Salut!

Je suis hyper pressée en ce moment donc je n'étirerai pas l'introduction comme je fais d'habitude... Mais je prends tout de même le temps de remercier les gens qui ont commenté sur le chapitre précédent! :)

J'espère que celui-ci vous plaira!

Lexa Nedra


Une leçon d'honneur

Chapitre 5
Des aveux biographiques

Le samedi était gris. En dehors de Poudlard, la pluie tambourinait violemment contre les éléments défraichis du paysage depuis le milieu de la nuit tandis que le deuil ternissait le visage de chacun entre ses murs. Les élèves avaient tous été rassemblés dans la Grande Salle en début d'après-midi afin de commémorer la perte du jeune Dennis Crivey. Naturellement, suite à la cérémonie, McGonagall avait annoncé à ses étudiants les circonstances de sa mort sans toutefois insister sur l'état dans lequel il avait été trouvé, ainsi que les méthodes entreprises afin de prévenir un second incident de ce genre. Néanmoins, plusieurs semblaient croire que l'embauche d'Aurors ne serait pas suffisante pour assurer une pleine sécurité à Poudlard. Déjà, certains pensaient à quitter l'école.

Frappée par l'ambiance mortuaire, Hermione avait préféré rester dans la salle commune des préfets plutôt qu'accompagner Harry, Ron et Ginny sur le terrain de Quidditch afin de se libérer du voile de tristesse abattu sur l'école ; elle, contrairement à eux, nécessitait un moment de solitude afin de se ressaisir, car encore, en plus d'avoir vu ce qui avait résulté du sordide meurtre, les arguments d'Harry concernant la possible connexion entre les deux derniers incidents majeurs la tourmentait. Malgré sa démence, elle était parfaitement vraisemblable.

Hermione savourait son isolation. Tandis que la grande majorité des élèves, suite au bouleversant discours de McGonagall, étaient resté dans la Grande Salle afin de pleurer ou de spéculer, la Gryffondor profitait de cette paix totale afin de compléter ses devoirs ; c'était pour elle une échappatoire. Différente des autres, certes, mais efficace à un point tel que les minutes s'enfilèrent sans qu'elle ne repense à la tragédie qui les avait frappé. Dans ce silence, le martèlement de la pluie contre les fenêtres et le crépitement du feu de foyer possédaient sur elle un pouvoir de réflexion singulier et c'est avec fougue que sa plume grattait son parchemin sans s'offrir une seule seconde de répit. Le déplaisir fut donc considérable lorsqu'elle entendit les bruits caractéristiques d'une irruption dans la pièce. Derrière elle, trois tonalités de rire différentes s'élevèrent.

- Hé, ho, Malefoy! protesta vivement Hermione en tordant le cou. Peux-tu me dire ce que tu fabriques?

Zabini et Nott étaient avec lui. Les trois Serpentards, qui ne l'avaient pas aperçue avant son ardente intervention, s'immobilisèrent. L'expression qui tordait leur visage se situait à mi-chemin entre l'amusement et le dédain.

- J'ai l'air de faire quoi, d'après toi? lui lança-t-il.

- Tu as l'air de commettre une infraction aux règlements qui concernent la salle commune des préfets, déclara-t-elle en s'écartant du pupitre sur lequel elle s'était installée afin de compléter son devoir. (Drago, qui faisait la sourde oreille, invita ses amis à se diriger vers sa chambre.) Seuls les préfets et préfets-en-chef possèdent le droit d'entrer ici et tu le sais… Hé! Écoute-moi!

Drago l'ignora superbement tandis que lui et ses amis gravissaient les marches de l'escalier en colimaçon. Mais Hermione, tenace, n'en démordit pas pour autant :

- Apparemment, tu ne te soucis déjà plus de préserver ton poste de préfet-en-chef.

Dans le mille. Le blondinet se figea, et Zabini et Nott, derrière lui, lui rentrèrent dedans. Ses yeux gris se plissèrent et foudroyèrent la Gryffondor.

- Reste en dehors de ça, veux-tu? l'avertit-il en serrant les mâchoires.

- Oh que non. Ici, c'est la salle commune des préfets, donc si tu ne souhaites pas que j'informe McGonagall de ton sensationnel je-m'en-foutisme, il serait peut-être préférable que tu ailles discuter avec tes copains ailleurs.

- C'est du chantage que tu me fais là?

- Peut-être.

Longuement, les deux préfets-en-chef se lorgnèrent. Drago devait déployer un effort monumental pour garder son sang-froid alors qu'Hermione ne faisait qu'afficher un flegme inébranlable. Il désirait manifestement lui balancer une grossièreté au visage, mais son poste de préfet-en-chef lui était beaucoup trop précieux pour qu'il se permette de le mettre en jeu ; à contrecœur, il ordonna à Zabini et Nott de descendre l'escalier.

- Depuis quand as-tu peur de McGo, Malefoy? pouffa Zabini tandis qu'ils se dirigeaient tous vers la sortie.

- Boucle-la, répliqua Drago. Sortons.

Lorsqu'ils passèrent la porte, Hermione soupira, satisfaite. Franchement, il était hors de question que monsieur Irresponsabilité fasse de la salle commune des préfets un repère de Serpentards! Après tout, l'école était immense ; ce n'était pas les recoins lugubres qui manquaient afin d'inspirer les mauvais coups.

Le calme revint et son désir de terminer son devoir s'était accentué en raison de la désagréable interruption causée par l'arrivée du Serpentard. Rapidement, elle se rassit à son pupitre, saisit sa plume et compléta sa phrase inachevée.

oOo

Drago passa le seuil de la porte et parcourut la pièce d'un expéditif coup d'œil ; pas là. En cinq enjambées, il se rendit à l'escalier qu'il gravit en un temps record et se mit à tambouriner de ses poings contre la porte devant laquelle il aboutit.

- Granger! Je sais que tu es là! Ouvre! Allez, ouvre!

La porte s'ouvrit et une Hermione remarquablement hérissée apparut.

- McGonagall te fera payer les dommages matériels si tu défonces ma porte, Malefoy! beugla-t-elle.

- Il est absolument hors de question que je t'aie sur le dos durant toute l'année, m'as-tu bien compris? Je refuse que tu menaces de dénoncer à McGonagall tout ce qui ne te plaira pas de mes habitudes!

Hermione fronça les sourcils et enfonça ses poings contre ses hanches.

- Suis les règlements et je ne risquerai pas d'interférer dans ta vie trop souvent!

- Les règlements, les règlements, les règlements! Est-ce dont l'unique chose à laquelle tu penses? Tu m'aurais balancé à McGonagall simplement parce que j'aurais fait entrer des copains dans ma chambre?

- Non ; je t'aurais dénoncé à McGonagall parce que tu aurais permis à des élèves qui ne possèdent pas les droits nécessaires pour entrer dans la salle commune des préfets!

- Et alors?

- Si les règlements avaient été rédigés afin qu'on les transgresse, il n'y aurait tout simplement pas de règlements, ne crois-tu pas?

Insupporté par sa ridicule obsession, Drago leva la main dans l'intention de l'abattre sur son visage mais rectifia rapidement son geste en la posant plutôt contre le mur. Inutile de s'enfoncer dans davantage d'emmerdes en s'attirant une réputation de batteur de femmes en plus de celle d'un fils d'évadé. Hermione ne semblait pas l'avoir remarqué.

- Tu es… T'es… T'es tellement… TU M'ÉNERVES! éclata-t-il tandis qu'Hermione roulait les yeux. L'effet que tu as sur moi est pire que celui de Potter ou Weasley! Tu me donnes de l'urticaire! Tu le savais, ça?

Elle croisa les bras, ennuyée.

- C'est tout?

- Non! Je te dévoilerais bien le véritable fond de ma pensée si les nouvelles lois n'empêchaient pas la discrimination, mais puisque le cher règlement l'interdit, je vais me contenter de le penser avec animosité!

- Très bien! Maintenant, lâche ma porte!

- Je n'ai pas fini.

Un soupir particulièrement puissant s'échappa de la bouche d'Hermione.

- Tu me laisses tranquille, lui ordonna Drago en pointant sur elle un doigt autoritaire. C'est bien compris?

- Comme je t'ai déjà expliqué, répéta-t-elle en détachant chaque syllabe, si tu suis les règlem-

- Drago?

Une troisième voix, masculine et feutrée, s'était élevée. La réaction fut unanime ; Drago et Hermione canalisèrent leur attention en direction d'où elle était provenue. Ils auraient pu jurer qu'elle était venue de sa chambre.

- Tu as fait entrer quelqu'un dans ta chambre, Malefoy? s'indigna Hermione en virant au rouge.

- Non…! déclara-t-il en toute honnêteté en lui décochant un regard confus.

- Mais alors qu'est-ce qu-

- Drago? M'entends-tu?

Encore cette voix… Hermione plissa les yeux ; elle ne lui était pas inconnue. Elle n'aurait su déterminer l'identité de son propriétaire, mais elle restait toutefois convaincue que ce n'était pas durant un match amical de Bavboules qu'elle l'avait entendue. Ses cheveux emmêlés se dressèrent sur son crâne.

Puis tout à coup, telle la lumière aveuglante d'un Patronus, le visage du détenteur de la voix s'imposa à eux.

Drago n'attendit pas que la voix s'élève de nouveau afin de s'assurer que ses constatations étaient véridiques. Tel un Éclair de Feu, il fila en direction de sa chambre sans toutefois réussir à semer Hermione qui le talonna aussitôt. Il ouvrit la porte à toute vitesse, pénétra à l'intérieur de sa chambre puis la claqua aussitôt au nez de la préfète-en-chef qui, dans sa hâte d'entrer à temps dans la pièce, la prit de plein fouet. Le nez sensible, elle saisit la poignée et tenta en vain de la tourner ; Drago venait tout juste de lancer un Collaporta au battant qui se scella dans un bruit de succion.

- Malefoy, ouvre cette porte! lui cria-t-elle en y martelant ses poings. Ouvre-la!

Inutile. Un mur serait sûrement plus coopératif.

Elle fut saisie d'un léger étourdissement dû à l'excitation subitement apparue ; aussi fut-elle obligée de maintenir son équilibre en s'accrochant à la rambarde tant sa tête tournait. Des liens se faisaient, des peurs se concrétisaient, des doutes s'installaient…

Ainsi, le miroir grossièrement taillé qu'Hermione avait vu dans un tiroir lors de sa courte fouille dans la chambre de son rival n'était pas qu'une glace banale… C'était, en fait, un Miroir à Double Sens dont il se servait afin de communiquer avec Lucius…

Lucius, son père, considéré comme étant un dangereux criminel évadé…

Hermione recula d'un pas, assombrie. Et si, après tout, Drago était complice dans cette affaire? Elle se souvenait très bien avoir débattu du sujet avec Harry, Ron et Ginny suite à l'incident qui eut lieu dans la Grande Salle lors de la rentrée. À ce moment, elle était convaincue que le Serpentard était innocent et que le débarquement de la Brigade de Police Magique à l'école n'avait été qu'une grossière erreur de la part du Ministère de la Magie. Mais maintenant qu'elle venait de découvrir que Drago avait gardé contact avec son père, elle n'était plus très certaine de ce qu'elle avait défendu avec fermeté quelques jours plus tôt…

Le pas pressé, Hermione alla chercher un manteau dans sa propre chambre qu'elle enfila à la va-vite dans l'intention d'aller rejoindre ses amis sur le terrain de Quidditch.

Ils devaient tout savoir.

oOo

La pluie ne s'était pas tempérée. Dans son élan d'indignation, Hermione avait complètement oublié d'enfiler des bottes d'eau, et voilà que ses chaussures étaient entièrement trempées et maculées de boue. Sans parler de ses cheveux, habituellement volumineux en raison de ses innombrables frisotis indisciplinés, qui étaient complètement aplatis contre son crâne et rendaient sa tête deux fois plus lourde qu'elle ne l'était déjà. Son humeur, suite à sa sortie du château, s'était considérablement massacrée.

- Granger!

Il ne manquait plus que ça! Malgré la pétarade soulevée par la violence de la pluie, Hermione distingua parfaitement la voix de Drago l'interpeler derrière elle. L'avait-il vraiment suivie jusqu'ici malgré la température? Lorsqu'elle fit volteface, elle aperçut le point flou dans les airs qui le représentait ; afin de s'assurer de la rattraper, Drago avait opté pour le balai plutôt que la course.

- Quoi? hurla-t-elle dans l'espoir de dominer le tapage ambiant.

Une fois à ses côtés, Drago descendit habilement de son balai et le posa contre le sol à la verticale, le tenant d'une main. Son visage était ridiculement tordu à cause du puissant déluge.

- Où vas-tu comme ça? lui demanda-t-il en perçant le tonnerre de sa voix.

- Jusqu'au terrain de Quidditch! rétorqua Hermione sans se démonter. Je vais avertir mes amis des manigances que tu combines avec ton père par l'intermédiaire d'un Miroir à Double Sens!

Dans sa voix, Drago décela autant de mépris que de colère, et le fait qu'elle ait hurler afin de bien faire passer le message ne fit qu'empirer le coup au ventre qu'il reçut. Il pouvait protester autant qu'il le désirait, mais cette fille était une véritable lumière et d'une perspicacité à rendre jaloux le meilleur Auror.

- As-tu déduit ça uniquement avec ce que… ce qui s'est… (Il ne savait manifestement pas comment décrire la scène qui s'était produite précédemment, et Hermione, impatiente, ne fit qu'hocher vivement la tête.) Vraiment…?

- Alors tu étais au courant! couina puissamment la préfète-en-chef. Tu étais au courant de l'évasion et tu n'as rien signalé aux autorités!

- Écoute, Granger… Tu sautes aux conclusions beaucoup trop rapidement… Il faut qu'on parle! Je suis sérieux!

Elle croisa les bras et se mit à taper du pied. Sous sa semelle, la boue jaillissait et s'accumulait encore plus sur ses chaussures. La pluie ne semblait pas la déranger outre mesure, mais de toute façon, elle était déjà entièrement trempée.

- Vas-y, je t'écoute!

- Ici? Sous cette pluie torrentielle? On a tellement de mal à s'entendre qu'il faut se crier dessus!

- Alors nous ne serons pas trop déstabilisés! Allez, Malefoy! Explique-toi sur le champ, car j'ignore franchement ce qui me retient d'aller tout déballer au Ministre lui-même!

Drago déglutit laborieusement. Il pouvait pratiquement voir les ondes négatives générées par sa fureur émaner de sa tête telles d'épaisses volutes de fumée. S'il ne se montrait pas suffisamment persuasif envers elle lors de ses explications, il risquerait beaucoup. D'un geste machinal et nerveux, il passa une main dans ses cheveux blonds plaqués contre sa tête qui se lissèrent vers l'arrière.

- Je n'ai… absolument, absolument rien à voir avec cette évasion, Granger… Absolument rien! J'ai été aussi surpris que tout le monde dans la Grande Salle lorsqu'on l'a annoncé!

Les sourcils froncés, Hermione manifesta toute sa méfiance.

- Je le jure! renchérit Drago en joignant ses mains tout comme s'il était sur le point de faire une prière. C'est la vérité!

- Donc tu ignorais qu'elle allait avoir lieu, c'est bien ça?

- Exactement! En fait, je veux dire… Non…

- Quoi? rugit-elle. Alors tu le savais?

Le Serpentard pratiqua une série de gestes complètement désespérés, comme s'il savait déjà que sa tentative de conviction était vouée à l'échec. Il laissa tomber son balai contre le sol boueux.

- Oui, je le savais! avoua-t-il éperdument. Mon père me l'avait annoncé lors d'une visite que je lui avais rendue à Azkaban, mais je n'étais aucunement d'accord avec cette décision!

- Et l'idée de prévenir les autorités ne t'a jamais traversé l'esprit?

- Granger… Il s'agit de mon père! Mon père! C'est un parent! J'ai beau le… (Il pinça les lèvres, refoulant sa phrase.) Écoute, je ne voulais pas qu'il soit condamné à pire qu'un emprisonnement à vie, comprends-tu?

Hermione s'humecta inutilement les lèvres, ne sachant plus comment procéder.

- Pourquoi n'étais-tu pas d'accord avec cette idée d'évasion? renchérit-elle. Tu as toujours marché dans les pas de ton père, alors pourquoi pas cette fois-ci?

Cette conversation prenait une tournure beaucoup trop personnelle au goût de Drago. Il ouvrit la bouche dans l'intention de répliquer, mais la referma aussitôt. Les détails intimes reliés à sa famille ne la concernaient aucunement.

- C'est… C'est personnel, ça…

- Ça ne le sera sûrement plus si tu dois subir un procès pour complicité, Malefoy! Je ne laisserai passer aucun détail, me comprends-tu? Ce qui s'est produit est très grave, alors crache le morceau!

Les lèvres pincées, Drago balaya le paysage cendré de son regard dans l'espoir d'y trouver une échappatoire, mais la pluie, dramatique, le poussa à mettre ses tripes sur la table :

- Je ne voulais pas payer une deuxième fois pour les gaffes de mon père…! confessa-t-il au prix d'un immense effort. J'ai déjà été forcé de le faire auparavant et j'ai failli y laisser ma peau… Je… Je ne voulais pas être encore impliqué…!

Cette réplique laissa Hermione sans voix. Bien sûr, elle l'avait forcé à avouer, mais elle ne s'était pas attendue à une réponse aussi honnête. D'ailleurs, tout comme s'il venait tout juste de s'infliger la pire des humiliations, Drago figea son regard sur les montagnes lointaines. Il était blême.

- Je t'ai tout déballé, Granger! lui lança-t-il afin de susciter une réaction. Satisfaite, maintenant?

Mal à l'aise, Hermione hocha la tête.

- Tu ne dois rien dire à-

- Et ce miroir? l'interrompit-elle soudainement.

- Je ne l'ai jamais utilisé… Je ne me souvenais même plus que je l'avais.

- Et le meurtre de Dennis, lui?

Drago grimaça, cherchant le lien entre l'évasion et le meurtre.

- Qu'est-ce qu'il a, le meurtre?

- Tu ne crois pas qu'il ait un lien avec l'évasion?

- En quoi ces deux choses pourraient-elles être liées?

- Je l'ignore. Il faut bien spéculer.

Un ange passa. L'inquiétude du Serpentard se sentait tout comme si elle avait le nez dans une bouse d'hippogriffe.

- Jure-moi que tu ne diras rien, Granger…

- Jure-moi que tu informeras qui de droit aussitôt que tu apprendras un détail crucial de la bouche de ton père.

- Oui, parfait! s'exclama subitement Drago en voyant là une entente équitable. Tu veux passer un accord? Ton silence contre ma coopération.

Avant même oser espérer une réponse positive, le jeune homme tendit une main officielle vers sa rivale. Le désespoir devait être particulièrement grand pour s'abaisser au point de souhaiter une entente avec une Sang-de-Bourbe telle qu'elle… Indécise, Hermione fixa longuement la main du blondinet, comme si elle s'attendait à ce qu'elle se rue sur son cou pour l'étrangler.

- Tu sais que c'est d'un immense châtiment que je te sauve si j'accepte ce pacte? lui indiqua-t-elle entre ses dents.

Parfaitement conscient de ce fait, Drago hocha la tête.

- Tu as une chance inouïe que ce soit moi. (D'une force singulière, elle serra la main du blondinet qui ne put s'empêcher de sourire de soulagement.) Harry ou Ron t'aurait offert en gibier aux Acromentules plutôt que te balancer aux autorités.

Derechef, Drago hocha la tête, mais cette fois-ci, en guise de gratitude. Hermione ne put s'empêcher de faire la moue en raison de ces formalités ; n'importe quelle entente conclue avec Drago Malefoy ne pourrait que la mettre dans une délicate situation, et celle-ci, perfide, ne put qu'éveiller un mauvais pressentiment dans son for intérieur.

oOo

La soirée s'était précipitée sur ce samedi comme un hypogriffe sur un furet. Suite à la poignée de main inusitée échangée avec Drago, il avait aussitôt mis les voiles en direction de Poudlard sur son balai afin de se mettre à l'abri de la pluie. Hermione, quant à elle, s'était rendue au terrain de Quidditch afin d'aller encourager ses amis. Étrangement, ils interrompirent une occulte conversation lorsqu'elle les rejoignit.

Dans la Grande Salle, la jeune femme tentait tant bien que mal de paraître désinvolte afin de ne pas alerter Harry et Ginny – Ron étant mystérieusement absent –, mais la tâche était ardue. Jamais elle n'avait eu à s'efforcer de cacher un fait important à ses meilleurs amis, et le devoir de le faire éveilla chez elle un lourd sentiment de culpabilité. Si elle avait pensé à cet aspect subtil de l'entente avec Drago avant de l'officialiser, jamais cette poignée de main n'aurait eu lieu. Mais maintenant que promesse était faite, elle ne pouvait pas se permettre de la violer.

- Où est Ron? demanda Hermione afin de déranger son inconfort.

Harry et Ginny s'échangèrent un regard complice et aussitôt, l'attention d'Hermione se focalisa entièrement sur l'absence de son copain.

- Disons simplement que Ron est en train d'organiser une surprise pour toi, dévoila Ginny tandis qu'Harry rougissait en prenant une bouchée de son pâté au poulet.

- Une surprise…? répéta Hermione en souriant timidement. Quel genre de surprise?

- Tu ne crois tout de même pas nous allons la divulguer, pas vrai? dit la rouquine. Ce n'est pas à nous de le faire…

- Alors voilà la raison pour laquelle vous commériez lors de mon arrivée sur le terrain de Quidditch!

Le couple hocha la tête, et Hermione, maintenant intriguée, se pencha sur la table.

- Il a l'intention de me l'offrir quand, ce cadeau?

- Ce soir, je crois bien… dit Ginny en consultant son copain du regard. Oh, justement! (Elle leva un doigt en direction des portes de la Grande Salle et Hermione s'y intéressa aussitôt.) Le voilà!

Ron semblait plutôt timide avec ses joues rosées et ses mains au creux de ses poches. Sa copine n'attendit pas qu'il les rejoigne ; elle-même alla le retrouver, avide.

- Ron! poussa Hermione d'une voix enjouée. Tu aurais apparemment une surprise pour moi?

Le rouquin lança aussitôt un regard réprobateur à ses amis qui haussèrent les mains afin de lui signaler qu'il n'avait rien dévoilé des détails croustillants de ladite surprise.

- Alors? Qu'est-ce que c'est? ajouta-t-elle, curieuse. Je peux l'avoir maintenant?

- Évidemment… marmonna-t-il avec embarras. Hum… Suis-moi, c'est par là…

Sa main tremblotante saisit celle de sa copine et le couple de Gryffondors se dirigea vers la sortie de la Grande Salle. Juste avant de passer les portes, Ron jeta un œil angoissé par-dessus son épaule en direction de ses supporters qui lui offrirent un sourire dynamisant. Ron soupira afin d'évacuer toute l'angoisse qui l'animait puis entraina Hermione au septième étage du château.

- Tu m'emmènes à la Salle sur Demande, pas vrai? devina Hermione en sentant l'excitation monter en elle.

- Hé, ho! Ne devine pas tout avant d'avoir vu!

En guise de réponse, Hermione entoura le bras de Ron des siens puis le suivit jusqu'à la tapisserie familière de Barnabas le Follet. Une fois rendus, il passa trois fois devant le grand mur vide, les yeux fermés afin de penser plus profondément à ce qu'il désirait y trouver, puis observa avec contentement une porte apparaître dans l'espace.

- Tu es prête? lui demanda-t-il en tendant une main vers elle.

Hermione hocha frénétiquement la tête puis captura sa main. Dix secondes plus tard, Ron refermait la porte derrière eux.

La première chose qui frappa Hermione fut l'horrible couleur rose criarde des murs. C'était hideux. L'immense lustre doré installé au centre parfait du plafond se démarqua ensuite ; accroché depuis les petites chandelles qui entouraient le luminaire, d'interminables banderoles rejoignaient les quatre coins de la pièce qui avait la superficie de la Grande Salle. Dessus, on pouvait y lire les mots « Cinq mois d'amour » qui se répétaient infiniment. Hermione sourit ; elle savait, évidemment, qu'elle avait tout récemment franchi le cap des cinq mois avec Ron.

Mais son sourire mourut brusquement lorsqu'elle vit, là-bas, sur une mezzanine en forme de demi-cercle contre le mur du fond, un lit. Un immense lit – encore plus grand que celui qu'elle possédait dans sa chambre de préfète – dont le meuble en tant que tel semblait sortir tout droit des époques victoriennes. Le mobilier était splendide, certes, mais la couverture rouge sur laquelle des centaines de cœurs magentas dansaient paisiblement la fit grimacer ; du côté gauche et droit du lit, les coins supérieurs de la couverture avaient été soigneusement repliés en angle droit et offraient un aperçu des draps d'en dessous. Les intentions de Ron, subitement, la heurtèrent de plein fouet tandis qu'un malaise incroyable naquit dans ses entrailles.

- Hermione…

Ron l'avait attirée vers lui et entoura son corps de ses bras au niveau de sa taille. Hermione, appréhensive, posa ses mains sur les bras de son copain à défaut de le repousser.

- Le 1er septembre dernier, ça a fait cinq mois que nous sommes ensemble… déclara-t-il avec un certain émoi. Je voulais que tu saches que depuis cette fois où tu m'as embrassé pendant la Bataille de Poudlard, je n'ai connu que du bonheur d'être en ta compagnie… (Hermione sourit gauchement, incapable de s'attendrir en raison de l'évidence du désir de son petit ami.) J'espère sincèrement que notre couple perdurera à travers le temps comme un phénix à travers l'embrasement… (Hermione fronça un sourcil et haussa l'autre, incertaine de comprendre la comparaison, et Ron, nerveux, s'empressa de l'éclaircir.) Tu sais… lorsqu'il décède… il s'enflamme, non? Et il renait ensuite comme si de rien n'était… (La jeune femme hocha la tête.) Voilà, comme notre amour.

Il instaura une pause et inspira profondément. Sa maladresse empirait son embarras seconde après seconde.

- Puisque notre couple se porte si bien, j'ai pensé nous offrir un cadeau… une surprise telle que celle-ci… (Il indiqua la salle d'un geste de main.) Nous pourrions ainsi partager un moment de pure intimité afin de… tu sais… franchir une nouvelle étape…

Le cœur de la Gryffondor battait à tout rompre. Beaucoup trop mal à l'aise pour affronter le regard complètement candide de Ron, elle fixa le lit qui sembla dans son imagination se transformer en grosse bouche voluptueuse cherchant à les engloutir tous les deux. Elle déglutit difficilement et feignit l'ignorance :

- Une… Une nouvelle étape…? couina-t-elle en pratiquant un habile jeu de sourcils.

- Oui… Tu sais… Le genre d'étape que la plupart des couples auraient franchie dès le premier mois… explicita-t-il en sentant ses oreilles rougir. Ce genre d'étape…

De nouveau, il présenta la pièce d'une main en s'attardant particulièrement sur l'endroit où était positionné le lit. Malgré elle, Hermione grimaça en tentant doucement de s'écarter de l'étreinte de Ron. Celui-ci, alerté par son mouvement de recul, perdit aussitôt le peu d'assurance qu'il avait réussi à amonceler.

- Je… Je ne sais pas, Ron… bredouilla Hermione. C'est très… rapide, tout ça, non…?

- Ra… rapide? répéta le rouquin en sentant ses jambes faiblir.

- Oui, c'est rapide… Je veux dire… Nous n'avons que dix-huit ans…

- Que dix-huit ans…?

- Écoute, ne te méprends surtout pas, mais… nous sommes encore aux études… Nous n'avons pas vraiment le temps de nous adonner à de telles… de telles…

- Oh! Oh, d'accord! s'exclama-t-il avec hâte en voyant là une façon de corriger son erreur. Si c'est une question de temps, je peux faire vite, tu sais!

Hermione, offusquée, détourna les yeux en s'empourprant violemment tandis que Ron, réalisant l'obscénité de ses paroles, se frappa le front d'une main.

- No-no-no-non! paniqua-t-il en agitant ses deux mains devant lui. Ce n'est absolument pas ça que je voulais dire! Il ne s'agit que d'une nuit! Se pourrait être celle-ci, non? Tout est prêt! Ça fait quelques jours que je planifie tout ça et-

- C'est très gentil, très attentionné, répliqua Hermione, renfrognée, en croisant les bras sur sa poitrine à la manière d'une coquille, mais je ne me sens pas prête à franchir cette étape. Peux-tu comprendre ça?

- Mais… pourquoi? s'évertua Ron, trop penaud pour se taire et accepter sa défaite.

- Parce que ce n'est pas du tout comme ça que j'imaginais ma première fois, Ronald!

Presque suppliant, le rouquin tendit ses paumes vers le plafond.

- Alors… comment l'imaginais-tu?

- Je l'ignore! s'énerva Hermione en haussant les épaules et en secouant frénétiquement la tête. Peut-être durant la soirée qui suivrait une journée ensoleillée durant laquelle j'aurais été prendre le thé avec mon copain chez Madame Pieddodu! Ou peut-être suite à une ballade près du lac, main dans la main, durant un coucher de soleil! Mais certainement pas ainsi, durant une journée pluvieuse qui est, en plus, la journée suivant l'assassinat d'un élève de Poudlard, et en plus, dans une chambre dont la décoration est aussi horrible que l'était celle dans le bureau d'Ombrage!

Elle respira enfin. Emportée par l'impétuosité de son monologue, sa tête s'était mise à tourner et elle sentit tout son sang s'y affluer. Ron, en face d'elle, semblait complètement détruit, humilié, trahi. Son visage anciennement cramoisi était devenu livide et ses yeux grands ouverts observaient sa copine comme si elle venait de lui annoncer qu'elle avait autrefois entretenue une liaison secrète avec Dumbledore.

- Ça, est-ce que tu le comprends? reprit-elle en s'adoucissant.

Ron ne répondit pas immédiatement, encore sous le choc de son refus catégorique. Mais son humiliation, considérable, l'empêcha de capituler :

- Harry et Ginny l'ont sûrement déjà fait, eux! se fâcha-t-il subitement. Et Ginny est plus jeune que toi!

Insultée par son irrespectueux acharnement, Hermione pensa brièvement à lui claquer sa main au visage afin de lui remettre les idées en place.

- Alors va te joindre à leurs activités intimes si tu les envies tant! rétorqua furieusement Hermione en serrant les poings. Si tu crois parvenir à me convaincre en comparant notre couple aux autres, tu te mets le doigt dans l'œil jusqu'au coude, Ron!

Le pas raide, la jeune femme se dirigea vers la sortie sous le regard bouleversé de son copain.

La situation était bien pire que Ron n'aurait osé se l'imaginer ; dans ses plans, il n'avait même pas envisagé un refus, prenant pour acquis qu'elle s'offrirait ouvertement à lui après cinq mois de fréquentation. Mais la vérité était qu'Hermione n'avait jamais considéré se rendre jusqu'à ce point puisque ce sujet était confiné dans une section de son cerveau dont elle n'avait encore jamais fait usage. C'était probablement le seul département encore inexploré chez elle, d'ailleurs, et Ron, à contrecœur, dut le reconnaître en la voyant quitter la Salle sur Demande telle une vierge effarouchée.

oOo

Hermione traversa la salle commune des préfets sans rien voir autour d'elle. Un philtre rouge recouvrait sa vue tandis qu'elle se confondait avec une flèche tranchant l'air pour atteindre une cible qui était, dans les circonstances, sa propre chambre. Elle ne vit même pas les gens qui étaient pourtant sur sa trajectoire Stevan et Adam qui interrompirent leur partie d'échec version sorcier, Luna qui suspendit son enfilage de fossiles d'hippocampes dans le but de fabriquer un collier, Drago qui leva son nez du bouquin ennuyeux dont il devait lire douze chapitres pour son cours d'histoire de la magie, et Ginny qui sortit en trombe de sa chambre dans l'intention de se jeter sur son amie afin de lui réclamer des détails sur le déroulement de sa soirée. D'ailleurs, celle-ci s'immobilisa brusquement en voyant la tête que tirait sa copine puis la talonna.

- Hermione? couina-t-elle petitement tandis que la porte de la chambre de la préfète-en-chef se refermait brusquement devant elle.

Ton frère est un abruti! hurla-t-elle à travers la porte. Un incroyable goujat! (Elle poussa un furieux rugissement, et Ginny, contrainte, jeta un œil par-dessus la rambarde Stevan, Adam, Luna et Drago avaient les yeux rivés au balcon.) Je suis complètement révoltée!

Puis elle se mit à pleurer. Se souciant de l'intimité de son amie, Ginny tordit les lèvres puis se plaqua contre la porte afin de rester discrète :

- Hermione… Laisse-moi entrer. Les préfets en bas entendent tout ce que tu dis…

Quelques secondes passèrent durant lesquelles un silence impeccable plana dans les environs, et Ginny entendit les pas de son amie s'approcher. Hermione ouvrit la porte, les yeux rougis et les joues humides de larmes, puis la referma derrière sa copine lorsqu'elle franchit le seuil.