Note de l'auteur : eeeeeeet nous voilà au second chapitre. La fic devrait probablement en atteindre quatre. J'espère que vous apprécierez celui-ci ! N'hésitez pas à laisser une review à votre passage pour me dire ce que vous en pensez ! Positive ou négative, une critique est toujours bonne à prendre :)
Bonne lecture ! :D
Je rouvris les yeux. Sortir de ce cauchemar, de cet enfer… Retrouver ma mère tranquillement à la maison qui me réconforterait suite à ce mauvais rêve… Je tentai de me rassurer comme je le pouvais alors que je reprenais conscience. Je gardais les yeux fermés par peur de ce que je pouvais voir en les rouvrant.
Ce fut un déchirement lorsque mes paupières décidèrent à se relever timidement. J'étais entourée de monstres. Il y en avait partout autour de moi, qui semblaient se reposer au calme. Je relevai la tête furtivement pour apercevoir également de nombreux humains. Il y avait toujours autant d'enfants et de jeunes toutefois plus âgés que moi. Des adolescents… Tous me paraissaient blessés et sales, et leurs mines lasses et tristes en disaient long sur leur captivité.
Notre captivité…
En effet j'ouvris mes yeux pour la première fois sous une vie nouvelle : une vie de prisonnière.
« Regarde, ta larve se réveille » Je me souviens bien de ces mots. Ils me présentèrent involontairement le monstre qui se tenait juste derrière moi, sans que je ne l'ai remarqué auparavant. C'était lui qui m'avait arrachée à mon monde… Après des rires infâmes, ce dernier se mit à tirer sur une chaîne qui se trouvait au sol. Je ne l'avais pas aperçue et la surprise me gagna lorsque je fus soudainement tirée en arrière par un pied, tandis que mes deux mains liées ne pouvaient aider mon corps à éviter d'être raclé contre la terre sèche.
Je n'étais pas dans une grande forme, comme vous pouvez le deviner. Et cette ignoble créature me griffa tout le ventre en me traînant par le lien métallique qui me détenait comme une vulgaire bête. Ne glissant pas assez vite jusqu'à lui, le Charr tira de plus belle, ce qui me ramena à ses pieds violemment. Alors que je cachais mon visage dans mes mains pour ne pas le voir, il me demanda de me relever et de le regarder dans les yeux. Pétrifiée par la peur, je ne bougeai pas, et le monstre se mit à réitérer ses ordres en grondant méchamment, ce qui finit par me fit obéir.
Me relevant difficilement à cause de mes poings liés, je me tins debout à côté de la bête qui faisait facilement plus de trois fois ma taille même en étant à demi-assise contre un rocher. Mais il se pencha et son horrible gueule ornée de crocs gigantesques se rapprocha tout près de ma tête. Je regardais le sol pendant qu'il se réjouissait de me voir aussi terrifiée. De toute façon, c'était ce qu'il cherchait… Un être qui a peur plie forcément devant la menace. Ajoutons à cela le fait de n'avoir que dix printemps, d'être ordinairement plutôt sage et obéissante… et vous obtenez une parfaite proie.
Une petite proie, se soumettant forcément devant une créature géante qui la maintient par une chaîne, montrant ses dents aiguisées…
C'était assez étrange, cet instant ou je crus bien voir arriver (une fois de plus) ma dernière heure. Ayant trop peur de regarder la bête dans les yeux, les miens, qui commençaient à se remplir de larmes, ne pouvaient s'empêcher de fixer un vulgaire caillou sur le sol. C'est comme si j'implorais cette pauvre pierre de me venir en aide par n'importe quel moyen.
Le souffle du Charr me fit frissonner alors que je pouvais le sentir très proche de mon cou. Je pensai qu'il allait me dévorer, mais il n'en fit rien. Il me demanda à nouveau calmement de le fixer dans les yeux. Quelle belle tactique pour effrayer une gamine… Le pire, c'est qu'il atteint son but bien rapidement. Craignant de me faire tuer, je tournai alors la tête pour l'observer, mais je me mis à trembler de tout mon corps lorsque je revis la même vision de terreur que celle que j'eus avant de sombrer précédemment, à Ashford. Je ne le regardai pas plus de deux secondes, mais cela me suffit largement pour me faire ancrer davantage cette image qui me terrorisait.
Le Charr se mit à rire. Il me félicita moqueusement puis, sans que je ne le demande, il m'approcha une sorte de gourde dans laquelle il m'invita à boire. J'étais assoiffée il est vrai… Je ne sais combien de temps cela faisait que je n'avais pas avalé quoi que ce soit, et sans craindre le moindre piège je bus l'eau que la bête portait à ma bouche dans sa gourde sale et pleine de poussière, abreuvée comme un animal.
Quelques instants après, ils levaient le camp. Je ne savais pas où ils nous conduisaient… Nous entamâmes une longue marche qui s'avéra difficile. Nous passions par des terrains pentus qui semblaient tous nous épuiser excepté les monstres… En vérité, bien que nous n'en savions rien, un détachement de Charrs nous conduisait au Nord Ouest, du côté des basses terres de Diessa. Nous progressions lentement, le groupe de captifs peinant à avancer. Il y avait des enfants vraiment mal en point qui se faisaient battre dès qu'ils faiblissaient. Mes yeux se détournaient d'eux chaque fois que leurs bourreaux leur adressaient des coups.
C'était bien la première fois que j'assistais à de telles scènes. Tout arriva si vite… Ce qui est d'autant plus étonnant, c'est le nombre de découvertes que je fis en seulement quelques jours, toutes les plus joyeuses les unes que les autres, d'ailleurs : la magie destructrice des Charrs, les Charrs eux-mêmes, la tête que pouvait avoir cadavre frais ou pas, les dix façons les plus terribles de tuer un être humain, la torture physique et le harcèlement moral… Quelle joie d'apprendre ces choses là dans une vie de petite fille !
Quelle joie de partager des instants aussi magnifiques avec ces barbares !
Quel bonheur de voir des enfants de mon âge se faire dévorer lorsqu'ils deviennent trop faibles pour avancer !
Et quel cruel étonnement de voir qu'une fois arrivés à destination, nous étions destinés à devenir des esclaves.
Peur, froid, faim… Ce n'étaient pas les maigres rations de bouillie infâme qui allaient remplir nos estomacs. Des enfants ont besoin de grandir, de prendre des forces…
Nous, nos forces, nous devions les dépenser en aidant les Charrs au quotidien, en travaillant pour eux. Ils nous avaient finalement conduits à l'ancien temple ascalonien, désormais en ruines, aux basses terres de Diessa. J'entendis même des adultes parler de la future princesse, Althéa, qui aurait eu des ennuis dans le coin… Le fait de penser que ces monstres aient pu faire du mal à la fiancée du prince me rendit triste… Jamais mon esprit de petite fille n'aurait pu imaginer qu'il puisse arriver le même traitement à une future reine. En principe, les gens importants étaient épargnés par de tels sorts…
Si une fois partis d'Ashford nous étions une bonne quinzaine d'humains retenus captifs, beaucoup de prisonniers avaient rejoint les rangs au fur et à mesure du voyage. Je ne pouvais m'empêcher de chercher ma mère dans tous ceux qui arrivaient. Mais il y avait du monde, et les adultes n'étaient en général pas gardés en vie bien longtemps… Du coup, même si j'espérais retrouver ma chère maman, j'étais à la fois heureuse de ne pas la voir ici.
Les adultes servaient un moment au travail, mais bien souvent, ils se faisaient tuer de sang froid ou dévorer… Pourquoi gardaient-ils plus d'enfants ? Je n'en sais rien. Nous étions peut-être plus dociles, et aussi bons ouvriers… Il faut dire qu'en effet, un bon nombre de personnes en pleine force de l'âge tentait de se rebeller, ce qui ne plaidait pas en leur faveur…
Le gigantesque temple auprès duquel nous étions n'avait plus de toit. Seules d'immenses colonnes signes de sa grandeur passée se tenaient encore droites et fières, accompagnées de piliers encore plus grands. Ils m'effrayaient. Chaque fois que je passais devant je ne voyais que des ombres gigantesques se pencher sur moi d'un air menaçant. A cause du cataclysme, l'édifice s'était quasiment écroulé dans sa totalité, et tout l'espace dans lequel les Charrs comptaient établir leur campement était envahi de diverses pierres et autres rochers, débris…
Le travail était dur. Nous transportions de lourdes charges pour permettre aux tyrans de s'installer à leur aise, eux et leurs maudites effigies qu'ils se plaisaient à enflammer et vénérer. Je ne comprenais rien au pourquoi du comment, en vérité. Je m'occupais de faire ce que l'on m'ordonnait en me criant dessus sans poser la moindre question, trop effrayée. Je suppose que c'était aussi le cas des autres jeunes… De plus, nous n'avions pas le droit de vraiment nous parler, et lorsque nous en avions l'occasion nous étions si vite rappelés à l'ordre que cela nous passât toute envie de recommencer.
Le terrain escarpé nous affaiblissait de plus en plus et les tâches que l'on nous confiait peinaient à être réalisée en bonne et due forme. Au retard et à la faiblesse, une sentence bien terrible s'imposait dans la grande majorité des cas : la mort.
Dévorés, fouettés, défigurés, empalés, écartelés, torturés…
Quels mots agréables pour qualifier ce qu'il advenait de nous. Des animaux nous traitaient… comme des animaux. Quelle ironie, non ? La dite supériorité des humains sur leurs adversaires sembla s'inverser bien vite depuis cet évènement que les murmures des gens appelaient la Fournaise.
Je trouvais que ce nom allait bien à l'évènement. J'en discutai brièvement avec un garçon âgé de deux ans de plus que moi, et nous en conclûmes que la Fournaise collait bien au phénomène. Moi, c'étaient les heures interminables où il avait fait une chaleur étouffante qui me firent être d'accord. Mon nouvel ami, lui, m'avoua que c'était le feu tombé du ciel directement sur sa maison qui le fit approuver le nom.
Quelques jours seulement après que nous en ayons parlé, la mort du jeune orphelin me bouleversa. Il travaillait non loin de moi quand un amas de vieilles pierres du temple s'écroula sur lui. J'avais alors lâché le bois que je devais amener à l'autre bout du campement pour lui venir en aide.
Mais que peut-on faire dans ces cas là… Mes bras tentèrent de déplacer un bloc de roche alors que je l'appelais paniquée, mais aucun de mes gestes ne put faire bouger le rocher. Soudain, un énorme Charr arriva lame en main. Je fus pétrifiée par la peur lorsqu'il fut à ma hauteur, mais la seule chose qu'il fit fut de brandir son arme en m'ordonnant de retourner directement à ma tâche…
Ainsi allait le quotidien des enfants esclaves…
Le temps passa. Il défila dans une lenteur incroyable où chaque minute semblait être une année de labeur et de souffrance.
Le temps passa, en effet.
C'est étrange, non ? J'avais atteint depuis peu mes quatorze ans, alors que la plupart des prisonniers n'arrivait pas à survivre pendant plus de trois semaines. Cela faisait quatre longues années que j'étais retenue captive. Quatre longues années de tourments sans fin où je survécus malgré tout… mais non sans marques. Mon corps était meurtri par les heures de corvées interminables et j'étais amaigrie. Mon visage était creusé et affichait une mine triste, qui s'avérait comme être figée éternellement. De plus j'étais sale et, ayant grandi, on m'avait donné des vêtements troués récupérés sur le cadavre d'une femme. J'avais du abandonner ma jolie cape rouge, qui avait fini dans des flammes qui alimentaient une de leurs effigies…
Il ne nous manquait que quelques mois avant d'atteindre la fin de l'année, et le vent soufflait. Malgré tout, il n'avait aucune feuille rougeoyante à balayer… Seulement du sable et des restes d'un royaume anéanti. Heureusement, les habits que l'on m'avait jetés au sol me couvraient suffisamment.
Depuis tout ce temps passé ici, la nourriture n'avait presque pas évolué. Les Charrs nous nourrissaient avec une espèce de pâtée immonde qui ne nous remplissait même pas l'estomac, tandis qu'à côté, ils s'empiffraient de viande qu'ils faisaient rôtir devant nous. C'était dans ces moments là que ma bouche sèche tentait de se rappeler le goût des gâteaux de ma mère…
Des convois arrivaient fréquemment du Nord, leur apportant des vivres, mais surtout des armes et des armures. De plus, des renforts arrivaient régulièrement. De quoi remplir leurs rangs afin de retenter des assauts sur Ascalon… Toutefois, cela me réconfortait aussi. S'ils s'occupaient encore d'attaquer les terres dévastées, c'est qu'il y restait des défenseurs.
Cette pensée me trotta longuement dans la tête.
Nous étions des esclaves privés de toute liberté, mais non loin au sud, des Ascaloniens se battaient. Ils luttaient pour la survie du Royaume, qui n'était toujours pas tombé après quatre années passées depuis la Fournaise. Peut être Ascalon commençait-il à retrouver un peu de splendeur ? Je me plaisais à imaginer ce qu'il pouvait être à l'heure actuelle. Dans ma tête de jeune fille, je pouvais apercevoir les citoyens de la nation reconstruire les murs, les habitations, et replanter de la verdure après tout ce qui avait été détruit. Les gens allaient mieux malgré la guerre contre les Charrs et la vie reprenait son cours, toutefois quelque peu tourmentée par la faute des félins.
Mon esprit s'emplit de rêves optimistes : mais en vérité, comment savoir ce qu'il se passait réellement là-bas ?
Un soir je m'endormis à la belle étoile, blottie dans des lambeaux de couverture sales et puants. Je fermais les yeux mais je souriais, tandis que mes camarades grelottaient à côtés de moi. Alors que je sombrais dans le monde des rêves, des images lumineuses m'apparurent. Tout d'abord floues, elles se mirent à devenir claires et limpides, et je pus enfin apercevoir le village d'Ashford en plein été, très coloré. Le vent chaud soufflait et les paysans travaillaient aux champs sous un soleil de plomb. Je me baladais avec mes vêtements déchirés et ma mine lasse, jusqu'à ce que j'aperçoive la silhouette de ma mère au loin, qui balayait devant la porte. Je restai fixe, l'observant faire le ménage. Je ne croyais pas à la réalité de cette vision, mais pourtant, lorsqu'elle m'aperçut, elle laissa tomber son balai sur le sol. Je m'avançai alors doucement en plissant les yeux, éblouie par le soleil.
Gwen.
Elle m'appela les larmes aux yeux, joignant ses deux mains sous son visage qui souriait malgré les pleurs. Je courus alors le plus rapidement que je le pus pour la rejoindre, tandis que je me mettais également à pleurer, plus ravie que jamais de retrouver ma mère.
Je courais à grandes enjambées. L'air chaud du vent qui me portait envers elle semblait m'alléger et me faire glisser à une vitesse incroyable.
Elle prononça encore mon nom alors que je me rapprochais…
Quand je me jetai dans ses bras ouverts pour m'y réfugier, elle disparut. Tout disparut, et je fus plongée dans le noir total. J'appelai donc à l'aide, jusqu'à ce qu'une nouvelle image m'apparut. Je fus transportée subitement en pleine cité d'Ascalon.
Détruite.
En feu.
Les gens hurlaient et couraient dans tous les sens… je me demandais pourquoi. Lorsque je tentais, en toussant, d'en arrêter un ou deux, ils semblèrent ne pas me voir. De longs cris plaintifs résonnèrent dans les murs de la cité, comme si la Mort en personne était venue en légion. Apeurée, je me mis à courir aussi en suivant la masse qui ne me voyait pas.
Mais des Charrs vinrent et sortirent les armes. Ils commencèrent à tuer tout le monde. Les civils qui passaient à côté d'eux se faisaient empaler dans des piques ou transpercer par leurs lames sans rien dire.
Alors, je me refusai à avancer. D'un regard noir je dévisageais les bourreaux non loin de moi qui ôtaient la vie à mes frères ascaloniens. Ils me virent rester stoïque face à eux, et leurs yeux perçants ne me firent aucun effet. Le vent soufflait derrière moi pendant que mes larmes commençaient à sécher sur mes joues…
L'air devint subitement très froid, et je m'éveillai dans un grand sursaut. Je fus surprise de me trouver avec, effectivement, des larmes ayant coulé de mes yeux. Je reniflai l'air glacial qui m'entourait et une légère brise me fit me recoucher en m'emmitouflant rapidement dans le tissu.
Il fallait que je sache ce qu'il se passait au royaume… Il fallait que je sois au courant des résultats des opérations charrs. Je voulais savoir si la grande cité d'Ascalon était dans cet état…
Je voulais retrouver cette lueur de défi que j'avais découverte en moi, fusse-t-elle dans un rêve.
En réalité, ce soir là, je me rendormis en réalisant qu'il me fallait me battre...
Quelques jours plus tard, un nouveau groupe de prisonniers humains fraîchement ramené du royaume arriva au camp. Il était composé en majorité d'adultes, cette fois-ci, ce qui m'étonna quelque peu. Pour un bon nombre d'entre eux, il me sembla s'agir de soldats capturés. Beaucoup étaient en armure où possédaient un équipement de combat (bien que les Charrs leur aient supprimé leurs armes).
Même au travail, je guettais le moindre moment pendant lequel j'aurai le temps d'aller parler à l'un d'entre eux.
Jusqu'à ce qu'au bout de plusieurs jours je repérai un homme costaud qui semblait déboussolé et en colère. Il travaillait non loin de moi, ce qui me poussa à vouloir l'approcher. Le regard plein de mépris et de haine envers les Charrs, il ne paraissait pas plus doux lorsque ses yeux se posaient sur moi.
Pourtant, j'étais décidée à le rencontrer. Une fois que mes corvées s'effectuaient juste à côté de lui, je feintai le travail et entamai la conversation. Il m'apprit qu'il était un guerrier au service du roi Adelbern et qu'il avait été capturé avec d'autres membres de son unité lors d'une mission qui visait à libérer d'autres de leurs camarades.
Toutefois, mes rêves de renouveau furent rapidement anéantis lorsque j'appris que la ruine était toujours la même. Les gens avaient du mal à survivre et tout le monde était anéanti. Le prince Rurik avait emmené beaucoup de gens avec lui pour se réfugier en Kryte, et seuls restaient les partisans du roi et les défenseurs de la grande cité, seul avant-poste encore debout.
Aucune plante n'avait encore germé. Le soleil ne perçait toujours pas (ou très peu) les nuages, et la terre était aussi stérile qu'auparavant. En revanche, on continuait à défendre les ruines du royaume avec ferveur…
Jamais…
Jamais on ne viendrait me libérer.
Jamais nous n'arriverions à nous sortir de ce cauchemar...
Jamais je ne reverrai ma mère…
Suite à mon dialogue avec l'homme, une grande phase de déprime s'empara de moi. Tout ce qui avait galvanisé mon moral et ma force s'effondra subitement. Je devins dans un état pessimiste comme rarement je le fus, et le travail me parut encore plus long et douloureux que d'ordinaire…
Un jour où je traînais, je me sentis faiblir en très peu de temps. Les charges que je transportais me paraissaient impossibles à soulever, et alors que je marchais en direction d'un dépôt, mes bras refusèrent de fonctionner davantage. Le panier de pierres qu'ils soutenaient s'écroula sur le sol, tout comme mon propre corps. Agenouillée sur la terre dure, paumes des mains contre sa poussière et ses débris, je sentis toutes mes forces me quitter. J'avais besoin de repos, sans quoi je mourrais probablement d'ici peu…
Je reprenais mon souffle lorsque j'entendis non loin un Charr grogner de mécontentement. C'était sûr, il allait venir me frapper et me faire me remettre au boulot. Ses ronflements et ses mots hargneux se rapprochant, je ne tournai pas la tête en sa direction, me préparant au pire…
« Toujours là, petite souris ! » s'exclama-t-il en jubilant de me voir ainsi. Je ne répondis pas à ses mots, mais je reconnus sa voix. Une voix cruelle qui m'avait terrifiée il y avait de cela quelques années. Il grogna encore, non satisfait de ne pas me voir me tourner, implorante, vers lui. Il me parla alors une nouvelle fois, mais plus doucement que la précédente. Le Charr me dit qu'il se rappelait de moi et qu'il était étonné de me voir encore en vie… Il me surveillait tous les jours de loin, et il se disait fier d'avoir capturé une proie si résistante. J'appris que les félins s'amusaient à comparer leurs propres prisonniers et à lancer des paris sur celui qui vivrait le plus longtemps… Charmant.
Mais la brute touffue à côté de moi me lança aussi des mots plus cruels.
Des mots qui me disaient en riant presque comme j'avais été ridiculement touchante lorsque j'avais appelé « maman » en pleurant, le jour de ma capture.
Des mots qui le faisaient exulter, lorsqu'il me rappela que je ne cessais de pleurer les nuits en implorant mes parents de revenir à mes côtés.
Le Charr ne cessait de me torturer l'esprit avec ses paroles blessantes. Aussi je serrai les dents de plus en plus fort, accompagnant les larmes qui s'évadaient de mes yeux humides.
« Retiens bien mon nom, petite souris, et rappelle-toi avec crainte de celui qui t'a ôté ta vie et ta liberté. Je suis Dahgar Œil de Feu, et tu seras ma captive jusqu'à ta mort misérable. Elle n'est peut-être pas encore arrivée, mais elle ne saurait tarder si tu ne ramasses pas tout de suite les pierres que tu viens de renverser. »
Je relevai doucement la tête envers le monstre, poings et mâchoire serrés. Mes yeux rougis de larmes de colère le fixèrent dans un regard plus noir que je me serai crue capable de le faire. Le félin parut surpris de ne pas me voir me plier devant lui, et cela ne lui plut guère. Il se remit à grogner et gueula en m'empoignant le bras violemment, m'ordonnant de me remettre au travail. Ses grandes griffes me déchirèrent la peau, m'arrachant un cri tandis que les autres esclaves autour de moi me regardaient.
Ce n'étaient pas des regards de colère, de haine ou de mépris envers le Charr… C'étaient des yeux vides pensant seulement à la sentence identique qui allait leur arriver s'ils ne travaillaient pas correctement qui se posaient sur moi.
L'individualisme des gens me fit froid dans le dos.
Le sang qui se mit à couler le long de mon bras sembla plaire au Charr, qui décida sans doute qu'il n'y en avait pas assez. Alors que je me dirigeais vers les pierres à ramasser, un violent coup de fouet s'abattit sur mon dos, me faisant me crisper comme jamais je ne le fus.
Je criai de douleur jusqu'à en recevoir un deuxième, presque aussi puissant que le premier. Je crus que j'allais mourir, mais il n'en fut rien. Dahgar s'arrêta, content, et ordonna à « la petite souris » de se remettre au travail très rapidement. Si j'étais encore là lors de son prochain passage, je n'aurais soit disament pas autant de chance que cette fois-ci.
Je me relevai, en colère. J'avais atrocement mal, mais je connaissais la sentence qui s'abattrait sur moi si je ne faisais pas ce que le monstre me disait. Sans doute serai-je dévorée vivante, ou fouettée à mort…
C'est la haine dans les yeux que je repris laborieusement le chemin de l'esclavagisme, une charge énorme maintenue par mes bras frêles et ensanglantés…
