge me fit rapidement réagir. Mes bras soulevèrent douloureusement mon corps meurtri et je réussis à me relever, tremblante. De l'eau coula à nouveau sur mes joues lorsque j'observai les terres meurtries et non reconnaissables qui m'entouraient. D'ailleurs, alors que je cherchais la rivière, je fus incapable de la retrouver : seule une large trace encore humide faisait acte de sa présence. Je pus à peine deviner où j'étais. Ce fut une chance que je connaissais ma position avant de m'être retrouvée dans cet enfer.
Maman…
Une fois de plus ce mot revint subitement dans ma bouche sèche. Mes pieds ankylosés, aidés de mes petites mains, tentèrent de remonter la pente difficilement pour regagner le chemin. Il me restait des forces. Enfin, il me semble. De toute façon, je venais de décider de retrouver ma mère et les autres gens au village : aucun obstacle n'aurait pu me faire barrage.
Terrifiée, je dus rassembler tout ce que j'avais pour me hisser sur le chemin dont les petits galets se distinguaient à peine sous la poussière et le sable. Y étant finalement arrivée (non sans mal avec mes blessures), je me mis difficilement en marche en direction d'Ashford et quand j'aperçus de ma position un immense dôme de cristal où le village était sensé se situer, je me remis à paniquer de plus belle…
Mes jambes meurtries me portaient là où je le voulais dans une allure lente. Puis, par peur en imaginant ce qu'il pouvait être arrivé à la maison, mes pas s'accélérèrent sans que je ne contrôle réellement le phénomène. Dans mes sanglots continuels, il arriva que ma voix enfantine refasse surface pour prononcer quelques syllabes détachées de leurs phrases. Mais je n'y prêtai pas vraiment attention non plus… J'accélérais encore la cadence jusqu'à ce que je me surprenne à courir. Mes blessures me faisaient souffrir, et pourtant j'allais sur le chemin d'une course effrénée.
J'étais enfin arrivée sur la bute qui surplombait habituellement le village.
Il n'y avait en vérité plus de village.
Seulement des ruines et des maisons détruites de toutes parts. De la terre sèche et des arbres brûlés qui fumaient encore, des braises, des cristaux étranges… Voilà ce que je vis de loin. D'ailleurs, nul besoin de parler de l'abbaye située à côté : elle était effondrée elle aussi.
Je me mis à trembler si fort que ma mâchoire me fit claquer des dents. Je ne sentais presque plus mon corps qui se refusait d'avancer plus loin dans le carnage. Mais il me fallait retrouver ma mère. Nous devions partir d'ici au plus vite avec les autres habitants du village.
Il n'est pas dur de deviner ce que j'ai pu voir en arrivant à Ashford. Je suppose que quiconque lit ces lignes s'en doute déjà ? C'est assez drôle, d'être toujours aussi optimiste quand on est petit, n'est-ce pas ? Je m'attendais à retrouver toutes les personnes que je connaissais. Certes paniquées et dans le même état que moi, mais… J'avais pensé très naturellement que tout le monde aurait eu la même chance que moi.
Je fus très surprise de découvrir des cadavres jonchés sur le sol, alors que je n'en avais jamais vu auparavant. Même pas d'animaux, c'est pour dire. Je dus faire face à la mort pour la première fois, ce jour là. Et je crois sincèrement que j'eus ma dose pour toute une vie. Je n'imaginais pas un tel carnage. Pourtant, c'est assez sot de ma part vu ce que j'avais aperçus de loin…
Je ne pouvais m'empêcher d'approcher chaque personne, que je tentais d'éveiller avec des paroles noyées dans la peur et les sanglots. Chaque mort que je trouvais sur le chemin de ma maison avait droit à ses mots ridicules à moitiés prononcés à cause de ma voix éteinte (il y avait des demandes d'éveil, par exemple…). Mais ma bouche s'était bien vite fermée lorsque j'étais sur le pas de la porte de chez moi.
Le toit de la maison était à moitié effondré, mais une partie semblait encore tenir fragilement. Je ne sais pourquoi, mais mes pleurs cessèrent à cet instant. Peut être parce que je croyais retrouver ma mère, et que j'étais heureuse à l'idée du réconfort que ses bras pourraient m'apporter.
Pourtant, aucune trace de Sarah, l'herboriste du village. Je parcourus toute notre petite maison, espérant la trouver en train de m'attendre. Elle n'était nulle part. Il y avait peu de décombres (pour le moment) et mes recherches furent sans succès, ce qui provoqua des battements de mon cœur de plus en plus forts.
Maman avait disparu.
Il me fallait la retrouver, mais alors que ces mots trottaient dans ma tête le plafond grinça et se fit encore plus menaçant qu'il ne l'était déjà. Reculant de quelques pas, j'eus tout juste le temps de ressortir de chez moi que les murs et ce qu'ils supportaient s'écroulèrent dans un grand fracas. Dehors, non loin devant, les tremblements de peur revinrent et je décidai de ne pas rester là immobile. Je partis à la recherche de ma mère. Cela me prit un temps considérable car je parcourus tout le village et ses alentours, sans jamais aucune trace de celle que j'espérais voir. Je priais les dieux de la faire apparaître devant moi, jusqu'à ce que je me rende enfin compte que j'étais stupide à penser qu'elle allait revenir là où je le voulais comme ça… par magie.
Désespérée, je me mis à contempler le village en reculant. Que faire dans de telles conditions ? Que dire ? Que penser ? Comment arriver à cogiter lorsqu'en faisant des pas en arrière on trébuche sur un cadavre puant le brûlé ? Comment rester calme et avoir les idées claires lorsque l'on est enfant et que l'on redécouvre son joyeux royaume sous une face immonde ?
L'incompréhension. C'est ce qui me restait… Ayant peur du cadavre effrayant sur lequel je venais de chuter, je me mis à courir en criant. Oui, en criant. Ma voix sembla pour le coup être pas mal revenue, même si je n'en avais rien à faire. Je hurlais de terreur et je partais me réfugier dans la première cachette que je pouvais trouver : en l'occurrence, ce fut une vieille souche d'arbre renversée. En fait, elle me paraissait être de vieux restes d'arbre. Mais ce n'était pas vraiment le cas, et je le compris lorsque je me réfugiai à l'intérieur.
L'écorce encore ardente du défunt tronc me brûla mes pieds nus et vint également attaquer ma cape. Hurlant de douleur je m'en fus le plus loin possible de cet arbre criminel. Ma peau me faisait mal et malgré toute la souffrance que je ressentais des pieds à la tête, je courais vite. Je ne savais pas vraiment où j'allais, excepté le fait que je me dirigeais hors du village, mais j'étais épuisée. Des adjectifs pour décrire mon état à ce moment là, on peut en trouver plein…
Exténuée, blessée, meurtrie, terrifiée, triste, affaiblie, perdue… La liste pourrait être longue.
Quelque chose me stoppa. J'entendis d'étranges grognements qui brisèrent le silence des lieux, pourtant je ne bougeai pas. Pas encore. J'avais peur, mais cette curiosité maladive me poussa à rester figée face au passage par lequel s'échappaient les sons bestiaux. Ils venaient en direction du village. Mais ce n'était pas tout. Je percevais aussi des bruits clairement humains. Je n'entendais pas ce qu'ils disaient, mais une lueur d'espoir naquit en moi : des gens étaient encore en vie.
Je marchai alors péniblement dans leur direction tandis qu'ils se faisaient de plus en plus proches. Je me mis à trotter en souriant presque jusqu'à ce que j'arrive non loin du passage en question. Mais une ombre se glissa bien vite sur mes airs pleins d'espoir…
Des humains, il y en avait, oui. Pas des masses, certes, mais à vue d'œil on pouvait facilement en décompter un peu plus d'une quinzaine. Des hommes, des femmes, mais surtout des enfants composaient le groupe. Ils étaient menottés et férocement attachés, tandis que certains trainaient de lourdes chaînes à leurs pieds. D'autres semblaient quasiment retenus en laisse comme des bêtes. Mon cœur manqua des battements lorsque j'aperçus les tyrans qui les traitaient ainsi.
Ce fut la première fois que je vis des Charrs.
Jamais auparavant je n'avais encore vu de tels monstres. Les énormes félins bipèdes et cornus m'effrayèrent encore plus que tout ce qui avait pu se produire auparavant. Leurs lourdes armures noires et pour la plupart ornées de piques clinquaient dans des sons métalliques terribles. Leurs gueules pourvues de crocs aux dimensions impressionnantes montraient sans arrêt aux humains qu'il ne fallait pas énerver leurs bourreaux. Ces derniers se plaisaient parfois à frapper des personnes ou à tirer sur leurs chaînes, pouffant dans des rires laids et rauques. Des grognements et des rugissements me firent rapidement reculer, tandis que je commençais à comprendre ce qu'il se passait.
Les assassins de mon père… C'étaient eux.
Les monstres terrifiants dont les gens parlaient sans que cela ne me fasse le moindre effet. C'étaient eux.
Les créatures qui avaient conduit le royaume dans cette ruine. C'étaient eux.
Je pus enfin mettre un nom sur tout ce mal qui régnait…
C'étaient les Charrs.
Ces démons aux sens cruellement bestiaux ne mirent que peu de temps avant de me voir fuir à l'opposé de leur position, retournant à Ashford. En vérité, ce n'était pas un acte inconsidéré, non. Je courus jusqu'à la bute au centre du village et j'y creusai un trou avec mes mains. Jetant un coup d'œil en arrière, je vis qu'un énorme monstre s'était jeté à ma poursuite. Il me fallait faire vite. Une fois la terre assez grattée (et mes mains abîmées au passage…) je déposai ma flûte à l'intérieur et je le recouvrai dans une vitesse éclair. Il était hors de question qu'ils prennent possession de ce gage d'amitié que je partageais avec Devona. Ils ne me prendraient pas ça…
Je me relevai et me remis à courir à l'allure la plus importante que me le permettaient encore mes jambes. Haletante, je tentai d'aller toujours plus vite, mais quoi qu'il en soit, c'était inutile. Pourquoi se fatiguer quand on sait que c'en est terminé ? Pourquoi mon sot espoir m'avait-il jeté précipitamment dans la gueule du loup ?
De toute façon, je n'en pouvais plus… Je trébuchai et atterris violemment dans la poussière que je soulevai en m'écrasant. J'avais du mal à respirer et ce ne fut qu'une question de secondes avant que la brute féline qui me courait derrière n'arrive à moi. Les yeux à nouveau pleins de larmes, je vis son imposante silhouette se pencher doucement, tandis que ses deux yeux jaunes et luisants m'observaient. C'est sans aucune once de pitié dans le regard qu'il me saisit brutalement par le bras alors que je prononçais un simple « ne me faites pas de mal » en pleurant.
Son regard glacial dénué de remords me provoqua une sueur froide qui parcourut tout mon corps frêle et fatigué. Souffrante, mes paupières se fermèrent pour me laisser doucement m'évanouir, trop épuisée.
La dernière vision que j'eus avant de sombrer dans le néant ; le dernier souvenir le plus cruel qui me hanta des années durant, fut celui de ces collines dévastées devant lesquelles se dressait l'immense silhouette qui m'empoignait avec force, ses deux yeux jaune orangé devenant le symbole de ce monstre qui m'arracha sans regret à mon conte de fée.
