Bonjour!
Voici le septième chapitre! Il va falloir que j'accélère mon rythme d'écriture car de mon côté, je ne suis rendue qu'au douzième... En revanche, pour éviter les grosses erreurs de cohérence qui pourraient tout massacrer l'histoire, je souhaite absolument avoir AU MOINS trois chapitres d'écrits de plus que le dernier que j'ai posté. Mais avec les cours et le travail... Oufff il va falloir que je me botte le derrière!
Ce chapitre-ci est beaucoup plus léger, mais vous allez voir que le prochain sera tout autre chose ; je l'aime tellement que j'ai presque envie de le poster en même temps que celui-ci afin de voir vos réactions, mais je vais me retenir... Simplement pour vous donner un avant-goût du chapitre 8, voici le titre : "Paume et jointures". Ça vous évoque quoi?
Bon, alors sur ce, bien que j'aie répondu aux revieweurs individuellement, je tiens encore à vous remercier pour cet encouragement! ^^ Le nombre d'abonné augmente à chaque chapitre et j'adore ça! Aux nouveaux lecteurs, n'hésitez surtout pas à me partager vos commentaires! :)
Lexa Nedra
Une leçon d'honneur
Chapitre 7
L'album des souvenirs
Ce n'est qu'au milieu de la deuxième semaine de cours que Ron esquissa enfin un geste courageux envers Hermione afin de se faire pardonner.
Lorsque la porte qui, de l'autre côté du mur, apparaissait comme une simple plaque commémorative à l'effigie des fondateurs de Poudlard pivota sur ses gonds, Hermione et Drago s'immobilisèrent brusquement ; devant eux, Ron avait le poing suspendu dans les airs, comme s'il s'apprêtait à cogner contre le battant. En apercevant sa petite amie sur le point de quitter la salle commune des préfets aux côtés de leur rival, il y eut un moment de flottement, comme s'il tentait de figurer le genre d'incident qui avait pu se produire durant son hiatus pour qu'Hermione Granger et Drago Malefoy quittent l'endroit ensemble, comme de vieux amis sortant de chez Les Trois Balais.
Tandis que Ron baissait lentement le poing, décontenancé, Drago contourna désintéressement le Gryffondor en adressant à Hermione un geste imprécis de la tête qu'elle traduisit comme un « à plus tard ». Celle-ci l'imita en enfonçant encore davantage son copain dans une profonde stupéfaction et croisa les bras afin de lui signaler qu'elle lui accordait maintenant une attention impatiente.
Ron reprit aussitôt contenance en écartant le court épisode auquel il venait d'assister mais fut subitement saisi d'une appréhension ridicule ; Hermione aurait-elle mis Drago au courant de leur dernier accroc dans la Salle sur Demande à titre de vengeance? Non… Non, impossible, car se faisant, elle l'aurait informé de sa virginité et il était impossible qu'elle fasse autant défaut à sa pudeur. Bon sang, après tout, Drago et elle n'avaient fait que sortir d'une pièce en même temps! Ça ne voulait absolument rien dire! Quant au mouvement de tête d'Hermione à l'adresse du Serpentard, ça n'avait sûrement été qu'un spasme nerveux en raison de sa présence. Oui, voilà.
- Hermione, nous devons parler, déclara solennellement Ron, son visage virant au rose.
- Dépêche-toi. Il reste dix minutes avant le début des cours.
Déjà, Ron se sentit rapetisser. Elle ne s'était manifestement pas radoucie depuis leur querelle et il devrait se montrer très habile s'il espérait réparer son erreur.
- Je… Je suis venu te demander pardon.
Hermione ne broncha pas, mais intérieurement, une légère satisfaction papillonnait dans son estomac.
- J'ai beaucoup réfléchi à mon attitude, et je suis conscient qu'elle est impardonnable… ajouta-t-il tandis que son visage prenait maintenant une teinte rougeâtre. Je suis désolé de t'avoir manqué de respect à ce point… J'imagine que je souhaitais uniquement te prouver mon affection autrement, mais Ginny m'a fait comprendre bien des choses ; entre autre, que l'amour, le vrai, va bien au-delà des démonstrations physiques…
Un léger malaise lui donna le vertige, et soudainement, la préfète-en-chef ne souhaita plus entendre ses explications. Elle voulut plaquer une main contre sa bouche afin d'étouffer le sujet qui n'aurait jamais dû être entamé afin de se rendre à son cours bras dessus, bras dessous, comme les meilleurs amis qu'ils étaient vraiment. Parler de sexualité avec Ron avait quelque chose de… malsain, presque incestueux.
Lorsque ce dernier terme vint à son esprit, elle sentit son cœur se briser. « Incestueux… » Son monde vacilla telle une chaloupe instable brusquement renversée par la force d'un raz de marée. « Incestueux… » Ses yeux s'humectèrent aussitôt, et afin de ne pas alarmer son copain qui étirait une tirade sans queue ni tête, elle enroula son bras autour du sien et l'entraîna en direction de leur salle de classe. « Incestueux… »
- Ça va, Ron, lui dit-elle afin d'effacer l'expression hagarde qui l'abrutissait. Je te pardonne. Laisse tomber.
- Vraiment? s'exclama-t-il en levant enfin le voile sombre qui avait recouvert sa vision depuis leur litige. C'est du passé?
- C'est du passé, acquiesça-t-elle.
Ron voulut l'embrasser afin de solenniser la chose, mais Hermione ne lui présenta que sa joue, encore troublée par la dure révélation qui s'était imposée à elle.
« Incestueux… »
Ça ne pouvait pas être vrai… Elle ne pouvait pas, après cinq mois de fréquentation agréable, soudainement comparer leur relation à de l'inceste! Son jugement devait sûrement être brouillé en raison des derniers événements : l'évasion, le meurtre, la découverte d'une possible liaison entre ces deux éléments par le biais d'un miroir… Tout ça l'avait secouée et devait immanquablement être la raison de sa confusion, car la réalité ne pouvait pas lui flanquer une telle gifle, si cruelle, si destructrice…
Mais elle l'avait pensé, il était maintenant trop tard… « Incestueux… » Tel un film moldu défilant en mode fast-foward, Hermione revécut des dizaines et des dizaines de séquences dont sa fraternité avec Harry et Ron avait été la clé de leurs problèmes et se surprit à les regretter.
Ô combien ces temps lui manquaient…
À côté d'elle, le rouquin marchait joyeusement et serrait son bras avec une force étonnante, comme s'il cherchait par ce geste à démontrer publiquement que tout entre eux était rentré dans l'ordre – car évidemment, leur discorde n'avait pas passé inaperçu aux yeux des autres élèves. Mais à son grand contraire, Hermione affichait une mine déconcertée, inquiète. De toute évidence, elle ne s'était pas attendue à ce qu'un coup aussi dur lui saute au visage alors qu'elle croyait que cet épisode n'avait été qu'une banale dispute de couple. Jamais elle n'avait cru qu'au moment où Ron se repentirait, elle remettrait leur relation en question.
Durant l'entière journée, elle eut l'impression d'avoir été transformée en Inferius. Elle ne parlait que quand on lui adressait la parole et ne répondait que par monosyllabes ; de toute façon, les mots lui paraissaient vains, fades, dénués de sens. Ses cours lui avaient semblés inintéressants et ses professeurs ennuyants. C'était du jamais vu, et plus d'un s'inquiétèrent pour elle, car ses camarades Gryffondors comptaient normalement sur son infaillibilité afin de procurer des points à leur maison en répondant correctement à des questions pièges durant la théorie ; or, elle n'avait pas levé la main une seule fois durant les quatre cours de la journée. On aurait dit qu'elle était exposée à la présence d'un Détraqueur invisible en permanence qui n'affectait qu'elle-même.
- Hermione, ne nous prends pas pour des idiots, dit gravement Harry tandis que lui, Ron et Hermione quittaient leur dernier cours de la journée. Il y a manifestement quelque chose qui ne tourne pas rond chez toi aujourd'hui.
Ron restait discret, pressentant que sa morosité avait un lien avec lui. Depuis qu'il avait vraiment remarqué la taciturnité d'Hermione, il s'était tenu en retrait, marchant à côté d'Harry plutôt qu'à côté d'elle, s'asseyant au même pupitre que lui plutôt que celui de sa copine, mangeant de biais à elle, dans la Grande Salle, plutôt qu'en face ou à côté… Puis, lorsqu'Harry et lui s'étaient enfin retrouvés seuls alors qu'ils se rendaient au devant de la classe afin d'aller chercher un ingrédient spécifique pour la concoction d'une potion dans le cours de Slughorn, le rouquin avait cédé et sollicité l'aide de son meilleur ami afin de découvrir ce qui clochait chez Hermione à défaut de le faire lui-même.
- Tout va bien, répéta-t-elle pour la énième fois. Je n'ai pas bien dormi, c'est tout. Je me sentirai sûrement mieux dès demain.
Malgré son scepticisme, Harry n'insista pas et hocha la tête tandis que Ron, moins perspicace, extériorisa toute l'étendue de son soulagement par un sourire niais.
- On se rejoint dans la Grande Salle pour le dîner? demanda Harry.
La perspective d'être encore coincée avec Ron la contraria tant qu'elle sauta sur le premier mensonge qui lui parut crédible afin de l'éviter :
- Je n'ai pas très faim.
- Hermione…
Harry n'était pas dupe ; Hermione découvrit, en raison de l'intensité de son regard, qu'il savait qu'elle tentait d'éviter son petit ami. Elle décela également dans ses prunelles vertes qu'il espérait pouvoir échanger quelques mots avec elle d'ici la fin de la soirée, et la préfète-en-chef en éprouva une grande gratitude ; elle avait presque oublié, depuis qu'elle fréquentait Ron et qu'Harry sortait avec Ginny, qu'il était un ami incroyablement bon et à l'écoute. Bien qu'ils formaient maintenant un populaire quatuor, ils étaient, en quelque sorte, subdivisés en deux groupes : Harry et Ginny, et Ron et Hermione, ce qui rendait leur intimité moins étroite que lorsqu'ils n'étaient tous qu'amis.
Sachant leur entretien urgent en raison des yeux de la Gryffondor qui s'embuèrent subitement, Harry tendit ses bouquins à Ron qui les prit en haussant un sourcil.
- Ron, tu voudrais bien aller porter nos bouquins et nous rejoindre ensuite dans la Grande Salle? Je vais accompagner Hermione à la salle commune des préfets.
Le rouquin acquiesça, supposant que son ami devait sûrement encore avoir dans l'intention de découvrir ce qui rendait Hermione si malheureuse, puis s'éloigna en direction de la tour des Gryffondors. Aussitôt, Harry et Hermione prirent le chemin qui menait à la salle commune des préfets et la jeune femme ne put refouler un petit sanglot. Certains élèves autour d'elle l'observèrent d'un œil curieux.
- Oh, Hermione… marmonna tristement Harry en l'arrêtant pour l'étreindre.
- Non, non, Harry… riposta-t-elle en repoussant doucement ses bras. Ne me parle pas sur ce ton-là sinon je vais me mettre à geindre comme Mimi Geignarde!
Pas vexé le moins du monde, Harry hocha la tête et se remit en marche aux côtés d'Hermione qui lui emboita naturellement le pas. Les mains dans les poches, il observait son visage tourmenté en attendant patiemment qu'elle se sente prête à parler.
- Harry… Je crois que je doute de mes sentiments pour Ron… avoua-t-elle au bout d'un moment.
Harry n'eut aucune réaction ; il s'en était douté.
- Lorsque nous étions dans la Salle sur Demande, j'étais horriblement en colère… expliqua-t-elle d'une voix tremblotante. Je l'étais encore lorsque j'ai été me coucher, d'ailleurs, mais… je n'y ai presque plus repensé depuis, comme si notre dispute ne m'avait pas tant perturbée… jusqu'à ce qu'il se pointe devant ma salle commune ce matin afin de me demander pardon… (Hermione savait que sa nouvelle découverte partagée avec Drago l'avait sûrement aidé à occuper son esprit, mais elle ne le mentionna pas, se souvenant de sa promesse envers le Serpentard.) Et à ce moment-là, j'ai réalisé que… que je ne m'imaginais pas du tout faire… faire ça avec Ron, tu comprends?
- Tu n'es simplement pas prête, Hermione, c'est tout. Il n'y a rien de mal à ç-
- Non, Harry…! Tu ne comprends pas… Lorsque j'y ai pensé, j'ai aussitôt associé cet acte à… à de l'inceste!
Harry parut soudainement embarrassé. Éperdue, Hermione pinça les lèvres, le visage ravagé par la tristesse.
- Tu vois ce que je veux dire, maintenant? On dirait que cette brouille m'a ouvert les yeux…
- Ouvert les yeux sur quoi exactement? demanda Harry en ayant déjà une idée préconçue de la réponse.
- Que Ron est avant tout un ami…
Un silence étrangement léger plana entre eux. Mis à part la rumeur des étudiants maintenant tous concentrés vers la Grande Salle, il n'y avait que le crépitement des torches installées sur les murs qui rompait le mutisme parfait du corridor. Hermione renifla timidement.
- Tu sais quoi? Je crois que tu es encore offensée par ce que Ron t'a dit, affirma Harry. J'ignore ce qu'il t'a balancé au visage et je ne tiens pas à le savoir, mais je pense que tu devrais attendre de t'être pleinement calmée avant de prendre une telle décision.
Un groupe de six élèves courut en direction inverse, et les flammes murales dansèrent au mouvement de l'air provoqué par leur furtif passage. Hermione, pour toute réponse, gémit faiblement, en accord avec sa proposition.
- C'est Malefoy, c'est ça?
Décontenancée par le curieux changement de sujet, Hermione grimaça grotesquement.
- Pardon? Malefoy?
- Oui. Ron et moi avons remarqué que tu sembles t'être rapproché de Malefoy durant les derniers jours…
Contre toute attente, la Gryffondor d'esclaffa bruyamment. Harry jugea bien rapidement qu'il s'était mépris à ce sujet et rigola maladroitement en se grattant la nuque.
- C'est la chose la plus ridicule que j'aie entendu depuis que je te connais, Harry! Et Merlin sait à quel point j'en ai entendu… C'est vraiment très drôle!
- Ouais… Hé bien Ron était persuadé que tu n'étais pas pressée de lui reparler parce que tu étais occupée à sympathiser avec Malefoy.
Hermione cessa aussitôt de rire, passablement insultée.
- S'il y a bien une seule raison pour laquelle je n'étais pas pressée de lui reparler, c'est parce qu'il n'avait pas excusé son comportement. Malefoy n'a aucun lien avec mon isolement. (Elle fit une courte pause, indignée.) Malefoy… marmonna-t-elle pour elle-même. Et puis quoi encore? Faire porter le chapeau à Malefoy…
Elle soupira, découragée par la constante dramatisation de Ron, et Harry ne put s'empêcher de sourire. Ils montèrent un escalier qui les rapprochait de la salle commune des préfets.
- Lui as-tu parlé? demanda-t-il en se souvenant de la tâche qu'il avait confiée à Hermione quelques jours plus tôt.
- Oh…
Cette mission lui avait complètement sorti de la tête. Depuis les quelques incidents qui s'étaient produits entretemps, la pensée de tenir Harry informé des réponses qu'elle se devait de soutirer à Drago s'était tout bonnement éclipsée, et voilà qu'au moment où il le lui rappelait, elle en savait beaucoup plus que ce dont il avait été entendu qu'elle découvre. Naturellement, il était criant qu'elle devait rester aussi muette qu'une tombe, car Drago avait été très clair à ce sujet : si les autorités apprenaient qu'il possédait un miroir magique lui permettant de communiquer avec un évadé d'Azkaban, il s'assurait un aller simple à cette même place. Par conséquent, Hermione devait mentir.
Mais mentir à Harry, lui qui lui eut dévoilé tous ses plus sombres secrets et découvertes, lui avec qui elle avait voyagé afin de rechercher les Horcruxes, avec qui elle avait combattu le Mal et affronté les forces de Voldemort, équivalait à une grave trahison. Une grave trahison qu'elle se devait de commettre pour protéger Drago.
Drago Malefoy.
C'était une situation franchement aberrante.
- Oui. Il m'a dit qu'il n'était au courant de rien, toutefois, répondit-elle avec un détachement qui contrastait fortement avec sa culpabilité naissante.
- Bien sûr… Il pourrait dire n'importe quoi et prétendre que c'est la vérité… Tu le crois, toi?
- Quelle importante ça a? Je veux dire… Nous ne saurons jamais s'il dit la vérité ; tu viens de le déclarer toi-même.
- Je sais…
Étrangement, Harry semblait désirer que Drago ait un rôle à jouer, aussi minime soit-il, dans l'évasion de son père. Comme si, depuis les événements survenus en sixième année, il ne pouvait s'empêcher de constamment se méfier de lui. Comment lui en vouloir? N'avait-il pas su trop tard que Drago, dans la Salle sur Demande, avait réparé une Armoire à Disparaître afin de créer un passage entre la boutique Barjow et Beurk et Poudlard? Peut-être désirait-il, au fond de lui, pouvoir être au courant du degré d'implication du Serpentard – s'il y en existait un – afin de mieux pouvoir contrarier d'éventuels plans qui sauraient réparer son ancienne lacune?
Quoiqu'il en soit, Hermione préférait ne plus y penser. Maintenant qu'Harry avait obtenu une réponse négative quant à la tâche qu'il lui avait confiée, il allait sûrement s'en désintéresser et passer à autre chose. Hermione, ainsi, pourrait considérer son mensonge comme étant de petite envergure… si seulement ses doutes concernant tout ce qui entourait l'évasion ne se confirmaient pas.
oOo
Elle tourna la page de carton, nostalgique. C'était le bon temps, ça. Au moment où ces photos avaient été prises, Hermione n'éprouvait pas encore de sentiments amoureux envers Ron, et les choses étaient nettement moins compliquées ainsi… Ils étaient tout simplement, avec Harry, les meilleurs amis que le monde ait connu. Jamais, à la période de sa vie que ces photos immortalisaient, elle n'aurait cru qu'elle deviendrait la petite amie de Ronald Weasley peu d'année plus tard.
Plus elle y pensait, plus elle regrettait son élan, le premier jour de mai 1997, lorsqu'elle s'était ruée sur Ron afin de l'embrasser lors de la Bataille de Poudlard. C'était elle qui avait fait le pas décisif qui marqua le début de leur relation amoureuse, et Hermione craignait être également celle qui ferait le second afin de la rompre.
Elle renifla, replia ses jambes contre son propre corps et tourna la page de son album photographique installé sur l'accoudoir du fauteuil. Elle avait bien essayé de s'isoler dans sa chambre pour consulter le recueil, mais le silence mortuaire qui planait inspirait beaucoup trop des larmes mélancoliques qu'elle ne pouvait se résoudre à libérer ; la salle commune des préfets lui avait donc parue comme un salon accueillant et propice pour faire revivre des souvenirs qui lui paraissaient aussi vieux que le monde. Avec la présence de Stevan, Adam et Luna, même s'ils ne lui adressaient pas la parole et ne lui portaient pas attention, Hermione avait l'impression d'avoir une raison de retenir ses larmes et c'était bien mieux ainsi.
Lorsque Drago vint s'écraser sur un fauteuil adjacent au sien, elle ne leva pas les yeux de son album, trop subjuguée par son contenu qu'elle avait l'impression de redécouvrir. Agacé par son indifférence, le Serpentard pensa lui jeter un coussin sur la tête pour attirer son attention mais opta plutôt pour la méthode douce ; sans prendre la précaution de se montrer discret, il sortit sa baguette magique de sa poche de pantalon de pyjama et l'agita vers son acolyte :
- Accio album.
L'album glissa aussitôt des mains d'Hermione qui poussa un petit cri de surprise, comme arrachée à des rêveries véreuses. Drago l'attrapa au vol, le posa contre ses cuisses disgracieusement écartées et se mit à le feuilleter bien qu'il n'avait cure de son contenu.
- Malefoy, rends-moi ça… ordonna Hermione d'une voix lasse, peu convaincante.
- Tu as eu l'air d'une coquille vide toute la journée, Granger. Tu le sais, ça?
Hermione, épuisée par ses propres réflexions qui s'étaient étendues sur toute la journée, haussa les épaules. Discuter était la dernière chose dont elle avait envie.
- T'en as encore l'air, d'ailleurs, ajouta-t-il.
Intriguée par ses remarques, la préfète-en-chef posa sur son interlocuteur un regard plus attentif. Mille Gorgones, s'inquiétait-il pour elle? Mais Drago, malgré son expression ennuyé, avait le nez dans son précieux album et ne semblait pas véritablement intéressé par la conversation qu'il avait lui-même débutée.
- Merci pour la constatation, marmonna Hermione en appuyant sa joue contre son poing.
- On aurait dit qu'un Détraqueur avait trouvé ton âme un peu trop gaie, rigola-t-il sans lever les yeux des pages qu'il tournait sans paraître le moindrement captivé.
- Oui, c'est bien, j'avais compris l'image, rétorqua abruptement la Gryffondor en se renfrognant.
- C'est Weasley qui te rend aussi désagréable?
Était-ce l'indignation provoquée par son qualificatif ou l'affolement lié au fait qu'il connaissait la cause de sa langueur qui la fit subitement réagir? Hermione n'aurait su le dire, mais quoi qu'il en soit, sa réplique avait eu l'effet d'une douche froide ; elle s'était redressée et fronçait les sourcils.
- Qu'est-ce qui te fait croire une telle chose?
Une partie d'elle, bien que très maigre, se mit à craindre qu'il soit au courant de l'épisode de la Salle sur Demande.
- Il était là lorsque nous avons quitté la salle commune ce matin, et c'est exactement ensuite que tu m'es apparue comme étant aussi affable que McGonagall.
- McGonagall est très affable!
Sur la défensive, Hermione lui jeta un regard noir qui lui conseilla fortement de ne pas tirer le diable par la queue. Drago haussa aussitôt les sourcils et les mains en guise de capitulation et reposa les yeux sur les photos qui s'animaient sur les pages de carton. C'est seulement à cet instant qu'elle réalisa que la froideur avec laquelle il consultait son album était froissante, presque offensante. Mais elle broyait déjà du noir et seulement l'idée de devoir réagir lui arracha l'infime parcelle d'énergie qui lui restait encore. Hermione rangea donc ses armes et laissa tomber son dos raide contre le dossier de son fauteuil. Elle ferma les yeux.
Les photos étaient monotones et insipides. Plus Drago tournait les pages, plus il découvrait à quel point le populaire trio paraissait ennuyeux dans leur étroite amitié. C'était kitsch, simplet, et les innombrables clichés pris d'eux dans de différents lieux et dans de différentes situations ne lui évoquaient que la dérision ; le trio à Pré-au-Lard, le trio dans la salle commune des Gryffondors, le trio dans la Grande Salle, le trio dans la cabane d'Hagrid, le trio sur le terrain de Quidditch, le trio au Terrier, le trio par-ci, le trio par-là… Il y avait également quelques photos individuelles d'Harry, Ron, Ginny, Neville, Luna et plusieurs autres, et même deux ou trois d'Hermione elle-même.
Drago grimaça d'ennui. Il ne savait même pas pourquoi il perdait son temps à observer un tel recueil d'âneries. Il ne restait toutefois qu'une seule page, donc machinalement, il la tourna. Ce qu'il y vit, contrairement aux pages précédentes, le tint en haleine.
C'était une photo de Poudlard. Pas dans son meilleur état, néanmoins, car la photo avait été prise suite à la guerre contre Voldemort. D'épaisses volutes de fumée noire s'échappaient des endroits où le toit avait été détruit et, de l'angle duquel la photo avait été prise, Drago pouvait parfaitement voir les quelques parties manquantes du château, sûrement rasées par la force démente des sortilèges qui avaient fusés dans le feu de l'action. Non sans surprise, le Serpentard sentit l'émotion nouer sa gorge lorsqu'un flot de pénibles souvenirs envahit son crâne.
Les secondes s'étendirent et Hermione, assoupie, reprit soudainement conscience lorsque le bruit des pages tournées par Drago ne fut plus là pour la bercer. Le regard vaseux, elle le vit, chamboulé en fixant la représentation d'un Poudlard qu'ils n'auraient tous jamais dû voir dans cet état et qui évoquait toute l'horreur que de son côté, il avait dû vivre. Drago dû manifestement sentir le poids de son regard sur lui car subitement, il eut un haut-le-corps et referma l'album avec une certaine brusquerie. Il se leva, déposa le recueil sur la table basse installée en face de l'âtre et escalada l'escalier en colimaçon afin de gagner sa chambre.
oOo
Il était presque onze heures. Sans oublier de souhaiter une bonne nuit à Stevan et Adam qui s'entraidaient pour un devoir – Luna avait gagné sa chambre quelques minutes plus tôt –, Hermione alla se réfugier dans la sienne.
En ouvrant la porte, elle eut l'impression que des centaines de mâchoires aux dents acérées se refermaient sur ses bras nus et sur son visage. Le froid anormal l'avait figée, et ce n'est que lorsqu'elle sentit un puissant courant d'air qu'elle remarqua la raison de cette basse température : la fenêtre était grande ouverte. Hermione s'y précipita d'emblée afin de la refermer mais un mouvement sur son lit interrompit son chemin vers le mur. Lové sur les épaisses couvertures, le même oiseau qu'elle avait vu quelques jours plus tôt la regardait en mouvant constamment la tête. Même dans la pénombre, il était magnifique, et malgré le manque de luminosité, la préfète-en-chef put parfaitement voir qu'il n'était plus aussi blanc qu'il l'avait déjà été des taches foncées recouvraient son plumage près de ses pattes.
Le croyant blessé, Hermione s'immunisa momentanément contre le froid et se dirigea plutôt vers l'animal. Aucun doute, c'était du sang séché, mais aussitôt qu'elle tendit une main afin de s'en assurer, l'oiseau fit claquer son bec à quelques centimètres de ses doigts, comme pour se défendre. Hermione rétracta aussitôt sa main.
- N'aie pas peur… dit-elle d'une voix douce. Je ne te veux aucun mal… Es-tu blessé?
Elle renouvela sa tentative, mais cette fois-ci, l'oiseau bondit promptement sur le côté en faisant claquer son bec de nouveau. S'il avait pu émettre un autre son que le piaillement, il aurait très certainement rugi. Son comportement n'était pas trompeur ; ce n'était pas par peur qu'il réagissait, mais par agressivité. Mais la Gryffondor n'eut même pas le temps de s'interroger sur le pourquoi de son attitude que l'oiseau, dans un dernier claquement de bec fielleux, s'envola par la fenêtre qui se referma violemment derrière lui.
