Salut!
Wow, j'ai toujours de plus en plus hâte au jeudi suivant pour poster la suite! Je constate que le chapitre précédent vous a fait réagir (bah, plus que les autres en tout cas!) et j'en suis bien contente! Un total de 7 reviews pour un seul chapitre : c'est mon record! Le battrez-vous pour ce chapitre-ci? Promis, il y a beaucoup plus d'action... Alors faites-moi plaisir et partagez-moi vos impressions! Vous ne savez pas à quel point c'est stimulant de lire vos commentaires!
Je dédie ce chapitre à ma nouvelle amie Maëva qui est une lectrice assidue depuis plusieurs mois déjà... Merci beaucoup pour le support que tu m'offres toujours! ^^ Je tiens également à remercier toutes celles qui ont posté une review lors du chapitre précédent! Je vous adore! Si vous n'étiez pas là pour m'encourager, il n'y aurait pas d'histoire, alors, merci!
Quant à ceux qui s'impatientent au sujet d'un éventuel développement de la relation Drago/Hermione, je dis : patience... Une histoire serait si ennuyante si tout se produisait dès les premiers chapitres, non? Mais je vous rassure, c'est tout près... :)
Bonne lecture!
Lexa Nedra
Une leçon d'honneur
Chapitre 9
Les intentions de Lucius
Elle croyait être enfin parvenue à se calmer, mais un énième sanglot, aussi bruyant qu'inattendu, s'échappa malgré elle. Aussitôt, Hermione plaqua son visage dans l'oreiller en le frappant d'un poing, excédée par la ténacité de son chagrin. Elle était exténuée ; une heure entière avait passé durant laquelle elle n'avait fait que chialer en s'infligeant un incroyable mal de tête. Ginny et Luna l'avaient entendue de l'étage du dessous et, en bonnes amies qu'elles étaient, s'étaient rapidement jetées à son secours. Toutefois, malgré les caresses réconfortantes et les paroles consolatrices, Hermione n'avait pas cessé une seule seconde de pleurer, ne serait-ce que pour reprendre son souffle.
Elle avait vaillamment luté durant la journée entière pour ne pas se laisser subjuguer par son envie de pleurer. Qu'un seul jour avait filé depuis qu'elle s'était officiellement séparée de Ron, mais elle avait l'impression de s'être isolé du monde depuis des lustres. Elle se sentait faible et fragile en se sachant maintenant totalement indépendante de lui, car malgré l'horreur de la constatation, Hermione était parfaitement consciente que ce n'était pas qu'à leur amour qu'elle avait mis un terme, mais à leur amitié également. Elle connaissait trop bien la personnalité impulsive du rouquin pour déterminer qu'il ne lui adresserait plus la parole durant des mois… voire même plus jamais.
Quant à elle, elle regrettait déjà sa susceptibilité. Elle était encore en colère contre lui, ça oui, mais de là jusqu'à mettre en péril leur amitié presque décennale…
- J'ai tout gâché! s'écria-t-elle dans son oreiller. Tout, tout, tout! Je suis une horrible amie! Je ne mérite rien!
Ginny plissa le front, bouleversée. Luna pinça les lèvres et écarta une mèche de cheveux qui couvrait la tempe de son amie.
- Ne dis pas de telles choses. Je trouve que tu es une amie fantastique, moi.
- Tu ne dois pas rejeter le blâme sur toi, Hermione, déclara gravement Ginny. Ron est certainement celui qui a le plus de reproches à se faire.
- Mais je l'ai giflé! rétorqua Hermione en levant brusquement la tête, comme s'il s'agissait d'une excuse suffisante pour se lacérer les cordes vocales.
- Et alors? Il le méritait. Te manquer de respect à ce point est inacceptable.
Hermione laissa tomber sa tête contre l'oreiller humide, le visage face au mur sur lequel l'unique fenêtre de sa chambre offrait un portrait assombri d'un magnifique paysage qui était pourtant si laid, cette soirée-là. L'oiseau blanc qui lui rendait souvent visite était posé contre le rebord de la fenêtre fermée et observait la scène, mais elle ne lui accorda aucune attention. Ginny avait raison.
- J'ai perdu un ami… geignit Hermione en déparant sa phrase de reniflements. Un ami merveilleux… Tout ça, à cause de sa foutue paranoïa…
- Vous n'étiez simplement pas fait pour être amoureux, je crois, affirma Luna en étirant un triste sourire. L'amitié entre vous était plus forte que votre amour.
- Je ne crois pas, contesta la préfète-en-chef en poussant un rire dépourvu de joie. (Elle se redressa, s'assit en tailleur et replaça sa jupe fripée d'un geste brutal.) Ginny, toi qui le connais plus que moi, tu sais à quel point il est rancunier…
- Peux-tu me dire ce que la rancune vient faire là-dedans? S'il y a un de vous deux qui possède le droit d'être rancunier, c'est bien toi!
- Je sais bien! Mais lui, il est convaincu que je l'ai trompé, Ginny! Tu le sais. Tu étais bien là, hier, lorsqu'il l'a hurlé devant… devant tous ces témoins…
Repensant à cette humiliation publique, Hermione contracta pathétiquement les traits de son visage qui annoncèrent un prochain sanglot. Ginny haussa les épaules, mal à l'aise, et regarda Luna qui enroulait distraitement une mèche de ses longs cheveux blonds autour de son doigt. La rouquine espérait un peu de renfort.
- Il a tort, dit alors la Serdaigle de sa voix rêveuse. D'après moi, lors de votre visite dans la Salle sur Demande, il a été insulté par ton refus à un point tel qu'il a sauté sur la première occasion pour te reprocher quelque chose puisqu'il ne s'agissait pas d'une raison valable de t'en vouloir.
Hermione déglutit avec difficulté. Était-ce dont ça? Son refus de passer à l'acte sexuel serait-il véritablement à l'origine de tout ce drame? Était-ce vraiment si primitif? Un frisson de rage parcourut son échine. Non… Ron n'était pas aussi simple d'esprit.
- Ou, tout simplement, il est jaloux de Malefoy, proposa Ginny d'un ton ferme.
- Jaloux? couina Hermione, incrédule, en haussant un sourcil. De Malefoy? Mais pourquoi? Pourquoi tout le monde s'évertue à croire qu'il a un rôle à jouer dans tout ça?
- C'est évident, non? Suite à ton rejet, tu as eu le réflexe instinctif de t'éloigner de Ron, et-
- Et avec raison, coupa la préfète-en-chef d'un ton qui la défiait de la contredire.
- Et avec raison, approuva aussitôt la rouquine. Et ton recul a eu comme conséquence ton… ton léger rapprochement avec Malefoy. D'où provient sa jalousie. Ça m'a paru évident.
Les joues d'Hermione rougirent, comme si entendre ce fait de la bouche d'autrui connotait d'une plus grande absurdité que simplement le constater par soi-même. Ginny remarqua ses nouvelles couleurs et plissa les yeux.
- Léger rapprochement, n'est-ce pas?
- Très léger! s'empressa de préciser Hermione, écarquillant les yeux. Je ne peux pas me faire à l'idée qu'on puisse penser que je sois devenue… proche de lui. Ce qui n'est pas le cas. On se parle à l'occasion, c'est tout.
- Il est gentil? demanda Luna.
L'attention de Ginny se dédoubla, et Hermione la devina curieuse de savoir ce qu'elle pensait maintenant de leur fameux ennemi commun. Prise de court par sa question, elle mit un certain temps avant de répondre ; qualifier sa relation avec lui n'était pas ce qu'on pouvait appeler une mince tâche, car elle était, en toute vraisemblance, franchement indéfinissable.
- Gentil n'est pas vraiment le mot approprié… expliqua Hermione en haussant mollement les épaules. Disons qu'il est… réglo.
Un ange passa. Ginny parut déçue par la réponse qu'elle avait espérée plus croustillante mais Luna était visiblement satisfaite.
- Il te plait? ajouta cette dernière en toute innocence.
Hermione se raidit promptement, mais un martellement à la porte l'empêcha de s'élancer dans une tirade enflammée. Ginny se leva avec humeur, jugeant que le visiteur avait mal choisi son moment pour se manifester, puis ouvrit la porte.
Drago s'était attendu à ce qu'il y ait trois filles dans la chambre – il avait vu Ginny et Luna y pénétrer au moment où les cris de la préfète-en-chef était devenus insupportables –, mais certainement pas à ce qu'elles le dévisagent ainsi. Ginny, en premier plan, lui décochait un regard qui témoignait de sa langueur à recevoir sa visite. Luna l'observait avec une curiosité polie. Et Hermione, la plus intriguée des trois, étira le cou afin de darder sur lui deux grands yeux ronds et rosis. La présence du Serpentard était si impromptue qu'elle en oublia l'état dans lequel elle devait être en raison de sa dernière heure de larmoiement.
- Je suis certaine que ta visite aurait pu attendre, Malefoy, déclara Ginny. Au cas où tu ne l'aies pas remarqué, Hermione ne se sent pas très bien.
Il ne répondit pas, ne sachant perceptiblement pas comment introduire l'objet de sa visite, mais ne manifesta aucun désir de quitter.
- Je dois te parler, Granger, dit-il au bout d'un moment en regardant par-dessus l'épaule de la rouquine.
- Que se passe-t-il? demanda l'interpelée en regagnant le sol.
En s'approchant, Hermione remarqua que la santé de l'œil blessé de Drago s'était détériorée. Il ne s'était manifestement pas encore rendu à l'infirmerie et elle se promit de le réprimander à ce sujet aussitôt qu'elle en aurait l'occasion ; ce n'était pas très joli à voir.
- McGonagall. Elle veut nous voir pour un truc de… de préfets-en-chef.
- Oh, franchement, intervint Ginny, ça aurait définitivement pu attendre, ça. (Elle s'adressa à Hermione.) Ne te sens pas obligée d'y aller, Mione. Tu as encore beaucoup de peine…
- Ne t'en fais pas pour moi, assura-t-elle en essuyant ses joues d'un geste furtif. Elle veut sûrement nous parler de la fête d'Halloween. Quoiqu'il est un peu tôt… Mais tout de même, me changer les idées ne me ferait certainement pas de mal.
Drago croisa les bras et roula les yeux, ennuyé par tant de guimauve.
- De toute façon, c'est urgent, trancha-t-il.
Ginny le fusilla du regard puis abdiqua. Hermione remercia aussitôt ses amies d'avoir fait du mieux qu'elles purent pour soulager son calvaire moral puis elles quittèrent toutes la chambre pour retourner à leur occupation respective.
Drago et Hermione passèrent la porte de la salle commune. Il était neuf heures et les élèves se faisaient rares dans les corridors.
- Elle est pourquoi, cette rencontre? s'enquit Hermione en frottant ses yeux fatigués.
- J'ai menti. McGonagall ne nous demande pas.
Hermione s'arrêta, interloquée. Drago fut forcé de l'imiter et, après s'être approché d'elle dans l'intention de rester discret, parut tout à coup fortement accablé. Sous la lumière des torches murales, son œil paraissait encore plus mal en point qu'elle n'aurait su le dire lorsqu'ils se trouvaient dans la salle commune.
- Je viens de parler à mon père.
Le cœur de la Gryffondor pratiqua un saut périlleux dans sa poitrine. Elle eut un haut-le-corps et saisit involontairement l'avant-bras de Drago qui ne tenta pas de se dégager.
- Et alors? rétorqua-t-elle aussitôt, avide de savoir.
- C'est… C'est grave… J'aimerais te raconter notre conversation dans sa totalité, mais j'étais si choqué que je n'ai retenu que les grandes lignes et-
- Attends, attends, attends… le coupa précipitamment Hermione.
L'excitation était à son comble ; soudainement, jamais sa crise de larmes ne sembla avoir eu lieu. Ses idées étaient si chaotiques qu'elle ne savait plus où elle en était.
- Nous ne pouvons pas discuter ici, c'est trop dangereux qu'on nous entende. Suis-moi.
D'un pas de course, ils se rendirent au septième étage, devant la tapisserie de Barnabas le Follet. Autant pour Drago que pour Hermione, se retrouver en ces lieux n'évoqua chez eux que le mauvais souvenir de leur dernier passage qu'ils s'efforcèrent de chasser aussitôt. Ce n'était pas le temps de se laisser opprimer par la misère ; Drago avait une information à livrer et Hermione n'attendait que de la recevoir.
Le Serpentard, après avoir reposé les prompts battements son cœur, passa trois fois devant le grand mur vide. Hermione s'agitait comme si elle était soudainement saisie d'une envie d'uriner.
- Je veux un endroit fermé aux oreilles indiscrètes, marmonna-t-il.
Une porte apparut.
La Salle sur Demande, ce coup-ci, leur offrit le somptueux décor d'un oratoire vieux comme le monde, plongé dans les ténèbres. L'endroit était très petit et directement devant eux se trouvait une seconde porte qui, dans les quatre interstices, diffusait une faible lueur bleutée. Il n'y avait aucun doute, en raison de l'espace considérable que prenaient les bancs de bois sombres dans la superficie de la pièce, que l'espace consacré à une discussion « fermée aux oreilles indiscrètes » se trouvait derrière cette porte. Drago et Hermione s'y dirigèrent donc, se heurtant régulièrement les tibias sur les bancs qu'ils ne pouvaient voir en raison de la faible luminosité sans toutefois oser blasphémer.
Seuil franchi, ils se retrouvèrent dans un confessionnal. Le silence était total, presque troublant, mais tellement beau. Dans ce silence, toutefois, il y avait un son. Un son si moindre qu'il pouvait quasiment s'y fondre, caressant leurs oreilles telle une étoffe de cachemire. C'était une sorte de bruit ambiant, aérien et feutré. Le genre de son que devait probablement émettre le paradis s'il en existait un. Indescriptible. Il était si apaisant qu'Hermione eut la soudaine envie de s'étendre contre le sol pour dormir. La quiétude était totale.
Un objet vaguement familier à Hermione s'érigeait au centre de la pièce ; un guéridon massif et magnifiquement sculpté du même bois que les murs du confessionnal. C'était l'unique meuble. Dans la surface était creusé un petit bassin renflé duquel émanait une sublime lumière opalescente. Fascinée, Hermione s'en approcha. Des filaments blanchâtres, ni liquides ni gazeux, tournoyaient paresseusement en envoyant des reflets féériques contre les murs.
- Une pensine… chuchota Hermione.
Son visage était faiblement éclairé par la lueur de la pensine. Drago, ne sachant pas ce que c'était, s'en approcha également en fronçant les sourcils.
- Une quoi?
- Une pensine, répéta-t-elle en souriant inconsciemment. C'est une sorte de… de recueil immatériel de souvenirs.
Hermione comprit. La Salle sur Demande devait avoir « entendu », dans la requête de Drago, quelque chose qu'il n'avait pas dit à haute voix ; sûrement avait-elle appris, dans son for intérieur, qu'il souhaitait partager l'exacte conversation qu'il avait entretenue avec son père et lui avait ainsi livré le matériel nécessaire afin que ce soit possible. En effet, quoi de mieux qu'une pensine pour revoir un souvenir tel qu'il existait?
- Sais-tu comment ça fonctionne? demanda-t-elle en posant ses paumes contre le bassin.
Mais Drago avait déjà l'extrémité de sa baguette contre sa tempe. Il l'écarta lentement de sa tête afin d'en faire sortir une volute vaporeuse et la fit tomber paresseusement, d'un léger coup de baguette, dans la pensine. Son souvenir, éthéré, se mêla à la salade diaphane avec fluidité.
- Prête?
Drago et Hermione s'échangèrent un regard et la Gryffondor hocha la tête. La nervosité grimpa sur elle comme une araignée, mais disparut en un claquement de doigt lorsqu'elle plongea sa tête dans le bassin.
oOo
Elle se trouvait maintenant dans la chambre du Serpentard. Malgré ses connaissances sur le fonctionnement d'une pensine, la vision de deux Drago parfaitement similaires et ce, dans la même pièce, la dérouta. Le « faux » Drago portait les mêmes vêtements que le « vrai » Drago – après tout, c'était un souvenir qui datait de la même journée – qui se tenait à côté d'elle. Même lui, d'ailleurs tout aussi informé qu'Hermione au sujet des caractéristiques d'utilisation de ces objets, parut décontenancé de se voir là-bas, sur son propre lit, alors que son véritable corps se trouvait à côté de la porte. Une fois la surprise passée, le vrai Drago ainsi qu'Hermione s'approchèrent du faux Drago qui lisait un interminable texte dans son manuel de défense contre les forces du Mal. Il semblait blasé.
Tous les deux attendirent patiemment que la voix de Lucius retentisse. Le vrai Drago, qui savait évidemment ce qui allait se passer et se raconter, croisa les bras et s'adossa contre le mur le plus près.
- Drago? Es-tu là, mon fils?
La voix assourdie de Lucius, comme prévu, s'éleva à peine trente secondes plus tard du tiroir sur lequel Hermione s'était accoté les fesses. Aussitôt, elle s'en écarta comme si de là était provenu un bruit indécent et alla s'installer près du vrai Drago. Silencieuse, elle observa la scène avec attention, la respiration déjà pantelante.
Le faux Drago avait brutalement plaqué son livre contre ses cuisses, et Hermione identifia une panique naissante sur son visage. Sa respiration, tout comme la sienne, se saccada et il fixa pendant de longues secondes la porte de sa chambre. La jeune femme comprit qu'il menait un débat intérieur au sujet de la procédure à suivre : devait-il immédiatement aller la prévenir tandis qu'elle pleurait toutes les larmes de son corps dans la chambre voisine ou devait-il l'en informer après ce qui suivrait?
Le faux Drago s'assit sur le bord de son lit, comme s'il avait été sur le point de faire quelque chose qu'il s'était subitement dissuadé d'exécuter, puis attendit.
Il se leva au bout de quelques secondes et rejoignit, d'une démarche pesante, le tiroir d'où était provenu la voix de son père. Il l'ouvrit d'une lenteur excessive puis saisit le miroir dans le creux de sa main en refermant solidement ses doigts autour. Ses sourcils étaient froncés. Le pas indolent, le faux Drago retourna s'asseoir contre le lit et Hermione, avec prudence, en fit de même. Elle voulait voir Lucius au fond de la glace.
- Bonjour Drago, fit Lucius lorsque le Serpentard riva ses yeux sur le petit miroir.
Hermione remarqua que Lucius semblait affaibli. Son visage était légèrement émacié et son teint grisâtre, mais en revanche, ses cheveux étaient impeccablement peignés, comme à leur habitude. Était-ce en raison de leurs voyages constants pour fuir les autorités qu'il paraissait au bout du rouleau?
- Bonjour, marmonna le faux Drago sans se donner la peine de se montrer ravi.
- Comment vas-tu, dis-moi? Comment vont tes études?
Le faux Drago mit un certain temps à répondre. Il paraissait déstabilisé par le comportement insouciant de son père.
- Bien… Tout va bien.
- Tu me rassures.
- Et… Et toi? Maman et toi, comment allez-vous…?
- Oh, très bien. Ta mère, nos amis et moi-même avons tout récemment débuté l'exécution de notre ingénieux plan. Nous croyions devoir faire face à quelques difficultés, mais pénétrer au cœur de Poudlard n'aura jamais été aussi facile…
- Quoi? s'écrièrent le faux Drago et Hermione d'une même voix.
Hermione s'était levée, courroucée. Elle tenta d'abord vainement de saisir le miroir que tenait le faux Drago dans l'intention d'interroger Lucius elle-même, mais se souvint à regret qu'il ne s'agissait que d'un souvenir lorsque sa main passa au travers de l'objet. Éperdue, elle se tourna vers le vrai Drago qui n'avait pas bronché d'un seul centimètre. D'un bref coup de menton, il désigna son double et Hermione comprit qu'elle devrait rester attentive jusqu'à la fin du souvenir si elle ne voulait pas passer outre un important détail.
- Qu'est-ce que tu veux dire? demanda le faux Drago en s'agrippant au miroir avec une force démesurée. Tu… Tu es venu à Poudlard…? Comment as-tu pu entrer?
- J'ai eu le temps d'apprendre plusieurs choses alors que je croupissais à Azkaban, mon cher Drago… déclara Lucius en souriant fièrement.
- Mais qu'est-ce qu'il veut dire? s'exclama Hermione à l'adresse du véritable Drago, incapable de rester indifférente.
- Calme-toi et écoute, ordonna-t-il simplement.
Elle lui décocha un regard noir et canalisa son entière attention sur la conversation qui évoluait beaucoup trop lentement à son goût. Elle se rassit près du faux Drago, une jambe repliée sous une fesse. Ses mains étaient entièrement moites et un tic nerveux secouait son pied qui pendait dans le vide.
- Mais pourquoi… Pourquoi être venu ici…? bredouilla petitement le faux Drago en ayant une idée préconçue de la réponse.
- Pour plusieurs raisons, répondit Lucius. Mais disons que la raison maîtresse était que je me devais de commettre… un certain geste… afin de passer à l'étape suivante.
- C'est lui qui a tué Dennis! cria subitement Hermione en plaquant ensuite ses mains contre sa bouche. Il l'a fait! C'est lui! Le monstre!
Le faux Drago semblait en être venu à la même conclusion qu'elle, car ses yeux s'écarquillèrent aussitôt. Lorsqu'elle lança un regard scandalisé au vrai Drago, celui-ci, le visage tordu par la honte et le tourment, hocha faiblement la tête afin de confirmer son accusation. L'indignation était si puissante qu'Hermione se leva et se mit à faire les cent pas dans la pièce. Évidemment, elle restait attentive à la conversation.
- C'est toi qui… qui as tué Dennis Crivey…? demanda le faux Drago avec appréhension.
- Dennis Crivey? Ta nouvelle amie l'a mentionné lors de notre courte discussion… J'ignorais ce qu'était son nom.
L'impassibilité avec laquelle Lucius parlait du défunt Gryffondor la surpassa à un point tel que ses yeux s'embuèrent sous l'effet de la colère. Elle se figea. Jamais ou rarement elle ne s'était sentie aussi révoltée. Ce sentiment était si puissant qu'elle fut saisie d'une soudaine envie de se défouler : rugir, hurler, courir, frapper…
- Ne me fais pas croire que tu te soucis d'un Gryffondor, Drago, ajouta Lucius d'un ton frondeur. J'ai fait bien attention de choisir ceux qui ne t'importent rien…
Hermione vit le visage du faux Drago se tordre davantage et ses lèvres remuer, mais sa voix tonitruante enterra intégralement la sienne :
- Ceux? Il va… (Elle parlait au vrai Drago, mais, réalisant que s'adresser à lui ne lui procurerait aucun bien, Hermione répéta plutôt sa vaine tentative de saisir le miroir, trop aveuglée par la colère.) Argh! vociféra-t-elle en tapant brusquement le sol de son pied lorsque sa main passa au travers. (De nouveau, elle se tourna vers le vrai Drago qui semblait fortement ébranlé par sa crise de nerfs.) Il va tuer d'autres élèves? C'est ça? Réponds-moi!
La conversation contenue dans le souvenir se poursuivait derrière elle, mais elle ne possédait plus la patience nécessaire pour attendre les prochains détails. Le vrai Drago esquissa d'ailleurs un timide geste en direction de son deuxième lui-même afin de lui signaler que toutes les réponses se trouvaient dans la discussion qu'elle ignorait, mais Hermione fendit l'air en croisant et décroisant ses deux bras pour lui faire comprendre que le cinéma s'arrêtait maintenant. La situation était devenue critique et n'était plus du tout propice au tranquille visionnement d'un souvenir. Furibonde, Hermione s'approcha de lui.
- J'en ai assez de ce suspens inutile! Raconte-moi tout! lui ordonna-t-elle. Maintenant!
Drago déglutit laborieusement. Hermione Granger n'était pas sensée posséder la capacité de se mettre dans un tel état et ce fut très exactement cette particularité qui le poussa à obtempérer sans faire le fier.
Une main invisible se saisit du collet d'Hermione, près de sa nuque, et la tira par-derrière. Elle vacilla. La seconde suivante, avant même qu'elle réalise ce qui s'était produit, la chambre de Drago s'était évaporée afin de refaire place au confessionnal qu'ils semblèrent avoir quitté depuis des heures. La poigne qui agrippait sa chemise se relâcha ensuite et elle comprit que c'était Drago qui l'avait tirée de là.
- Raconte-moi, dit catégoriquement Hermione en s'approchant du blondinet. Maintenant.
- Il y a rien d'autre à dire… répondit-t-il en appliquant une plus grande distance entre elle et lui. Tu as tout compris.
Hermione soutint le regard gris du Serpentard, refusant de croire ce qui pourtant avait été avoué de la bouche du coupable. Le silence s'étirait inconfortablement tandis qu'elle réalisait que les suppositions d'Harry en lien avec l'éventualité de plusieurs meurtres, qui, au départ, lui étaient apparues comme étant tirées par les cheveux, s'étaient officiellement confirmées.
- Il est devenu fou, expliqua Drago d'une voix posée mais tendue. Complètement fou. Azkaban l'a rendu dément, je l'ai bien vu lorsque j'ai été le vi-
- Tu n'es pas en train de le défendre, tout de même?
- Non! Je relate les faits, c'est tout!
- Alors saurais-tu me dire quel est le fameux « ingénieux plan » dont il a fait mention? D'après sa façon de dire les choses, il semblait naturellement soutenir que tu sais qu'il a toujours eu quelque chose derrière la tête!
Le cœur du jeune homme rata un battement mais il n'en laissa rien paraître. Il ignorait le plan, mais en revanche, il savait pertinemment qu'il mènerait à la mort de Potter si ses démarches s'avéraient être des succès.
- Je viens de te dire qu'il est complètement timbré! rétorqua-t-il avec force. Je ne sais pas de quoi il parle! Je n'ai aucune idée de ce qu'il peut penser! Il est devenu fou!
- A-t-il dit autre chose durant la conversation? lui demanda-t-elle à brûle-pourpoint.
Drago fouilla courtement dans ses pensées.
- Non… Il n'a fait que déclarer qu'il reviendrait à Poudlard.
- Et je ne le laisserai pas faire!
Tel un ressort, Hermione se précipita vers la porte et l'ouvrit. Le Serpentard, inquiet quant à ses nouvelles résolutions, s'élança aussitôt vers le battant et le referma brutalement d'une main, par-dessus l'épaule de la Gryffondor, avant qu'elle ne passe le seuil.
- Qu'est-ce que tu fais? s'écria Hermione en se retournant afin de lui faire face.
- Et toi, qu'est-ce que tu fais?
- Je vais prévenir McGonagall! Il n'est pas question que Lucius commette un second meurtre à Poudlard!
Elle fit volteface et voulut ouvrir la porte derechef, mais la main de Drago appliquait encore pression et l'en empêcha.
- Laisse-moi sortir! rugit-elle.
- Et lorsqu'elle va t'interroger sur la source de ces informations, que vas-tu lui dire?
Hermione pivota de nouveau sur elle-même et dévisagea Drago comme s'il était le dernier des imbéciles.
- D'après toi, Malefoy? Je vais lui parler du miroir! Qu'est-ce que ça importe, de toute façon? Maintenant, arrête ton petit jeu et laisse-moi sortir d'ici!
Une paranoïa s'était saisie d'elle ; c'était comme si garder cette information pour elle-même était une preuve de respect envers les projets de Lucius. C'était une impression insupportable. Le choc de la nouvelle était si grand et ses proportions si alarmantes qu'elle ressentait le besoin immédiat de la partager avec une autorité supérieure afin de se débarrasser de ce lourd fardeau. Ce désir la démangeait.
- Granger, tu ne peux pas! protesta Drago en saisissant ses épaules.
- Je te demande pardon?
- Te souviens-tu de notre entente? Si tu parles du miroir à McGonagall, tu m'envoies directement à Azkaban!
Elle en eut le souffle coupé. Tandis qu'Hermione réalisait le pétrin dans lequel ils s'étaient mis les pieds, Drago libéra ses épaules et laissa tomber ses bras de chaque côté de son corps. Il était désespéré, complètement égaré, mais incroyablement soulagé de constater que la préfète-en-chef n'avait pas oublié son accord avec lui.
- Mais on ne peut pas garder ça pour nous, trancha-t-elle funestement. C'est absolument impensable.
Son ton était catégorique, et Drago eut le désagréable sentiment que s'ils ne trouvaient pas de solution afin de contourner l'obstacle qui s'était dressé devant eux, elle transgresserait volontairement leur entente et irait, malgré tout, vers McGonagall pour tout déballer.
- Je sais… Mais tu m'as promis. Tu ne peux pas me faire ça.
- Tu penserais davantage au confort de ta petite personne plutôt qu'à la vie d'élèves innocents?
Il ne répondit pas, mais Hermione connaissait la réponse. L'égoïsme de Drago Malefoy n'était un secret pour personne.
- Alors si tu veux que je te sauve la mise, Malefoy, active tes neurones et aide-moi à trouver un mensonge qui saura convaincre McGonagall de la méthode avec laquelle nous serions entré en connaissance de ces informations.
Elle avait appuyé sur chacun des mots afin de mettre en évidence son déplaisir à commettre cet outrage, et Drago, qui n'en était pas inconscient, proposa un moyen qui s'imposa subitement à lui avec la certitude qu'il serait gagnant :
- Une lettre.
Hermione fronça les sourcils.
- Nous n'avons qu'à rédiger une lettre et prétendre que c'est mon père qui me l'a envoyée, s'explicita Drago.
Le visage de la Gryffondor s'illumina mais perdit son éclat peu de temps ensuite.
- Non. Le Ministère comparera sûrement la calligraphie de notre lettre avec un document créé de la propre main de ton père retrouvé à votre manoir. L'analyse démontrera aussitôt qu'il n'est pas le rédacteur.
- Nous n'avons qu'à nous pratiquer afin de copier le plus fidèlement possible son style d'écriture, non? Ça ne doit pas être bien compliqué…
Hermione se dirigea vers le mur opposé en contournant son acolyte, les bras croisés, et fixa le plancher comme si elle espérait y lire la solution. Elle réfléchissait si fort que les tempes de Drago se mirent à bourdonner. Le mal qu'ils se donnaient afin de prévoir de fausses réponses aux questions dont la vérité leur était connue était complètement irrationnel.
- Scribenpenne! s'écria soudainement Hermione, les yeux écarquillés.
- Qui? s'empressa-t-il de demander.
- Scribenpenne! répéta-t-elle en souriant. Le magasin de plumes et accessoires à Pré-au-Lard!
Drago ignorait totalement où elle voulait en venir, mais l'expression hilare qu'arborait Hermione lui donna la soudaine envie de bondir de joie.
- Il y a toutes sortes de plumes, là-bas! Certaines inspirent des émotions en particulier, d'autres corrigent les fautes d'orthographes… (Elle s'approcha de Drago, confiante. Son attitude n'avait plus rien à voir avec l'hystérie dans lequel elle s'était elle-même plongée quelques instants plus tôt.) Mais nous, ce qui nous intéresse, ce sont les plumes qui imitent la calligraphie d'une personne au choix : les Plumes Plagiaires!
- Tu… Tu me fais marcher…? bredouilla Drago. Ces trucs existent…?
Hermione hocha frénétiquement la tête et le Serpentard se mit à rigoler, ahuri par cet incroyable signe du destin.
- Toutefois, nous n'avons pas le temps d'attendre que la première visite à Pré-au-Lard soit organisée puisqu'elle n'aura lieu que dans deux mois. Il faudra nous y rendre de notre propre chef.
Drago acquiesça vivement sans néanmoins avoir une seule idée de comment parvenir à destination sans se faire voir par les professeurs ou les Aurors chargés de surveiller les alentours.
- Je sais comment nous y parviendrons, déclara-t-elle comme si elle avait lu dans ses pensées, et nous nous y rendrons dès ce soir.
L'enthousiasme de Drago s'évanouit.
- Ce… Ce soir?
- Ce soir. Ne compte surtout pas sur moi pour attendre que ton père tue quelqu'un d'autre avant de passer à l'action.
En détaillant la tête que tirait Drago, Hermione roula les yeux et se lança dans d'ardentes explications :
- Ne t'en fais pas, je connais la méthode pour nous y rendre sans nous faire voir : il existe plusieurs passages secrets au cœur de Poudlard qui permettent de se rendre autre part. Celui auquel je pense nous mènerait directement dans la cave de Honeydukes. Je connais également celui qui nous mènerait dans la Cabane Hurlante, mais il est beaucoup trop risqué…
Drago avait l'impression qu'elle s'adressait à elle-même plutôt qu'à lui, mais il s'accrocha à ses paroles comme à une bouée de sauvetage, convaincu que son plan serait sans faille. Il n'avait aucune difficulté à s'avouer inquiet quant au déroulement de cette expédition illégale et il préférait ne pas penser aux conséquences si on les pinçait hors du château.
- Il y a de grosses chances qu'on nous repère, non…? signala craintivement Drago.
- Pas si on utilise un sortilège de désillusion, lui assura Hermione en agitant un doigt dans le vide. Il ne nous sera pas nécessaire lorsque nous traverserons le passage qui sépare Poudlard et Pré-au-Lard, mais lorsque nous aurons atteint Honeydukes, il faudra impérativement l'appliquer.
D'une main indépendante, le Serpentard lissa ses cheveux platine. Il ne s'était jamais autant aventuré dans l'illégalité et la perspective de se faire apercevoir l'effrayait considérablement. Mais son choix était limité : ça, ou l'aveu d'une sournoise vérité…
- C'est ce que nous ferons, déclara résolument la préfète-en-chef en posant sur Drago un regard inflexible.
Il déglutit avec toute la misère du monde et hocha la tête avec maladresse. Hermione remarqua distinctement son inconfort mais n'en eut cure ; à moins qu'il ne préfère qu'elle divulgue la vérité, c'était leur seule option.
