Ça commence bien, huh? Je fais déjà défaut à ce que j'ai dit dans mon message sur la page du prologue! Pardon, nous sommes vendredi donc j'ai une journée de retard... Mais j'ai une bonne raison : j'étais à New York! J'ai passé trois inoubliables jours, mais c'est quand même avec joie que je retourne chez moi, dans mon propre confort, pour poster ce premier chapitre qui j'espère vous plaira! Le jour de publication restera le jeudi.
Merci pour les premiers commentaires encourageants! :)
Lexa Nedra
Une leçon d'honneur
Chapitre 1
Au nom de la loi
L'ambiance était à la fête. Dans la Grande Salle, tous les jeunes visages rayonnaient et portaient leur plus beau sourire. C'était la première fois depuis trop longtemps que les étudiants de Poudlard s'attablaient pour savourer l'exquisité du banquet de début d'année sans porter sur leurs épaules une perpétuelle hantise concernant les projets du Seigneur des Ténèbres ; enfin, grâce au héros Harry Potter, Voldemort avait été annihilé.
Même Drago, lui qui n'eut jamais manifesté d'entrain particulier à l'idée de retrouver les murs de son école, paraissait être le plus heureux des Serpentards. Il n'aurait même aucune difficulté à avouer qu'il avait longuement anticipé ce premier jour de septembre tant sa demeure lui avait parue hostile suite à sa visite à Azkaban. À l'instant où il avait remis les pieds au Manoir Malefoy, il s'était senti comme un étranger dans un palais maudit. Son sentiment d'appartenance s'était développé autre part et c'était exactement pourquoi retrouver Poudlard avait agi sur lui comme un baume sur une écorchure.
Entre les rires des uns et les plaisanteries des autres, rien ne laissait croire qu'un incident inusité mettrait fin aux festivités.
Se démarquant du le vacarme ambiant, le fracas sourd et mat causé par l'ouverture des deux portes de la Grande Salle retentit en faisant sursauter simultanément les centaines d'étudiants hilares. Comme un seul homme, toutes les têtes pivotèrent en direction d'où apparut une demi-douzaine d'hommes portant tous un long imperméable de cuir marron qui leur donnait un air de tortionnaire impitoyable. Trois d'entre eux se postèrent de chaque côté du portail et au centre tandis que les trois autres marchèrent en ligne droite, entre la table des Serdaigles et celle des Poufsouffles, vers l'estrade réservée à celle des enseignants.
McGonagall, alarmée, se leva de son siège sans quitter des yeux les six inconnus qui venaient d'interrompre le banquet et d'instaurer à eux seuls un silence impressionnant dans la vaste pièce. Ses sourcils froncés au-dessus de ses yeux perçants indiquaient clairement qu'elle ignorait l'identité de leurs visiteurs ainsi que le motif de leur soudaine arrivée.
L'un d'eux – celui qui marchait à la pointe maîtresse du triangle qu'ils formaient en se déplaçant – monta sur l'estrade et se tourna aussitôt vers les observateurs intrigués sans prendre la peine de se présenter ni même de saluer la directrice qui s'était avancée afin d'inciter les explications. Il était grand, costaud et possédait une carrure impressionnante. Les deux autres hommes restèrent au niveau du sol et se figèrent de chaque côté de celui qui semblait manifestement être leur leader. Les mains croisées devant eux, ils parcoururent la Grande Salle d'un œil hermétique.
- Messieurs? intervint la directrice sans cacher l'irritation provoquée par leur inconvenance.
Aucun des trois hommes ne lui accorda d'attention. Celle des étudiants, en revanche, s'accrut considérablement. Tous semblaient attendre avidement que l'homme massif à la gueule carrée qui s'était improvisé dirigeant éclaire les esprits confus.
- Drago Malefoy, convoqua-t-il d'une voix si grave que le sol sembla vibrer.
Des murmures ça et là s'élevèrent tandis que l'attention générale se concentra sur la personne assignée. Drago eut l'impression que deux mains s'étaient mises à déchirer la fine membrane de ses organes comme si elles développaient un cadeau dont l'emballage était particulièrement robuste. Écrasé sur son banc par le pénible poids des centaines de regards rivés sur lui, il aurait voulu se glisser sous la table et traverser le plancher afin de s'effacer. Il ignorait ce que ces hommes lui voulaient, mais ils ne désiraient certainement pas conférer avec lui afin de féliciter ses talents en matière de concoction de potions.
- Drago Malefoy! répéta l'homme d'une voix impatiente qui résonna contre les murs. Manifestez-vous!
La rumeur s'accentua légèrement mais resta tout de même discrète. Certains dévisageaient Drago avec appréhension tandis que d'autres lui lançaient littéralement des éclairs qui lui suggéraient fortement de se révéler s'il ne souhaitait pas qu'ils le fassent eux-mêmes. Naturellement, le Serpentard opta pour l'abstention et enfonça sa tête entre ses épaules dans l'espoir de passer inaperçu. Son cœur martelait sa poitrine avec une ardeur qu'il avait espéré ne plus jamais avoir la malchance d'expérimenter après la Bataille de Poudlard.
- Monsieur Malefoy ne se dévoilera pas tant et aussi longtemps que vous ne m'indiquerez pas de quel droit vous osez envahir mon école sans vous annoncer! déclara McGonagall autant pour soumettre ses élèves au silence que pour pousser ces étrangers à se présenter.
Le leader fit volteface et s'approcha de McGonagall en écartant son manteau afin de mettre en évidence le badge en argent fixé à sa ceinture. Dessus, on pouvait y lire le sigle « BPM ».
- Malone, se présenta-t-il, chef de la Brigade de Police Magique. (Les chuchotis dans la salle s'amplifièrent exponentiellement suite à cette précision. Drago, le cœur dans la gorge, écarquilla les yeux d'horreur.) Nous sommes ici sous les ordres de Kingsley Shacklebolt, le ministre lui-même. (Sans laisser le temps à la directrice de réclamer un mandat, l'homme pivota sur lui-même et s'adressa de nouveau à la foule d'étudiants, son badge bien en vue.) Drago Malefoy doit immédiatement se montrer sous peine d'incarcération pour omission coopérative envers la justice magique!
L'affolement se confirma. Les Serpentards à proximité de Drago le bombardaient de questions muettes par le biais de regards inquiets qu'il ne remarquait pas en raison de ses propres interrogations qui lui brouillaient la vue. La dernière ligne mentionnée par Malone l'aurait en temps normal poussé à se manifester, mais un mauvais pressentiment l'oppressa à un point tel qu'il préféra rester dissimulé parmi ses camarades.
- Mais qu'est-ce que cette mauvaise comédie signifie? s'indigna McGonagall en retirant d'un geste brusque ses lunettes rectangulaires.
- C'est un Serpentard! indiqua un Serdaigle en se levant de sa banquette. C'est celui avec la tête platine, juste là!
Le doigt indiscret du Serdaigle pointa Drago qui sentit ses viscères éclater en un claquement de doigt. Synchroniquement, les visages des six membres de la BPM se virèrent vers lui. Une fois leur cible identifiée, chacun d'eux quittèrent leur poste d'un pas impérieux en sortant leur baguette magique afin de s'approcher de sa position. Drago, affolé et confus, eut le mauvais réflexe de s'écarter dans l'intention de se dérober, mais Malone, agile comme un singe, avait passé par dessus la table des Serpentards en envoyant contre le sol plusieurs pièces de vaisselle qui se fracassèrent dans un tonnerre strident. Des cris, protestations et aspirations de surprise s'élevèrent chaotiquement tandis que six corps musculeux se ruèrent sur le pauvre garçon qui se débattit avec la fougue d'un coupable dans l'espoir de se dégager.
- Mais qu'est-ce que vous faites? se gendarma Drago lorsqu'un des membres de la brigade lui passa des chaines ensorcelées aux poignets. Qu'est-ce que ça veut dire? Lâchez-moi! Enlevez-moi ça! Professeur, faites quelque chose! Aidez-moi, je vous en supplie!
- Boucle-la, gamin! rétorqua Malone.
Chacun des élèves présents dans la Grande Salle s'étaient rassemblés près de la table des Serpentards afin de ne pas manquer une seule seconde de ce spectacle singulier sans toutefois oser intervenir. Les professeurs luttaient tant bien que mal pour se frayer un chemin parmi le troupeau tumultueux et arrêter ce grotesque épisode mais seule McGonagall réussit à rejoindre le premier rang. Un brouhaha assourdissant avait remplacé les murmures de la pièce en la confondant avec un zoo, mais la directrice parvint tout de même à se faire comprendre :
- Comment osez-vous attaquer un de mes étudiants, bande de macaques mal embouchés? se scandalisa-t-elle en brandissant sa baguette magique. Lâchez ce pauvre enfant immédiatement si vous ne souhaitez pas recevoir une sanction pour vos rustres méthodes!
- Sauf votre respect, madame, fit Malone en confiant sans ménagement son prisonnier chahuteur à un collègue aussi imposant que lui, nos méthodes n'ont pas lieu d'être exécutées autrement lorsque nous mettons la main sur un truand suspecté de complicité.
- Quoi? couina la femme.
- Emmenez-le, ordonna le chef à l'adresse de ses hommes.
Ils suivirent aussitôt la directive de leur supérieur et entrainèrent leur proie turbulente en direction des portes de la Grande Salle sous les regards abasourdis des étudiants. Drago, pas plus renseigné que lors de leur entrée théâtrale, fixa chacun de ses geôliers avec une pure incompréhension :
- Complicité? Quelle complicité? paniqua-t-il en secouant vivement la tête. De quoi parlez-vous? Je n'y comprends rien! Sortez-moi de là, par pitié! Je n'y comprends rien! Vous devez faire erreur!
Malone leva alors une main autoritaire en direction de celui qui traînait le prisonnier puis il s'arrêta aussitôt. Comme s'il se trouvait devant un fugitif qu'il avait longtemps traqué, le chef s'approcha de Drago d'une lenteur qui le fit geindre de peur.
- Regarde-moi droit dans les yeux, gamin, et jure-moi que tu ne savais pas déjà que Lucius Malefoy et ses copains allaient s'évader la journée exacte de ta rentrée à Poudlard.
L'affolement sur son visage s'estompa au même rythme qu'elle grandit sur ceux des témoins. Le choc, phénoménal, soutint chez lui une imperturbabilité parfaite mais n'éroda pas pour autant la panique qui se dévoila dans son regard gris. Malone se servit exactement de ce dernier détail afin de déterminer qu'il avait misé juste puis ricana froidement lorsqu'il ordonna à ses hommes de l'emmener jusqu'au Ministère de la Magie afin de lui faire subir un interrogatoire.
oOo
Dans la salle commune des Gryffondors comme partout ailleurs dans le château, l'euphorie s'était tut comme si on avait changé de fréquence sur une radio. Aussitôt que la BPM avait disparue par les portes principales de Poudlard sans démontrer davantage de complaisance à l'égard de leur suspect, les spéculations avaient éclatées comme un grain de maïs sous une chaleur excessive. Si certains dramatisaient le rôle de Drago dans l'évasion de son père, d'autres, plus obligeants, étaient persuadés que toute cette histoire n'était qu'une grossière erreur. Après tout, il ne fallait pas être très attaché au Serpentard pour être au courant de la légendaire lâcheté de ce dernier. Conséquemment, qu'il soit complice d'un si grand scandale n'était que très peu envisageable.
- C'était assez dérangeant d'assister à une scène pareille, n'est-ce pas? osa timidement Hermione en fixant distraitement le feu dansant dans l'âtre.
Exceptionnellement, Hermione, en cette huitième année, n'habitait pas les dortoirs des Gryffondors ; elle ne s'empêchait pas, néanmoins, de fainéanter avec ses meilleurs amis pour autant. Sa promotion au poste de préfète-en-chef lui offrait bien plus de privilèges qu'elle n'aurait jamais osé imaginer, tel que, entre autre, le prêt d'une chambre personnelle majestueusement décorée aux couleurs de sa maison ainsi que sa salle de bain privée. Le principe et le fonctionnement des quatre maisons de Poudlard s'appliquaient également à cette cinquième qui portait le simple nom de « salle commune des préfets ». Tout comme celles des Gryffondors, Serdaigles, Poufsouffles et Serpentards, on pénétrait directement dans la salle commune des préfets lorsqu'on franchissait un objet décoratif d'apparence banale – en occurrence, une plaque commémorative en or sertie de rubis, de saphirs, de topazes et d'émeraudes –, au cinquième étage, sur laquelle figuraient les noms des quatre fondateurs de l'école.
Écrasée sur un fauteuil contre le corps de son petit ami, Hermione n'était pas pressée de rejoindre sa chambre de princesse en raison du récent incident. Ce qui s'était produit avait, selon elle, tout du présage d'un grand danger, mais une petite voix en elle tentait obstinément de la convaincre que plus rien ne pouvait mal aller maintenant que Voldemort avait été exterminé en définitive.
- Oui, vraiment, approuva Ginny qui caressait tendrement les cheveux noirs d'Harry. D'autant plus que je suis persuadée que Drago n'a aucun lien dans tout ça.
- Tu crois? se mêla son grand frère en resserrant l'étreinte de son bras autour de sa copine. Et qu'est-ce qui te permet de penser une telle chose?
- Drago est lâche, expliqua Harry afin d'appuyer l'argument de Ginny. De plus, il n'a que dix-huit ans. Imagines-tu vraiment qu'un sorcier aussi jeune et froussard que lui puisse participer à l'évasion d'un groupe de Mangemorts incarcéré à Azkaban? C'est inenvisageable.
- Pas nécessairement y participer, rectifia Ron, mais dans son cas, en être complice serait tout à fait possible. Vous ne désireriez pas accomplir la même chose si votre père était claustré à perpétuité dans une prison telle qu'Azkaban?
Un silence inconfortable s'installa. Ron, réalisant la maladresse de ses mots, bredouilla des excuses à son meilleur ami.
- T'inquiètes ; ça fait un moment que parler de mes parents ne m'affecte plus. Je dois toutefois admettre que si je me trouvais dans la même situation que lui, je serais sûrement tenté par l'idée de tirer mon père de là.
- Peut-être, mais toi, tu es Harry Potter, intervint Hermione. Drago Malefoy n'est en rien semblable à toi, Harry. Je ne connais pas plus pusillanime que lui. Il a peut-être été un gâté pourri toute sa vie, mais s'il y a bien une chose qu'il n'a jamais possédé, c'est le courage.
- Mais sais-tu vraiment ce qu'il serait capable d'accomplir pour sa famille, Mione? fit Ron en posant les yeux sur elle. Qui sait ce qu'il serait capable de faire par amour?
Le rouquin lui sourit amoureusement, et Hermione, touchée par son allusion, l'imita.
- Pour débattre sur ce point, il faudrait d'abord savoir comment sa famille a réagi suite aux événements qui ont eu lieu en mai dernier, déclara Ginny tandis que Ron et Hermione s'échangeaient un doux baiser. On ne sait pas comment les derniers changements les ont affectés. Peut-être y ont-ils vu une occasion de s'unir, ou peut-être même, au contraire, que ça a semé entre eux une zizanie.
- Ça, ça ne nous concerne pas, et personnellement, je m'en contrefiche, balança Ron en balayant l'air de sa main libre. La seule chose qui m'intéresse est de savoir si oui ou non il est complice dans cette évasion.
- J'imagine que nous le saurons dès demain lorsqu'ils en parleront dans La Gazette, prédit Harry. En ce qui me concerne, j'ai hâte de connaître la suite. Dire que je croyais que cette année allait être mortellement ennuyeuse… Je me suis mis le doigt dans l'œil jusqu'au coude!
Harry et Ron rigolèrent sous le regard réprobateur d'Hermione.
- Rire des malheurs des autres est une preuve de malveillance, les chicana-t-elle en frappant la tête de son copain du revers de sa main et en lançant un coussin sur celle d'Harry.
- Mais Hermione…! ricana le rouquin en saisissant ses mains afin de l'empêcher de répéter son geste. As-tu vu sa tête lorsque la BPM a débarquée? Il avait presque l'air heureux, et bang! Direction Ministère de la Magie! Pas de chance, le pauvre!
Ils pouffèrent de nouveau, et Ginny se mêla à eux. Hermione roula les yeux puis soupira bruyamment ; l'impertinence de ses amis l'exaspérait plus souvent qu'autrement, et puisqu'ils étaient si fidèles aux habitudes, elle libéra brusquement ses mains de l'emprise de son petit ami puis croisa ses bras sur sa poitrine.
- Justement, c'est affligeant. Vous devriez peut-être vous mettre à sa place plutôt que rire de son sort.
- Crois-tu peut-être qu'il s'est mis à notre place durant toutes les années durant lesquelles il prenait un malin plaisir à nous persécuter? fit Ron en haussant un sourcil sceptique. Selon moi, Malefoy a ce qu'il mérite.
- Et selon moi, il est temps que j'aille me mettre au lit, annonça froidement la préfète-en-chef.
Malgré les protestations de ses amis, Hermione déclara qu'elle était fatiguée et qu'elle préférait aller lire tranquillement dans sa chambre avant de devoir débuter des rondes quotidiennes dans les couloirs qui tâcheraient de lui voler ses veillées. C'était à peu près vrai, sauf qu'elle avait plutôt l'intention d'explorer sa nouvelle salle commune et ses environs. Les courtes minutes qu'elle avait passées dans son nouveau chez-soi, lorsque le professeur McGonagall l'y avait menée afin de l'informer au sujet de ses exclusivités et du mot de passe à retenir, avaient été incroyablement alléchantes.
Lorsqu'elle traversa la plaque commémorative qui servait de porte d'entrée à sa nouvelle salle commune, un sourire délecté étira ses lèvres rosées. L'endroit était encore plus grand qu'il n'avait semblé lors de sa première visite. À sa grande satisfaction, tout était parfaitement symétrique ; vue de haut, la salle commune devait avoir la forme d'une croix aux traits courts. Les chambres des quatre préfets se trouvaient dans les quatre creux formés par les angles de quatre-vingt-dix degrés, et deux escaliers tordus en colimaçon se dressaient dans les extrémités de la branche horizontale de ladite croix. Hermione, immobile en face du battant qu'elle venait de traverser, leva les yeux pour découvrir un balcon qui était relié aux deux escaliers. La faible hauteur de la rambarde laissait voir les portes, face à elle, des deux autres chambres réservées aux préfets-en-chef. Au centre parfait du plafond, un lustre magistralement volumineux pendait. Tout était splendide.
La pierre des murs, du sol et du plafond était de couleur ivoire. Devant elle, des fauteuils, bergères et canapés étaient esthétiquement positionnés autour d'un foyer tout en gardant une parfaite symétrie. À défaut de porter les quatre couleurs des différentes maisons et d'ainsi créer un déplorable mélange de teintes, chacun des sièges étaient recouverts d'un suède mordoré. Sur les murs, en revanche, des décorations rouges, bleues, jaunes et vertes étaient mises en évidence afin de contraster avec la sobriété du mobilier.
Hermione ne perdit pas davantage de temps et accourut vers un escalier. Une fois au sommet, elle s'installa au centre parfait du balcon et posa ses mains sur la balustrade.
- Splendide! s'exclama-t-elle avec extase dans l'intention de tester la résonnance de la pièce.
Pas terrible, mais ce détail ne lui importa guère car un roucoulement aigu derrière elle la tira subitement de sa contemplation. Au fond d'un petit couloir qui séparait les deux chambres de l'étage, sur le rebord de la fenêtre ouverte qui laissait pénétrer dans la salle commune une brise fraiche de septembre, un oiseau d'apparence unique sautillait de gauche à droite. D'un blanc virginal, c'était, selon les connaissances d'Hermione en matière de faune, un curieux croisement entre un paon et un phénix. Quelques plumes sur le dessus de ses ailes étaient dorées et scintillaient légèrement sous la lueur opalescente de la lune. Il était magnifique.
L'oiseau, soudainement, s'engagea dans la pièce et visita les lieux en les survolant sommairement. Lorsqu'il remonta à la hauteur du balcon, il se dirigea tout droit vers la porte de la chambre personnelle de son acolyte qui s'ouvrit à la volée afin de lui permettre l'accès. Hermione, prise de court par sa soudaine infiltration, n'osa pas le rejoindre aussitôt en se remémorant l'identité du préfet-en-chef qui habitait cette chambre, mais céda finalement lorsqu'elle réalisa qu'il n'allait pas, de toute évidence, revenir du Ministère de la Magie afin de la chasser.
D'un pas indécis, Hermione s'introduisit dans la chambre de Drago en regardant autour d'elle comme si elle venait de faire irruption dans une grotte maléfique. La disposition des meubles suivait le même plan que celui de sa propre chambre ; seules les couleurs différaient, évidemment. Les draperies, contrairement au rouge des siennes, étaient vertes, et le bois du mobilier était d'une couleur café plutôt que bronze.
Son mode « curiosité » s'activa ; la préfète-en-chef se dirigea vers le meuble le plus près et ouvrit le premier tiroir que sa main atteignit. Les bagages du Serpentards n'étant pas encore défaits, il n'y avait pas grand-chose dans l'ameublement de la chambre. Ici, il n'y avait qu'un ramassis d'objets qui avait sûrement trainé dans ses poches durant le voyage à bord du Poudlard Express : quelques gallions, un petit miroir grossièrement taillé, une boîte de Dragées Surprises de Bertie Crochue et quelques emballages de friandises qu'Hermione affectionnait particulièrement. Rien d'intéressant, quoi.
Des voix s'élevèrent et la jeune femme se mit à paniquer comme si on était sur le point de la découvrir en train de piller un coffre chez Gringotts. Elle referma brusquement le tiroir, et, maintenant en mode « alerte », sursauta violemment lorsque l'oiseau mystérieux se mit à battre des ailes avec fureur. Hermione l'observa s'enfuir par l'unique fenêtre que la pièce contenait puis en fit tout autant avant qu'elle ne se fasse prendre en train de fureter dans la chambre de son rival. L'air désinvolte, elle rejoignit la balustrade et sourit en découvrant ses camarades de l'année : Ginny, préfète de Gryffondor et Luna, préfète de Serdaigle. Les préfets de Poufsouffle et de Serpentard, deux garçons, lui étaient totalement inconnus.
- Ginny! Luna! appela Hermione en agitant la main.
Quatre paires d'yeux se posèrent sur elle et deux – ceux qu'elle ne connaissait pas – retournèrent aussitôt à leurs observations. Ginny et Luna, émerveillées par leur nouvel environnement, sourirent à leur amie et imitèrent ensuite leurs camarades Poufsouffle et Serpentard.
- Magnifique, n'est-ce pas? leur lança Hermione.
- Magnifique, tu dis? Ça n'a rien à voir avec les dortoirs, ça! s'exclama Ginny. Laquelle est ma chambre?
- Celle juste au-dessous de la mienne, juste là! lui indiqua la préfète-en-chef. Luna, la tienne est celle-ci.
Elle pointa la chambre située à la gauche de l'entrée de la salle commune et Luna s'y dirigea en gambadant.
- C'est toi la préfète-en-chef? demanda le Serpentard à l'adresse d'Hermione.
- Oui. Je suis Hermione Granger. Enchantée!
- Je sais. Moi, c'est Stevan Gomph, se présenta-t-il à la va-vite. Il est où le deuxième préfet-en-chef? Il est dans sa chambre?
Ginny rigola puis haussa un sourcil railleur.
- Le deuxième préfet-en-chef ne peut malheureusement pas être présent ce soir… plaisanta-t-elle en escaladant l'escalier afin de rejoindre son amie.
- Le deuxième préfet-en-chef est actuellement au Ministère de la Magie, répondit Hermione avec retenue.
Le Poufsouffle surgit subitement de sa chambre tandis que Stevan écarquillait les yeux de stupeur.
- Tu veux dire que c'est Drago Malefoy? s'écria le Poufsouffle.
- Un fils de Mangemort fraichement évadé comme préfet-en-chef? ajouta Stevan avec mépris. Et puis quoi encore? Je n'ai aucunement envie d'avoir un criminel comme colocataire!
Leur réaction l'outragea à un point tel qu'Hermione préféra couper court à leur conversation. S'il y avait une chose qu'elle pouvait prédire avec certitude, c'était bien qu'elle aurait du mal à endurer ces deux-là. Une chance qu'elle ne vivait pas sur le même étage qu'eux, car ce genre de discrimination l'horripilait et la faisait sortir de ses gonds. C'était le même principe qu'avec les elfes de maison ; on les jugeait d'après l'environnement qui les entourait.
- Hermione! À ce propos… fit Ginny une fois à ses côtés, McGonagall m'a demandé de te mettre au courant du possible changement du second préfet-en-chef…
Déconcertée, la jeune femme fronça les sourcils.
- Quoi? Comment ça?
- En raison de l'incident qui s'est produit dans la Grande Salle, il y a de fortes chances que des élèves se plaignent s'ils sont représentés par Malefoy…
- Tu veux rire? C'est complètement absurde!
- Es-tu en train de me dire que tu préférerais passer l'année entière dans la chambre voisine à celle de Malefoy plutôt que de le voir déguerpir?
Hermione grimaça, ébahie par la stupidité de son argument.
- Il ne s'agit pas de combler mes désirs ambiants, mais de rester juste envers autrui. Ce n'est pas de sa faute si son père est un nigaud de récidiviste!
Ginny sourit maladroitement, ne sachant comment réagir face à cette indignation qu'elle n'avait pas prévue.
- J'irai en parler avec McGonagall moi-même, déclara Hermione en tournant les talons dans l'intention de rejoindre sa chambre.
- Elle a également dit qu'elle attendrait environ une semaine afin de constater si oui ou non il y aura des plaintes à ce sujet. (Hermione, dans le cadre de porte, fit volteface et attendit la suite.) Suite à quoi elle appliquera les conséquences nécessaires.
- Bien… Merci d'avoir passé le message, Ginny.
Les deux Gryffondors s'échangèrent des bonsoirs puis s'isolèrent dans leur chambre respective, prêtes à affronter l'année qui, finalement, ne s'annonçait pas aussi calme qu'elles ne l'auraient imaginé.
