Jour de paye et jour de publication... J'aime les jeudis!

Bonjour, gens! Je n'ai pas grand-chose à dire aujourd'hui... Mis à part un immense merci aux revieweurs qui me font toujours si plaisir en laissant une jolie review! Lecteurs anonymes aussi, merci à vous! De mon côté, je suis en train de terminer le chapitre 16... et je ne suis pas mécontente! Je ne vous dirai pas pourquoi, en revanche! :P

Et maintenant, je m'adresse à ceux qui croyaient à tort que "Une chambre pour deux" traiterait peut-être d'un contenu... hum, disons... suggestif ; non, ce n'est pas le cas. Désolée! Mais nous ne sommes qu'au chapitre 11, après tout! J'espère que vous apprécierez tout de même cette lecture, car après ce chapitre, je pourrais dire que nous pénétrons dans la "deuxième partie" de ma fic. Il n'y a pas vraiment de "partie", mais disons qu'il va y avoir un saut dans le temps. Et ce saut emmènera beaucoup de conséquences ; son contenu, d'après moi, est largement plus intéressant que cette première partie que je conclus aujourd'hui. J'ai vraiment hâte de vous la partager!

Sur ce, je vous souhaite d'apprécier ce chapitre!

À jeudi prochain!

Lexa Nedra


Une leçon d'honneur

Chapitre 11
Une chambre pour deux

Hermione s'effondra sur Drago qui bouscula deux ou trois poubelles de métal avant de s'étaler contre le sol d'asphalte froid. Le fracas fut assourdissant mais se confondait à une comptine en comparaison avec la symphonie angoissante qui s'était élevée chez Scribenpenne à peine cinq secondes plus tôt. Le soulagement de s'être sorti d'un tel bourbier sans qu'ils ne se fassent prisonniers était si colossal que la Gryffondor ne se dégagea de sa très gênante proximité avec Drago que très lentement ; haletante, elle s'écarta de son corps immobile en se traînant à quatre pattes entre les contenants qui dégageaient une odeur pestilentielle. Un peu plus loin, elle s'écrasa par terre au même moment où Drago, qui retrouva subitement sa pleine lucidité, se redressa sur ses genoux en s'improvisant un bouclier à l'aide d'une des poubelles frigorifiées.

- Où sommes-nous? murmura-t-il en posant sur Hermione ses yeux exorbités de panique. Mais qu'est-ce que tu fabriques? Bouge-toi! Ils sont encore là, je les entends!

Hermione expulsa tout le stress accumulé en un interminable soupir. Sa connotation, toutefois, témoignait de son irritation face à l'excitation qui habitait encore Drago ; ne pouvait-il pas voir qu'ils étaient saufs?

- Ce ne sont pas eux… Nous ne sommes plus à Pré-au-Lard, Malefoy. Nous sommes hors de danger.

Le Serpentard ne comprenait pas ; aussi fut-il obligé de jeter un œil par l'interstice que formaient deux poubelles adjacentes afin de se donner une idée plus précise de leur nouvel environnement, car les alentours – deux murs de briques sombres qui se dressaient à leur gauche et à leur droite – ressemblaient beaucoup au village de sorciers. Un couple étroitement étreint passa à quelques mètres d'eux sans jeter un seul regard dans la ruelle sombre où ils se trouvaient. Une fois qu'il disparut, leur rire s'évanouissant avec la distance, Drago constata que se trouvait devant lui une rue sinistrement éclairée par des lampadaires, et que de l'autre côté était stationnée une de ces boîtes roulantes typiquement moldues ; effectivement, ils ne se trouvaient plus à Pré-au-Lard.

- Où sommes-nous? redemanda-t-il, cette fois-ci plus posément.

- Au Chaudron Baveur.

Suite aux secondes que nécessita le passage de l'information de ses oreilles à son cerveau, Drago éclata d'un rire agressant. Hermione s'était assise, adossée contre une des poubelles, et referma ses doigts écartés par l'aigreur de son humeur sur son crâne. En plus de sa plaie au front qui s'était remise à élancer douloureusement, une migraine incroyable évoluait à une vitesse phénoménale que le rire hystérique du blondinet brusqua encore davantage.

- Tu veux dire qu'on leur a échappé? s'écria-t-il sans plus se donner la peine de mesurer le volume de sa voix. Nous sommes saufs?

- Oui. Oui, c'est exactement ce que je viens tout juste de dire.

Son ton tranchant voulait communiquer un message, mais au grand déplaisir d'Hermione, il s'esclaffa de nouveau ; Drago, qui avait manifestement été, d'eux deux, le moins vaillant, ne sut comment exprimer son soulagement autrement que par le rire involontaire et incontrôlable. Lui-même avait senti la fatigue s'abattre sur ses épaules comme si un Sombral l'avait confondu à une piste d'atterrissage, mais cette manifestation échappait à son contrôle et ses maigres forces restantes ne suffisaient à la refouler.

- Incroyable! s'exclama-t-il en se redressant sur ses pieds. Tu peux croire ça? (Il passa une main dans ses cheveux en regardant tout autour de lui, comme s'il venait tout juste de gagner le paradis.) Incroyable… Pas possible… La chance…!

- Malefoy, pourrais-tu baisser ta voix d'un cran ou deux? demanda sèchement Hermione.

- Mais on s'en moque! Nous sommes à Londres, maintenant! Ils ne nous ont certainement pas suivis jusqu'ici!

- Je ne te demande pas ça à cause de ça, mais plutôt parce qu-

- On a tellement, tellement, tellement passé près de se faire déplumer! Imagine un peu ce qui nous serait arrivé si Malone nous avait capturé! Malone… Malone…! Cet imbécile! Pourquoi était-il là, d'abord? Oh, et puis ça aussi, je m'en moque! L'important, c'est qu'on lui a filé entre les doigts! L'abruti! L'incompé-

Ses yeux, tout à coup, s'écarquillèrent, et Hermione craignit pendant un instant que les forces de la justice avaient retrouvé leur trace. Mais Drago riva les yeux sur elle.

- La plume… marmonna-t-il, livide. Par pitié, dis-moi que tu as la plume.

- Évidemment. Tu me prends pour qui?

Les épaules de Drago s'affaissèrent alors, et pendant qu'il remerciait le ciel de ce cadeau béni des dieux, Hermione en profita pour discrètement tapoter la poche de sa jupe ; elle avait instinctivement acquiescé afin de taire l'irritante surexcitation de son complice, mais elle-même n'avait pas écarté la possibilité de l'avoir échappée durant leur départ précipité. Par chance, elle sentait son frêle volume au travers du tissu.

- Montre-la-moi donc, lui dit-il en tendant une main.

Drago resta momentanément interdit devant l'apparence de l'objet tant convoité : rien ne laissait croire qu'il s'agissait d'une plume aux caractéristiques extraordinaires. Elle était bleue royale et de taille moyenne, semblable à toutes celles que pouvait posséder un étudiant banal.

- C'est ça? Elle n'a rien de bien spécial… déclara-t-il avec déception en tournant et retournant l'objet entre ses doigts.

- Tu as peut-être envie de retourner chez Scribenpenne afin de t'assurer que c'est bien elle, la Plume Plagiaire? rétorqua-t-elle rudement en le défiant de l'accuser d'avoir fait erreur. C'est elle. J'ai lu l'écriteau. L'apparence ne nous importe peu.

Il fit la moue, jaugeant la plume avec ennui, puis la rendit à Hermione qui la glissa précautionneusement dans sa poche. Lentement, elle se releva tandis qu'une fine pluie se mit à tomber sur le paysage nocturne. Le froid commençait à engourdir sa peau nue et l'envie de se réfugier dans un lit douillet se faisait de plus en plus insistante.

- Et maintenant? Comment allons-nous faire pour retourner à Poudlard? demanda Drago qui parut tout à coup tracassé.

- Nous attendrons jusqu'à demain, déclara catégoriquement Hermione. Pas question d'y retourner maintenant avec toute l'agitation que nous devons avoir causée là-bas.

- On ne va tout de même pas passer la nuit dehors!

À en juger par la tête qu'il tirait, retourner à Pré-au-Lard, dans la gueule du loup, semblait être une meilleure perspective que de passer une nuit en sécurité à la belle étoile.

- Pourquoi crois-tu que je nous ai fait transplaner près du Chaudron Baveur, Malefoy?

- Tu as sur toi de quoi payer une chambre, peut-être? lança Drago avec ironie.

- Bien sûr! Crois-tu vraiment que j'ai volé cette plume, dans la boutique? Que crois-tu que j'ai été faire près de la caisse enregistreuse avant qu'on ne s'enfuisse?

- Attends… Tu n'as tout de même pas été payer cette plume pendant le débarquement massif d'Aurors, j'espère…?

- Mais oui! renchérit-elle comme s'il s'agissait d'un réflexe naturel. Je ne suis pas une voleuse!

La bouche de Drago était grande ouverte ; les mots lui manquaient pour exprimer l'absurdité de son geste par rapport à la situation critique dans laquelle ils s'étaient retrouvés.

- Réalises-tu ce que nous avons risqué? s'indigna-t-il en écartant les bras. Nous aurions pu nous faire virer de Poudlard! Ils croient sans doute que nous étions l'assassin prêt à frapper une seconde fois! Ils ne nous auraient certainement pas uniquement tapé sur les doigts s'ils nous avaient mis le grappin dessus! Et toi, tu as été payer une plume là où nous sommes entrés par effraction? On ne peut plus logique, ça! ajouta-t-il, encore, avec ironie.

- Tu peux bien parler, toi et tes deux pieds gauches! riposta Hermione du tac au tac. Tu ne faisais que trembler du début à la fin! C'est moi qui ai tout fait depuis que nous avons franchi la statue à Poudlard! Si je n'avais pas eu l'idée de transplaner, nous serions encore dans la boutique ou pire encore : au Ministère de la Magie!

Drago s'était empourpré. Ses lèvres tremblèrent durant l'instant où il tenta de trouver une réplique convenable afin de contredire ce qu'elle affirmait, mais la justesse de ses paroles l'en empêcha :

- Je… Je n'ai pas fait que trembler! rétorqua-t-il.

- Oh, non, pas que trembler ; tu étais également constamment en train de me mettre des bâtons dans les roues à cause de ta trop grande lâcheté! Il ne s'agit que de ça! Tu ne réalises pas tout ce que je fais pour toi, et moi non plus, d'ailleurs! Ça serait si facile pour moi de simplement tout déballer aux autorités, mais regarde où je suis maintenant à cause de toi! (Elle agita les bras autour d'elle afin de désigner les poubelles et Charing Cross Road, près d'eux.) À Londres! À je-ne-sais-combien de kilomètres de Poudlard parce que j'ai fait le choix de t'aider! Alors d'après toi, Malefoy, est-ce que je sais ce que nous risquons?

La dernière syllabe ricocha contre les murs et s'élança dans les ténèbres de la nuit jusqu'à ce qu'elle se mêle au souffle du vent qui l'emporta avec lui. Le silence, suite à ce puissant monologue, parut alors si lourd qu'on aurait dit qu'ils étaient les seuls habitants de la Terre. Drago, humilié, ne chercha pas à se défendre ; au contraire, sa tirade l'avait tant secoué qu'il se renfrogna sombrement, perdant ses rênes. Elle avait raison et c'est exactement ce détail qui l'empêchait de lutter pour sa dignité qui se flétrit.

Les deux rivaux se lorgnèrent longuement. Drago aurait voulu fendre le silence afin de balayer cette soudaine hostilité qui s'était dressée entre eux, mais sa honte étouffait sa répartie. Physiquement, il affichait un flegme déconcertant, mais un étau de fer se refermait fermement sur son cœur. C'était comme si la gifle avait été si puissante qu'elle avait paralysé sa trop grande fierté qui eut toujours empiété sur sa résignation. Mais maintenant que la vérité avait été criée avec un zèle perturbant et ce, durant cette période si déstructurée, elle l'avait atteint là où elle devint le plus vulnérable. Enfin, il put constater qu'en effet, toute sa vie, il n'avait été que la définition même de la lâcheté. Elle avait raison. La honte le consuma.

Mais Hermione ne s'était pas attendue à ce que sa tirade fasse mouche au point de lui soustraire la capacité de réagir. Soudainement, l'embarras se saisit d'elle, et aussitôt elle rétracta ses crocs et ses griffes. D'apparence, elle semblait regretter sa perte de contrôle. Jamais elle n'aurait cru un jour déverser sur Drago une telle cascade de reproches, et c'est avec inconfort qu'elle croisa les bras en rompant enfin le contact visuel qui leur avait quasiment brûlé les rétines. Ses sourcils restaient froncés et son humeur rembrunie, mais en revanche, le venin craché l'avait libérée de son impatience à l'égard du Serpentard.

Les secondes s'étirèrent et le mutisme persistait encore. Drago pouvait sentir croître en lui les racines sournoises du regret et se surprit d'ailleurs à ne pas les mépriser. Il devait admettre, même à contrecœur, qu'il avait été un véritable malotru à l'égard d'Hermione, car l'altruisme et la générosité de son attitude face à sa situation ne pouvaient lui apparaître comme étant négligeables. La honte liée à sa lâcheté rampa jusqu'à son comportement qu'il reconnu comme étant inacceptable.

Au prix d'un effort considérable, il osa enfin parler. On aurait dit qu'ils s'étaient tut depuis des heures.

- Alors, heu… on… on loue une chambre pour passer la nuit?

Hermione sursauta presque au son de sa voix et se désintéressa de la flaque d'eau qui produisait des sillons à l'accueil de chaque fines gouttes de pluie qui s'y mêlaient. Elle croisa ses bras avec un peu plus de fermeté afin de sous-entendre qu'elle ne lui avait pas pardonné son ingratitude et qu'elle attendait des excuses.

- J'y ai bien pensé, et ce n'est pas une bonne idée, rétorqua-t-elle froidement.

Le visage du garçon se relâcha, désarçonné par la nouvelle. Ne venait-elle pas d'annoncer qu'elle avait transplané près du Chaudron Baveur après avoir prévu de dormir à l'auberge?

- Comment…? Pourquoi ça?

- Nos vêtements, indiqua-t-elle en ajustant autour de son crâne la cravate verte et argent qui faisait office de bandage. (Elle était dans une telle colère qu'elle la retira brusquement et la jeta dans une poubelle.) L'uniforme de Poudlard que nous portons va certainement attirer des regards. Inutile d'éveiller des soupçons.

- Tu n'escomptes tout de même pas dormir ici, dehors, à cette température? Nous allons nous réveiller avec une hypothermie…

Hermione soupira bruyamment : son dégourdissement vocal avait peut-être rajusté son taux de patience, mais les caprices de Drago lui parurent plutôt ridicules en regard avec la situation dans laquelle ils se trouvaient.

- Si tu as une autre solution, Malefoy, je t'écoute. La situation nous oblige à nous plier à quelques fâcheuses exceptions.

- Transplanons à l'intérieur d'une chambre.

- Afin de violer une fois de plus une propriété? Non. Pas question.

- La situation nous oblige à nous plier à quelques fâcheuses exceptions, Granger.

Aucune riposte ne put déloger la proposition de Drago, si bien que suite à quelques précisions sur les précautions à employer, Hermione et lui transplanèrent à l'intérieur du Chaudron Baveur.

oOo

La chambre avait un aspect miteux qu'aucun d'eux ne prit la peine de souligner malgré le manifeste dédain qu'ils éprouvèrent en le constatant ; il faisait sombre, mais Drago et Hermione avaient senti leurs pieds s'enfoncer dans un épais tapis qui était beaucoup trop moelleux pour être du tissu. D'après l'odeur qui menaçait de les étouffer à chaque inhalation, ils surent qu'il s'agissait d'une couche compacte de poussière. Hermione se lança aussitôt des fleurs ; de toute évidence, elle avait transplané dans une chambre qui n'avait pas été occupée depuis des semaines – voire des mois. Tant mieux. Ainsi, les risques de tête-à-tête indésirables avec un des membres du personnel du Chaudron Baveur étaient beaucoup moins élevés.

La main de Drago qui tenait l'épaule d'Hermione était raide, et c'est avec une hâte singulière qu'il la retira une fois qu'ils assimilèrent ces faits rassurants. Aussitôt, non sans se remémorer la quête aux Horcruxes, Hermione sécurisa leur refuge : un Assurdiato par-ci et un Collaporta par-là, puis le tour fut joué. Elle fut plutôt reconnaissante de savoir que contrairement à cette période, aucun Mangemorts ni Rafleurs n'étaient à leurs trousses.

Hermione remédia à l'obscurité en allumant les luminaires muraux d'un simple coup de baguette puis inspecta les alentours avec une attention plus pointilleuse. Ce n'était vraiment pas le luxe, mais la chambre aurait aussi bien pu être un taudis qu'elle n'en aurait eu cure ; l'importance était qu'ils avaient un toit sur leur tête pour les protéger des intempéries et qu'il n'y avait aucune chance qu'on ne les trouve ici. Qu'un seul élément la titilla au point d'en devenir épineux : il n'y avait qu'un seul lit. Il pouvait facilement accueillir deux personnes de leur taille, certes, mais cette éventualité était inenvisageable. Obliquement, elle jeta un regard à Drago qui sembla également le remarquer, mais qui détourna aussitôt son attention vers le coin opposé de la pièce, comme s'il se refusait de le signaler. En vérité, il ne souhaitait simplement pas manifester une réaction qui saurait hérisser davantage Hermione, quelle qu'elle soit.

Tandis que Drago se dirigeait vers un bureau isolé contre le mur du fond, la Gryffondor jeta un œil à l'horloge antique qui reposait sur une table de chevet. Malgré les toiles d'araignées et la poussière qui rendaient la lecture de l'heure plutôt difficile, Hermione devina qu'il devait être approximativement deux heures du matin.

- Prends le lit, je m'en moque, proposa Drago en enfonçant ses mains au creux de ses poches. Je dormirai par terre. Il y a tellement de poussière contre le sol que je n'aurai pas besoin de matelas pour me sentir à l'aise.

Hermione rigola, aussitôt imitée par Drago, encouragé par sa réaction ; finalement, elle n'était peut-être pas aussi en colère contre lui qu'il ne le pensait. Soudainement, la tension qui les distançait se dissipa faiblement sans néanmoins s'évanouir en totalité.

- Tu es sûr? demanda Hermione avec indifférence. Je veux dire… Ça ne me dérange vraiment pas, je me suis habituée à ce genre d'inconfort lors de l'année précédente…

Drago, qui gardait péniblement en mémoire les frais reproches d'Hermione concernant sa lâcheté et son détachement, secoua la tête. Il souhait et allait se racheter :

- Non. Prends le lit.

La jeune femme haussa les épaules et considéra le lit de plus près ; il était gris. Plusieurs teintes de gris, mais entièrement gris. Son petit doigt lui indiqua que son aspect d'origine devait certainement être plus reluisant. Elle passa son index sur la couverture afin de vérifier ses suppositions et découvrit avec stupeur une couleur carmine sous la couche de saleté. C'est uniquement à cet instant, lorsqu'elle grimaça de dégoût, qu'elle réalisa qu'il serait impossible pour eux de parvenir au terme de cette nuit sans mourir asphyxiés durant leur sommeil. D'un mouvement fluide exécuté sous le regard curieux du Serpentard, Hermione lança donc un Récurvite à la pièce qui, en quelques secondes, retrouva une allure impeccable. Le décor autrefois fade et déprimant était devenu enluminé et chaleureux. Impressionné, Drago esquissa une moue admirative, mais Hermione ignora ses éloges muets et tira les draps du lit afin de lui signaler qu'elle n'avait aucune envie d'interagir avec lui.

Le blondinet, qui croyait l'avoir radoucie avec sa plaisanterie, se renfrogna. Son désintérêt pour sa personne le dissuada de tenter une toute autre forme d'approche afin d'alléger l'ambiance.

Silencieusement, ils s'alitèrent. Hermione avait offert un oreiller à Drago qui l'accepta sans cérémonie et lui indiqua qu'il devait sûrement avoir des couvertures supplémentaires dans une des penderies de la chambre ; puisque celle qu'ils occupaient était restée vacante depuis un bon nombre de jours, le personnel du Chaudron Baveur avait jugé bon de couper le chauffage dans cette partie de l'auberge, ce qui rendait la température froide et inconfortable. Détail à part, Hermione détermina qu'ils devaient sûrement se trouver sur un étage très peu fréquenté, car dans le cas contraire, on ne l'aurait certainement pas privé de chaleur.

Malgré l'indifférence qu'elle affichait, Hermione n'appréciait pas plus cette tension que Drago. Puisqu'elle s'était volontairement impliquée dans cette si délicate situation, elle aurait minimalement souhaité entretenir rapport un tant soit peu cordial avec son acolyte, mais voilà que le contraire agissait pratiquement en permanence. Avait-elle raison de l'aider comme elle le faisait? Drago lui était-il reconnaissant pour tous les règlements qu'elle violait afin de faire de son problème une situation, à la limite, endurable?

Nonobstant, elle ne jouait pas les aveugles ; elle avait bien vu le regret habiter les traits du Serpentard suite à sa puissante réprimande, mais tant et aussi longtemps qu'il ne les exprimerait pas en mots, elle considérerait cette omission comme une preuve d'égoïsme. Décidément, Drago Malefoy devait comprendre que dans l'espace d'une vie, tout ne lui serait pas offert gratuitement, et que paiements seraient exigés en retour. En l'occurrence, le paiement n'était que le respect, paiement qu'il n'avait pas respecté.

Étendue sur le dos, Hermione fixait le plafond sans véritablement le voir. Elle aurait normalement dû s'effondrer dans les bras de Morphée dès le premier contact avec la douce étoffe qui l'enrobait, mais ses réflexions la tenaient éveillée. De plus, elle sentait Drago, installé à côté d'elle au niveau du sol, aussi songeur qu'elle ne l'était. Il pensait beaucoup, elle pouvait le deviner, et étrangement, la Gryffondor avait l'impression que les ondes émises par son cerveau se rendaient jusqu'au sien.

Effectivement, Drago ressentait ce besoin viscéral de parler. De lui parler. Il se savait incapable de s'endormir sans avant tout avoir réparé la faille qu'il avait creusée par son ingratitude. C'était plus fort que lui. Le sommeil, à maintes reprises, avait failli l'emporter sur ses tracas, mais fuyait constamment aussitôt qu'il le frôlait, comme si par cette agacerie, il voulait l'exaspérer pour détourner son attention là où elle était nécessaire.

Mais il avait honte. Il avait honte de son attitude, mais également honte de se trouver dans l'obligation de s'excuser pour s'être comporté de la sorte. Mais pourquoi? Il n'avait pourtant jamais eu de difficulté à manipuler les autres…

Ce sentiment, cette honte, le poussait à prononcer ce satané « pardon » tout comme elle l'en dissuadait. C'était les remords, oppressants, versus l'orgueil, démesuré. Le combat était dur et pourrait le travailler pendant des heures, mais l'évidence restait dans l'absence de choix ; il devait s'excuser, autant pour tranquilliser son esprit que par respect pour Hermione. Et ce faisant, il lui prouverait que l'image qu'elle avait de lui allait changer pour le mieux, car après tout, il ne voulait en aucun cas qu'elle croie devoir tout faire d'elle-même aussi longtemps qu'elle sera impliquée ; la dernière chose qu'il souhaitait était qu'elle se lasse et l'abandonne à son propre sort.

- Incroyable, hein…? osa timidement Drago. D'en arriver là, je veux dire… Ici…

Machinalement, Hermione tourna la tête en direction d'où provenait la voix du Serpentard bien qu'elle ne puisse le voir. Simplement par l'insignifiance de son intervention, elle sut qu'il souhaitait introduire un sujet beaucoup plus délicat qu'il développerait au rythme de son aise.

- Hum-hum… marmonna-t-elle simplement.

- Dire que nous sommes encore bien loin de la fin…

Il guetta sa réponse, croisant les doigts pour qu'elle ne soit pas défavorable. Le silence ne fut pas rompu et l'encouragea à poursuivre :

- La, heu… La tournure des événements ne… ne te contrarie pas trop, j'espère…? lui demanda-t-il sur un ton gêné.

Ce coup-ci, Hermione ne put refouler un maigre sourire. Il n'y avait plus de doute sur le but de cette conversation et il approchait sensiblement de son but. Sa méthode était toutefois si maladroite qu'elle ne pouvait inspirer que la malice.

- Ça va, rétorqua-t-elle sur un ton plus aérien. J'ai connu pire.

- En tout cas, ce n'est pas le cran qui te manque, ajouta rapidement Drago, content de revoir surgir sa capacité à parler.

La nuance était spectaculaire ; plutôt qu'opter pour la sobriété d'une phrase sujet-verbe-complément, il avait emprunté une voie indirecte qui véhiculait la même information sans néanmoins faire défaut à son extraordinaire égo. Le sourire d'Hermione s'élargit, et bientôt, dévoila ses dents. Elle n'avait même plus envie d'être en rogne tant c'était… adorable.

- Merci, marmonna-t-il.

Hé bien voilà! Le mot avait été prononcé posément, comme si Drago avait subitement réalisé que tous ces chichis et ces façons étaient complètement ridicules.

- Il t'en aura fallu, du temps! lança doucement Hermione en secouant sa voix d'un petit rictus.

Drago poussa un court soupir qui s'apparentait au rire et se sentit tout à coup bien plus léger. L'envie de se perdre dans une conversation s'éprit soudainement de lui, et le sujet idéal se présenta naturellement :

- Comment proposes-tu que nous procédions, demain?

Avec la fatigue qui était apparue et sa querelle avec Drago, Hermione avait presque oublié qu'ils ne se trouvaient pas au Chaudron Baveur par simple plaisir de briser les règles. Elle se souvint alors que la Plume Plagiaire résidait encore dans sa poche et la retira aussitôt afin de la poser sur la table de chevet.

- Nous devrons nous réveiller de bonne heure, lui indiqua-t-elle. Il faudra rédiger cette lettre d'abord et avant tout. Dès notre réveil.

- Je m'en chargerai, intervint Drago, revivifié par l'idée d'enfin exécuter une tâche par lui-même. Je connais le style d'écriture de mon père… (Hermione hocha la tête.) Est-ce qu'il serait préférable de l'écrire ici ou de nous rendre à Poudlard avant?

- Ici, sans nul doute. Il y aurait moins de risque qu'on nous surprenne.

À son tour, Drago hocha la tête. Hermione se rapprocha alors du bord du lit afin de pouvoir établir une connexion visuelle entre son acolyte et elle-même, et le blondinet, bien qu'il n'eut retiré aucun vêtement avant de se glisser sur la couverture, sentit son intimité transgressée à la vue de la Gryffondor perchée au-dessus de lui. Les bras croisés sous son menton, Hermione pinça les lèvres, inconsciente de sa gêne.

- La suite des événements ne sera pas simple… ajouta-t-elle, le front plissé par la réflexion. D'abord, je nous ferai transplaner directement dans la cave de Honeydukes afin d'éviter les inconvénients. Ensuite, nous nous rendrons à la volière…

- La volière?

- Oui… Il serait préférable de monter un véritable scénario afin de rendre cette manœuvre crédible : je veux dire par là qu'il serait préférable de nous rendre à la volière et de confier cette fausse lettre à un hibou qui lui se chargera de venir te la livrer lors du courrier dans la Grande Salle. Tu comprends? Si plusieurs personnes voient ce hibou se rendre à toi, ils deviendront des témoins si jamais des doutes s'éveillent quant à l'authenticité de cette missive…

Le visage de Drago s'illumina.

- Tu viens vraiment de penser à tout ça? s'intéressa-t-il, stupéfait.

Hermione se surprit à rougir et cacha son sourire en le dissimulant derrière ses bras.

- J'ai pris l'habitude de réfléchir pour trois, lors de notre chasse aux Horcruxes, à Harry, Ron et moi… avoua-t-elle timidement.

Drago esquissa une moue. Un drôle de silence régnait dans la chambre.

- En tout cas, trancha subitement Hermione en se secouant, ce plan ne pourra fonctionner que si nous nous levons très tôt.

- Ça marche, acquiesça le Serpentard.

L'inquiétude lui saisit alors l'estomac telle une main emprisonnant un oiseau affolé, car la suite des opérations allaient certainement devenir problématique : Drago devrait faire de lui un comédien…

- Tu… Tu devras ensuite lire la lettre… poursuivit Hermione d'une voix ombrageuse. Tu devras jouer la comédie dès cet instant, Malefoy…

Il hocha la tête sans manifester la moindre trace d'angoisse, comme s'il acquiesçait aux ordres habituels d'un caporal. Si Hermione considérait son jeu d'acteur comme étant médiocre, lui-même, en revanche, se croyait plutôt compétent.

- Il faudra que tu paraisses choqué, ébranlé, inquiet… ajouta-t-elle avec gravité.

- Je sais bien, répliqua-t-il en agitant une main dans les airs afin de lui signaler de passer à l'étape suivante. Ça ne sera pas trop difficile.

- Bon, d'accord, si tu le dis… Ensuite, tu devras t'empresser de trouver McGonagall afin de lui montrer cette lettre.

L'étau se resserra davantage sur son cœur ; Hermione avait du mal à croire que les aptitudes de Malefoy à feindre la panique sauraient convaincre la clairvoyance de McGonagall.

- Tu connais McGonagall, hein? Tu devras te montrer très, très, très convainquant…

- Aucun problème.

Elle ignorait s'il affichait un tel flegme parce qu'il souhaitait prouver qu'il savait se montrer courageux ou simplement parce qu'il croyait vraiment en lui, mais de ces deux perspectives, aucune n'avait le pouvoir de la rassurer.

- Si tu penses échouer sur ce coup-là, autant abandonner dès maintenant, conclut-elle. Il n'y aura pas de test préliminaire…

- Douterais-tu de moi? lui demanda-t-il en plissant les yeux.

- Oh! Non, non! mentit-elle en écarquillant les yeux. Je tiens simplement à m'assurer que ce leurre sera un succès… Je préfère ne pas penser aux conséquences si McGonagall apprenait que ce n'est qu'un coup monté…

Drago étira les lèvres en une grimace angoissée sans toutefois s'étendre sur le sujet ; il préférait largement escompter la meilleure des conclusions. D'ailleurs, le plan qu'Hermione lui avait proposé semblait parfait, et il n'avait aucune difficulté à avouer que ce qu'elle avait organisé en moins de quelques minutes lui aurait probablement demandé des semaines entières de ruminations.

Le silence redevint roi et c'est uniquement lorsque plus rien ne put détenir son attention qu'Hermione remarqua que dans le ciel tout comme dans leur chambre, une pleine lune laiteuse diffusait une pâle lueur fantomatique. Cette lumière, apaisante, effaça tous les tracas qui rendaient son corps si lourd depuis quelques jours. Ron n'existait plus. Lucius Malefoy non plus, ni sa femme et leurs confrères. Le menton enfoncé dans la chair de son bras, Hermione ferma les yeux sans trouver la force de déplacer sa tête sur son oreiller, sentant son écrasante fatigue devenir sereine et agréable. Puis, tout comme si elle venait de vivre une journée d'études particulièrement acharnées, elle s'endormit doucement sans se douter que Drago, sous elle, ne pouvait même pas penser à fermer l'œil tant son visage juché au-dessus de lui le troublait.