Bonsoir!

Croyiez-vous que j'avais oublié de poster le chapitre hebdomadaire? Hé non, le fait est que j'ai simplement eu une grosse journée... Et au lieu de faire ma dernière lecture pré-publication à la va-vite ce matin et d'ainsi négliger tout plein de détails que j'aurais pu corriger avec plus de temps, j'ai décidé de repousser la publication de quelques heures... à savoir durant la soirée, c'est-à-dire maintenant.

Et là, j'ai l'impression d'avoir une tonne de choses à dire...

Tout d'abord, j'espère et j'espère VRAIMENT que vous avez vu la nouvelle bande-annonce d'HPDH... Elle est sortie hier, en soirée, et j'avoue que j'ai pleuré en la visionnant...! J'AI TELLEMENT HÂTE! Oh, oui, sachez que je suis excessivement sensible et facilement excitable. Je pleure quand je suis heureuse, triste, en colère, émue, nostalgique, neutre, ou tout simplement quand l'envie me prend. Enfin bref. Si vous n'avez pas encore vu la bande-annonce, rendez-vous sur les sites à potins d'Harry Potter IMMÉDIATEMENT. En fait, elle est publiée pas mal partout, alors ça m'étonnerait franchement que vous, fans du monde d'HP, n'en n'aillez pas encore eu connaissance...!

Deuxièmement, hier était une journée spéciale pour une toute autre raison... Vous devinez laquelle? Oui? Non? J'espère vraiment que vous savez... Bon, je vous donne un indice : anniversaire. Vous ne savez toujours pas? D'accord, hum... Second indice : acteur blond. Nah? Toujours pas? Bon, troisième et ultime indice : DRACO MALEFOY! L'anniversaire de Drago Malefoy? NON! Même pas! C'était l'anniversaire de Tom Felton, l'acteur qui incarne notre très cher Drago Malefoy! Il a eu 23 ans... Vous saviez qu'il a un compte Twitter? Je le "follow", naturellement, et je l'ai harcelé tout spécialement pour son anniversaire, hier. Non, je me corrige : je l'ai ENCORE PLUS harcelé hier, en raison de son anniversaire. Hummm... Ça me fait toujours tout drôle de savoir que Drago Malefoy a un compte Twitter et qu'on peut y lire sa vie quotidienne... Haaalala, vive Twitter! :)

Bon, mon blabla n'a plus aucun sens, alors je me tais.

Un dernier mot : un énorme merci aux commentaires. J'adore vous lire, parce que la plupart d'entre vous laissez de longs et constructifs commentaires qui énoncent les points que vous avez le mieux apprécié dans le chapitre. C'est exactement ça que je recherche! À chaque fois que je lis vos commentaires, j'ai envie de traverser l'écran et vous faire un immense câlin... Oui, oui, vraiment. En plus d'être très sensible, je suis immensément affectueuse! :D

Maintenant, j'arrête. Bonne lecture!

Lexa Nedra


Une leçon d'honneur

Chapitre 6
Le serment violable

Hermione n'aurait pas été surprise de voir des centaines de petites créatures abattre de puissantes massues sur son crâne lorsqu'elle jeta un œil à son reflet dans la glace, mais elle n'y vit que dalle, sinon que son habituelle crinière indisciplinée. Les mains appuyées contre le lavabo, elle soupira bruyamment et abaissa ses paupières ; peut-être sa migraine était uniquement issue de la soudaine clarté de la pièce? Le souvenir des événements de la veille lui ouvrit subitement les yeux : Ron. À cause de leur visite dans la Salle sur Demande et de l'acharnement de son petit copain à vouloir franchir un pas qu'elle n'avait jamais considéré approcher, il était parvenu à dépasser la limite de sa tolérance et l'avait profondément ulcéré. Voilà le responsable de sa migraine.

Elle avait pleuré. Blessée par son obstination qui se traduisait comme un manque flagrant de respect envers ses principes, Hermione avait pleuré dans les bras de Ginny durant l'entière soirée. La rouquine ne lui avait rien dévoilé quant à sa vie sexuelle personnelle, mais la préfète-en-chef aurait mis sa main au feu, en raison de la gaucherie avec laquelle elle l'avait consolée, que Ginny avait déjà passé ce cap avec Harry. Ce détail, bien que ne la concernant pas, avait soulevé des doutes en lien avec ses propres valeurs ; était-ce anormal qu'à dix-huit ans, elle n'ait pas encore passé à l'acte et que l'unique fait d'y penser nourrissait chez elle un certain effarouchement?

Mais la réflexion ne s'arrêtait pas là ; Hermione ne pensait tout simplement jamais à la sexualité. Elle avait d'ailleurs une excuse qui avait le pouvoir de justifier sa négligence : depuis les sept dernières années, le profil d'Hermione avait davantage correspondu à celui d'une aventurière plutôt qu'à celui d'une étudiante normale. Entre le sauvetage d'innocents à l'aide un Retourneur de Temps, l'aide apportée à Harry afin d'aller se procurer une prophétie au Ministère de la Magie et sa recherche des Horcruxes distancés par des centaines de kilomètres, Hermione n'avait jamais trouvé le temps – et avec raison – de s'interroger sur sa sexualité.

De plus, depuis le tout début des cinq mois qu'elle partageait avec Ron, jamais leurs caresses ne s'étaient aventurées dans des recoins plus intimes que les hanches ou le bas du dos. Ron n'avait même jamais effleuré ses fesses durant leurs baisers les plus langoureux. Avait-il eu aussi peur qu'elle? Était-ce normal qu'ils soient un couple si réservé? Est-ce que cette abstention cachait une explication significative? Pour la première fois depuis qu'elle fréquentait Ron, Hermione se demanda si le couple qu'ils formaient était fait pour durer. Ils avaient été amis pendant si longtemps…

Elle ouvrit les robinets et s'aspergea le visage d'une eau glacée qui agit comme un coup de poing. Penser au futur de son couple la rendait confuse et mal à l'aise, comme si elle se doutait que ces réflexions seraient vaines. Elle n'avait même pas envie de penser à Ron, se sentant encore profondément humiliée par les événements de la soirée d'avant.

Beaucoup trop de mauvaises choses s'étaient produites dans les derniers jours et l'appel du recul se montrait timidement le bout du nez. Heureusement, puisque Ginny passerait immanquablement la journée en compagnie d'Harry qui lui devrait supporter l'humeur massacrante et les lamentations de Ron, la perspective d'une journée en solitaire lui sourit.

Elle se vêtit confortablement et noua ses cheveux en une queue de cheval bien simple ; Hermione savait d'expérience qu'il était toujours préférable de discipliner ses frisotis lorsqu'elle planifiait une journée entière pour la lecture. Elle enfila ensuite ses chaussures dans l'intention de faire une courte visite à la bibliothèque.

En sortant de sa chambre, la tête lourde mais le pas léger, elle entendit des murmures lui signalant qu'elle n'était pas la seule personne éveillée à cette heure matinale. La salle commune, pourtant, était vide lorsqu'elle regarda par-dessus la rambarde ; instinctivement, elle tendit l'oreille. Les murmures provenaient de la chambre de Drago, comme s'il parlait à quelqu'un. Impossible de comprendre ce qui se disait, mais Drago savait qu'il n'avait pas le droit de laisser entrer un ami dans la salle commune des préfets, donc…

La bibliothèque devint rapidement un lointain souvenir. Comme secouée d'un léger choc électrique, Hermione bondit près de la porte. Elle l'aurait bien défoncée si elle n'avait eu aucune décence, mais malgré sa forte fébrilité, elle opta plutôt pour s'improviser percussionniste.

Les chuchotements cessèrent aussitôt, et Hermione devina que Drago devait sûrement, de l'autre côté du mur, s'empresser de cacher le Miroir à Double Sens avec lequel il conversait. Il s'agissait nettement de ça, car il n'aurait pas pris le risque d'inviter un ami dans sa chambre depuis leur conversation de la veille.

Lorsqu'il ouvrit la porte, la Gryffondor le devina irrité par sa visite, mais ça, c'était bien le cadet de ses soucis. Ses cheveux en bataille indiquaient qu'il n'était réveillé que depuis qu'un court instant et il simula d'ailleurs un piètre bâillement afin d'appuyer ce dernier détail.

- Avec qui parlais-tu? demanda énergiquement Hermione en se hissant sur la pointe des pieds pour mieux regarder par-dessus l'épaule du Serpentard. (En constatant que la pièce était vide, elle rabattit la plante de ses pieds par terre.) Tu discutais avec ton père, c'est ça?

- De quoi tu te mêles, Granger? riposta Drago en refermant légèrement la porte sur lui afin de bloquer le chemin si l'idée saugrenue de s'introduire dans sa chambre lui traversait l'esprit.

Contre toute attente, Hermione écarta la porte, bouscula son acolyte et franchit le seuil. Drago perdit momentanément contenance devant son culot.

- Qu'est-ce que tu fiches? s'indigna-t-il tandis qu'elle regardait sur toutes les surfaces de la chambre à la va-vite. Sors d'ici! Immédiatement! C'est ma chambre!

- Tu veux savoir de quoi je me mêle? s'emporta Hermione en enfonçant ses poings contre ses hanches. (Elle se rapprocha de lui avec le dos légèrement vouté, comme une mère grondant son enfant.) Il se trouve que nous avons passé un accord, Malefoy : mon silence contre ta coopération. Alors j'exige que tu me dises si oui ou non tu étais en train de discuter avec ton père! Je t'ai entendu parlé, alors ne joue pas à l'innocent! À moins que tu préfères que j'aille tout déballer à McGonagall?

Drago étira une longue pause en toisant sa rivale comme s'il débattait mentalement de la méthode la plus efficace pour la zigouiller. Sa visite inopinée l'avait rendu de fort mauvaise humeur ; la mauvaise grâce ne manquait donc pas lorsqu'il referma brusquement la porte afin de préserver l'intimité de leur conversation.

- J'essayais d'entrer en communication avec lui, avoua-t-il sèchement. Je n'ai pas réussi car je ne sais pas comment fonctionnent ces trucs.

- Pourquoi? Pourquoi vouloir lui parler? Tu as quelque chose d'intéressant à lui dire?

À travers le ton de sa voix, Drago reconnut très nettement des sous-entendus accusateurs.

- Non! Je t'ai déjà dit que je n'ai rien à voir avec ça!

- Alors pourquoi veux-tu lui parler? Hier, tu m'as dit que tu ne voulais plus te mêler à ses plans!

- Je sais très bien ce que j'ai dit et je le pense vraiment! Je voulais uniquement avoir des nouvelles de mes parents…

Hermione haussa les sourcils, dubitative. Elle semblait autant croire à l'argument de Drago qu'à l'existence des Ronflaks Cornus.

- Je me soucie quand même d'eux! ajouta Drago suite à la mimique sceptique de la préfète-en-chef. Tu peux bien penser ce que tu veux, je m'en moque.

En guise de réplique, Hermione tendit la main vers lui. Drago observa courtement sa paume en s'attendant à une suite mais la préfète-en-chef n'esquissa aucun autre geste afin de clarifier son désir. Irrité par son silence allongeant, il haussa alors brusquement les épaules afin de l'inciter à expliquer son geste.

- Le miroir, somma Hermione.

Drago comprit et sourit froidement.

- Tu veux mon miroir? Rêve, Granger.

Dans un mouvement aussi rapide qu'instantané, la Gryffondor sortit sa baguette magique de sa poche, lança un Accio Miroir à Double Sens et referma ses doigts sur l'objet qui aboutit dans sa main comme deux forces magnétiques contraires s'étreignant. Aussitôt, Drago, affolé, s'élança vers elle afin de le lui saisir mais Hermione, prévoyante, s'était déjà éloignée afin d'être hors de sa portée. Elle sauta à pieds joints sur son immense lit bordélique et le Serpentard profita de sa hauteur afin de capturer sa cheville d'une main pour la faire basculer. La jeune fille poussa un petit couinement et tomba à plat ventre contre le matelas moelleux qui la fit rebondir. Sa main, dans un spasme involontaire, avait lâché le miroir qui tomba sur le sol, de l'autre côté du lit, dans un petit bruit métallique.

Au son de la chute, Drago se rua à quatre pattes parmi les draps dans l'intention de traverser le lit, mais Hermione, tenace, s'agrippa à son chandail dans un grognement d'effort afin de le retenir et de s'y rendre avant lui. Au moment où elle atteignit enfin le sol et qu'elle se penchait pour saisir l'objet, le Serpentard la rejoignit et la plaqua sans ménagement contre le mur situé à deux mètres du meuble. Hermione s'effondra dans un rugissement exaspéré puis Drago, vainqueur, s'empara du Miroir à Double Sens en le tenant bien haut dans les airs en signe de victoire. Lorsqu'Hermione se releva, toute échevelée et haletante, sa baguette encore dans la main, elle darda sur lui un regard noir.

Curieusement, les deux rivaux se mirent à rire jaune en raison de l'impressionnante chorégraphie qu'ils venaient d'exécuter.

- Trop lente, commenta Drago en étirant un sourire arrogant. C'est moi le meilleur.

- Accio Miroir à Double Sens! répéta Hermione si rapidement que l'incantation parut incompréhensible.

Le miroir alla de nouveau se loger au creux de la paume d'Hermione qui, cette fois, maintint sa baguette à la hauteur de leur visage afin de dissuader Drago se tenter de le lui reprendre.

- Trop confiant, rétorqua-t-elle. C'est moi la plus rusée. Tu disais?

- C'est pas vrai! se lamenta-t-il en grimaçant. Granger, arrête ce jeu stupide et rends-moi mon miroir! Ce n'est pas drôle! Pas drôle du tout!

Hermione ignora sa plainte et observa le miroir avec attention, baguette toujours brandie. Elle non plus ne s'était jamais servie de ce moyen de communication donc ne connaissait pas son fonctionnement. Mais à peine commençait-elle à tourner et retourner l'objet dans ses mains qu'un visage familier apparut dans la glace. Elle poussa un petit cri de stupeur et lança le miroir sur le lit, comme si soudainement, il lui avait brûlé les doigts.

Un doux rire machiavélique surgit du miroir, incongru, comme une musique angoissante émanant d'une très vieille chaine stéréo. Hermione et Drago s'échangèrent un regard et voulurent saisir l'objet simultanément, mais la préfète-en-chef, plus près, en reprit possession en premier – de peur que Drago s'enfuisse avec – et scruta avec effarement le visage hilare de Lucius Malefoy, écartant toutes mesures de précaution. Maintenant qu'elle s'était volontairement découverte à Lucius, Drago ne se donna pas la peine de lui arracher le miroir des mains ; tout ce qui risquait de s'ensuivre était hors de son contrôle et indépendant de sa volonté. Il soupira en passant une main sur son visage, tendu, et, précautionneusement, s'approcha d'Hermione pour entrer dans le champ visuel du miroir.

En apercevant son fils aux côtés d'une Sang-de-Bourbe, le rire de Lucius se teinta de mépris.

- Je vois que tu t'es fait une nouvelle amie… constata l'évadé.

Drago se contenta de lorgner son père avec une touche de défi dans les yeux. Il tentait manifestement de rester indifférent, comme pour démontrer que son opinion ne l'affectait plus.

- Hermione Granger… marmonna Lucius avec intérêt.

- Où êtes-vous caché? demanda gravement Hermione, soudainement gonflée de crainte et de rage à l'idée de s'entretenir avec cet homme.

- Vous devez être de nature très positive ou particulièrement idiote pour croire que je répondrai à une telle question.

Déjà, Drago su qu'il serait finalement préférable d'éviter cette discussion ; rien de bon ne pourrait en découler. Suite à un soupir suffisamment puissant afin de manifester toute l'appréhension qu'il ressentait vis à vis de cet entretien, il secoua la tête en signe d'opposition.

- Granger, rends-moi ça, ordonna-t-il en ébauchant un geste vers le miroir.

- Non, non, Drago, protesta doucement Lucius. Laisse-moi parler à ta nouvelle amie.

- Ce n'est pas mon amie! rétorqua-t-il futilement.

- Êtes-vous responsable de la mort de Dennis Crivey? s'exclama subitement Hermione qui sentait une tension insoutenable tordre ses tripes.

Le jeune Malefoy écarquilla les yeux, ébahi par son impudence. Lucius resta froid.

- Je suis désolé, mais je ne connais personne portant ce nom… Un ami à vous?

- Un Gryffondor! précisa-t-elle avec impétuosité. Il n'avait que quinze ans et il a été sauvagement assassiné avant-hier!

- Ne sois pas ridicule, Granger! intervint alors Drago du tac au tac. Comment aurait-il pu s'introduire dans le château?

Lucius, de l'autre côté de la glace, esquissa un rictus mauvais.

- Effectivement… Comment aurais-je pu m'introduire dans le château?

Son ton leur glaça le sang. Deux possibilités s'offrirent instantanément à eux : soit qu'en utilisant cet accent énigmatique, Lucius laissait entendre qu'il était responsable du meurtre de Dennis Crivey, soit qu'il ne faisait que jouer avec eux en prétendant l'être afin de semer la panique en gardant le mystère. Hermione connaissait bien cette tactique ; c'était la méthode que Voldemort avait utilisée lors de son escapade avec Harry et Ron pour retrouver les Horcruxes. En ne s'imposant pas officiellement au poste de Ministre de la Magie, il avait créé le chaos autour de lui… Hermione se dit que Lucius devait avoir appris bien de choses auprès de son Maître.

Drago, sentant un frisson de dégoût secouer son échine à cette éventualité, agrippa impulsivement le poignet d'Hermione qui tenait le miroir afin de le faire pivoter vers son propre visage.

- Tu n'as pas… Tu n'as rien à voir là-dedans, pas vrai? bredouilla Drago en redoutant le pire. Tu ne l'as pas… tué, hein…?

- Toi, qu'en penses-tu, Drago?

Hermione et Drago s'échangèrent un second regard, tous les deux fâcheusement intrigués, mais surtout inquiets. Lorsqu'ils reportèrent leur attention sur le miroir, il était maintenant trop tard ; il n'y avait plus que leur propre visage qui reflétait dans la glace, complètement désarçonné. Lucius, satisfait de son effet, avait mis fin à leur conversation.

La préfète laissa tomber son bras contre son corps, comme si le miroir pesait tout à coup plus d'une tonne. Son regard, absent, fixait un point imaginaire sur le sol, et dans sa tête gonflait son cerveau qui accumulait les hypothèses. La suite des opérations, maintenant que le doute était officiellement implanté en elle, semblait nébuleuse, confuse. Elle avait osé croire que l'évasion des Mangemorts et le meurtre de Dennis Crivey étaient deux malheureux incidents complètement indépendants l'un de l'autre, mais maintenant que Lucius avait évasivement prétendu le contraire, une étrange connexion s'établissait dans son esprit sans toutefois lui permettre de déterminer l'élément qui les unissait. En d'autres mots : pourquoi Lucius aurait-il tué un étudiant de Poudlard après s'être évadé? Qu'est-ce que ce geste aurait pu lui apporter?

Sans s'attarder sur les lieux, Hermione dépassa Drago, contourna le lit, ouvrit la porte de sa chambre et hâta le pas en direction de l'escalier le plus proche. Le Serpentard, la sachant encore en possession du Miroir à Double Sens, la suivit aussitôt.

- Où crois-tu aller avec mon- (Rendu au niveau de la porte, il interrompit sa phrase de peur que les autres préfets qui étaient encore dans leur chambre respective l'entendent parler.) Où vas-tu comme ça, Granger?

Hermione dévala l'escalier et Drago, obstiné, l'imita en obstruant d'une main la lumière crue du soleil orange qui l'aveuglait.

Elle mit une bonne distance entre eux sans jamais signaler qu'elle se savait suivie. C'était tout comme si elle était entrée en transe et que rien n'avait le pouvoir d'infléchir sa trajectoire. C'est uniquement lorsqu'ils aboutirent dans un couloir désert et silencieux qu'il la rattrapa, le souffle court. Comme dans la salle commune, l'endroit baignait dans une agressive lumière tango.

Pour le peu qu'il connaissait de cette fille, Drago savait qu'Hermione se laissait facilement captiver par les énigmes ; aussi crut-il à cet instant que la seule façon de capturer son attention ne serait qu'en la brusquant légèrement. Modérément sans toutefois lésiner sur la fermeté, il lui saisit le bras, la fit pivoter et la plaqua contre le mur. Son geste fit mouche ; Hermione sembla tout à coup se réveiller.

- Tu fais quoi, là? murmura Drago avec puissance. (Il jeta un œil anxieux à sa gauche et à sa droite afin de s'assurer que personne n'était témoin de cette scène.) Où as-tu l'intention d'aller avec mon miroir? Rends-le-moi!

- Il faut aller remettre cette chose à McGonagall! lui assura-t-elle en resserrant l'étreinte de ses doigts sur le miroir. Avec un peu de chance, les autorités pourront sûrement mettre la main sur Lucius et les autres évadés!

Hermione voulut se dégager afin de reprendre son chemin, mais Drago, alarmé par ses intentions, la retint contre le mur en plaquant ses paumes contre ses épaules. Courroucée par son front, la Gryffondor plissa les yeux, prête à crier si la situation le lui obligeait.

- Lâche-moi, lui ordonna-t-elle.

- Non! (Il réalisa soudainement ce à quoi son geste devait ressembler vu de l'extérieur et la libéra aussitôt de son emprise.) Enfin, je veux dire… Non, tu ne peux pas aller remettre mon miroir à McGonagall!

- Pourquoi? Tu as toi-même dit, et je le répèterai autant de fois qu'il le faudra, que tu ne voulais pas être impliqué dans les plans de ton père! C'est le moment où jamais de te blanchir, Malefoy!

- Non, tu ne comprends pas! renchérit Drago en grimaçant. En allant porter ça aux autorités, ils auront là une excellente preuve pour m'inculper pour complicité! À cause du Veritaserum qu'ils m'ont fait boire au Ministère, j'ai été forcé de mentionner le miroir que mes parents possédaient afin de communiquer! Ils feront immanquablement le lien avec ce miroir-ci!

- Ils t'ont fait boire du Veritaserum? s'outra Hermione en écarquillant les yeux. Mais c'est contre la loi!

Agacé par l'insignifiance du seul détail auquel elle avait accordé d'importance durant son monologue éloquent, Drago eut un haut-le-corps impatient.

- On s'en moque! Ils ont quand même obtenu les informations qu'ils voulaient et rendre ce miroir ne ferait qu'appuyer les charges contre moi! s'énerva-t-il en haussant le ton. Je ne veux pas me faire séquestrer dans une prison simplement à cause que j'aurais été involontairement au courant d'une évasion avant qu'elle n'ait lieu! Tu le comprends, ça?

- Ces charges ne seront pas admissibles devant un jury puisqu'ils ont acquis ces informations par un moyen illégal! Je le sais, je l'ai lu dans Justice magique et lois indémodables!

Son agacement devint exaspération et Drago recula de quelques pas en se saisissant la tête, ne sachant plus comment procéder afin de lui faire comprendre à quel point il était important pour lui que le Ministère n'entre pas en possession de cet objet.

- Granger… Écoute. C'est la deuxième fois en trois jours que je te supplie stupidement… Ne crois-tu pas que je dois particulièrement tenir à ce silence pour que je me ridiculise de la sorte? Qu'est-ce que tu ne comprends pas?

Hermione étira un long silence en soutenant le regard sincère du Serpentard. Ce qu'il disait avait du sens, d'autant plus que la déclaration de Lucius quant à son rôle dans le meurtre de Dennis n'était pas irréprochablement authentique. Il n'avait rien affirmé. Drago et elle marchaient sur une corde raide s'ils choisissaient de garder cette conversation secrète, et peut-être, en supposant que Lucius soit le véritable assassin et qu'il planifierait étendre sa terreur, qu'un second meurtre surviendrait à cause de leur silence. Mais d'un autre côté, se pardonnerait-elle un jour d'avoir envoyé un jeune innocent derrière les barreaux en raison d'une complicité contrainte si l'évadé, après tout, n'était pas le responsable du meurtre?

Un flash subit et monstrueusement déplaisant lui fit perdre le cours de ses réflexions : elle vit consécutivement les visage de Lucius, de Narcissa et de Drago, ainsi que celui de Fenrir Greyback qui la lorgnait avec une ignoble convoitise, mais surtout le visage émacié et cireux de Bellatrix Lestrange qui portait l'expression la plus hargneuse qu'elle n'eut jamais vue chez un être humain. Décontenancée par la soudaineté de cette vision importune, Hermione battit des paupières avec frénésie, tentant tant bien que mal d'effacer l'image imprimée sur sa rétine.

Un dernier flash lui rappela la lame qui avait taillé une mince cicatrice sous sa gorge. Machinalement, elle effleura cette cicatrice du bout des doigts d'un air absent, et Drago parut presque choqué de la voir exécuter ce geste si singulier, indiscret, évocateur, durant un tel moment. Malgré lui, il effectua aussi un brusque saut dans le temps et revécut cette scène si barbare produite dans sa propre demeure par un membre de sa propre famille. Il se souvenait très bien s'être promis de ne jamais se rendre à ce point… Jamais il ne serait comme eux. Les cris déchirants qu'Hermione avait poussés en encaissant les Endoloris que Bellatrix lui lançait l'avaient hanté durant trop de nuits pour s'autoriser à revivre une telle expérience, tout comme la vision du corps faible de la pauvre fille se tortillant violemment sous la douleur criante du Sortilège Impardonnable l'avait beaucoup trop ébranlé pour souhaiter assister de nouveau à un tel spectacle. Cette torture ayant été pratiquée sur une personne qu'il avait côtoyée durant six longues années, les effets, traitres, avaient été décuplés. L'animosité entre eux n'avait certainement pas eu sa place au moment de l'incident…

Ce souvenir, involontaire, lui procura un sentiment de honte et de malaise incroyable, et même, caché au fin fond de ses entrailles, de pitié. Drago baissa la tête, espérant par ce geste lui cacher l'amertume que ses traits faciaux avaient reproduit.

- C'est d'accord, déclara Hermione d'une petite voix chevrotante.

Drago haussa aussitôt le menton. La Gryffondor avait encore la tête baissée, mais il s'aperçut distinctement que son expression s'était assombrie.

La décision d'Hermione avait été fixée rapidement suite à son court voyage psychique ; si Drago désirait véritablement rester loin du genre d'ignominie que Bellatrix Lestrange avait été capable de commettre de son vivant, la préfète-en-chef le soutiendrait aussi longtemps qu'elle le pourrait.

- C'est… C'est d'accord? répéta-t-il comme s'il n'en croyait pas ses oreilles.

- Oui. Je ne dirai rien.

Il aurait voulu la remercier, mais l'inconfort et la gêne du souvenir dans lequel ils s'étaient plongés coinça sa gratitude dans son œsophage. Drago en oublia même d'être le désagréable et méprisant Serpentard qu'il avait toujours été. C'était comme si l'évocation de cette soirée dans sa demeure l'avait giflé pour ensuite lui mettre sous le nez la bonté excessive que faisait preuve Hermione en acceptant de garder le silence ; elle aurait très bien pu se venger de toutes ses années de tourments en ne prononçant que quelques mots, mais elle, tout comme lui, avait accepté de tourner la page suite à l'anéantissement de Voldemort. C'était comme un nouveau départ, un nouveau livre fraichement entamé. Mais un livre qui dès les premières pages, s'annonçait sinistre…

Pour toute réponse, Drago hocha faiblement la tête, et Hermione eut la délicatesse de l'interpréter comme un remerciement plutôt que de se choquer en raison de son mutisme. Elle aussi avait ressenti le soudain malaise, mais elle n'avait aucunement l'intention de se montrer misérable devant lui ; elle s'était toujours montrée forte et ce n'était certainement pas maintenant qu'elle flancherait, maintenant qu'ils partageaient ensemble, tous les deux, le poids d'un doute qui se confirmerait potentiellement.