Hello!
Enfin, c'est jeudi... J'avais drôlement hâte de poster un nouveau chapitre, moi! C'est d'ailleurs exactement pourquoi c'est la première chose que je fais ce matin, avant les cours, même si je me réveille avec un mal de gorge et une légère infection aux yeux à cause de nouvelles allergies inconnues... Je ne sais pas pour vous, mais ici, au Québec, il fait horriblement chaud et humide. Vraiment insupportable! Moi qui croyais que nous étions au mois de septembre? En tout cas, avez-vous réalisé que hier était la rentrée des classes à Poudlard? Bon, j'arrête mon blabla sans queue ni tête! XD
Un gros merci aux nouvelles reviews provenant de Dairy's Scribenpenne, Emma et Temperance01! Et évidemment, merci Loufoca-granger! :)
J'espère que ce chapitre vous plaira autant que les autres! Toutefois, si certains lecteurs sont sensibles au sang, restez sur vos gardes... Je ne voudrais pas que quelqu'un s'évanouisse, LOL!
Lexa Nedra
Une leçon d'honneur
Chapitre 3
Un bain de sang
L'article était vieux de quelques jours, mais Drago le consultait constamment avec l'impression qu'il n'en était qu'à sa première lecture. La Gazette du Sorcier avait évidemment consacré la une du 2 septembre à l'évasion survenue à Azkaban et plus de cinq pages entières traitaient du scandaleux sujet. Le même amalgame d'émotions explosait en lui à chaque fois qu'il lisait l'article ; la honte qu'il ressentait en raison de l'inquiétude liée au sort hasardeux de ses parents l'irritait considérablement. Comment pouvait-il être à la fois honteux, inquiet et irrité sans devenir fou? Ça tenait du miracle…
Étendu sur un des divans positionnés face à l'âtre brûlant de la salle commune des préfets, Drago, la tête sur l'accoudoir, regardait distraitement les trois photos qui s'animaient sur la première page de l'article. Celle tout en haut, juste au-dessous du titre, était une photographie de la forteresse d'Azkaban violemment fouettée par les vagues rageuses de la Mer du Nord. La seconde, située dans la moitié inférieure gauche de la page, était un cliché de sa propre demeure – le Manoir Malefoy – prise devant les grilles de fer qui entouraient son domaine. Des grosses chaines de métal étaient entourées autour du portail et privaient l'accès au manoir. Par surcroît, un panneau de bois avait été placé contre le grillage sur lequel était inscrit, en lettres capitales écarlates : « SAISIE DU MINISTÈRE DE LA MAGIE POUR ENQUÊTE ». Drago poussa un soupir fataliste.
Finalement, juste au-dessous de la photographie du Manoir Malefoy, la photo d'identité judiciaire de son père lui décochait un regard aussi noir qu'abattu. Sur les pages suivantes, celle de sa mère, d'Antonin Dolohov, d'Amycus et Alecto Carrow ainsi qu'Augustus Rookwood figuraient également, mais Drago savait pertinemment qu'ils n'étaient pas les seuls malfrats impliqués. Les visiteurs avec qui sa mère s'enfermait dans le boudoir de sa demeure afin de discuter avec Lucius à travers le Miroir à Double Sens étaient tout aussi importants que ceux qui étaient déjà mentionnés par La Gazette : Rabastan et Rodolphus Lestrange, avides de vengeance en raison de la mort de Bellatrix, étaient particulièrement désireux d'en finir avec Potter. Dire que Drago s'était installé à la table de la salle à manger et avait dégusté ses repas en compagnie de ces criminels sans jamais se douter de rien… De rien de plus qu'il savait déjà, du moins.
La chaleur du feu de foyer berça son irritation et machinalement, comme il l'avait fait des dizaines et des dizaines de fois, il entama la lecture de l'article :
À dix-huit heures précises de la soirée précédente a eu lieu la première catastrophe de la nouvelle ère du Monde Magique en ayant instantanément pour effet de remettre en question les compétences du nouveau Ministre de la Magie, Kingsley Shacklebolt. En effet, à peine eut-il succédé au poste du défunt Pius Thicknesse que l'évasion de cinq détenus anciennement Mangemorts à Azkaban, en raison d'une sordide baisse de sécurité, rapplique une terreur sur la population magique.
Les cinq criminels répondant aux noms de Lucius Malefoy, Antonin Dolohov, Amycus Carrow, Alecto Carrow et Augustus Rookwood sont activement recherchés par des Aurors. Lors de l'interrogatoire des gardiens d'Azkaban qui ont durement combattu en tentant de gérer la situation qui a rapidement dégénérée, l'un d'entre eux a affirmé avec certitude avoir vu un visage familier supplémentaire en plus des cinq détenus. Il s'agirait, selon Dirk Hurn, gardien de la forteresse, de Narcissa Malefoy, épouse de Lucius Malefoy. Deux autres complices ont également participé à l'évasion mais n'ont malheureusement pas pu être reconnus. Ces criminels étant considérés comme étant encore très dangereux, il est fortement conseillé à la population magique de consulter les pages 7, 8 et 9 de La Gazette du Sorcier afin de les identifier à l'aide des photographies. Quiconque apercevrait l'un de ces évadés dans les prochains jours sera prié de se cacher aussitôt et de contacter les autorités ministérielles sans délai.
Hurn a également dévoilé quelques détails supplémentaires sur l'incident : « Narcissa Malefoy m'a semblée être la dirigeante des opérations, mais les rênes ont aussitôt été saisis par Lucius Malefoy une fois qu'il a été libéré de sa cellule », a-t-il dit. « Selon moi, ils sont les leaders dans cette affaire. » La demeure des Malefoy a donc été fouillée de nouveau et saisie indéfiniment afin de permettre à l'enquête de s'étendre, mais quoiqu'il en soit, rien de suspect n'a été trouvé en ces lieux. Apparemment, les évadés ne s'y seraient même pas rendus suite à l'évasion. Quant à leur fils unique Drago Malefoy, il
- Bla-bla-bla, marmonna Drago de sa voix traînante en pliant le journal en deux pour le déposer sur son torse. Quant à leur fils unique Drago Malefoy, il est fatigué et devrait aller se coucher…
Ses paumes se plaquèrent sur ses paupières lourdes qu'il frotta rudement. À cette heure-ci, les cinq préfets avec qui il cohabitait – Hermione comprise – effectuaient leur ronde quotidienne dans les couloirs de l'école, mais Drago, à la dernière minute, avait renoncé à faire la sienne. Le titre de préfet-en-chef était très riche en matière de privilèges, mais en revanche, la patrouille qu'ils se devaient d'exécuter à chaque soir de la semaine était d'un ennui mortel. En temps normal, il aimait bien emmerder les jeunes quand il trainait dans les corridors et le faisait d'ailleurs de son plein gré, mais le fait de savoir qu'il le ferait dorénavant car c'était un devoir de préfet-en-chef décroissait le plaisir de la chose…
De toute façon, il n'avait pas la tête à ça. Depuis que les informations liées à l'évasion de son père avaient été rendues publiques par La Gazette du Sorcier, il n'avait plus envie de faire grand-chose mis à part se morfondre dans sa bulle. Et pour cause : les étudiants lui adressaient constamment des petits sourires inconfortables porteurs de compassion, mais Drago n'y voyait qu'une sorte de mépris qu'il traduisait comme un « tel père, tel fils ». Ça l'enrageait ; oui, il y eut une période dans sa vie durant laquelle il avait dépendu de son père comme Rusard de Miss Teigne, mais ces temps étaient révolus.
Des pas, derrière lui, indiquèrent que quelqu'un venait de faire irruption dans la salle commune. Drago soupira bruyamment ; ne pouvait-il pas rester seul que durant l'espace d'une courte soirée?
- Monsieur Malefoy?
Malgré ses yeux clos, Drago sut qu'il s'agissait de McGonagall. En les rouvrant, il ne put toutefois réprimer un léger bond de recul en la découvrant particulièrement proche de lui. Juste à côté de l'accoudoir où sa tête reposait, ses bras étaient étroitement croisés et elle le dévisageait avec ses petits yeux plissés. Rapidement, il se défit de son confort et s'assit sur le divan.
- Professeur…? couina Drago en souriant nerveusement.
- Pourquoi n'êtes-vous pas en train d'exécuter votre ronde quotidienne? le réprimanda-t-elle par-dessus ses lunettes.
Drago se leva et occupa ses mains à replacer les plis de son pantalon parfaitement lissé.
- J'ai… Heuuu… Je… bredouilla-t-il. J'avais, hum… Heuuu… Oui, en fait, je-
- Venez dans mon bureau, lui ordonna-t-elle en tournant les talons.
Le visage tordu par une grimace misérable, Drago observa McGonagall quitter la salle commune des préfets avec l'étrange sensation d'une corde autour de son cou.
oOo
Assis sur une chaise qui faisait face au secrétaire de la directrice, Drago attendait fébrilement la semonce qu'il méritait pleinement. L'expression de McGonagall lui paraissait toutefois beaucoup trop grave pour qu'il se permette d'espérer se sortir de sa faute sans de trop grandes conséquences ; c'était un mélange important de désolation et de fermeté.
- Monsieur Malefoy, dit-elle enfin après avoir croisé les doigts sur son secrétaire, j'ai une mauvaise nouvelle à vous communiquer.
Il n'en fallut pas davantage ; Drago, effaré, glissa ses fesses sur le bout de son siège et s'agrippa au meuble devant lui.
- C'était une exception! Je suis désolé, professeur! Je promets que je ne recommencerai plus! C'est à cause de ce scandale, vous savez… Ça m'afflige tellement que j'ai besoin de… de… de… de m'écarter du monde afin de réfléchir! Vous comprenez? Vous pouvez comprendre, non? Je suis certain que vous comprenez…
- La raison pour laquelle je vous convoque dans mon bureau ne concerne pas les rondes que vous négligez, monsieur Malefoy.
Drago ravala ses répliques et se cala dans son siège.
- Non?
- Non.
Rassuré, il déglutit.
- Alors quelle est cette mauvaise nouvelle? demanda-t-il en haussant les épaules.
- Je me trouve malheureusement dans l'obligation de vous soutirer vos fonctions de préfet-en-chef, déclara-t-elle d'une traite en pinçant les lèvres.
- Quoi?
Il retrouva rapidement le bout de sa chaise. Les yeux écarquillés, Drago fixait la directrice comme si elle venait de lui annoncer qu'elle avait toujours appartenu à la maison de Serpentard.
- Mais vous venez tout juste de me signaler qu-
- Ce n'est pas à cause de cette histoire de ronde, Malefoy, coupa-t-elle avec agacement, je viens tout juste de vous le dire. Si je suis forcée de commettre ce geste, c'est à cause de l'évasion de votre père d'Azkaban.
Drago fronça les sourcils. Ce devait être une mauvaise blague ; McGonagall le priverait de son unique source de contentement après l'avoir elle-même tiré des griffes du Ministère quelques jours plus tôt en jurant à Malone qu'il ne subirait aucune conséquence?
- Mais professeur, vous savez que je n'ai rien à voir dans cette affaire…
- Je sais très bien, Malefoy, ne vous méprenez pas, indiqua-t-elle en hochant tristement la tête. Croyez-vous vraiment que je vous ferais un tel coup tout en le sachant?
- Mais alors… qui…?
Elle soupira. Il ne fallait pas avoir la tête à Merlin pour comprendre qu'elle n'était pas ravie de devoir se rendre jusqu'à ce point.
- C'est une décision des élèves, déclara-t-elle sombrement.
Un ange passa. Drago ne semblait pas saisir le lien.
- Vous voulez dire que vous avez fait un genre de référendum afin de déterminer si je pouvais ou non garder mon poste de préfet-en-chef?
McGonagall fronça les sourcils et le Serpentard put lire dans ses yeux qu'elle semblait le prendre pour un sombre idiot.
- Votre innocence n'a d'égal que votre stupidité, Malefoy, le savez-vous?
Drago se renfrogna, vexé par sa remarque.
- Nous n'avons pas pratiqué de référendum ni rien d'autre de ce genre, corrigea la directrice en retirant ses lunettes. Disons simplement que durant la dernière semaine, j'ai accumulé plus d'une trentaine de plaintes qui manifestaient une certaine insécurité à l'égard de votre personne qui êtes une figure d'autorité auprès des élèves.
Venait-elle de parler Fourchelang ou quoi? N'ayant absolument rien compris à sa tirade, le jeune homme tordit ses sourcils d'une grotesque manière. Nombre de fois au cours de son cheminement scolaire Drago avait simplement hoché la tête suite à un des fameux monologues grandiloquents – donc vaseux – de son professeur de métamorphose ; se devait sûrement être pourquoi il ne possédait pas de très bonnes notes dans cette matière.
- Que… Quoi? Qu'est-ce que ce charabia veut dire?
- Autrement dit, s'exaspéra la directrice en roulant les yeux, le fait que votre père se soit évadé d'Azkaban rend les élèves inquiets quant à vos dispositions à agir… Est-ce mieux ainsi?
C'était on ne peut plus clair, et contre tout attente, son égo en fut douloureusement égratigné. Comment ses camarades pouvaient avoir si peu d'estime à son égard? Le croyait-on vraiment capable de faire du mal – un véritable mal – à quelqu'un?
- Oui… Oui, j'ai compris, répliqua-t-il d'une voix brisée au bout d'un court silence.
- Je suis vraiment désolée, monsieur Malefoy, s'empressa de d'ajouter McGonagall. Cette idée ne m'aurait pas traversé l'esprit si les plaintes avaient été inexistantes ou moindres, mais comprenez que le bien de mes élèves passe avant celui d'un seul…
- C'est très clair. Je comprends.
McGonagall pinça les lèvres, attristée par la mimique abattue de la jeune victime.
- Donc je dois retourner à la salle commune des préfets afin de rapatrier mes choses pour m'installer dans les cachots de Serpentard, c'est bien ça?
- Oui, c'est exact… Il y a naturellement une couchette de libre – celle qui était sensée être la vôtre avant que l'on vous nomme préfet-en-chef.
Drago ne s'attarda pas et se leva aussitôt.
- Avant et après, apparemment… marmonna-t-il en se dirigeant vers la sortie.
La directrice l'interpela et le blondinet, positif, sentit une boule d'espoir se former en lui. Elle se défit toutefois aussitôt lorsque McGonagall ne fit que poser une main empathique sur son épaule.
- J'espère que vous me pardonnerez un jour d'être obligée de vous faire payer pour les actes de votre père.
- Oh, c'est presque devenu une habitude…
oOo
En pénétrant dans la salle commune des préfets, voir Granger lire tranquillement à la place exacte qu'il avait occupée avant que McGonagall le convoque à son office le fit sortir de ses gonds. Granger, elle, préfète-en-chef parfaite en son genre, n'aurait pas à déserter les lieux, et lui devrait exécuter sa sortie avec des bagages plein les bras sous ses yeux. C'était des plans pour lui faire dresser un sourire goguenard sur les lèvres, ça, et le Serpentard préférait ne pas le remarquer lorsqu'elle manifesterait sa satisfaction à l'idée de le voir partir.
Le bruit de ses pas brutaux attira l'attention de la Gryffondor, et aussitôt que Drago vit son regard curieux apparaître derrière le dossier du divan, il ne put s'empêcher de réagir :
- Je ne suis pas d'humeur, Granger, grogna-t-il entre ses dents. Regarde ailleurs!
Hermione ne se laissa pas impressionner et ignora son avertissement. Elle le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il se rendre aux marches qui menaient à l'étage du dessus, près de sa chambre.
- McGonagall t'a retiré ton titre, c'est ça? lui demanda-t-elle
En plein centre de l'escalier, Drago s'immobilisa et posa sur elle le regard de celui à qui on venait de soutirer un grand secret. Une main sur la rampe, il serra les mâchoires.
- Comment tu sais ça?
- Elle et moi en avons parlé plus tôt dans la semaine. À ce moment-là, ce n'était pas une décision coulée dans le béton.
Scandalisé, Drago descendit quelques marches et cambra les épaules comme Pattenrond le faisait habituellement lorsqu'il était sur la défensive.
- Tu veux dire que tu fais partie de ceux qui ont été se plaindre à McGonagall parce que je suis le fils d'un évadé?
- Non, bien sûr que non! rectifia la jeune femme en refermant son livre. Je dis simplement qu'elle avait prévu ce genre de réaction et que nous en avons longuement discuté puisqu'il s'agissait d'un retrait majeur.
Drago se calma légèrement sans toutefois se départir de sa colère.
- Peu importe, déclara-t-il en remontant l'escalier en entier. Je m'en moque, car de toute façon ça ne me concerne plus.
- Peut-être devrais-tu tenter de négocier av-
- Ouais, c'est ça, lui lança-t-il de sa chambre. Ferme-la.
Les narines dilatées, Hermione se mit à fulminer sur le divan tandis que le Serpentard ferma bruyamment sa porte. De quel droit osait-il la rembarrer aussi désobligeamment alors qu'elle n'avait tenté que de regonfler l'humeur de chien qu'il trainait avec lui depuis son retour du Ministère?
- Va au diable, Malefoy… maugréa-t-elle en rouvrant son bouquin.
Vingt minutes durant, Hermione toléra un grabuge incroyable provenant de la chambre de son ex-acolyte. Elle rit presque du début à la fin, se délectant des jurons et des lamentations de tout genre qu'il proférait à gorge déployée. Ça avait quelque chose d'agréable de l'entendre pester de la sorte après la réplique cinglante qu'il lui eut décochée plus tôt, mais tout ce vacarme l'empêchait de se concentrer sur sa lecture et commençait à l'importuner.
Enfin, les bruits cessèrent. Elle entendit sa porte s'ouvrir et le vit apparaître au balcon chargé de trois immenses valises. L'effort fut considérable pour ne pas éclater de rire. S'il avait l'intention de descendre l'escalier avec ces trucs dans les bras, Hermione parierait dix gallions qu'il gagnerait le sol plus tôt que prévu. Subtilement, cachée derrière son livre, la préfète-en-chef observa son rival s'affairer.
Les secondes passèrent… Les minutes également…
- C'est bien! s'exclama Hermione à l'adresse de Drago. Ça fait cinq minutes et tu es presque rendu à la moitié de l'escalier.
Entre deux valises que Drago tenait, il lui décocha un regard rouge de haine. Si ses bras n'avaient pas été aussi encombrés, il lui aura instantanément lancé un maléfice afin de taire son sarcasme.
Mais dans son désir ardent de lui faire ravalée son impertinence, il perdit pied et faillit tomber. Par automatisme, Hermione se raidit vivement sur le divan en jetant son livre sur le coussin d'à côté, prête à prêter main forte à son rival s'il menaçait de débouler l'escalier. Une des valises – celle qui tenait en équilibre entre les deux autres calées dans le pli de ses coudes – glissa et dégringola plusieurs marches pour finalement s'immobiliser au pied de l'escalier.
- Tu ne pourrais pas faire attention? se fâcha Hermione. Il est plus de dix heures! Tu vas réveiller tout le monde!
Le Serpentard écarquilla les yeux ; il avait failli se rompre le cou et cette idiote s'inquiétait davantage pour le sommeil de ses comparses?
- Je serais peut-être plus silencieux si tu m'aidais, merde! répliqua méchamment Drago. Tu restes étendue là à me regarder risquer ma vie sans rien faire… Tu parles d'une préfète-en-chef…! Tu veux ma mort sur ta conscience?
Hermione se leva et roula les yeux. Ce petit prétentieux avait toujours eu le don de dramatiser le moindre incident. Un peu comme Ron, quoi.
- L'idée d'utiliser un sortilège de locomotion ne t'a jamais traversé l'esprit?
- Non, mais maintenant que tu le proposes, ça ne serait pas une mauvaise idée! rétorqua-t-il du tac au tac. Le seul problème est que mes deux mains sont occupées et ma baguette est dans ma poche!
- Tu n'espères quand même pas que j'aille la chercher…?
- Es-tu complètement stupide, Granger, ou quoi? Tu as une baguette toi aussi, non? Rends-toi utile avant que je ne m'effondre!
Ce n'était sûrement pas ainsi demandé qu'elle lui viendrait en aide. Sans cacher sa susceptibilité, la Gryffondor croisa les bras et le défia du regard.
- Voudrais-tu en plus que je te porte à destination? proposa-t-elle avec ironie. Je pourrais aller chercher une selle chez Hagrid et me l'installer sur le dos, tant qu'à y être! Il possède plusieurs modèles et plusieurs matériaux… De la couenne d'hippogriffe pour monsieur Malefoy, ça devrait être bien, non?
- Granger, mille Gorgones…! ronchonna-t-il en sentant ses jambes trembler et faiblir. Je voudrais bien me mettre à genoux pour te supplier mais je ne peux plus bouger!
- Très bien, très bien. Attends un peu, je vais aller chercher la selle chez Hagrid, dit-elle en s'éloignant vers la sortie de la salle commune. Sa cabane est à environ dix minutes d'ici, tu tiendras jusque là?
- Pitié, Granger! Je ne peux plus supp-
Sa phrase fut interrompue par la gravité qui l'entraîna brusquement avec elle. Tandis que les deux valises que Drago tenait encore glissaient de ses bras et tombaient de chaque côté des rambardes de l'escalier, le blondinet effectua un vol plané tête devant vers le sol. Hermione, épouvantée, réagit aussitôt ; sa main s'enfouit dans la poche de sa jupe et en sortit promptement sa baguette en bois de vigne qu'elle brandit devant elle avec une agilité impressionnante :
- Levicorpus!
La cheville de Drago sembla soudainement être saisie par une main invisible et son corps, renversé, pendit mollement dans le vide. La jeune femme pouvait presque voir le cœur de son rival marteler sa poitrine au travers de sa chemise blanche et aurait pu jurer que le sien en faisait tout autant.
- C'est pas passé loin, hein…? ânonna-t-elle petitement.
- J'imagine que je devrais te remercier, grognonna Drago en retrouvant un certain calme, mais j'ai plutôt envie de te lancer une de mes valises en plein visage. (Hermione, dépassée par son ingratitude, fut défigurée par la colère.) Fais-moi redescendre, j'ai trop de sang à la tête…
- Comme tu voudras. Liberacorpus.
Dans un léger « boum », son corps chuta dans l'escalier. À plat ventre contre les marches, Drago gémit douloureusement tandis qu'Hermione, se désintéressant déjà de la situation, se rassit contre le divan et rouvrit son bouquin afin de poursuivre sa lecture. Elle ne leva même pas les yeux lorsque le Serpentard se releva et descendit les dernières marches d'un pas maladroit en se massant les côtes. Il pouvait bien avoir le bras disloqué qu'elle n'en aurait eu cure.
- Pour la délicatesse, on repassera, hein? lui lança-t-il hostilement.
- Sauver ta vie a été un plaisir pour moi, Malefoy, renchérit-elle afin de souligner l'altruisme de son acte.
Drago lui adressa une moue dédaigneuse puis sortit sa baguette afin de lancer un Locomotor Barda à ses bagages. Aussitôt, les trois valises se soulevèrent de terre puis suivirent leur maître qui prit la direction de la porte de la salle commune des préfets.
À la seconde exacte où il ouvrit le lourd battant de bois, Drago mit le pied dans une flaque qui troubla son équilibre et le projeta dans sa seconde chute de la soirée. Un son visqueux se conjugua à la vitesse avec laquelle son pied glissa, et, les paupières crispées en raison d'un réflexe instinctif, il tomba brusquement contre une masse molle et tiède qui heureusement amortit son atterrissage. Drago entendit la Gryffondor rigoler au même instant où il ouvrit les yeux afin de découvrir ce qui lui avait servi de coussin.
Un élève. Un élève étendu au beau milieu de… de…
Le Serpentard jeta autour de lui un regard complètement horrifié. Du sang. Une flaque de sang. Une immense étendue de sang dont ses propres vêtements, après s'être considéré avec épouvante, en étaient complètement imbibés. Les yeux aussi gros que deux vifs d'or, son corps fut incapable de réagir pendant cinq longues secondes durant lesquelles il cherchait avidement le souffle suffisant afin d'hurler son écœurement. Une fois que ses muscles se ranimèrent enfin, il poussa un cri étranglé et s'aida de ses deux mains pour se retourner et se trainer hâtivement à l'intérieur de la salle commune des préfets. Sur le sol, un long et large sillon d'hémoglobine peignit les dalles tandis qu'il tentait de mettre un maximum de distance entre lui et le cadavre.
- Vas-tu enfin cesser de crier, Malefoy? s'indigna Hermione en se levant pour contourner le divan. Les gens do-
Le spectacle la paralysa. De sa position, elle voyait chaque détail : le corps tremblant de Malefoy statufié contre le sol, une trainée de sang qui menait à un étang écarlate de l'autre côté de la porte grande ouverte et le corps sauvagement mutilé d'un élève.
- Qu'est-ce qu-que… que… Qu'est-ce que t'as f-fait…? balbutia-t-elle en sentant son diner lui remonter dans la gorge.
- Je n'ai rien fait du tout! rugit-il en se retournant vers Hermione. Je suis sorti et j'ai glissé dans… dans le… le sang… Je suis tombé et je l'ai vu…
Les jambes secouées de violents soubresauts, Drago se releva à l'aide du meuble le plus près et s'écarta derrière la préfète-en-chef en saisissant sa tête entre ses mains, totalement effaré et répugné. Il remarqua alors que ses cheveux étaient tout poisseux de sang et que sa chemise normalement blanche était devenue presque entièrement cramoisie sur le devant. Elle lui collait à la peau.
- Je suis couvert de sang… C'est horrible, je… je… gémit-il en pinçant sa chemise du bout des doigts. Je vais vom-
Il dégueula vigoureusement en s'accrochant à un mur, incapable d'en supporter davantage. Hermione, malgré son estomac qui se fragilisait dangereusement, ne lui porta aucune attention pour mieux trouver le courage de s'avancer vers le cadavre afin de l'identifier.
- Qu'est-ce que tu fais? s'écria subitement Drago en la voyant se diriger vers la sortie. Ne me laisse pas seul avec un cadavre!
- Oh mon Dieu! couina-t-elle tandis qu'elle voyait enfin le visage mutilé de la victime. C'est Dennis Crivey! (Elle se tourna vers Drago qui s'essuyait la bouche avec dégoût.) Dennis Crivey, un Gryffondor en cinquième année!
Trois portes de chambre s'ouvrirent à quelques secondes d'intervalle, et Ginny, Stevan ainsi que le Poufsouffle dont le nom restait un mystère apparurent que très légèrement vêtus. En apercevant le massacre, les deux préfets hurlèrent de terreur et Ginny, plus vaillante, effectua rapidement un lien entre la flaque de sang et les vêtements trempés du blondinet :
- Qu'est-ce qu-que… que… Qu'est-ce que t'as f-fait…? murmura-t-elle d'une voix chevrotante à l'adresse de Drago.
- JE N'AI RIEN FAIT DU TOUT! répéta-t-il avec fureur.
- Nous prends-tu pour des abrutis? s'exclama Stevan qui, habillé que d'un simple slip aux couleurs discutables, ne paraissait pas plus menaçant qu'un boursouflet. Il y a davantage de sang sur tes vêtements que par terre!
- Stevan, tais-toi! ordonna rudement Hermione en frappant le sol de son pied et en serrant les poings. Malefoy n'y est pour rien! Toi, le Poufsouffle, quel est ton nom?
Le Poufsouffle en question était livide et tressauta violemment lorsque le doigt de la préfète-en-chef le pointa.
- Heu… Adam… Adam Roquenoir.
- Bien. Adam et Stevan, allez immédiatement prévenir le professeur McGonagall!
- Pourquoi nous? s'indigna Stevan. Nous n'avons rien à voir avec tout ça!
- Crois-tu vraiment que c'est le temps de jouer à la courte paille? vociféra Hermione en ouvrant ses mains telles des serres d'aigle. Un étudiant a été assassiné!
Sans crier gare, Adam s'effondra sur le sol, inconscient.
- Hermione, ce n'est pas la peine d'envoyer de tels incapables, déclara Ginny après avoir été chercher un peignoir dans sa chambre afin de couvrir la légèreté de son pyjama. Je vais y aller, moi…
Aussitôt, la rouquine quitta la salle commune des préfets en enjambant précautionneusement le corps de la pauvre victime. Stevan était occupé à tenter de ressaisir son copain Adam, et Drago, vacillant, s'élança en direction de la fenêtre la plus proche dans l'intention de laisser les bourrasques fraiches de septembre fouetter son visage blanc comme neige. Finalement, Hermione, surmenée par les événements qui eurent lieu dans les dernières minutes, s'écrasa contre un divan afin d'imposer un léger repos à son cœur agité.
