Voilà le chapitre 8!
Merci à Loufoca-Granger, DramioneForever700 et Tuti-Fruity pour les longues reviews qui font toujours aussi plaisir :) !
Bonne lecture.
Lexa Nedra
Une leçon d'honneur
Chapitre 8
Paume et jointures
Une silhouette noire, encapuchonnée, se tenait devant le grillage condamné et observait la bâtisse qui s'érigeait derrière, imposante, majestueuse, avec un mélange d'excitation et de nervosité. Un bruit de pas s'approcha tranquillement de lui qui ne chercha pas à savoir qui avait rompu le demi-cercle formé dans son dos. Une main délicate prit la sienne, plus costaude, et l'étreignit avec force.
- Saisie du Ministère de la Magie pour enquête… lut Lucius Malefoy en étirant un sourire froid.
Narcissa, à côté de lui, ricana discrètement. Dans les ténèbres de la nuit, le silence était absolu, d'autant plus que le Manoir Malefoy et son vaste domaine qui l'entourait, en retrait des autres habitations du Wiltshire, étaient condamnés et n'attiraient aucun visiteur. Les huit Mangemorts présents avaient tout de même pris la précaution de cacher leur visage harassé sous le rabat du grand capuchon de leur cape noire bien que ce fut une très maigre mesure de prudence dans les circonstances. Mais la demeure avait été fouillée de fond en comble et avait été déclarée comme étant soustraite de danger ; il n'y avait donc que très peu de chance qu'elle soit excessivement surveillée. Le Ministère de la Magie, en tout cas, ne se doutait certainement pas que huit Mangemorts activement recherchés retourneraient dans un lieu aussi intimement relié à eux.
Antonin Dolohov, Amycus et Alecto Carrow, Augustus Rookwood et Rabastan et Rodolphus Lestrange se rapprochèrent de leur leader sans rompre la courbe parfaite du demi-cercle qu'ils formaient. Lucius agita faiblement sa baguette et les grosses chaines interdisant l'accès au manoir se déroulèrent dans une pétarade métallique. Aucun des Mangemorts ne grimacèrent en raison de leur manque de discrétion ; l'habitation la plus près était beaucoup trop éloignée pour que quiconque se fasse réveiller en raison du remue-ménage ambiant.
- Bombarda Maxima.
Le panneau de bois placé contre le grillage éclata aussitôt, et le portail de fer forgé se torsada pour, au bout de quelques secondes, former un visage inexpressif. Les Mangemorts, habitués à cette vision pour le moins étrange, n'esquissèrent aucun geste de surprise lorsque le visage se mit à parler d'une voix risiblement monocorde :
- Maîtres Malefoy, quel bonheur de vous revoir.
La voix était claironnante à un point tel que Rabastan et Rodolphus s'échangèrent un bref regard.
- Des enchantements? demanda Lucius.
- Oui. Plusieurs sortilèges de protection ont été appliqués sur votre demeure, expliqua le visage de fer. Des sortilèges, toutefois, d'une efficacité dérisoire.
Lucius sourit, satisfait, et s'adressa à sa tendre femme :
- À toi l'honneur, ma chérie.
Les commissures des lèvres pâles de Narcissa s'étirèrent vers le haut puis elle sortit sa baguette :
- Finite.
Une barrière jusque là invisible, en forme de globe qui entourait la superficie de leur propriété, brilla courtement avant de se désintégrer dans une sorte de bruissement stridulant. Les enchantements venaient d'être levés.
- Bonne visite, dit le visage atone avant de se séparer en deux lorsque les portes pivotèrent sur leurs gonds.
oOo
Drago ne pouvait supporter davantage le mystère des regards oppressants que les étudiants lui lançaient. Son pas tranquille s'accéléra, et bientôt, il sentit les racines de l'angoisse pousser dans son for intérieur et lui tordre l'estomac. Que se passait-il encore? Il avait senti l'hostilité du climat aussitôt qu'il eut mis un pied en dehors de la salle commune, et son intensité n'avait fait qu'accroître au fil des pas qui le conduisaient jusqu'à la Grande Salle. À en juger par la tête des gens qu'il croisait, tous semblaient être au courant de quelque chose qu'il ignorait encore et il lui tardait d'enfin mettre la main sur un exemplaire de La Gazette du Sorcier, car il était prêt à mettre sa main au feu que la raison qui poussait tous ces regards à s'attarder sur sa personne était liée à son père.
Comme pour répondre à ses prières, Hermione bifurqua à l'intersection de deux couloirs alors qu'il s'apprêtait à tourner le coin. La réaction de la préfète-en-chef fut instantanée ; à peine avait-elle identifié la personne qu'elle avait quasiment renversée qu'elle lui saisit le bras et l'entraina à l'intérieur d'un placard à balais.
- J'imagine que tu es celle qui va m'expliquer pourquoi tous ces gens me dévisagent aussi singulièrement, déclara Drago tandis qu'Hermione refermait la porte de la minuscule pièce en prenant le soin de la verrouiller.
Elle ne répondit pas, mais comme il s'en était douté, Hermione brandit La Gazette de la journée à deux pouces de son visage. Le Serpentard grimaça, agacé par son extravagante promptitude, puis lui arracha le journal des mains afin de mieux lire le titre qui noircissait pratiquement toute la une :
- Des intrus détournent la sécurité ministérielle…
- Lis l'article. Il est court. Page 3.
Drago se rendit à ladite page 3 et son visage se relâcha subitement lorsqu'il vit, sur la moitié supérieure de la page, une photo du Manoir Malefoy. À la grande différence de celle qu'il avait vue dans l'édition du 2 septembre, le portail de fer forgé était grand ouvert et sur le sol jonchaient les débris d'un panneau de bois. Sans plus attendre, il débuta la lecture :
Les autorités ministérielles ont été informées que les mesures de sécurité installées autour du manoir de la famille Malefoy pour en interdire l'accès ont été détournées au cours de la nuit précédente. Les sortilèges d'alerte et de détection d'individus ont été dissouts, mais il a tout de même été possible de découvrir que les défenses ont été percées par un total de huit personnes, soit le nombre exact de Mangemorts et complices impliqués dans l'évasion d'Azkaban. Simple coïncidence? Kingsley Shacklebolt affirme que non.
La demeure ayant été vidée de tout objet possiblement relié à la magie noire et fouillée par la Brigade de Police Magique aussitôt l'évasion du 1er septembre survenue, il a donc été confirmé que le passage de ces intrus, après vérifications, n'avait pas comme but un vol quelconque. D'ailleurs, aucun objet n'a été déclaré manquant ou ajouté, et d'après les photos prises lors de la saisie de la propriété, rien ne semble avoir été déplacé. La poussière ne semble même pas avoir été remuée.
Toutefois, le chef de la BPM, monsieur Alric Malone, a laissé échapper au cours d'une interview qu'en dépit des efforts pour rétablir les sortilèges de protection autour du manoir, il a été impossible de le sécuriser comme il l'était avant sa violation. « Notre magie n'œuvre pas », m'a-t-il dit. « Lorsque nous avons tenté d'entourer derechef le domaine de sortilèges de protection, ils ont tout simplement ricoché comme un vulgaire souafle. C'est très embêtant. »
Le Ministère de la Magie soupçonne qu'un puissant maléfice de nature mystérieuse soit à l'origine de cette difficulté, mais Shacklebolt reste penché sur ce prodige et promet au Monde Magique que la question sera rapidement résolue.
Rita Skeeter, en date du 10 septembre 1998
Il leva la tête, ne sachant pas trop comment réagir suite à cette nouvelle. Une sorte de vertige remuait ses entrailles. Hermione avait un bras sous sa poitrine et l'autre replié sur lui-même, ses doigts jouant distraitement avec sa lèvre inférieure. Drago put très clairement deviner qu'elle réfléchissait profondément.
- Pourquoi…? murmura Drago en guise de réflexion personnelle.
- Que tu me poses la question est plutôt ironique, tu ne crois pas? lui fit-elle remarquer en haussant un sourcil. C'est toi qui vis là-bas.
- Qui vivais…
Hermione fit un geste vague de la main.
- Peu importe. Je ne t'ai pas tiré dans ce coin douteux afin de débattre sur l'accord des verbes à utiliser.
- Comment veux-tu que je sache pourquoi ils se seraient rendus là-bas? Au cas où tu ne l'aies pas remarqué, je n'ai pas quitté Poudlard depuis la rentrée scolaire!
- Mais comme j'ai dit, c'est chez toi. Il n'y aurait pas une raison, chercher un objet, par exemple, pour laquelle ils seraient revenus?
Pour toute réponse, Drago agita La Gazette devant ses yeux.
- Tu as lu l'article, non? (Il ouvrit le journal.) D'ailleurs, aucun objet n'a été déclaré manquant ou ajouté, et d'après les photos prises lors de la saisie de la propriété, rien ne semble avoir été déplacé. La poussière ne semble même pas avoir été remuée. C'est plutôt clair, non? Tout porte à croire qu'ils n'ont même pas mis le pied à l'intérieur du manoir!
- Oui, je sais bien… Mais ça, c'est ce que La Gazette avance… Il s'agit de ta famille, de ta demeure ; tu dois savoir mieux que quiconque ce qui aurait pu les attirer là-bas, non?
Quelle plaie, cette fille! Drago soupira bruyamment, exaspéré par sa ténacité. Simplement afin qu'elle lui fiche la paix, il fit mine de ruminer puis secoua la tête.
- Non, je ne vois pas.
- Tu n'as même pas réfléchi dix secondes, Malefoy…
- Non, je te dis que je ne vois pas! Tu voudrais que j'invente une raison, peut-être?
Hermione soupira à son tour. Son manque de coopération l'hérissait mais elle ne chercha pas à insister davantage. Elle s'accota contre le mur et croisa les bras.
- Tu pourrais peut-être utiliser le m-
- Le miroir? N'y pense même pas, trancha Drago. C'est hors de question.
- Et pourquoi pas? s'empressa Hermione de demander puisque cet objet lui était apparu comme étant la seule solution pour obtenir une réponse.
- Je ne vais pas tenter de communiquer avec mon père à chaque fois que le moindre de ses gestes se publicisera! Je ne veux surtout pas lui donner l'impression que je m'y intéresse!
Malgré elle, la Gryffondor dut capituler ; elle se souvenait très bien des paroles dites par Drago concernant sa délicate relation avec ses parents, et puisqu'elle n'était pas insensible face à ce genre de choses, elle détermina que la discussion était close.
- D'abord, pourquoi se sont-ils évadé? (Hermione plissa les yeux sous l'intensité de sa réflexion. Malgré l'évidence de la question, c'était la toute première fois qu'elle se la posait réellement.) Simplement pour être… libres? C'est idiot, car ils doivent constamment se cacher, être en fuite… Ce n'est pas ce que j'appelle de la liberté…
Le corps de Drago fut comme secoué d'une onde électrique, mais Hermione ne le remarqua pas, trop absorbée par ses propres questions. Il croisa les doigts pour qu'elle ne soit pas douée en matière de legilimancie, car dans le cas contraire, elle découvrirait instantanément la raison de l'évasion de son père tant elle trottait dans sa tête à l'instant même.
- As-tu une idée du pourquoi? lui demanda-t-elle.
- Non!
Sa réponse fut si expéditive qu'Hermione ne put s'empêcher de le dévisager avec suspicion.
- Simplement parce que je suis le fils de Lucius Malefoy ne signifie pas que je sois au courant du pourquoi de ses moindres faits et gestes! s'énerva Drago dans l'espoir de dissimuler sa soudaine frayeur.
- Ah non? répliqua Hermione afin de le provoquer.
- Non! répéta-t-il avec force.
Longuement, ils se mesurèrent du regard. Le fait de constater qu'Hermione doutait encore de lui même après ses multiples révélations personnelles l'inquiéta considérablement. Le sujet devait infléchir le plus rapidement possible s'il ne souhaitait pas que son cerveau surdéveloppé fasse preuve d'un peu trop de sagacité.
- Bien… dit Hermione, résignée.
Drago hocha la tête d'un coup sec, satisfait de son abdication, mais un désagréable fourmillement dans ses viscères persistait à l'incommoder. D'une certaine façon, cette fille avait un côté menaçant qui n'avait rien à voir avec l'étendue de sa puissance ; non, il s'agissait de son flair époustouflant. Le langage corporel et l'intonation de la voix semblaient être pour elle comme les pages d'un livre : communicateurs. C'est donc avec un grand soulagement qu'il déguerpit du placard à balais lorsqu'ils mirent un terme à leur discussion.
Hermione referma la porte derrière elle, observa Drago s'éloigner avec perplexité et pensa instinctivement, en raison de son pas pressé, aux cours qui ne tarderaient pas à débuter. Aussitôt, elle pivota sur elle-même afin de consulter l'horloge murale la plus proche et se figea en apercevant Ron, à quelques mètres d'elle en plein centre du couloir vide, qui la regardait avec une indifférence qui lui fit froid dans le dos. C'était une indifférence étrange, comme un emballage qui cachait une furie émotionnelle.
- Alors c'est ça, dit-il simplement en un murmure.
Malgré la distance qui les séparait, la voix murmurée de Ron résonna sur les murs et atteignit Hermione de plein fouet. C'était une voix incroyablement saturée de reproches, mais surtout de douleur. Une douleur dont la jeune femme ignorait la source. Troublée, elle se dirigea nonchalamment vers lui.
- De quoi parles-tu? demanda Hermione sans se douter des idées folles que se faisait son copain.
- Je le savais, en plus, poursuivit Ron sans démontrer plus expressif. (La préfète-en-chef s'arrêta et plissa les yeux.) Je le savais, mais Harry était persuadé que je me faisais du cinéma.
- Attends… Qu'es-tu encore en train de t'imaginer?
Ron vira au rouge en un claquement de doigt.
- De m'imaginer? Tu dois vraiment me prendre pour un imbécile, Hermione! rugit-il en serrant les poings. Toi et Malefoy dans un placard à balais… Maintenant, je comprends parfaitement pourquoi tu as refusé ma proposition lorsque je t'ai emmenée dans la Salle sur Demande…! Tu préfères faire ce genre de choses dans des endroits crades avec lui!
Les yeux d'Hermione étaient si ronds qu'un vif d'or en aurait pâli d'envie. La colère était montée si subitement en elle qu'elle s'était coincée dans sa gorge et empêchait ses mots de sortir, mais la honte d'une telle accusation avait fait naître de lourdes larmes de rage sur le coin de ses yeux.
- N'essaie même pas de démentir ce que je dis! ajouta Ron d'une voix déchirée. Je… Je… Je…
Mais Hermione n'était pas curieuse de découvrir la suite de sa phrase. Elle poursuivit sa route vers le rouquin d'un pas si dur qu'il aurait très certainement fracassé les dalles de pierre sous elle si elle n'aurait pas su contrôler sa fureur.
- Comment oses-tu, Ronald Weasley…? vociféra-t-elle en s'arrêtant à quelques centimètres de lui.
Le visage pourpre, elle s'était mise à pleurer en donnant l'impression que sa tête allait éclater au moindre petit choc. C'en était trop. Le comportement de Ron, impulsif, irrespectueux, paranoïaque, avait eu raison d'elle et inspira les mots qu'elle cracha comme un tonnerre impitoyable :
- Comment oses-tu m'humilier de la sorte? s'époumona-t-elle en sentant les larmes chatouiller son menton. Comment oses-tu simplement penser que je puisse agir avec une telle impudence? Et comment oses-tu m'accuser aussi délibérément?
- Hermione! rétorqua Ron du tac au tac en brandissant une main en direction de l'endroit d'où il l'avait vue sortir. Je t'ai vu sortir d'un placard à balais avec Malefoy! Que veux-tu que j'en pense?
- Pour ta gouverne, sache que je ne faisais que discuter!
- Ne me fais pas rire! Dans un placard à balais?
Le coup partit de son propre chef. Lorsqu'Hermione retrouva pleinement ses esprits voilés par la frustration, l'intérieur de sa main droite chauffait comme si elle tenait entre ses doigts une poignée de braise, et Ron, le haut de son corps légèrement tordu par la force de la gifle, affichait une joue cramoisie.
- Merci de m'avoir tendu l'ultime raison de te quitter définitivement, Ronald Weasley! se lamenta-t-elle en détalant aussitôt. C'est ter-mi-né!
oOo
Harry tapotait sourdement son pupitre des doigts, tracassé par l'absence injustifiée de ses deux meilleurs amis. Il avait pourtant pris son petit-déjeuner en leur compagnie quelques instants plus tôt…
Le cours de sortilèges avait débuté depuis une vingtaine de minutes et Flitwick, simplement en raison de l'inhabituel manque de son élève-prodige, avait légèrement retardé le début de la théorie du jour. Le directeur des Serdaigles avait simulé un maigre ménage dans la paperasse sur son bureau pendant les cinq premières minutes avant d'entamer la matière pour de bon, mais Harry l'avait très bien vu regarder d'un œil intrigué les places vacantes que Ron et Hermione occupaient habituellement.
Le balafré avait d'abord cru que Drago avait un lien avec leur absence – les Serpentards et les Gryffondors partageaient le même cours de sortilèges – puisqu'il avait légèrement tardé, mais ses doutes s'étaient rapidement dissipés lorsqu'il l'avait vu, pantelant, franchir le seuil de la porte à huit heures tapantes. Rien dans son comportement n'indiquait qu'il avait eu un face-à-face avec Ron, donc Harry jugea que ses deux amis avaient sûrement cru bon de sécher un cours afin de rattraper le temps perdu – perspective plutôt étrange en considérant qu'Hermione Granger était l'une d'eux.
Quelqu'un cogna à la porte. Flitwick, de sa voix flûtée, invita le nouveau venu à entrer et c'est avec surprise qu'Harry vit Hermione pénétrer dans la salle de classe avec un visage fumant de rage. Ses lèvres étaient étroitement serrées, ses yeux vitreux et la main qui retenait ses manuels de classe contre sa poitrine s'y accrochait si fermement que ses jointures étaient devenues blanches. Malgré son irritation manifeste, elle maugréa des excuses au professeur et gagna sa place.
- Ça va, Hermione…? demanda discrètement Harry une fois qu'elle fut assise tandis que Flitwick poursuivait sa théorie.
Hermione ne répondit pas. Elle déposa doucement ses livres contre le coin du pupitre qu'elle partageait avec Harry et ouvrit son manuel à la page indiquée sur le tableau noir. Autrement dit, elle lui accorda autant d'attention que s'il faisait partie du décor.
- Ron n'est pas là…? s'enquit-il.
- Ron? rétorqua-t-elle aussitôt avec dureté. Ron qui? J'ignore de qui tu veux parler, Harry.
Des visages agacés se tournèrent vers eux et Flitwick les fusilla du regard afin de les faire taire. Harry se recroquevilla, embarrassée par la forte voix de son amie qui ne semblait pas avoir cure de son manque de discrétion.
- Vous êtes-vous encore disputé? chuchota-t-il d'une voix à peine audible.
- Rappelle-moi de ne plus jamais adresser la parole à mon ancien petit ami, d'accord? cracha-t-elle froidement.
- S'il vous plait, ici! intervint aussitôt Flitwick alors qu'Harry écarquillait les yeux de stupeur.
Hermione ne parut pas le moindrement navrée par le dérangement qu'elle occasionnait, pas plus qu'Harry qui fixait son amie avec effarement. Il mourrait d'envie de lui réclamer des explications, mais le professeur de sortilèges darderait immanquablement un œil attentif sur les deux éléments perturbateurs de sa classe pour la durée restante du cours donc se promit de ne pas laisser la chance à Hermione de filer une fois qu'il prendrait fin.
oOo
Les élèves quittaient tranquillement la salle de classe et malgré les protestations d'Harry qui priait son amie de l'attendre, Hermione regroupa rapidement ses bouquins et déserta sa place. Toutefois, plutôt que de se diriger vers la sortie, elle se rendit jusqu'au bureau du professeur Flitwick qui discutait avec un autre élève puis attendit. Harry, saisissant sa chance pour l'interroger, la rejoignit aussitôt.
- Hermione, dis-moi que c'est faux… s'empressa-t-il de lui dire comme si ces mots lui avaient brûlé les lèvres durant la durée entière du cours.
- Pardon? marmonna-t-elle en feignant le désintérêt.
- Réalises-tu vraiment ce que tu fais?
- Bien sûr, Harry. Je souhaite demander au professeur Flitwick une reprise du cours afin de compléter les notions que j'ai manquées lors de mon absence.
Harry grimaça, exaspéré par l'immaturité de son comportement.
- Tu sais très bien de quoi je parle! s'impatienta-t-il en agitant les mains. Ne fais pas semblant de ne pas comprendre un mot de ce que je te dis.
- Je comprends très bien ce que tu dis, Harry, lui annonça Hermione. Seulement, je n'ai aucunement envie d'en parler. Tu peux comprendre ça? Je viens de rompre!
Son dernier mot avait résonné dans la salle de classe et la plupart des élèves encore présents la dévisagèrent avec ahurissement. Réalisant seulement maintenant la délicatesse de leur conversation, Hermione regretta la force de sa voix et jeta un œil embarrassé autour d'elle avant de baisser la tête, mal à l'aise de s'être laissée emportée de la sorte. Néanmoins, elle ne vit pas, tout au fond de la pièce, Drago qui rapatriait toutes ses choses en prêtant une oreille attentive à la discussion.
- Y as-tu bien pensé, Hermione? Car ce geste aura peut-être pour effet de détruire notre amitié…! Te rends-tu compte de ça?
Le cœur d'Hermione se tordit. Dans la fureur du moment, elle n'avait pas su réfléchir convenablement et avait agi sur un coup de tête. Coup de tête qui, soit dit en passant, était pourtant parfaitement légitime. Mais malgré l'éventualité que leur amitié soit dissoute en raison de leur rupture, Hermione ne pouvait se résoudre à regretter son geste ; l'humiliation, encore très fraiche, l'emportait haut la main sur sa lucidité.
- Ron m'a insultée, Harry. Non, pire ; il m'a humiliée! s'exclama Hermione. Encore plus qu'il ne l'avait fait dans la Salle sur Demande! Je ne peux pas fermer les yeux et faire semblant que ça ne m'a pas affecté! Il a dépassé les bornes!
- Mais que s'est-il produit, bon sang? s'énerva Harry, agacé par le mystère de la situation.
- Il m'a accusé de m'envoyer en l'air avec Malefoy dans un placard à balais! rugit-elle malgré elle, emportée par un élan de rage à l'évocation de sa dispute.
- QUOI? s'écria une troisième voix.
Drago, défiguré par la honte, en échappa ses bouquins. Il s'était rapproché et passait tout près au moment où l'information fut livrée. Même Flitwick, encore en entretien avec un élève, fut désarçonné par les propos inconvenants qui sila à ses oreilles. Le professeur fit toutefois mine de n'avoir rien entendu, les joues traitreusement rosées, et proposa à son interlocuteur d'aller converser à l'intérieur des murs de son office qui communiquait avec la salle de classe. Harry, Drago et Hermione étaient maintenant seuls dans la classe.
- Oh, toi! protesta Hermione. Ne te mêle surtout pas de ça!
- Pardon? À en juger par ce que j'ai cru entendre, je suis concerné! répliqua vertement Drago. J'exige des explications!
- T'as envie de participer? Parfait! lança la Gryffondor d'un ton cinglant. Tu pourrais peut-être aller dire à Ronald que nous ne nous retrouvons pas dans les placards à balais du château pour batifoler lors de nos temps libres!
Le visage du Serpentard rougit encore davantage. Il voulut rétorquer quelque chose, mais visiblement, les mots lui manquaient tant l'absurdité de la situation l'assommait.
- Mais pourquoi penserait-il une telle chose? demanda Harry qui ne comprenait absolument rien. C'est complètement ridicule!
- Oui, complètement! approuva Drago en tentant de chasser son embarras. (Il se tourna vers Hermione.) Va dire à ton copain qu'il est un taré!
- Ce n'est plus mon petit copain! vociféra la jeune femme en serrant les poings. Va le faire toi-même! Moi, je ne lui adresse plus jamais la parole!
- Mais qu'est-ce qui se passe ici?
Comme un seul homme, Harry, Drago et Hermione pivotèrent sur eux-mêmes en direction de la source de la voix ; Ginny, vêtue de sa cape de sorcière et chargée de ses manuels scolaires, haletait comme si elle venait de courir un marathon.
- Harry, Hermione, vous pouvez m'expliquer ce qui est arrivé à Ron? demanda-t-elle avec contrariété. Je l'ai croisé près des serres alors que je quittais mon cours de botanique et il paraissait furieux. Quand j'ai été le voir, il s'est presque transformé en beuglante! Que se passe-t-il?
Hermione ouvrit la bouche dans l'intention de répondre mais la referma aussitôt lorsque Drago, le corps raide, passa devant elle et se dirigea vers la sortie d'un pas soldatesque. Son air buté n'augurait pas dans le positif.
- Où vas-tu, Malefoy? lança Hermione.
- Vers les serres! J'ai deux mots à dire à Ouistiti!
- Non! Attends! se récria Hermione.
- Mais qu'est-ce qui se passe? répéta Ginny avec force.
La préfète-en-chef ignora les cris de la rouquine et s'élança à la poursuite de son acolyte non sans tenter de découvrir ses intentions qu'elle devinait belliqueuses. Ginny se fit bousculer au passage mais n'en fit aucun drame ; les circonstances semblaient être houleuses et le fait de ne pas en être informée avait éveillé chez elle un sentiment de frustration. Maintenant seule avec Harry, elle l'implora du regard de l'informer de la situation mais le balafré haussa prestement les épaules afin de lui signaler qu'il n'en savait pas plus qu'elle.
Ils s'élancèrent à leur poursuite sans tarder.
oOo
Rien à faire ; Drago faisait la sourde oreille. Hermione ne savait plus quoi inventer pour le dissuader de commettre un quelconque geste qu'il pourrait possiblement regretter. Suivis de près par Harry et Ginny, Drago et Hermione étaient maintenant hors du château et se dirigeaient vers les serres d'un pas excessivement rapide. La température était frisquette mais ne laissa pas freiner le pas de la préfète-en-chef ; elle voulait être présente pour intervenir si les choses dégénéraient – ce qui était fort probable puisqu'elles concernaient Ron et Drago.
Son rythme cardiaque s'accéléra subitement lorsqu'elle aperçut Ron, au loin, et aussitôt elle sut que cette hâte n'avait rien à voir avec les papillons du premier rendez-vous. Au contraire, son sang se mit à bouillonner et l'envie de lui administrer une seconde gifle provoqua dans sa main une sorte d'élancement, comme si elle-même réclamait la joue du rouquin.
Ron était assis sur un banc de marbre, seul, le dos courbé et la tête entre les mains. Les élèves autour de lui auraient pu croire qu'il était triste, mais Hermione savait pertinemment que comme elle, il fulminait encore.
- Weasley! vociféra Drago.
Ron leva aussitôt la tête et Hermione crut que ses oreilles écarlates rejetteraient une épaisse fumée blanche d'un instant à l'autre. Il quitta le banc et se dirigea vers eux en effectuant de gigantesques pas.
- Malefoy, espèce d'ordure! lança Ron tandis qu'ils se rapprochaient dangereusement.
Des têtes curieuses se tournèrent vers eux et bientôt, ils devinrent le centre d'attention. Hermione, redoutant l'instant où plus rien ne les séparerait, se rapprocha de Drago à un point tel qu'elle aurait très bien pu embarquer dans ses chaussures. Harry et Ginny, derrière, pressèrent l'allure.
- C'est toi, le malade qui invente des histoires à dormir debout? beugla le Serpentard.
- T'as peut-être envie que je te fasse dormir, moi? rétorqua Ron en levant le point.
Que quelques petits mètres les séparaient, maintenant. Hermione était assurée que Drago allait être renversé par le poing de Ron, mais celui-ci ne fit que le pousser brutalement au niveau des épaules. Drago fut légèrement projeté vers l'arrière et sembla être sur le point de basculer, mais Hermione, n'ayant pas vu l'attaque venir, n'eut pas le temps de s'écarter et lui rentra littéralement dedans. Le souffle coupé, elle poussa un petit couinement et tomba durement sur ses fesses.
- Hermione! s'inquiéta Ginny en la rejoignant. Tu n'es pas blessée?
- Ça va pas, non? s'indigna Drago à l'adresse de Ron.
- Ne bouscule pas Hermione, sale bouse d'hippogriffe! cria Ron en refusant d'admettre qu'il était le responsable de sa chute.
- Oh! Comme si ça t'importait! tempêta Hermione se relevant avec l'aide de Ginny.
- C'est moi que tu traites de bouse?
Drago imita Ron et le bouscula sans ménagement. Il faillit perdre pied mais se retint de justesse. Furibond, il se rua sur le Serpentard dans l'intention de répéter son geste.
- Ron, calme-toi! ordonna Harry en s'interposant entre les deux bagarreurs.
- Dégage, Potter! C'est entre Weasmoche et moi!
- Ouais, c'est entre la fouine et moi, Harry! Laisse-moi m'occuper de lui!
- Toi? T'occuper de moi? Ne me fais pas rire! Espèce de malade!
- C'est toi le malade!
- À ce que je sache, ce n'est pas moi qui invente des histoires simplement pour me donner une raison de paraître imbécile aux yeux des autres!
- Pardon? Tu peux répéter?
- Arrêtez! protesta Hermione tandis que Ron et Drago, retenus par les bras écartés d'Harry, se lançaient piques après piques. Arrêtez, ça suffit maintenant! Vous êtes pathétiques!
Drago écarta le bras d'Harry avec rudesse et, chancelant, recula d'un pas en jaugeant son ennemi avec condescendance. Ron voulut s'élancer sur lui mais le balafré l'en empêcha en saisissant ses épaules.
- Ron, calme-toi! C'est ridicule!
- Ridicule? répéta-t-il avec virulence. Il a touché à Hermione! Il a fait je-ne-sais-quoi avec elle dans un placard à balais!
Les amants imaginaires s'empourprèrent brusquement. Les témoins de la scène, jusque là silencieux, poussèrent unanimement des exclamations de surprise. Certains pouffèrent sans retenue. Ginny, qui nageait dans le brouillard jusqu'à maintenant, écarquilla les yeux.
- Non! Non, ce n'est pas vrai! s'écria Drago.
- C'est faux! Complètement ridicule! rétorqua vivement Hermione en s'adressant davantage à la foule de curieux plutôt qu'à son ancien petit ami. Ron, je t'ai dit que ce n'était pas vrai!
Mais Ron contourna Harry en deux enjambées et projeta un poing puissant sur le visage du blondinet distrait par l'ampleur de son humiliation. Drago se transforma en toupie et tomba dans les bras d'Hermione, derrière lui, qui, outrée par son geste, tenta de le retenir du mieux qu'elle le put.
- Ron! s'indigna Harry et Ginny d'une même voix.
- Malefoy! couina Hermione, déstabilisée par le poids de la victime.
- Mon œil! se lamenta le Serpentard en plaquant une main contre son œil gauche. Aïe! Mon œil! Il m'a crevé un œil!
Ne pouvant plus supporter son poids, Hermione se laissa choir contre le sol et tenta en vain de constater l'étendue des dégâts sur le visage de Drago.
- Ron, tu es vraiment méprisable! s'offusqua-t-elle en lui décochant un regard noir. Il n'a rien fait! Nous n'avons rien fait! Tu n'es qu'un idiot!
- Ouais, c'est ça! C'est toujours moi, l'idiot!
Flitwick, qui avait pressenti un drame lors de la vive discussion qui eut lieu dans sa salle de classe, les rejoignit quelques secondes plus tard et imposa une retenue à Ron lorsque Drago se plaignit de l'attaque dont il fut victime. Le rouquin encaissa la nouvelle sans broncher et disparut aussitôt en compagnie d'Harry sans s'intéresser de l'état de son ennemi. Les témoins, maintenant ennuyés, retournèrent à leurs activités en attendant le début de leur deuxième cours de la journée et Ginny eut l'amabilité de demander à Drago si la douleur de son œil lui était supportable.
- Évidemment, répondit-il avec dureté. Je ne sens presque rien.
Son œil était toujours caché derrière sa main et la torsion de sa bouche indiquait le contraire, mais Ginny haussa les épaules et s'éloigna à son tour. Discrètement, elle lança un regard inquiet à sa copine qui lui indiqua en un hochement de tête que tout allait bien.
- Assis-toi, proposa Hermione en se dirigeant, avec Drago, vers le banc que Ron avait précédemment occupé.
Il s'exécuta. Hermione en fit tout autant et observa discrètement le Serpentard qui grimaçait en palpant doucement sa pommette.
- C'est douloureux?
- Pas si mal.
- Fais-moi voir.
- Ce n'est pas la peine. Ça picote, c'est tout.
Hermione soupira bruyamment et roula les yeux.
- Veux-tu voir mon troisième bras? lui demanda-t-elle.
Drago la dévisagea aussitôt en retirant instinctivement sa main de son visage. La préfète-en-chef s'intéressa alors à sa blessure et pinça les lèvres en constatant les dommages : son œil était injecté de sang et ne tarderait pas bien longtemps avant d'afficher une jolie ecchymose dans cette même région. Le Serpentard prit conscience de l'originalité de son astuce et, distrait, ne put s'empêcher de rigoler faiblement.
- Tu vas avoir un œil au beurre noir, Malefoy, lui annonça Hermione.
- Génial, marmonna-t-il en reposant les yeux sur les élèves, plus loin, qui attendaient le début du second cours de la journée.
- Tu devrais aller à l'infirmerie…
- Certainement pas! Ça lui ferait trop plaisir. Et puis ça ne fait pas si mal.
Bien qu'elle savait qu'il mentait, elle n'insista pas davantage. Un silence apaisant s'installa entre eux durant lequel ils ne firent qu'entendre la rumeur des conversations lointaines. Personne, parmi les étudiants présents, ne semblait se souvenir de l'incident qui venait à peine d'avoir lieu entre Ron et Drago. Ce dernier tapotait doucement son œil tuméfié, serrant les dents pour ne pas gémir.
- Je n'arrive pas à y croire… marmonna Drago en ressassant les derniers événements. Ce Weasley est vraim-
- J'ai froid, déclara Hermione en se levant subitement. Je vais rentrer.
Sans demander son reste, Hermione étreignit ses propres bras dans l'espoir de se garder au chaud et courut en direction du château, les cheveux dans le vent. Une boule énervante s'était logée dans sa gorge et lui indiqua que malgré son désir de balayer son ancienne relation avec Ron d'un revers de main, cette situation lui fendait le cœur plus qu'elle ne pouvait se l'admettre.
Elle ne revit pas Ron de la journée. Vendredi, le lendemain, passa également sans qu'elle ne l'aperçoive nulle part. Le rouquin, apparemment, avait trouvé comme solution à ses tourments de sécher les cours – du moins, ceux qu'il avait en commun avec Hermione – et Hermione lui en fut extrêmement reconnaissante. Lorsqu'elle se trouvait en compagnie d'Harry, celui-ci ne restait muet quant à l'état dans lequel leur rupture l'avait mis et elle ne fit rien pour s'en informer.
C'était devenu le cadet de ses soucis.
