Titre : Juste une question de survie…

Pairing : HP/DM…SS/BZ

Rating : M

Résumé : Après la dernière bataille et sa victoire contre le mage Harry a disparu corps et bien. Quatre ans plus tard sa meilleure amie demande à un enquêteur hors pair de retrouver sa trace…

Note de l'auteur : Un nouveau chapitre juste avant noël, j'espère qu'il vous plaira. Je vous souhaite de très joyeuses fêtes de fin d'année…bises à tous…

Ham

Avertissement : Cette fic parle d'amour entre messieurs...vous êtes prévenus^^ ...


Il s'est fait violence pour aller le trouver.

Pas qu'il le déteste non, ça, c'est terminé depuis longtemps mais il éprouve toujours une certaine gêne face à sa froideur, un malaise qui ne s'efface que lorsqu'il n'est plus en sa présence. C'est pourquoi ce matin devant sa porte, il hésite entre sonner et repartir d'où il vient.

Mais pour elle, il ferait n'importe quoi même s'abaisser à le supplier, il veut qu'elle soit totalement heureuse et si on ne le retrouve pas, elle souffrira toujours de son absence.

S'il est totalement honnête envers lui-même, il doit s'avouer qu'il désire autant qu'elle son retour, même si ses motivations sont beaucoup moins amicales. Il ne lui pardonnera pas si facilement ce qu'il considère comme une ignoble trahison.

Le doigt pointé sur la sonnette, il se fige lorsque la porte s'ouvre brutalement les laissant tous deux face à face.

OoOoOoOoOoOoOoOoO

POV DRACO

« Qu'est-ce que tu veux Weasley ? »

Je suis un peu surpris de le trouver sur le pas de ma porte d'où mon ton très légèrement agressif.

« Bonjour Malfoy, moi aussi je suis enchanté de te voir après tout ce temps. »

Ses yeux me foudroient et contredisent sa voix faussement aimable, mais je ne veux pas me laisser décontenancer.

« J'aime être prévenu lorsque je reçois une visite. » dis-je sèchement.

« Si je t'avais dit que je désirais te voir tu m'aurais certainement fait savoir que tu n'étais pas libre. » affirme-t-il en souriant tristement.

Ce n'est pas faux, j'essaie toujours d'éviter les rencontres avec les membres du clan Weasley et plus particulièrement avec l'énergumène qui se tient devant ma porte. Nous avons trop de griefs passés attisant cette animosité récurrente qui nous empêche d'avoir une relation simplement cordiale.

J'avance sur le palier et tente de refermer la porte derrière moi pour lui faire comprendre que je dois partir mais il me repousse d'un geste dépourvu agressivité et entre dans mon appartement sans que je l'y invite.

« Ne te gêne surtout pas ! Tes manières sont toujours aussi dépourvues de civilité ! Maintenant tu m'excuses mais je dois vraiment partir j'ai un rendez-vous important ! »

Je laisse la porte grande ouverte pour qu'il s'en aille mais il saisit fermement la poignée pour la fermer.

« Tu resteras ici Draco je dois te parler ! »

« Draco ? Depuis quand sommes nous intime Weasley ? Pour toi ce sera Malfoy et c'est encore trop »

« Ferme là un peu et descend de ton piédestal ! »

Son ton ne me plaît pas, mais alors pas du tout. Personne ne me dicte ma conduite et je n'accepte d'ordre de quiconque, jamais !

Il n'y avait que Lucius qui pouvait déroger à cela.

Je lui rétorque d'un ton doucereux.

« Pardon ? »

Il s'assoit lourdement sur mon canapé l'air profondément ennuyé.

« Je viens te demander ton aide et crois-moi ça n'est pas une démarche facile. »

« ... »

« J'aimerais vraiment que tu acceptes de le retrouver. En fait... Je te supplie de le retrouver. »

Il lève vers moi son visage pâle constellé de taches de rousseurs. Ses yeux ne reflètent plus cette provocation imbécile que j'y lisais lorsque nous étions des adolescents. J'y vois juste de la tristesse et une certaine lassitude.

Malgré moi je suis touché par le courage qu'il lui a fallu pour venir jusqu'ici se traîner devant moi toute honte bue et s'humilier en implorant mon aide.

Je soupire, j'aurais aimé l'envoyer promener et lui dire que je ne voulais plus entendre parler de cette histoire, de ce type...

De ce type...

Impossible sans me renier.

Je désire autant qu'eux le revoir.

Je sais que je vais au devant d'ennuis que je ne soupçonne même pas, mais mon envie de me retrouver pris au piège de ces yeux là, encore une fois, même une seule, devient plus forte que tout au fur et à mesure que mon enquête me mène vers lui.

Je m'affale à mon tour dans un fauteuil, non sans avoir auparavant attrapé mon dossier personnel concernant l'inexistante affaire Potter.

Je lui tends la chemise verte non sans relever son air stupéfait.

« Je n'ai pas beaucoup avancé, c'est un courant d'air ton copain. Mais puisque tu es là, peut-être pourras-tu me donner des détails qui feront avancer mon enquête. »

Il fixe le dossier sans se décider à l'ouvrir. Son regard erre des feuilles cartonnées à moi. Il se décide enfin à parler :

« Que veux-tu que je te dise ? Je suis à ton service pour les renseignements dont tu as besoin. »

Il feuillette le dossier avec circonspection, puis lève vers moi un regard abasourdi.

« Tu as commencé une enquête ? Je suis surpris, Hermione m'avait dit que tu avais refusé… »

Je ne désire pas lui expliquer les raisons qui m'ont poussées à entamer cette recherche. Je bredouille stupidement.

« Je le fais par amitié pour Hermione. »

Il me sourit avec reconnaissance.

« Merci Draco ! »

Je grimace mais ne fais aucune remarque, j'essaie de reprendre une certaine contenance.

« Maintenant aurais-tu des choses particulières à me dire sur Potter ? »

Il réfléchit longuement.

« Non je ne vois pas, tu le connaissais aussi à Poudlard, presque aussi bien que moi à mon avis. »

Je relève la tête.

« Que veux-tu dire par là ? » je demande soupçonneux.

« Simplement, je pense que tu en savais plus sur lui que tu ne voulais le faire croire. »

Je plisse mes yeux avec inquiétude.

« Qu'est-ce qui te fait insinuer cela ? »

« L'intérêt que tu lui portais ne m'a jamais échappé. »

Je me crispe et enfonce mes ongles dans l'accoudoir du fauteuil.

« Je n'ai jamais porté aucun intérêt particulier à Potter, nous nous détestions tu le sais. »

Il m'adresse de nouveau un sourire blasé.

« Si tu le dis... L'important c'est que tu en sois persuadé. »

Je ne sais plus trop quelle attitude adopter, alors je décide de couper court à cette conversation qui m'embarrasse.

Je lui demande sèchement.

« Pour revenir à ce qui nous intéresse tu n'aurais pas remarqué un changement chez lui juste avant la dernière bataille ? »

Il plisse les yeux en penchant légèrement la tête sur le côté.

« Il était vraiment très nerveux. Mais, somme toute, c'était normal, nous étions à la veille d'une guerre qui menaçait d'être très meurtrière. Je crois qu'il mesurait seulement ce qu'on attendait de lui et il commençait à avoir peur de ce rôle de sauveur qui pesait sur ses épaules, quelques semaines avant la fin de la guerre il a disparu pendant trois jours, nous ne savons absolument pas où il est allé, il n'a rien voulu dire mais il était très bizarre en revenant. Distant, rêveur... »

Je sursaute un peu à cette révélation.

« Trois jours et ça n'a inquiété personne ? »

Il mordille nerveusement sa lèvre inférieure.

« Si bien sûr mais je crois que nous étions tous tellement anxieux à cause des événements à venir que nous avons juste pensé qu'il avait besoin d'un peu de calme pour se préparer. »

Il darde sur moi son regard franc.

« Je crois surtout que nous n'avions pas envie de comprendre. Que serait-il advenu de nous tous si nous avions pensé que notre Sauveur flanchait ? »

« Tu penses que c'est ce qu'il a fait ? »

« Pas sur le moment non, pas pendant la bataille... mais ensuite certainement. »

« Pourquoi penses-tu cela ? »

Ces yeux papillotent légèrement. Il ne se laissera pas aller à une émotion trop vive devant moi. C'est un homme à présent pas l'adolescent peu sûr de lui que j'ai connu. Il pousse un long soupir, puis ajoute la voix légèrement voilée.

« Il nous a quand même abandonnés ! »

Abandonnés ?

J'ai l'impression de rêver !

Mes mâchoires se sont contractées en entendant ce mot. Que savaient-ils tous ces imbéciles de ce qu'il ressentait lui ?

Rien !

Personne ne s'est jamais mis à sa place, personne ne s'est jamais dit que le rôle était trop lourd à porter, que la pièce n'en valait pas la peine, qu'il n'était qu'un bouffon placé là pour tranquilliser les esprits.

Pauvre Potter, tu n'auras été que cela, un pauvre clown ballotté dans un monde qui ne t'appartenait pas, un monde de fausses ténèbres où tu devais à tes risques et périls jouer le chevalier blanc, pur et rédempteur.

Un premier rôle de merde.

Juste une mascarade.

Le rouquin, assis sur mon canapé, me paraît brusquement très antipathique. Je n'ai maintenant qu'une hâte c'est qu'il s'en aille.

N'ont-ils tous pensé qu'à eux ces égoïstes ?

Ils se lamentent du matin au soir sur leur amitié perdue mais ce n'est qu'un prétexte, une sorte d'alibi grotesque, ils veulent se déculpabiliser, le savoir en vie leur rendrait leur bonne conscience.

Le sacrifice était trop grand, un jeune garçon contre une victoire pour un monde en perdition qui n'a dû son Salut qu'à une vie qu'il a sciemment volée.

« Draco ? »

« Quoi ? »

« Tu as l'air furieux. »

Je m'aperçois seulement que mon brusque silence l'a surpris.

Je préfère ne pas m'énerver alors je le congédie de la manière la plus maladroite qu'il soit. Je me lève et ajoute froidement.

« Si d'autres détails te reviennent, n'hésite pas à venir me voir. Maintenant tu m'excuses mais je dois me rendre à mon rendez-vous.»

Il sait qu'il doit partir mais je vois à son air interrogatif qu'il n'a pas compris mon brusque revirement d'humeur. Il se dirige vers ma porte quand il stoppe net, semble réfléchir et se retourne une dernière fois.

« Draco ? »

« ... ? »

« Tu nous en veux n'est-ce pas ? »

Un frisson parcoure mon dos, je décide de rester stoïque et de ne montrer aucun des sentiments de répulsion qu'il m'inspire.

« Pourquoi vous en voudrais-je ? »

« Parce que nous lui reprochons d'être parti, parce que nous ne nous sommes pas battus pour le retrouver. »

« Non... je... »

Il me coupe d'un geste de la main, son visage exprime une lassitude extrême bien peu compatible avec son âge.

« Tu as raison nous avons été lâches alors que nous l'aimions... Mais n'oublie pas, n'oublie jamais que nous n'étions que des gosses nous aussi... »

Il sort me laissant sans voix parce que je ne pensais pas que sous cette crinière rousse il y avait un garçon perspicace et plein de bon sens.

OoOoOoOoOoOoOoOoO

Les fantômes de fumée reviennent, s'immiscent, se faufilent, envahissent tout... Les âcres relents lui piquent les yeux et la gorge. Il étouffe, les flammes le lèchent, Il doit partir mais c'est impossible... pas déjà, pas comme ça...

POV HARRY

Je tremble et sanglote roulé en boule sous ma couverture.

L'absence est revenue. Et avec elle, le manque, le vide, le désespoir...

Tout mon corps est souffrant, tendu à l'extrême.

Dans mes périodes de déprime post sorcellerie, je me replie sur moi-même, me cache aux yeux du monde. Je reste parfois plusieurs jours sans mettre le nez dehors, sans manger, sans rien faire, juste en ayant terriblement mal et ressentant ce froid s'insinuant dans ma chair jusqu'à ce que je ne puisse plus faire un seul geste à part trembler sous ma mince carapace de laine.

La dépression ne se cantonne pas à l'esprit, elle vous bouffe les neurones et le physique. Pendant mes crises, je ne peux plus respirer correctement, je cherche l'air comme un noyé, mes muscles se rappellent à moi dans de terrifiantes douleurs fantômes qui ne me laissent pas une minute de répit.

Mais le pire c'est ce cauchemar récurrent, il revient en boucle, sans cesse, pour me harceler et me rendre fou.

La nuit, des flashs sillonnent mes paupières closes, les lumières des flammes dansent devant mes yeux, une voix terrifiée s'impose et me torture, une voix que je cherche fébrilement jusqu'à ce que le sommeil me quitte et je suis bon pour une nouvelle nuit d'insomnie.

Alors je me masturbe la cervelle pour comprendre le pourquoi de tout ça, de ces images que je ne comprends pas.

Je me pose inlassablement la même question, sans haine et sans jugement.

Pourquoi Dumbledore n'a-t-il pas essayé de vaincre le Mage lui-même, bien avant qu'il ne devienne si dangereux ? Il était tout de même le plus grand sorcier que notre monde ait connu, le seul que le monstre craignait, il avait certainement les capacités pour détourner la prédiction et le détruire ? Pourquoi m'a-t-il jeté dans l'arène ? Était-il vraiment vital que ce soit moi qui combatte Voldemort ?

Je trouve que le prix était un peu cher à payer.

Je ne suis pas amer pourtant. J'essaie de me convaincre que tout cela n'a pas été vain et que j'en ai forcément tiré un enseignement.

Lequel ? Je n'en sais rien.

Je voudrais simplement redevenir serein et confiant et je ne pourrais l'être que lorsque mes nuits ne seront faites que de sommeil et de calme.

Parce que depuis ces événements, la peur me tenaille. La paranoïa est ma nouvelle amie. Je tremble lorsque les ténèbres sont si profondes qu'elles me donnent l'impression de vouloir m'avaler, me digérer, et me régurgiter comme de simples cendres dans l'âtre d'une cheminée.

Et chaque jour qui pointe est un nouvel obstacle que je dois franchir sans jamais me retourner. Se construire n'est pas si simple, mais j'y travaille, pierre par pierre, avec assiduité, il faudrait juste je trouve le bon ciment qui consoliderait mon fragile édifice.

OoOoOoOoOoOoOoOoO

POV DRACO

Il est parti pendant trois jours.

Pourquoi ?

Je dois savoir ce qu'il a fait pendant ce temps. Séverus avait raison le plus simple est de me glisser dans sa peau.

Que ferais-je si j'avais l'impression que mon avenir m'échappe ? Si je savais qu'à un moment donné je devrai fuir loin, en abandonnant tout ce qui fait mon quotidien.

Je crois qu'avant tout, j'assurerais mes arrières.

Mais comment ? Ça je n'en sais rien.

Potter était-il assez riche pour pouvoir survivre sans travailler ?

Je n'en sais pas suffisamment sur lui pour connaître ce genre de détail, je dois tout connaître de sa vie, le pister pour mieux le retrouver et lui coller mon poing dans la figure.

C'est ma seule motivation pour l'heure parce que j'ai du mal à lui pardonner.

Tant de mal...

OOOOOoooooOOOOOoooooOOOOO

Eurêka !

J'ai découvert ce que Potter était allé faire à Londres. Il ne m'a pas fallu plus d'une semaine...

Et l'aide efficace de Blaise...

Ça n'a pas été très difficile en réalité, après avoir relaté la conversation que j'ai eue avec Weasley à mon meilleur ami, celui-ci est allé demander un peu d'aide à sa mère. Elle a un important réseau de connaissance et nous a mis en contact avec deux gobelins avides et sans scrupule qui se sont fait une joie, contre quelques centaines de Galions, de m'apprendre que notre Sauveur avait retiré une énorme somme d'argent quelque temps avant sa dernière confrontation avec le Mage. Sachant qu'il n'avait pas dû se promener avec un tel pactole sur lui, nous avons tout de suite pensé qu'il avait ouvert un autre compte dans un établissement bancaire lambda. J'ai donc fait le tour des banques moldues et moyennant quelques imprécations de confusion et quelques sortilèges d'oubliette, j'en ai trouvé une où un dénommé James H. Potter avait effectivement déposé une somme importante aux environs de la date qui nous intéressait.

Après cette découverte j'étais plutôt furieux.

Qu'avaient donc fait les enquêteurs du Ministère pour passer à côté d'un loup pareil ? Ils n'étaient tous que des bons à rien. Cet imbécile n'avait même par pris la peine de changer son nom, il avait simplement emprunté le prénom de son père, il agissait comme ce gamin dans ce conte moldu dont je ne me souviens plus le titre qui dispersaient des petits cailloux blancs pour qu'on le retrouve.

Avec Potter, la taille des cailloux s'apparentent plutôt à des rochers...

Toujours très subtil...

Il avait préparé son coup. C'est ce que nous supposions avec Blaise, il s'était prévu un repli stratégique vers le monde moldu.

Maintenant il s'agit de découvrir où.

Je me sens tellement impliqué à présent que je ne reculerai devant aucun obstacle pour mettre la main sur lui.

Je commence à penser qu'à moi aussi il me doit des comptes.

Je veux comprendre pourquoi...

OoOoOoOoOoOoOoOoO

POV SEVERUS

Je ne pouvais pas tout raconter au garçon. Il ne m'aurait pas cru je crois, et s'il l'avait fait, je pense qu'il aurait trouvé mes méthodes par trop expéditives. A vrai dire, c'était la première fois de ma vie que je ne savais pas comment réagir, à deux jours de la fin des hostilités, les laisser se souvenir de ça n'aurait rien arrangé, ni pour l'un, ni pour l'autre.

On aurait juste couru à la catastrophe et nous n'avions pas amené Potter jusqu'à ce point de non retour pour le laisser être dépassé par ses émotions.

Il y a donc eu de ma part ce petit mensonge, cette légère manipulation qui va bientôt m'exploser à la figure.

Zabini est pourtant le seul à qui j'aurais pu l'expliquer.

Le seul...

OoOoOoOoOoOoOoOoO

POV BLAISE

Je me sens nerveux depuis que j'ai rencontré Séverus.

Non qu'il m'impressionne, je suis plutôt à l'aise en sa compagnie. Ce qui me gêne c'est qu'il a l'air d'en savoir beaucoup plus que moi concernant Draco.

Qu'est-ce que c'est que cette histoire bizarre de connexion avec Potter ?

Je devrais peut-être en parler avec Draco mais je n'ose pas m'immiscer dans un secret qui ne me concerne pas.

Et puis, surtout, je n'ai pas envie de le contrarier Lui.

Un sourire nait sur mes lèvres à cette pensée.

Ne pas le contrarier est une gageure, forcément, car Séverus est un acariâtre chronique. Je crois que c'est ce qui me plaît en lui, ce côté râleur, manichéen et si sûr de lui. En fait, si je suis honnête je dois m'avouer que tout le personnage me comble par ses anachronismes et son instinct de conservation. Je pense être le seul ancien élève de Poudlard qui connaît sa véritable apparence et qui rêve bruyamment de lui la nuit.

S'il savait cela je pense qu'il me truciderait sur place.

OoOoOoOoOoOoOoOoO

Il est lourd ce poids, si encombrant, il pèse dans ses bras mais il ne le lâchera pas, il ne faut pas qu'il le lâche.

Il se concentre, serre davantage contre lui son fardeau. Il ne voit plus rien, les effluves brûlants le coupent de son environnement.

Une ombre noire plane, proche, trop proche...La mort peut-être.

POV DRACO

« Draco ! Réveille-toi ! »

« DRACO ! »

Je sursaute alors que Blaise me secoue sans douceur.

C'est la raison pour laquelle, il vient dormir chez moi depuis quelques temps, pour me sortir des ténèbres qui chaque nuit m'enchaînent un peu plus étroitement.

« Hein ? Quoi ?»

J'ai mal à la gorge et les yeux brûlants de sommeil, la lumière vive de la lampe me blesse et je rabats la couette sur ma tête.

« Tu hurlais encore Draco, toujours ce fichu cauchemar que tu ne veux pas me raconter ! »

Blaise s'est assis sur mon lit, j'ai senti le matelas s'affaisser sous son poids. Il a la pudeur de ne pas essayer de me tirer de mon refuge de plumes et de tissus.

Cette fois je n'en ai aucun souvenir, je sais seulement qu'il y a cette horrible sensation de perte qui me noue les entrailles. Et l'empreinte d'un corps chaud auquel je m'agrippe avec désespoir. Je ne sais ni où, ni quand, je sais juste que lorsque j'y pense j'ai une horrible envie de chialer et que ça m'énerve profondément.

« Dray ? »

« ... »

« Sors de là-dessous tu veux bien ? »

J'ai peur de craquer devant lui, je ne craque jamais, même devant mon meilleur ami.

Mon orgueil sans doute.

« Raconte-moi ton cauchemar s'il te plaît… »

Je repousse maladroitement le duvet et me frotte les yeux avec force. Ça expliquera le fait qu'ils soient si rouges. Je soupire parce que je sais que je ne peux pas reculer, Blaise est toujours inquiet pour moi, mais peut-être encore plus en ce moment, depuis que j'ai commencé l'enquête sur Potter.

« Alors ? »

« Je ne sais pas exactement comment t'expliquer, c'est si flou... Je suis dans un endroit en flamme, c'est horrible, une fournaise, je tiens quelqu'un d'inanimé dans mes bras, il ou elle pèse lourd et l'incendie se rapproche, je sens mes cheveux roussir et l'odeur des objets qui se consument autour de moi, je ne peux pas m'échapper, la fumée m'entoure épaisse et terrifiante, je n'arrive plus à respirer, mes yeux me brûlent et je comprends que je vais mourir à cet endroit sans avoir revu les gens que j'aime et puis tout à coup quelqu'un arrive et me sort de là... Voilà c'est tout, chaque nouveau cauchemar est plus réaliste et angoissant...Mais je ne sais jamais qu'elle est la personne qui me sauve, ni celle que je tiens dans mes bras... ».

Je ne lui parle pas de la sensation de réconfort immense.

La chaleur du feu, celle de son dos...

La chaleur qui s'insinue en moi... Gênante…

Je lève mon visage vers Blaise et il me tend un mouchoir l'air inquiet.

« Je suis désolé Dray, je ne savais pas que c'était si... . »

Je le fixe l'air interrogatif alors il passe doucement son pouce sur mon visage et je vois qu'il est mouillé de mes larmes.

C'est un peu l'autorisation dont j'avais inconsciemment besoin, je me laisse aller à pleurer aux creux de ses bras comme quand j'étais enfant et que la vie au manoir me semblait si stricte et difficile que je n'en pouvais plus.

Blaise me serre et me berce un moment sans dire le moindre mot, je sait qu'on n'en reparlera pas plus tard.

POV HARRY

Je marche d'un pas pressé.

Au dessus de ma tête, par delà les immeubles, tournoient d'épais cumulus annonciateurs de pluie. Le temps est à l'orage et les orages dans cette ville sont spectaculaires, des tourbillons d'eau qui se déversent en quelques minutes, rendent les formes floues, adoucissent les contours, engluent toute la ville d'un voile opaque de grisaille et de solitude. Nous devenons pour de brefs instants une ville de myopes qui marchent à tâtons pour trouver leurs chemins.

Puis vient l'embellie. Le calme après la tempête.

C'est l'explosion de couleurs, dans chaque flaque, chaque arbre, le soleil dispose ça et là des lucioles de lumières qui miroitent et captent ses rayons pour mieux nous réchauffer.

C'est un tableau impressionniste où je plonge avec bonheur.

Je raffole de cette ville et des visages toujours différents qu'elle m'offre.

Le restaurant est en vue et je traverse rapidement l'avenue pour m'y engouffrer. Il n'est pas encore arrivé.

Je m'installe donc à notre table habituelle et je commande un coca pour patienter. N'ayant rien d'autre à faire, j'observe les personnes qui m'entourent, je reste encore sidéré par les quantités de nourriture que certains américains arrivent à ingurgiter. Quand je me cantonne à des assiettes d'amuse-gueule plus que copieuses qui constituent pour moi un véritable repas, certain engouffre à la suite d'énormes hamburgers nappés de sauce et accompagné d'une tonne de frites, je ne parle même pas des desserts, tout est démesuré ici, le pays, la ville, la bouffe.

C'est l'avènement de l'excès et du gigantisme.

« Hello beau brun ! »

Je tourne vivement la tête et lui souris.

« Salut, tu es en retard ! Et arrête de m'appeler comme ça, c'est un peu gênant ! »

Il éclate de rire, j'adore l'entendre rire, c'est un joyeux mélange de sons rauques et de gloussements, il a un rire presque impossible à décrire mais qui me réchauffe dès que je l'entends.

« Toujours chaleureux Harry. ! »

« Assieds-toi je meurs de faim. » je bougonne.

Il prend place en face de moi nonchalamment, ses mèches trop longues balaient joliment son visage... Il est séduisant et il est accessoirement devenu un excellent ami, moi qui ne voulais me lier avec personne je suis tombé sur un sorcier et ça, c'est vraiment un comble.

Il se nomme Christopher, depuis l'incident du parc et après ce premier verre que nous avons partagé, Il m'a plus ou moins harcelé pour que je lui tienne compagnie. Il se sentait seul et pensait que j'étais l'ami providentiel mis sur son chemin par je ne sais quel dieu en réponse à ses prières. Je me suis fichu de lui lorsqu'il m'a raconté ça. Je ne crois plus en rien et surtout pas en la providence.

Il me traite de mécréant et c'est exactement ce que je suis.

Le scepticisme est ma seule religion et je m'y tiens.

On a trop cru en moi en d'autre temps et je n'ai pas été à la hauteur de la tâche puisqu'au final j'ai tout abandonné. Je ne vois pas pourquoi je porterais de nouveau en moi les espoirs de quelqu'un...

« Tu commandes quoi ? » demande-t-il abruptement, peut-être agacé par mon silence.

« Comme d'habitude un florilège de hors-d'œuvre et un dessert. »

« Quand te décideras-tu à manger un repas normal ? Tu es de plus en plus maigre Harry ! »

Je me renfrogne, j'ai toujours horreur que l'on fasse allusion à mon physique, j'en ai un peu honte mais il m'a fait trop souffrir et je tremble toujours qu'il ne se souvienne d'un détail et ne remonte la piste jusqu'à ce que j'ai pu être il y a longtemps.

Et puis en ce moment c'est juste un peu plus difficile à cause des cauchemars qui sont revenus et envahissent mon sommeil.

« Fiche-moi la paix et commande le monstrueux hamburger dont tu ne vas pas manquer de t'empiffrer. »

« Harry ? »

« Quoi ? »

« Qu'est-ce qui ne va pas ? Tu sembles soucieux, tu veux m'en parler ? »

« Non... »

Je secoue la tête ne voulant pas le blesser mais je suis réfractaire à toute intrusion dans ma vie. Je m'en tiens à des rapports superficiels et faciles qui me conviennent parfaitement. On se voit occasionnellement pour partager un repas ou une séance de cinéma mais nous ne nous racontons jamais nos petits secrets. Je trouve les miens parfaitement en sécurité enfermés au fond d'une malle.

« Tu ne veux jamais rien me raconter, ni d'où tu viens, ni ce qu'a été ta vie avant d'atterrir à New-York, je pensais que nous étions amis à défaut d'autre chose... » Ajoute-t-il en me regardant avec un air malicieux.

Je hausse les épaules, ne jamais s'aventurer sur ce genre de terrain glissant.

« Tu as eu une grosse déception sentimentale ? C'est ça ?»

Je relève vivement la tête.

« Non ! À vrai dire pour en avoir eu une, il aurait fallu que j'ai une relation durable avec quelqu'un. » Dis-je en lui souriant.

« Tu... enfin tu n'es quand même pas... ? » Il me regarde effaré, n'osant pas formuler sa question.

Je fronce les sourcils, indécis, puis je comprends ce qu'il sous-entend. J'éclate de rire.

« Non je ne suis pas puceau si c'est ce qui t'inquiète. » dis-je crument.

Il affiche un air circonspect qui me montre qu'il n'est pas convaincu par mes paroles.

« Tu sais, j'ai eu des rapports aussi épisodiques qu'inintéressants avec quelques garçons mais ça ne veut pas dire que je sois tombé amoureux, c'était juste comme ça, pour tromper ma solitude. »

« Quelques garçons ? Combien ? » demande-t-il en fronçant les sourcils.

« Ben... Quatre ou cinq... »

« ... »

Un petit rictus insolent s'affiche sur son visage. Il me saoule avec son air de se foutre de moi.

« Ok... trois… » j'avoue en rougissant.

Là c'est lui qui éclate de rire.

« Enfin un peu de franchise, tu es presque... finalement j'avais bien deviné... Et où les as-tu rencontrés tes trois flirts ?»

J'écarquille les yeux pour comprendre où il veut en venir.

« Comment ça où ? »

« Ben oui, ici ou à Londres ? » interroge-t-il en grignotant nonchalamment un gressin.

« Messieurs ? »

Je suis sauvé in-extremis par la serveuse qui vient prendre notre commande, elle regarde Christopher avec un sourire aguicheur après m'avoir snobé parce que je n'ai choisi qu'une assiette de zakouski.

La conversation se poursuit après son départ sur des sujets beaucoup moins brûlants que ma vie sentimentale.

Je ne peux tout de même pas lui avouer qu'à vingt deux ans passés, je rêve comme un adolescent du garçon parfait qui n'aura d'yeux que pour moi.

Je songe parfois à lui, ma chimère sans visage, il se moquerait de mon passé, ferait s'enfuir les ombres qui peuplent mes nuits et me rendrait juste heureux.

Je sais que c'est d'une platitude sans nom, que ça n'arrivera jamais mais je me plais parfois à sentir contre mon dos une ombre tendre qui me serre et souffle doucement dans mon cou des mots que je n'oserais jamais murmurer.

OoOoOoOoOoOoOoOoO

POV BLAISE

Cette fois le vieux fou me dira la vérité quoiqu'il lui en coûte.

J'arrive bouillonnant de fureur et je pose ma main sur la poignée de sa porte.

« Je ne vous conseille pas d'entrer sans frapper Zabini ! »

Je me retourne d'un bond vers la voix froide et sèche, sa silhouette noire et longiligne se découpe dans l'obscurité du couloir.

Je murmure menaçant.

« Et moi je vous conseille de ne plus vous ficher de moi Snape ! »

Je le vois serrer ses poings jusqu'à ce que ses jointures blanchissent. Il essaie de se maîtriser et il y arrive plutôt mieux que moi. Malgré tout, si son visage paraît imperturbable, il a un léger tic nerveux qui fait trembler sa paupière gauche et qui dément son immobilité apparente.

« Vous ne me ferez pas partir en me racontant encore des bobards ! » dis-je en m'approchant dangereusement de lui pour l'acculer contre le mur.

C'est sans compter sur la promptitude qu'il a toujours manifestée pour se débarrasser des importuns. Il empoigne mon bras qu'il serre violemment et me pousse vers la porte de ses cachots qu'il ouvre à l'aide d'un sort non formulé.

La porte se referme derrière nous, alors que la pince qui enserre mon bras ne relâche pas sa pression, furieux, j'essaie de me dégager mais sa force est terrible et ses doigts ne bougent pas d'un centimètre. Nous sommes de la même taille et pourtant devant son regard de braise je me sens impuissant et petit.

Je tremble un peu, il m'impressionne et ma colère me semble maintenant bien puérile. Je comprends que j'aurais dû faire preuve de plus de prudence avant de me jeter dans la gueule du loup.

« Vous êtes calmé où vous allez me sauter à la gorge ? » crache-t-il.

Je me sens comme un gamin qui vient de faire une bêtise et que son professeur réprimande avant de lui infliger la punition méritée. Je fixe sa bouche juste devant moi et je déglutis difficilement parce qu'une pensée pour le moins incongrue vient de m'effleurer. Je sens une chaleur importune envahir mes joues et je baisse le regard alors que lui me lâche enfin.

Il se rend lentement vers un fauteuil usagé et s'assoit pesamment, j'ai l'impression qu'il porte toute la misère du monde sur ses épaules.

« Séverus... »

Pas de réponse, il ne se retourne pas et je vois juste son dos légèrement affaissé.

« Je... Je veux des réponses... Draco ne va pas bien. Je voudrais comprendre pourquoi... »

« Qu'a Draco exactement ? » demande-t-il.

« Des cauchemars, ils sont de plus en plus fréquents. »

« De quel genre ? »

« Il rêve d'un incendie, il tient quelqu'un dans ses bras, il ne sait pas qui c'est et puis une autre personne vient le sauver... Il pleure la nuit et c'est insupportable...

« Qu'attendez-vous de moi ? Une potion pour qu'il dorme mieux ? » Murmure-t-il cynique.

« Ne vous moquez pas de moi ! J'attends que vous m'expliquiez la signification de cela, je suis certain que vous possédez une petite explication ! »

Il se lève et va chercher un livre ancien posé sur une de ses étagères. Il s'approche de moi et, le regard grave, me le tend sans un mot. Intrigué, je déchiffre les lettres dorées ternies par le temps.

« L'Art de Transformer les Souvenirs » par Bella Grinwick.

« Qui est cette Bella ? » je crois que je pose cette question idiote pour retarder le moment où il va m'expliquer pourquoi on est arrivé à cette conversation.

Il soupire sourdement.

« C'était une sorcière galloise du siècle dernier, une femme puissante et plutôt manipulatrice, comme elle n'était pas friande d'affrontements directs, elle s'est mise à étudier les potions pour en créer une qui ravisse à ses ennemis des pans entiers de leur mémoire. Elle en a finalement inventé des dizaines, certaines donnent de vagues oublis, d'autres de véritables amnésies... pour la plupart les effets sont temporaires. Ses potions et leurs effets ont été décriés à son époque et elle a fini à Azkaban, mais par la suite, bien des années plus tard, les médicomages de Sainte Mangouste leur ont trouvé des usages médicaux non négligeables. Ainsi lors de l'avant-dernière guerre, on s'est aperçu qu'il valait mieux parfois effacer certains événements traumatisants de l'esprit des combattants pour qu'ils puissent ainsi recouvrer une vie normale. »

Je n'arrive pas à poser la question, je retourne l'ouvrage dans mes mains. Je crois que j'ai compris ce que ça implique mais j'ai peur de ce que je vais réellement découvrir.

Snape me fixe sans un mot, probablement attend-il que je l'interroge.

Je me lance.

«Draco a ingurgité une de ces potions ? »

Un long moment de silence, puis ce « Oui » coupant comme un diamant.

« Qui lui a administré ? »

« Moi ! »

Pas de plus ample explication, pas d'excuse...

Juste ce Moi franc et direct qui m'empêche de lui sauter à la gorge.

« Pourquoi ? »

« Pour protéger Potter ! »

« ENCORE LUI ! Vous avez manipulé Draco, votre filleul, un serpentard qui plus est, pour ce type que vous détestiez ? De quel côté étiez-vous Snape ? DE QUEL CÔTE ? »

« Du sien, toujours ! Du nôtre forcément ! »

Ses yeux sombres dérivent lentement vers des images que seul son esprit imagine, il me laisse choir seul dans ce cachot alors qu'il s'envole vers ses souvenirs.

Son indifférence me rend dingue alors je l'attrape par le devant de sa robe et le secoue.

« POURQUOI ? JE VEUX COMPRENDRE ! » je hurle.

Il tourne légèrement la tête vers moi, son expression est à ce moment indéchiffrable, il m'empoigne durement par les épaules et dans un geste soudain m'approche de lui et plaque ses lèvres sur les miennes en un baiser si violent que j'en reste paralysé.

Puis il me lâche brusquement et murmure.

« Pour cette même raison, juste pour cette raison... »

OoOoOoOoOoOoOoOoO

Merci d'avoir lu jusque là ^^