Café en main, Lexa poste ce dixième chapitre avec un manque important de motivation pour affronter la journée qui se dresse devant elle... Euuurrrk... Moi qui aime habituellement l'automne, je dois dire qu'aujourd'hui, j'ai envie de lui cracher dessus. Il est 7h30 et il fait aussi noir que lorsque je dois me réveiller à 5h30! De plus, ces derniers temps sont les temps durs d'une mi-session presque terminée... Il pleut davantage de travaux que de pluie, et je me retrouve constamment dans l'obligation de les faire la journée d'avant la remise... C'est tout moi, ça! :) J'ai tellement hâte d'en finir avec tout ça...
En tout cas, je suis pas là pour me plaindre... Voici un chapitre avec pas mal d'action... Notre Hermione et notre Drago quittent Poudlard en douce pour se diriger vers l'inconnu... Je vous laisse découvrir ce chapitre que j'ai bien aimé écrire, et je vous informe du titre du prochain, qui sera posté la semaine prochaine : "Une chambre pour deux".
Bonne lecture!
Lexa Nedra et son café
Une leçon d'honneur
Chapitre 10
Assaut chez Scribenpenne
Le cœur de Drago tambourinait rudement contre sa poitrine, mais il était certain que les risques directement liés à leur voyage n'étaient pas l'unique cause de cette nouvelle effervescence ; s'ils échouaient, Hermione serait, puisque sa morale l'exigeait, contrainte de tout avouer à McGonagall qui ne pourrait faire autrement que de prévenir les autorités du Ministère afin de mieux protéger l'établissement qu'elle dirigeait. Une fois qu'on aurait fouillé sa chambre afin de mettre la main sur l'objet qui le liait à des criminels, on lui ferait immanquablement subir un procès qui le soumettrait au verdict de passer le reste de ses jours à pourrir en prison simplement parce qu'il aura été le fils d'un homme avide d'honneur et de vengeance.
Drago secoua frénétiquement la tête afin de chasser ces lugubres pensées tandis qu'il talonnait Hermione sans avoir une seule idée de l'endroit où ils se rendaient. Elle paraissait tout aussi angoissée que lui. Mystérieusement, ce détail avait sur lui un pouvoir rassurant.
La chance leur avait plutôt souri en matière de synchronisme ; les vendredis libéraient les élèves du strict couvre-feu qu'ils devaient respecter lors des jours de cours et dispensaient les préfets de leur ronde quotidienne. À cette heure tardive, leur promenade expéditive dans les corridors n'attirait donc pas de regards curieux et c'est sans problème qu'ils se rendirent au troisième étage. Ils firent halte, haletants, devant la statue de la sorcière borgne.
- Nous y sommes, enfin… marmonna Hermione en essuyant ses mains moites contre sa jupe.
Les environs étaient déserts, mais Hermione étira le cou de tous les côtés, à la manière d'un hibou, afin de s'assurer qu'ils n'étaient pas suivis ou observés. Déconcerté, Drago haussa un sourcil et l'imita distraitement, cherchant, à sa différence, un quelconque détail qui révélerait un passage secret. Il n'y vit que dalle.
- Il n'y a rien ici… dit-il en dévisageant la Gryffondor qui étendait ridiculement son inspection.
- Veux-tu bien jeter un œil de ce côté? Il ne faut vraiment pas nous voir.
Non sans grimacer, Drago s'exécuta et alla vérifier les lieux là où Hermione le lui avait indiqué. Lorsqu'il fut convaincu qu'ils étaient seuls, il fit volteface et découvrit avec stupeur que la jeune femme avait disparu.
- Heu… Granger?
Un bras armé d'une baguette magique lui fit signe derrière la statue de la sorcière borgne.
- Ici! Fais vite, quelqu'un pourrait arriver.
Drago la rejoignit aussitôt, à la fois lassé et intrigué par ce petit jeu téméraire. Il avait la grotesque impression de jouer à cache-cache et pour cette raison, il lui tardait d'enfin entrer dans le feu de l'action.
- Dissendium, murmura alors Hermione en tapotant la statue de sa baguette.
Lentement, la statue glissa sur le côté en découvrant, dans le mur, un espace suffisamment large pour qu'une personne relativement mince puisse s'y faufiler. Aucun problème pour eux. Drago écarquilla les yeux, épaté par cette soudaine apparition, et observa attentivement Hermione s'insinuer dans le trou. Il s'attendait à tout moment que d'immenses mâchoires se saisissent d'elle une fois qu'elle se retrouverait de l'autre côté, car un passage secret sûr menant hors de Poudlard ne pouvait possiblement pas exister.
- Malefoy! Qu'est-ce que tu attends? Qu'on nous découvre, peut-être? lança-t-elle en lui faisant signe de se hâter. Amène-toi! Vite!
Aussi docile qu'un elfe de maison, Drago jeta un dernier coup d'œil autour de lui avant de pénétrer dans le trou. Lorsqu'il traversa l'ouverture, la sorcière borgne reprit sagement position, indifférente face à l'épreuve qu'elle leur imposait en leur cédant le passage.
oOo
Les ténèbres absolues du tunnel les avaient obligé à utiliser Lumos afin de guider leur pas sur le sol froid et inégal. Longuement, ils marchèrent en suivant les courbes qui s'additionnaient et se multipliaient et qui même parfois étaient si serrées qu'ils devaient s'arrêter afin de s'assurer qu'ils ne faisaient pas demi-tour en l'empruntant. Drago, légèrement plus grand qu'Hermione, devait constamment faire attention pour ne pas se cogner le sommet du crâne contre le plafond bas, et souvent, lorsque la Gryffondor entendait le bruit mat d'un impact précédé d'un juron, elle ne pouvait s'empêcher de sourire discrètement.
L'angoisse était palpable. Le silence parfait du passage et l'air glacé qu'ils respiraient avaient généré une sorte de vertige au creux de leur estomac et mettaient leurs nerfs à vif. Fréquemment, ils jetaient un œil nerveux par-dessus leur épaule lorsque la folle impression d'être suivi se ressentait, mais Hermione, se remémorant ce qu'Harry lui avait mentionné au sujet des passages secrets de Poudlard révélés par la Carte du Maraudeur, se giflait mentalement à chaque coup d'œil qu'elle lançait.
- Ça ne sert à rien de regarder derrière toi, indiqua Hermione tandis que le Serpentard dirigeait sa baguette derrière son dos. Personne ne connaît l'existence de ce passage.
Drago fronça les sourcils et l'envoya paître d'un simple coup de menton.
- Tu me dis ça comme si tu ne faisais pas la même chose.
- C'est machinal, rétorqua-t-elle en évitant une convexité du plafond. Je ne crois pas vraiment qu'on puisse être suivi.
- Ouais, c'est ça, marmonna Drago en roulant les yeux. Pareil pour moi.
Le couloir souterrain, comme s'il n'était pas déjà suffisamment étroit, se rétrécit davantage, et bientôt, Drago et Hermione furent obligés de marcher en plaquant leur épaule l'un contre l'autre en permanence afin d'éviter les parois rocailleuses.
- Comment peux-tu être certaine que cette voie soit inconnue, d'abord? demanda le Serpentard.
- C'est Harry qui me l'a dit, déclara la Gryffondor à défaut de lui parler de l'existence de la Carte du Maraudeur.
- Oh, je vois. Alors si Potter le dit, c'est que ce doit clairement être la vérité.
Hermione lui décocha un regard noir.
- Je sais que ce passage est inconnu. J'en ai la preuve. Seulement, elle ne te regarde pas.
- Si tu savais le nombre de choses que tu sais à mon sujet qui ne te concernent pas, Granger, dit Drago après avoir poussé un bref rire jaune, tu n'oserais pas faire la fière.
- Tu confonds deux situations totalement dissemblables, signala sèchement Hermione. Actuellement, tu ne te trouves pas dans l'obligation de savoir pourquoi je sais que ce passage est secret.
- Tu étais obligée de connaître ma vie personnelle, peut-être?
- Évidemment! Si je ne savais pas ce que je sais maintenant sur toi, ne crois-tu pas que j'aurais tout dévoilé à McGonagall dès la première occasion? C'est grâce à ces informations personnelles que je suis indulgente à ce point.
Drago se renfrogna à défaut de lui donner raison.
- Ne va pas croire que t'arracher ces informations était pour moi un plaisir, déclara Hermione.
- Hum-hum…
Vexée par le sarcasme criant de sa réaction, Hermione, légèrement essoufflée, ralentit le pas.
- Je ne suis pas comme toi, Malefoy. Tourner le couteau dans la plaie des gens ne m'amuse aucunement. Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, j'essaie au contraire de t'aider.
- Attention la tête.
- Quoi?
Sa tête heurta violemment le plafond qui, à partir du point auquel ils s'étaient rendus, était plus bas de quelques centimètres. Hermione poussa un petit cri aigu et perdit l'équilibre de ses jambes, aveuglée par la douleur cuisante de son front. Elle se serait sûrement écorcher les genoux sur le sol gelé si Drago ne l'avait pas, par réflexe, attrapé durant sa chute.
- Aïïïïïe! se lamenta Hermione tandis qu'il la posait délicatement par terre.
Un mince filet de sang s'écoula d'entre ses doigts plaqués sur la blessure de son front. Drago dût se mordre les lèvres pour ne pas éclater de rire. Il remercia d'ailleurs le ciel de lui avoir fermé les yeux au moment où il s'accroupissait près d'elle pour jouer les infirmiers ; si Hermione osait lever les paupières, elle apercevrait immanquablement son sourire hilare.
- Oh, non! Je saigne! Aïe…! couina-t-elle en grimaçant. Sac à gargouille…
- Ça ne fait pas trop mal? demanda Drago en s'efforçant médiocrement d'effacer l'amusement contenue dans sa voix.
Mais Hermione la détecta. Elle ouvrit les yeux malgré la souffrance que ce simple mouvement lui causa et constata que le Serpentard se moquait d'elle. Aussitôt, elle pinça les lèvres et balança un poing puissant sur l'épaule du blondinet qui vacilla et tomba sur les fesses. Démasqué, Drago pouffa bruyamment sans se soucier de l'embarras de son acolyte.
- Ce n'est pas drôle, espèce d'imbécile! C'est très douloureux!
Celle-ci se leva maladroitement et essuya précautionneusement le sang qui avait coulé sur son nez et sa joue. Elle tira la langue lorsqu'une goutte amère se faufila jusque dans sa bouche.
- Oh, Granger! Ne joue pas les offensées! s'exclama Drago en se redressant à son tour. Ce n'est qu'une petite égratignure… Tu vois, maintenant, nous sommes semblable.
De son index, il désigna son coquard, et malgré son irritation, Hermione sentit avec déshonneur un rire se frayer un chemin sinueux jusqu'à sa bouche. Non, il n'était pas question qu'elle rit. Elle voulut d'ailleurs cacher le petit sourire qui naquit malgré elle sur ses lèvres en se penchant pour faire mine d'épousseter sa jupe, mais la situation eut raison d'elle puis la força à rire. Drago, satisfait de son effet, ne put s'empêcher de l'imiter.
- Je savais que tu dramatisais, dévoila-t-il.
- C'est très douloureux, répéta-t-elle en maîtrisant son rire. Je ris car tu es un crétin.
Pour toute réponse, le Serpentard brandit sa baguette à deux pouces de son visage. La lumière qu'elle diffusait l'aveugla, mais Hermione devina ses intentions et le laissa faire.
- En tout cas, tu t'es fendu le crâne, constata Drago. C'est pas joli.
- Je m'en soucierai plus tard, trancha-t-elle en écarta son poignet d'un léger coup de main. Nous avons du pain sur la planche.
Au bout d'un temps incroyablement long durant lequel la tension fut considérablement relâchée, Drago et Hermione aperçurent un vieil escalier de pierre qui leur indiqua que leur destination n'était plus bien loin. Par précaution, ils turent la conversation qu'ils avaient engagée puis se mirent à gravir les marches ; il ne fallait surtout pas qu'ils alarment quiconque au-dessus d'eux durant leur ascension.
Des centaines et des centaines de marches défilèrent sous leurs pieds jusqu'à ce qu'Hermione, en tête du duo, se frappe de nouveau le crâne sur quelque chose de dur. La plaie sur son front, légèrement coagulée, se remit à saigner tandis qu'elle s'accroupissait sur les marches en se mordant le poing pour ne pas extérioriser sa souffrance une nouvelle fois. Elle plaqua aussitôt une main sur sa tête.
- Ça va? chuchota Drago, immobilisé sur une marche moins haute que celle sur laquelle Hermione s'était assise. Tu t'es remise à saigner…
- Pas grave, pas grave… couina-t-elle, le visage convulsé, en s'efforçant de ne pas gémir. Nous sommes arrivés, je crois… Je trouverai peut-être de quoi bander ma plaie dans la cave…
- Sûrement… On a un plan, d'ailleurs? Il serait pratique de savoir exactement la procédure à suivre si on veut éviter les mauvaises surprises…
Une petite coulisse de sang chatouilla sa joue, et Hermione, faiblement étourdie, l'essuya furtivement à l'aide de sa seconde main.
- Oui… Dès que nous passerons la trappe, nous devrons utiliser le sortilège de désillusion. Il faudra trouver un moyen pour que nous ne nous éloignions pas trop l'un de l'autre… Ensuite, nous quitterons le magasin et nous nous rendrons chez Scribenpenne. Je crois qu'il est bientôt minuit ; les commerçants ne devraient plus être dans leur boutique…
Drago, qui n'avait pratiquement pas écouté les instructions de la Gryffondor, l'observa étancher sa plaie à grand-peine. Elle était pâle. Sans plus hésiter, il dénoua prestement sa cravate verte et argent et la retira d'autour de son cou. Hermione l'observa bêtement lorsqu'il lui tandis l'étoffe.
- Panse ta tête avec ça. Ça devrait dépanner en attendant que tu te rendes à l'infirmerie.
Machinalement, Hermione posa une main dans son cou et se rappela qu'elle avait ce matin opté pour le pull, en raison de la fraicheur de la journée, plutôt que la chemise et la cravate. Surprise par la singulière galanterie du Serpentard, elle saisit délicatement l'étoffe en lui décochant un sourire reconnaissant.
- Brillante idée. Merci beaucoup.
L'inconfort grandissait et Hermione décida de briser le contact visuel avant que l'un des deux ne rougisse. Rapidement, elle noua la cravate autour de sa tête.
- J'ai l'air de quoi?
- Plutôt ridicule.
- Parfait. Allons-y.
Tout en douceur, Hermione poussa la trappe au-dessus de leur tête. Elle se sentait déjà mieux en sachant qu'elle ne se viderait pas de son sang avant la fin de leur expédition. Lorsqu'elle jeta un œil par l'interstice, elle n'y vit que de la poussière et des caisses. Le silence et l'obscurité – Nox avait été nécessaire afin de se fondre le plus possible dans la pénombre – étaient totaux. Elle et Drago se glissèrent donc par l'ouverture en s'entraidant et pénétrèrent dans la cave sans émettre le moindre bruit.
- Et maintenant? susurra Drago.
- Sortilège de désillusion, indiqua Hermione en regardant nerveusement autour d'elle. Mais d'abord, puisque nous serons invisibles et que nous ne pourrons pas communiquer librement, il faudrait trouver un moyen de ne pas s'éloigner l'un de l'autre.
Drago haussa les épaules. Il avait une idée en tête mais refusait obstinément de la partager. Hermione sembla aussi débattre de quelque chose et le Serpentard se raidit lorsqu'elle suggéra le même moyen qui lui avait traversé l'esprit :
- Nous n'aurons qu'à nous prendre la main…
- Oui, je te prendrai le poignet.
- Oui, d'accord. (Elle marqua une courte pause durant laquelle elle repéra l'escalier de bois qui menait au rez-de-chaussée.) Tu es prêt? Lorsque nous serons là-haut, nous ne pourrons prendre le risque de parler… Du moins, pas à moins d'une urgence.
Il secoua la tête.
- Bon, alors dans ce cas, il ne reste plus qu'à agir… Je me charge de tout, d'accord? Tu n'as qu'à me suivre…
Deux minutes plus tard, Drago et Hermione étaient entièrement invisibles et se trouvaient au rez-de-chaussée de chez Honeydukes. Suite à un court affrontement dans la cave qui mettait en cause l'habileté du Serpentard à jeter des sorts fonctionnels, ce fut finalement Hermione, au grand déplaisir du blondinet, qui pratiqua le sortilège de désillusion sur lui. Ainsi, ils étaient assurés que les effets perdureraient aussi longtemps qu'ils le nécessiteraient même si la Gryffondor crut pendant un instant qu'elle avait mal prononcé la formule.
Lorsqu'ils se retrouvèrent sur la route principale de Pré-au-Lard, la frayeur les gagna ; minuit approchait peut-être, mais au loin, en direction de La Tête de Sanglier, on devinait l'activité encore effervescente. Scribenpenne se trouvant à l'intersection de deux allées qui offraient une vue parfaite sur le pub douteux, la démarche devenait drôlement hasardeuse. Tout à coup, ils n'étaient plus aussi convaincus que cette expédition était une bonne idée, mais la distance qu'ils avaient franchie était trop importante pour qu'ils se permettent de reculer maintenant. C'est donc à contrecœur que Drago suivit Hermione lorsqu'elle tira brusquement sur son bras afin de le pousser à bouger.
Heureusement, les clients du pub étaient beaucoup trop ivres et bruyants pour porter attention à la boutique d'accessoires située à quelques mètres de là, et qui était, par surcroît, enténébrée par l'absence de lampadaire. Qui plus est, Drago et Hermione étaient invisibles. Ils auraient aussi bien pu chanter l'hymne de Poudlard à tue-tête et sautiller sur place en agitant les bras dans tous les sens qu'on ne le remarquerait même pas. Tout de même, ils préférèrent ne pas prendre ce risque farfelu et optèrent pour la subtilité et la discrétion.
- Alohomora, chuchota Hermione en tapotant la serrure du magasin de sa baguette.
Un faible cliquetis retentit et Drago, impatient à l'idée de dresser une barrière entre lui et les ivrognes qui hurlaient et chantaient des insanités, pressa Hermione en poussant doucement son dos invisible. Celle-ci inspira bruyamment, terrorisée par son geste impulsif, et lança aussitôt un Immobilus à la clochette commerciale installée au plafond qui n'eut le temps d'émettre qu'un bref tintement. Ils avaient failli se faire repérer. Le Serpentard, réalisant les risques de sa bourde, louangea son invisibilité et leur obligation au silence ; Hermione devait ressentir une insatiable envie de le sermonner de toutes ses forces.
Ils pénétrèrent dans la boutique avec une prudence exemplaire. Hermione tenait le poignet de Drago avec une force épatante – comme en guise d'avertissement – lorsqu'elle referma la porte du magasin, et la clochette, qui avait retrouvée sa libre mobilité, ne produisit aucun son. Bien que la boutique lui était particulièrement familière, elle parcourut tout de même les rayons d'un regard attentif afin de s'établir un parcours. L'angoisse et la hâte d'en finir avaient troublé sa mémoire, et l'emplacement des plumes à caractères spéciaux ne lui était plus aussi évident qu'elle n'aurait osé le croire lorsqu'elle se trouvait encore à Poudlard.
Une fois son itinéraire tracé, elle s'intéressa au joli parquet verni qu'elle découvrit en bois ; ce type de plancher allait inévitablement couiner sous le poids de leur corps. Elle espéra de tout son être que les propriétaires qui vivaient à l'étage du dessus dormaient à poings fermés et ne seraient pas plus alarmés par ces bruits que par les cris obscènes des picoleurs.
Hermione, les doigts toujours enroulés autour du poignet moite de Drago, se dirigea lentement vers le fond de la boutique. En passant devant une grande fenêtre par laquelle elle vit, au loin, des gens festoyer devant La Tête de Sanglier en renversant le contenu de leur énorme chope partout sur le sol, un réflexe instinctif la poussa à s'accroupir. Drago, derrière elle, l'imita sans réaliser la futilité de cette précaution. En sourdine, ils pouvaient entendre les chants et les rires grossiers des clients du pub, et Hermione n'eut aucun doute quant à la destination des passants lorsqu'elle entendit, tout près des murs extérieurs du magasin, le bruit de pas lents. Ce léger tapage ambiant, quoique trivial, sécurisa les âmes inquiètes des deux jeunes hors-la-loi. Un silence de mort aurait facilité leur détection.
En pénétrant dans l'allée la plus profonde de Scribenpenne, la jeune femme se félicita mentalement pour son incroyable flair ; des centaines de plumes toutes aussi originales les unes que les autres s'alignaient sur des petits présentoirs installés sur les murs. Au-dessous de chacune d'elles, un petit écriteau indiquait les propriétés propres à sa plume. Sans porter attention à l'équilibre précaire du lourd fardeau qu'elle traînait derrière elle, Hermione s'élança dans les profondeurs du rayon et s'arrêta à un certain point.
- La Plume Plagiaire, lui rappela Hermione en un imperceptible murmure.
Drago hocha inefficacement la tête, et sans prévenir, la Gryffondor libéra le poignet du blondinet qui se sentit soudainement paniqué à l'idée de dépendre de lui-même. Il prit toutefois conscience qu'il serait facile de repérer sa complice en cas d'urgence dans un espace aussi restreint : il suffirait de parcourir l'allée, bras tendus pour occuper sa pleine largeur, afin d'éventuellement bousculer le corps invisible d'Hermione. N'empêche qu'être privé de guide éveilla chez lui un sentiment d'insécurité.
Dos à dos, ils entamèrent la recherche de l'affichette identificatoire de ladite Plume Plagiaire dont ils ignoraient totalement l'apparence. Plusieurs d'entre elles, au fil de son exploration, éveillèrent chez Drago une profonde curiosité, mais à chaque fois qu'il se sentait dominé par le désir d'en glisser une – plutôt coûteuse – dans la poche de son pantalon, il se remémorait la gravité des risques de leur périlleux voyage et abdiquait aussitôt. Il était, en revanche, persuadé qu'Hermione commettrait secrètement un tel geste puisqu'elle se trouvait ici dans son univers, mais lorsqu'il tournait la tête en direction de sa position, il ne voyait que des plumes flotter courtement dans les airs avant d'être sagement reposées sur leur présentoir, comme si elle ne faisait que les examiner. Le garçon roula les yeux ; non, effectivement, Hermione Granger ne pourrait jamais voler.
Hors de la boutique, tout à coup, il y eut un bruit amorti. Très bref, semblable à celui d'une semelle de chaussure frottant contre un sol de pierre. Puis un silence. Mis à part les cris lointains des ivrognes, la quiétude était totale. Trop, d'ailleurs. Drago et Hermione, qui avaient réagi au faible son comme si on venait de leur balancer un chaudron d'eau glacée sur le crâne, s'immobilisèrent simultanément.
Subitement, un tumulte abasourdissant remplaça le silence de la boutique : la porte d'entrée s'ouvrit violemment sous le choc d'un coup particulièrement furieux, la musique affolée de la clochette vrilla leurs tympans tel un signal de mort, une interminable pétarade de pas fut soulevée et une voix d'outre-tombe trop familière vibra à leurs oreilles en vociférant un Finite Incantatem qui leur déroba aussitôt leur invisibilité. Drago et Hermione, les yeux écarquillés par l'épouvante, s'échangèrent un regard pour la première fois depuis de longues minutes de pondération. On leur avait arraché leur invisibilité.
- Il est là! Là! cria la voix distincte de Malone. Là-bas! Dans le fond! Attrapez-le-moi!
Il n'y avait aucune issue. Il n'existait apparemment aucune porte arrière, et utiliser l'escalier qui menait au premier étage les dévoilerait immanquablement aux yeux des Aurors et des membres de la Brigade de Police Magique qui venaient de débarquer. Ils étaient perdus.
Pourtant, Hermione plongea sa main dans sa poche, en sortit de petits objets métalliques que Drago n'eut guère le temps de distinguer et s'éloigna en direction du comptoir où reposait la caisse enregistreuse. Le Serpentard la suivit spontanément, persuadé qu'elle avait trouvé le moyen de les sortir de ce monstrueux pétrin, mais lui fonça littéralement dedans lorsqu'elle rebroussa le chemin, les cheveux emmêlés devant son visage en raison de la bousculade de ses gestes. Dans la panique du moment, Drago s'agrippa à Hermione et étreignit ses bras avec une telle force que la Gryffondor eut toute la misère du monde à extirper sa baguette magique de sa jupe.
- Bombarda Maxima! s'exclama-t-elle en brandissant sa baguette en direction de la fenêtre devant laquelle ils avaient précédemment passé.
La vitrine éclata en mille morceaux dans une stridente détonation, détournant l'attention des Aurors qui avaient presque atteint le rayon qu'ils occupaient. Drago et Hermione virent, entre deux planches qui servaient de support aux plumes, une bonne dizaine d'hommes armés de leur baguette se diriger vers la fenêtre qu'elle venait de faire exploser. Hermione ne se laissa pas dominer par sa victoire ce n'était plus qu'une question de secondes avant qu'ils ne constatent que le bri de la fenêtre n'était qu'une piètre diversion pour leur permettre de fuir.
- La fenêtre! Il va s'enfuir! s'écria Malone. Là! La fenêtre! Vite! Vite! Vite!
Deux autres agents pénétrèrent dans la boutique au moment où Drago et Hermione allaient se risquer à contourner les allées par la voie libre afin de gagner la sortie. Démarche rapide et baguette brandie, les nouveaux arrivants se dirigèrent vers le fond du rez-de-chaussée, exactement là où les deux étudiants se trouvaient, en jetant un œil parmi les allées qui s'étalaient. Par chance, ils ne les avaient pas encore aperçus entre les tablettes. Mais avec ces hommes qui menaçaient de leur mettre le grappin dessus à tout moment, Drago et Hermione étaient cernés, car de l'autre côté de l'allée qu'ils occupaient, certains Aurors tardaient encore près de la fenêtre fracassée. Certains avaient même passé par l'encadrement afin de s'élancer à la poursuite du mystérieux cambrioleur qui n'avait pourtant pas encore quitté les lieux du crime.
Une constatation aussi désespérée qu'inattendue traversa soudainement l'esprit d'Hermione ; ils n'étaient plus dans l'enceinte de Poudlard. Elle ouvrit grand les yeux, ravivée par leur dernière chance, et s'accrocha à Drago comme s'il s'était transformé en radeau de sauvetage au beau milieu d'une mer de requins.
Crac!
Ils avaient transplané.
