Bonjour!

Pas d'école pour moi aujourd'hui! Je prends mon temps, savoure mon café et planifie passer la journée entière à jouer au Sims avant d'aller bosser. Mais tout d'abord, il m'a fallu relire ce chapitre-ci afin de faire mes corrections de dernière minute avant de faire quoique ce soit d'autre! ;)

Julie, une lectrice, me demande pourquoi je ne poste qu'un seul chapitre par semaine... Tout d'abord, merci Julie pour cette question qui témoigne de ton enthousiasme, et voici ma réponse qui se trouve malheureusement à être plutôt triviale : c'est simplement parce que j'espère donner plus de temps aux gens pour lire ET REVIEWER. Je dois toutefois avouer que ça ne fonctionne pas du tout! ^^ Pas mal de gens me lisent, ça c'est vrai, mais quasi personne laisse de review, ce qui est plutôt décevant... Mais je ne poste qu'un seul chapitre par semaine également car mon fonctionnement me demande du temps de recul pour réviser et réviser encore mes chapitres. Si j'ai habituellement quatre ou cinq chapitres d'avance sur celui que je poste, c'est pour que je ne me retrouve pas dans la m*rde si un détail dans un chapitre que j'ai déjà posté ne coordonne plus du tout avec un second détail que je glisse dans un autre chapitre. J'ignore si c'est clair... En tout cas, j'espère avoir répondu à ta question! :)

Alors cessons le blabla. As usual, merci aux lecteurs et surtout aux revieweurs! Peut-être qu'éventuellement je posterai plus d'un chapitre par semaine si vous vous déchainez? Sait-on jamais!

Bonne lecture!

Lexa Nedra


Une leçon d'honneur

Chapitre 12
Les plans des fêtes

- Les Moldus, jusque là passifs, s'éprennent de doutes quant à notre existence et se décident à agir. Nommez un élément majeur, situé entre les années 1300 et 1325, qui se rapporte à cette révolution et qui aura marqué la période archaïque, lut Hermione en levant les yeux de son manuel scolaire. Expliquez votre réponse à l'aide d'éléments pertin-

Hermione s'était interrompue ; Drago, distrait, avait tourné la tête vers elle au moment même où elle avait levé la sienne afin qu'elle ne le devine pas lassé de cette étude, mais il constata aussitôt que son geste n'avait pas passé inaperçu :

- Tu ne m'écoutes pas! lui reprocha-t-elle en grimaçant.

Exaspérée, elle jeta – ou « déposa avec humeur » – son bouquin sur la table basse devant elle en le laissant ouvert à la page destinée aux questions préparatoires aux examens et jeta un bref coup d'œil par la fenêtre. Dehors, une tempête de neige faisait rage et martelait constamment la vitre de ses petits grêlons. Le paysage du lendemain allait certainement ressembler à ces petits villages enneigés dans un globe.

- Tu t'en moques! poursuivit-elle. Tu n'as pas répondu correctement à une seule des vingt questions que j'ai posées! Pourtant, c'est la matière que nous avons vue aujourd'hui même, Drago!

- Je n'y peux rien si l'histoire de la magie est assommante! protesta-t-il avec humeur.

- Elle n'est pas assommante ; au contraire, elle est passionnante. C'est toi qui ne t'intéresses à rien.

Le Serpentard étira ses jambes et les croisa sur la table devant lui au niveau des chevilles. Hermione poussa une exclamation indignée en le voyant poser ses talons contre son manuel et le força à lever les pieds pour le reprendre.

- Je m'intéresse à tout plein de choses, la contredit Drago en croisant les bras tandis que la préfète-en-chef cajolait les pages de son bouquin. Je ne vois toutefois pas en quoi connaître les faits du passé pourrait nous être utile aujourd'hui.

- Il nous faut connaître notre passé afin de mieux comprendre notre présent, expliqua-t-elle en s'affectant un air légèrement hautain. Et puis pourrais-tu me dire à quoi tu t'intéresses, dis-moi? Je meurs de curiosité à l'idée de connaître tes si nombreux centres d'intérêts.

Pris au dépourvu, le blondinet réfléchit un court instant et Hermione ne put s'empêcher de rouler les yeux. Lorsqu'il parla enfin, elle estima qu'elle aurait déjà énuméré plus d'une dizaine de ses passions si la question lui avait été adressée.

- Le Quidditch, déclara-t-il.

- Le Quidditch? répéta la Gryffondor en haussant un sourcil sceptique. Un passionné de Quidditch aurait tenté sa chance durant les éliminatoires de début d'année, ne crois-tu pas?

- Parce que tu crois que j'avais la tête à faire une activité parascolaire? Et la chance qu'on m'inclus dans une équipe avec la réputation que je trainais, peut-être?

Drago n'était pas choqué par sa pique ; il ne se choquait plus pour ça, maintenant. Tout d'abord, parce qu'il côtoyait assidument Hermione depuis pratiquement trois mois entier et qu'il savait ces taquineries vides de malveillance, mais également car ladite réputation qu'il s'était appropriée dès la rentrée scolaire s'était affadie, presque effacée.

En effet, la missive qu'ils s'étaient engagés à écrire suite à leur dangereuse expédition chez Scribenpenne eut en retour plus d'une seule conséquence positive. Écrite d'une main de maître qui était, en l'occurrence, celle de Drago, la calligraphie tracée par la Plume Plagiaire avait été, comme promis, la réplique exacte de celle de Lucius. C'est donc avec la conviction inébranlable que leur plan serait un triomphe que le duo avait exécuté les étapes précises du plan que la Gryffondor avait élaboré la veille.

À quatre heures du matin, le lendemain de leur arrivée au Chaudron Baveur, ils s'étaient réveillés et avaient rédigé la lettre sur laquelle tous leurs espoirs reposaient. À cinq heures, ils transplanaient déjà dans la cave de Honeydukes sans problème et traversaient l'interminable passage qui liait clandestinement Pré-au-Lard à Poudlard.

Ils avaient retrouvé les couloirs vides du château vers six heures du matin. Aussitôt, comme s'ils avaient été dotés d'un mécanisme automatique, Drago et Hermione s'étaient dirigé vers la volière qu'ils gagnèrent en trois minutes. Personne ne s'était mis en travers de leur route. La jeune femme avait sélectionné un hibou qui semblait digne de confiance et lui avait confié, non sans appréhensions, la lettre que Drago avait écrite et qui portait comme signature celle d'un évadé d'Azkaban ; tout tomberait donc à l'eau si elle se perdait ou si on l'interceptait. Elle lui avait indiqué le lieu et l'heure de la livraison et le hibou s'était aussitôt envolé.

Dans la Grande Salle, à dix heures tapantes, le hibou sur lequel Hermione avait jeté son dévolu s'était mêlé au nuage de dizaines d'autres qui volaient au-dessus de la tête des étudiants. Drago avait attrapé la lettre au vol lorsque l'oiseau avait ouvert le bec au-dessus de lui et l'avait lue en s'affectant un air horrifié. Au loin, du coin de l'œil, Hermione avait observé la scène avec un mélange d'admiration et d'estime ; lorsque Drago s'était élancé vers la table des enseignants afin de réclamer le jugement privé et urgent du professeur McGonagall, la Gryffondor l'aurait gratifié d'un oscar.

Elle n'avait pas craint pour la suite ; d'après l'aperçu auquel elle avait assisté dans la Grande Salle, sa performance isolée auprès de McGonagall, dans son office, ne pouvait être que remarquable. Effectivement, lorsqu'il avait regagné la salle commune des préfets quelques heures après le passage des hiboux, Drago avait retrouvé Hermione afin de lui annoncer, non sans vanité, que McGonagall n'y avait vu que du feu. Dans un élan d'euphorie, la préfète-en-chef s'était jetée dans les bras du Serpentard afin de le féliciter.

Le Ministère de la Magie avait choisi de garder l'identité du meurtrier confidentielle afin d'éviter un remue-ménage à Poudlard, mais aussi afin de protéger Drago des médisances et des récriminations puisqu'il était son fils. Certes, il y avait certaines personnes qui clamaient catégoriquement que l'assassin de Dennis Crivey ne pouvait être que Lucius Malefoy en raison de la proximité temporelle des deux incidents majeurs de septembre, mais ce n'était qu'une infime partie des étudiants ; le reste se contentait de spéculer et de songer. Parmi les sorciers qui étaient directement menacés – les résidants de Poudlard –, que quelques élèves avaient définitivement quitté l'école par peur que l'assassin ne fasse de nouvelles victimes.

Le système de sécurité de Poudlard avait été considérablement accru suite au jaillissement de la fausse missive ; le château, maintenant, était surveillé vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Jour et nuit, en dehors comme en dedans, beau temps ou mauvais temps, des sentinelles appartenant au Ministère erraient, baguette en main. La « mystérieuse » effraction à Pré-au-Lard n'avait pas été mentionnée dans La Gazette, mais le Ministère jugea tout de même bon de faire profiter au village adjacent du même niveau de protection que l'école. Bientôt, leurs moindres faits et gestes étaient surveillés. Drago fut même convoqué au Ministère à la demande avide de Malone afin de subir un second interrogatoire, mais McGonagall, qui avait presque fait du Serpentard son protégé, lui avait plutôt formellement conseillé de « s'en prendre aux babouins tout aussi primitifs que lui » sous peine de plainte officielle auprès de son supérieur.

Indépendamment, les jours restants de septembre ainsi qu'octobre, novembre et décembre n'avaient été porteurs d'aucune nouvelle sur les Malefoy. Ni par les journaux, ni par le Miroir à Double Sens. Drago et Hermione ignoraient totalement s'ils devaient s'en réjouir ou non – car peut-être était-ce le calme avant la tempête – mais ils redécouvraient néanmoins la joie d'une vie banale d'étudiant et la savourait pleinement.

Du moins, Hermione la savourait.

- En tout cas, trancha-t-elle en haussant les sourcils. Pour ta gouverne, la réponse à la question est les quarante-sept mises à mort au bûcher de Gwendoline la Fantasque sous différents costumes. Elle utilisait le sortilège de Gèle-Flammes.

Pour toute réponse, Drago haussa les épaules et Hermione, exaspérée par son désintérêt, reposa son bouquin contre la table basse en l'éloignant le plus possible de ses pieds malfaisants.

- De toute façon, étudier est inutile pour l'instant. Je dois t'annoncer à ton grand désarroi que demain débuteront les vacances de Noël…!

- Je suis très contente, au contraire, le corrigea la préfète-en-chef en fronçant les sourcils. C'est toi, plutôt, qui ne devrais pas l'être… Que vas-tu faire à Poudlard durant tout ce temps? As-tu des amis Serpentards qui restent ici?

Drago fit la moue en fixant ses pieds. Le sujet semblait l'ennuyer.

- Sais pas. Je verrai. Je trouverai bien quelque chose à faire pour m'occuper.

Il sembla soudainement réaliser quelque chose et fronça les sourcils.

- Et puis où tu vas, toi? Toi et Weasley ne vous êtes pas réconciliés, il me semble… Il ne t'a sûrement pas invité dans sa tanière, j'ai raison?

- Tu sais, j'ai aussi un domicile, riposta-t-elle avec ironie. Je ne vis pas au Terrier comme Harry. J'irai fêter Noël avec mes parents…

- Potter vit avec Weasley? Comme c'est romantique!

Étrangement, Hermione sentit ses joues rosir. Elle bouscula son épaule d'un coup de coude afin de cacher ses nouvelles couleurs.

- Idiot! Harry n'a plus de demeure, alors les parents de Ron lui ont proposé de vivre avec eux, c'est tout.

- Il y a suffisamment de place dans leur hutte pour qu'ils accueillent quelqu'un de plus? pouffa Drago en jetant un œil vigilant vers la porte de chambre de Ginny qui était fermée.

- Ce n'est pas une hutte! protesta Hermione en le frappant de nouveau. Arrête de te moquer d'eux… Tu sais que ce n'est plus vraiment approprié.

Il y avait du bon dans leur relation devenue solide : maintenant, il fallait beaucoup plus pour les fâcher l'un contre l'autre. Ridiculiser les Weasley, par exemple, n'éveillait plus chez Hermione le même genre de réaction que lors des années précédentes, et ce, pour deux raisons : premièrement, parce qu'elle était encore en froid avec Ron, et deuxièmement, parce qu'elle savait, au fond d'elle-même, que Drago se moquait d'eux par habitude plutôt que par haine.

- Ouais… Au moins, Potter, lui, a un toit en dessous duquel habiter, rétorqua-t-il en regrettant son manoir perquisitionné.

- Oh, arrête un peu… marmonna Hermione en se voulant rassurante. Tout s'arrangera éventuellement, j'en suis certaine. Poudlard ne te jettera pas dehors après tes études en sachant que tu n'as nulle part où aller.

Drago, encore, haussa les épaules.

- Je pense plutôt que d'ici-là, le manoir sera de nouveau accessible… poursuivit Hermione. Il est banni pour le moment, oui, et avec raison, mais rien ne permet au Ministère de la garder pour eux indéfiniment. Tu es l'héritier de cette maison, Drago. Elle est à toi.

- Ils n'arrivent même pas à appliquer de simples sortilèges de protection, alors crois-tu vraiment qu'ils vont me la léguer lorsque je sortirai d'ici? De plus, avec cette grande faille que La Gazette a jugé utile de mentionner, ma maison deviendra un refuge pour sans-abris et autres racailles de ce genre… (Il fut secoué d'un frisson de dégoût.) Des gens malpropres ont sûrement dormi dans mon lit…! Non merci, je n'en veux plus…

Sous le regard indigné du Serpentard, Hermione s'esclaffa :

- Les gens ont peur de ce qu'est devenu ce manoir. S'il devenait un refuge quelconque, ce serait des évadés, rien d'autre. Ce qui serait vraiment très stupide de leur part.

Le mystère du Manoir Malefoy n'avait toujours pas été résolu. Plusieurs articles dans La Gazette traitant de l'étrange impossibilité d'entourer le bâtiment de sortilèges de protection étaient parus au cours des semaines qui suivirent le passage d'intrus dans le manoir et on y lisait constamment qu'aucun progrès n'avait eu lieu quant aux tentatives. Toutefois, avec les mois qui défilèrent et la paix qui s'étirait, les rédacteurs du journal avaient cessé de publier des articles sur le sujet ; la possibilité que les autorités aient abandonné leurs essais était donc envisageable, car une réussite aurait forcément été mentionnée si elle avait eu lieu.

- Sait-on jamais… Sans protection, rien ne les empêche d'y retourner, indiqua Drago.

- Mais pourquoi retourneraient-ils là-bas?

- Je l'ignore. Peut-être pour la même raison pour laquelle ils s'y sont rendus lorsque la sécurité ministérielle a été détournée… (Hermione ouvrit la bouche dans l'intention de parler mais Drago la devança sans lui laisser le temps d'émettre un son.) Et non, Granger, je n'ai aucune idée de ce qu'ils ont bien pu fabriquer là-bas.

Hermione referma la bouche et les deux amis se soumirent au silence.

Le vent était si puissant, à l'extérieur, que les fenêtres de la salle commune attiraient leur attention comme un écran de télévision. Il était très tard, mais quelque chose d'inconscient les retenait là, à bouillir dans leur fatigue, tandis que leur lit n'attendait qu'eux ; peut-être était-ce car le lendemain partirait le Poudlard Express et les séparerait l'un de l'autre pour la durée des vacances des fêtes? Depuis leur retour du Chaudron Baveur trois mois plus tôt, Drago et Hermione étaient devenu de très bons amis. C'était une amitié houleuse, parfois même volcanique, mais ils ne pouvaient nier le rapprochement qu'ils avaient subi lors de leur escapade hors du château. Les jours qui avaient suivi les avaient uni naturellement, comme si maintenant qu'ils partageaient un secret, l'un dépendait de l'autre.

Si Harry n'approuvait pas cette nouvelle relation, il était un très bon dissimulateur. Ginny, de son côté, semblait s'en amuser. Quant à Ron, aussi bien dire qu'il avait passé à autre chose ; en effet, le rouquin avait retrouvé confort dans les bras de nulle autre que Lavande Brown. Hermione savait, à cause de son choix douteux, qu'il ne tentait que de la rendre jalouse. Ce que lui ne savait pas, toutefois, c'est que son ex petite amie n'en avait cure.

oOo

Bien qu'il était contraint à rester à Poudlard pour les vacances de Noël, Drago s'était rendu à la gare de Pré-au-Lard avec Hermione afin de « profiter de l'air frais de la magnifique journée qui s'était levée sur la Grande-Bretagne en ce 23 décembre ». Des diligences qui faisaient la navette entre l'école et le Poudlard Express, la vue sur le paysage était à couper le souffle ; tout était d'un blanc impeccable. Le château peinait même à se découper du ciel tant il était clair, et les élèves, aveuglés, n'avaient d'autre choix que de faire de grotesques grimaces afin de se protéger les yeux.

- Tu es certain que tu ne veux pas venir passer les vacances chez moi? proposa Hermione pour la énième fois tandis qu'ils se dirigeaient nonchalamment vers le train écarlate. Je trouve tellement dommage que tu restes seul pour la période des fêtes!

- Oh, non! rétorqua-t-il vivement en repoussant l'air de ses mains gantées. Il n'est pas question que j'aille chez toi, Granger. Je te l'ai dit au moins cent fois.

Hermione roula les yeux et desserra légèrement son écharpe d'un doigt ; la neige était peut-être abondante, mais la température était étonnamment douce.

- C'est ridicule d'insister comme tu le fais, maugréa la Gryffondor.

- C'est toi qui insistes! protesta aussitôt le blondinet. Moi, j'ai été clair dès la toute première fois que tu m'as invité.

- Mais tu ne m'as jamais précisé pourquoi tu ne fais que refuser ma proposition. Qui a envie d'être seul durant le jour de Noël et le jour de l'An?

- Moi.

Drago fixait ce qui se dressait devant lui, tentant à tout prix d'éviter le sujet du « pourquoi ». Les élèves se pressaient à pénétrer dans le Poudlard Express tandis que d'autres tardaient sur le quai. De petits et paisibles flocons blancs tombaient sur leur tête, leur donnant des allures de bonshommes de neige.

- Alors? insista Hermione après un court silence.

- Alors quoi?

- Pourquoi déclines-tu constamment mon invitation?

Il enfouit ses mains au creux de ses poches et enfonça sa tête entre ses épaules afin de se donner une contenance – et peut-être, éventuellement, pour cacher ses joues rosies.

- Ça ne concerne que moi, dit-il sur un ton sans réplique.

Beaucoup de raisons le poussaient à refuser sa proposition qui, aux premiers abords, lui avait semblée tentante : la présence de ses parents qui étaient de véritables Moldus, entre autre, le rendait inconfortable à l'idée de les côtoyer, mais également la perspective de passer deux semaines entières qu'avec Hermione, et ce, dans un environnement qui lui était totalement étranger. Le malaise serait inévitable et perpétuel, et il était impensable pour lui de devoir endurer un tel handicap pendant une si longue durée.

En revanche, l'envie de la convaincre de rester à Poudlard ne s'était pas faite discrète durant les jours qui avaient précédés celui-ci. Néanmoins, il avait opté pour la solitude plutôt que se ridiculiser en la laissant sous-entendre que sa compagnie lui plaisait, car il ne désirait en aucun cas mal se faire comprendre.

S'il y avait vraiment lieu d'être mal compris.

L'heure du départ approchait et les tuyaux d'échappement du train crachaient d'épaisses volutes de fumée noire qui contrastaient fortement avec le décor enneigé. Rapidement, les élèves traînards se ruèrent dans le Poudlard Express qui criait de plus en plus impatiemment tandis que certains couples étiraient leurs au revoir romanesques. Drago et Hermione détonnaient considérablement dans ce théâtre dramatique ; aussi se pressèrent-ils d'en finir afin de ne pas attirer de soupçons erronés :

- Bon, alors, heu… marmonna petitement Hermione. Passe de joyeuses fêtes, Drago.

- Ouais, toi aussi, rétorqua-t-il en étirant ses lèvres en un sourire raide.

Ni un ni l'autre n'esquissa un quelconque geste de recul. Ils ne souhaitaient manifestement pas se séparer avec une telle humilité et Drago retira d'ailleurs ses mains de ses poches afin de suggérer les formalités. Hermione interpréta son mouvement, cessa aussitôt de jouer avec ses propres mains et s'approcha maladroitement de lui afin de les poser sur ses épaules. Le Serpentard l'imita dans l'intention d'introduire une étreinte purement amicale mais se sentit tout à coup affreusement bête lorsqu'il constata qu'Hermione avait tenté de lui faire une bise qui s'était avérée désastreuse – mais surtout baveuse. Le duo se sépara alors hâtivement, comme s'ils s'étaient découvert allergiques à l'un à l'autre, puis ricana avec inconfort.

- Salut, rigola-t-elle en montant finalement à bord du train.

- Salut. Bonnes vacances, lui souhaita Drago en se sentant devenir cramoisi.

Et le Poudlard Express, lentement, quitta la gare de Pré-au-Lard.

oOo

Drago avait tout prévu. Son sac à dos était posé sur son lit et patientait, impressionnant par son volume. Dans la fébrilité des préparatifs, il avait glissé un peu n'importe quoi à l'intérieur, guidé par l'automatisme plutôt que par la logique, puisqu'il avait été incapable de réfléchir intelligemment à ce qui risquait de s'avérer utile ou non : quelques vêtements de rechange, un peu de nourriture dans l'éventualité de devoir étirer son expédition ainsi que quelques items supplémentaires tels qu'un canif tout-usage, son miroir magique et sa brosse à dents. Ceci fait, il se considérait comme étant fin prêt et avait mis un terme à ces préliminaires en refermant brusquement la fermeture à glissière.

Mais toutes ces précautions n'étaient qu'une histoire de principe, qu'en cas d'inconvénient, de secours, d'urgence… car il n'y avait aucune raison pour qu'une catastrophe se produise lors de son passage au Manoir Malefoy.

Il était minuit. Drago savait le château déserté de pratiquement tous ses étudiants mais avait jugé préférable d'attendre la tombée de la nuit avant de se trimbaler dans les couloirs avec un sac de voyage aussi gros qu'une tête de troll sur le dos. Pourtant, il ne bougeait pas. Assis sur le bord de son lit, si nerveux qu'il n'en tremblait plus, il attendait. Quoi? Il n'aurait su le dire. Peut-être attendait-il ce flot d'adrénaline qui saurait le pousser vers l'avant, le précipiter au cœur de l'aventure, évoquer le courage qu'il s'était promis d'avoir, mais l'attente risquait d'être longue si rien n'avait le pouvoir de le provoquer.

L'improviser lui apparut comme étant donc la meilleure des solutions ; en se donnant un bon coup de pied au derrière, il se leva et se vêtit conformément pour la saison. Bientôt, il fut emmitouflé dans un épais manteau noir et rabattait sur sa tête le capuchon de la veste de coton qu'il portait en dessous avant d'installer son sac à dos bien solidement sur ses épaules ; même si l'expérience datait de mois auparavant, il se souvenait très bien du froid de canard qui l'avait tendu dans le passage que cachait la statue de la sorcière borgne. Depuis, l'hiver s'était installé et l'air allait immanquablement lui crisper la gorge avec une dureté bien plus prononcée. Après s'être assuré de la fluidité de ses mouvements, il jeta un dernier coup d'œil au miroir devant lui, hocha la tête en signe de satisfaction et quitta en douce la salle commune des préfets.

Il se rendit à la statue de la sorcière borgne sans embuche et déboucha rapidement dans la cave de chez Honeydukes après une longue heure de marche dans le passage glacial. Comme lors de sa dernière visite, le silence dans le sous-sol était total et l'obscurité tout autant, ce qui aurait en temps normal balayé ses craintes ; en revanche, il se doutait de la loyauté des circonstances et s'attendait à tout moment qu'un événement impromptu rectifie la régularité des choses. Entretemps, il s'estimait chanceux et tâchait de préserver sa chance en employant toutes les précautions nécessaires.

La première étape de son plan était accomplie mais ne permettait pas le repos pour autant. Concentré comme jamais, Drago canalisa toute son énergie sur sa demeure dans l'espoir de ne pas se désartibuler lors de son transplanage ; oublier une jambe ou un bras qui pourrait s'avérer fortement utile au manoir était bien la dernière chose qu'il souhaitait. Il localisa rapidement les lieux, familier avec sa destination, et transplana comme un pro.

Le tableau le figea sur place. Jamais il n'avait vu une quelconque propriété des Malefoy dans un état aussi décrépit, et jamais il n'aurait cru que son nid, qui était resté dressé au travers des siècles et avait abrité une lignée aristocratique, serait la première exception à cette fierté familiale. Bien qu'il croyait s'être détaché de la situation de sa famille, Drago fut chamboulé par cette vision hétéroclite qui ne collait pas avec eux, les Malefoy. Le portail de fer forgé était tordu, privé de ses portes qu'il ne voyait nulle part aux alentours. Les bras pendants de chaque côté de son corps, il traversa le seuil d'une démarche trainante, le faciès déformé par l'affliction. Était-ce donc tout ce qui restait des Malefoy? Les haies, jadis une grande fierté de sa mère et taillée avec une précision maladive et ce, même en hiver, n'étaient plus que des tiges brisées couvertes de fragiles excroissances. La fontaine, là-bas, avait été fendue comme si des griffes géantes s'y était attaquée, et entre les deux moitiés couchée contre le sol, l'eau qu'elle avait autrefois contenue avait gelée en plein mouvement. Ce n'était pas les intempéries qui avaient causé ces dommages ; c'était des dissidents, des sorciers normaux qui souhaitaient la paix avec un tel zèle qu'ils n'avaient trouvé comme exutoire que de briser les biens de ceux qui la menaçaient.

Drago avait baissé ses gardes, ne se souciait plus d'être vu. Il tardait sur le chemin rectiligne en promenant ses yeux vitreux sur le passé de sa famille, car aucun futur ne résidait dans ces ruines. Certaines fenêtres, au rez-de-chaussée et aux étages, avaient été fracassées, mais l'absence de traces de pas dans la neige indiquait que la violation n'était pas récente. Les portes d'entrée jumelles, immenses, étaient entrouvertes, et les poignées forcées. Drago serra les dents. Ces gens ne s'étaient pas uniquement contentés de saccager le décor extérieur du manoir ; il mettrait sa main au feu qu'après sa visite, il constaterait un nombre incroyable d'objets de valeur disparus, autant sentimentale que monétaire. Des objets appartenant à sa propre personne, ou à son père et sa mère… À sa famille.

Une sourde colère monta en lui et fit naître dans ses yeux des larmes brûlantes. Il contracta ses mâchoires avec plus de force afin de se retenir d'hurler et serra les poings afin de contrôler son envie de s'arracher les cheveux de la tête.

Drago n'était pas totalement inconscient. Il connaissait les véritables responsables de ce brusque chavirement, et ce n'était certainement pas ceux qui avaient rendu sa demeure méconnaissable. Les responsables étaient les propriétaires de cette demeure. Les responsables étaient Lucius et Narcissa. C'était eux qui avaient préféré courir après ce qu'ils avaient perdu plutôt que marcher vers ce qu'ils pourraient gagner ensemble avec ce nouveau départ. Maintenant, leur fils n'avait plus de parents, plus de maison, plus de repère. Des intrus avaient violé son intimité, vandalisé les murs entre lesquels tant de souvenirs avaient forgé ce qu'il était devenu. Et ses parents, aveuglés par leur désir de vengeance, avaient laissé tout ça se produire, se moquant totalement de l'avenir qu'ils imposaient à leur progéniture en se proclamant criminels.

Sa main nue saisie la poignée qu'il tira vers lui. Dans un couinement qu'il ne lui avait jamais entendue, la porte s'ouvrit pour exposer un spectacle encore plus désastreux.

L'hiver avait littéralement pénétré dans le manoir. De la neige recouvrait la moquette souillée et les meubles étaient vernis d'une mince couche de glace. Certains avaient disparus, sûrement extorqués par des voleurs qui avaient profité de la désertion du manoir pour s'enrichir illégalement. Ce qui était encore à l'endroit où Drago l'avait laissé en partant pour Poudlard était vandalisé. Il traversa le hall et rejoignit le salon. Même tableau. Des bouteilles d'alcool jonchaient le sol près des fauteuils installés devant le foyer, l'horripilant au plus haut point ; des itinérants ne s'étaient pas gênés pour exploiter la place et tirer plaisir des luxes des Malefoy. La pensée que certains occupent encore des chambres aux étages supérieurs, comme dans une auberge misérable, lui traversa subitement l'esprit.

- Si j'en trouve un, je le tue.

Il crispa les paupières, refusant de faiblir devant tant de profanation. Jamais il n'aurait cru se retrouver en plein cœur d'un champ de bataille le jour où il mettrait de nouveau le pied au Manoir Malefoy.

Un bruit trop furtif pour être ambiant le mis soudainement sur le qui-vive. Instantanément, il extirpa sa baguette magique de sa poche et s'approcha d'un amoncellement de meubles déplacés afin de s'offrir la possibilité de se cacher. Il s'accroupit derrière le fauteuil que son père affectionnait tant, et d'un geste rapide, rabattit son capuchon noir sur sa tête platine ; un si grand contraste entre les ténèbres de la nuit et sa chevelure claire risquait de rendre sa détection beaucoup trop facile. Ses doigts, insensibilisés par le froid, serrèrent son arme qui se mit à trembler légèrement.

La haine montait subrepticement en lui. S'il y avait vraiment un itinérant là-bas, peu importe sa condition, Drago l'attaquerait. Tant pis s'il le tuait ; il avait besoin de faire mal, de faire regretter leur geste à ceux qui s'était introduit impunément dans sa demeure.

Une silhouette arc-boutée se détacha lentement de la pénombre. Elle émergeait du couloir du fond, à environ une vingtaine de mètres de sa position, qui connectait le salon dans lequel il se trouvait et la salle à dîner. Son pas était beaucoup trop vigilant pour que Drago ose tenter l'effet de surprise ; de toute évidence, l'intrus savait qu'il n'était pas seul. Le jeune homme déglutit difficilement, les yeux par-dessus l'accoudoir du fauteuil. La silhouette tenait quelque chose dans sa main, une chose qui pendait, comme un sac… L'intrus lui avait-il dérobé quelque chose? Drago était-il sur le point de se retrouver face à face avec un voleur? L'adrénaline surgit si précipitamment en lui qu'il en ressentit un vertige. Il pouvait presque flairer les bijoux dispendieux de sa mère qui s'y trouvaient…

L'intrus avançait encore, et bientôt, il pénétrerait dans la lumière opalescente de la lune qu'une fenêtre sans rideau dessinait sur le sol. Il verrait son visage…

Toute la tension, soudainement, se relâcha en un claquement de doigts. L'adrénaline, la frustration, l'indignation, le chagrin… Tout le quitta comme s'il venait de tirer une chasse d'eau. Cette délivrance le rendit si léger qu'il se redressa malgré lui, prêt à engager la conversation.

Mais l'intrus, baguette tendue, ne prit pas le temps de mettre un visage sur celui qui venait de se manifester avant d'agir ; il pivota vers Drago avec l'agilité du fauve et éructa une incantation qu'il ne put entendre tant la panique soulevée par cette attaque imminente le brusqua.

- Protego! hurla-t-il en fendant obliquement l'air d'un bras.

Le sortilège violet qui se dirigeait tout droit vers lui frappa violemment la bulle protectrice dont Drago s'était entouré. La fureur des deux sortilèges avait été telle que l'impact généra une très brève mais puissante tempête dans le salon ; plusieurs meubles vacillèrent et d'autres furent écartés par la force du vent. La neige, réveillée, s'agita fébrilement dans les airs avant de nonchalamment retomber par terre. Le silence revint et Drago, ébahi par la frénésie de cette rencontre, n'osa pas se défaire de son bouclier dans l'immédiat.

- Granger, c'est moi!