Vous ne pouvez pas vous imaginez à quel point je suis de bonne humeur... Ce jeudi et le vendredi de demain étaient censés être les pires journées de la semaine à cause de mes cours (je suis en mi-session), mais l'exposé oral que je devais présenter aujourd'hui a été un véritable succès et le document de plus de 100 pages que je dois remettre demain est déjà fini. Que demander de plus? Ah, oui... Peut-être qu'on soit ENFIN le 19 novembre pour voir le prochain film d'Harry Potter?
Je peux à peine vivre normalement tellement j'ai hâte. J'ai déjà acheté ma carte iTunes pour me procurer la bande sonore d'HP qui sort lundi à minuit et je prévois manquer mon cours du vendredi matin pour me rendre au cinéma jeudi soir pour la représentation d'HP à minuit... Je suis dingue. C'est tellement long. Je n'en peux plus.
Je suis d'ailleurs tellement de bonne humeur que si vos réactions sur ce chapitre m'encouragent suffisamment, je posterai le chapitre 14, exceptionnellement, lundi prochain!
Alors ça dépend de vous ;) ! En passant, encore une fois, un immense merci aux revieweurs. Je vous aime tant!
Lexa Nedra
Une leçon d'honneur
Chapitre 13
Avant la tempête
La joie de se retrouver aussi rapidement était réciproque, mais ni Drago ni Hermione n'osaient la manifester telle qu'elle se présentait, c'est-à-dire affectueusement. Lorsqu'ils se rejoignirent en plein centre du salon, le Serpentard put enfin constater ce qui l'avait empêché de la reconnaître plus tôt lorsqu'elle s'avançait dans l'ombre tel un prédateur vigilant : ses épais cheveux étaient dissimulés sous un capuchon et semblaient avoir été noués puisqu'aucune mèche ne cadrait son visage habituellement attaqué par la masse chaotique.
- Drago! s'écria-t-elle radieusement en saisissant ses avant-bras. Bon sang, j'étais si nerveuse que j'aurais pu te tuer avec ce sort! Il s'est échappé malgré moi! Mais que fais-tu ici? Comment es-tu sorti de Poudlard?
Drago dut également s'agripper aux siens afin de retenir son envie de l'étreindre.
- Par le passage qui mène à Pré-au-Lard, sac à gargouille! rétorqua-t-il sans pouvoir réprimer un sourire traitreusement attendri. Celui que tu m'as montré! Par où ailleurs?
- Mais que fais-tu ici? répéta-t-elle avec force, incapable de contrôler l'ordre de ses idées. Tu aurais pu te faire prendre! T'imagines un peu si l'inspecteur Malone t'était tombé dessus alors que tu te rendais ici?
- Toi, plutôt, que fais-tu ici? Je te rappelle que tu es chez moi…!
Hermione perdit momentanément contenance lorsqu'elle s'avisa du fait. Elle jeta un œil ahuri autour d'elle, cherchant de toute évidence à justifier l'objet de sa présence autrement que par la vérité. Lentement, elle se dégagea de leur étreinte, embarrassée. Une main indépendante alla frotter son nez rougi par la température, geste qui trahit aussitôt sa nervosité.
- Je… Je passais par là, et… et…
Le sourcil sceptique qui s'arqua au-dessus de l'œil gauche de Drago la dissuada d'enjoliver sa comédie :
- J'avais prévu me rendre ici durant mes vacances, corrigea-t-elle piteusement, peu fière de s'être exécutée sans son consentement. Je voulais vérifier par moi-même s'il n'existait pas une raison pour laquelle tes parents seraient revenus ici…
- Et puis? As-tu trouvé quelque chose de pertinent?
Le visage d'Hermione s'illumina, soulagée. Ses traits étaient décidément très expressifs, cette soirée-là.
- Tu ne m'en veux pas?
- Pourquoi je t'en voudrais?
- Parce que j'ai agi sans te prévenir…
Drago balaya l'argument d'un geste nonchalant de la main.
- Et puis quoi encore? Maintenant que le choc est passé, je dois avouer que je ne suis pas vraiment surpris de te retrouver ici.
- Mais moi, je suis surprise de te voir ici… enchaîna-t-elle. Pour quelle raison es-tu venu? La même que la mienne?
Drago haussa les épaules, balaya la pièce de ses tristes iris gris et reprit douloureusement conscience de ce qui l'entourait. De véritables vestiges…
- Je m'ennuyais ferme. Cette première semaine de vacances m'a fait réaliser que j'ai pris goût à l'action, et cet ennui m'a poussé à la provoquer. Et puis je voulais également revenir chez moi afin de comprendre ce qui s'est passé lorsqu'ils sont venus. Difficile de constater les changements maintenant que… que… bah, tu vois.
Sa main présenta vaguement le salon afin de mettre en évidence le piteux état de la pièce. Il aurait également pu ajouter qu'il avait eu en tête, pour la toute première fois de sa vie, d'impressionner une fille en lui partageant son aventure rocambolesque au retour des vacances, mais maintenant que ce détail avait perdu son effet croustillant, il préféra le taire à défaut de se ridiculiser.
Hermione observa avec embarras le spectacle morose que le bras de Drago avait désigné et croisa gauchement les bras, comme pour témoigner de son apitoiement. Le petit sac en perles qu'elle tenait dans sa main se balança paisiblement dans le vide.
- Je… Ça fait un moment que je suis arrivée… l'informa-t-elle d'une voix que l'on réservait habituellement aux malades. Deux heures, peut-être… et… j'ai visité toutes les pièces. Elles sont toutes sans dessus dessous…
Le jeune homme hocha la tête de manière imperceptible, le regard éteint fixant un point imaginaire au-dessus de l'épaule de son interlocutrice. Il sentait l'émotion reprendre tranquillement le dessus et l'idée qu'Hermione le remarque ne le séduisait pas le moins du monde.
- Mais j'ai trouvé quelque chose, Drago. Quelque chose d'inquiétant.
Aussitôt, il la regarda ; l'empathie que ses traits dessinaient plus tôt s'était muée en anxiété. Maintenant qu'elle possédait son entière attention, Hermione s'accroupit et posa son petit sac contre le sol. Lorsqu'elle l'ouvrit, elle y plongea aussitôt sa main – qu'elle enfonça jusqu'à l'épaule – afin d'en sortir un grimoire qui était visiblement beaucoup trop grand pour être contenu dans ce minuscule fourre-tout. Drago grimaça, interloqué par cet étrange prodige, mais s'en désintéressa lorsqu'il reconnu ledit grimoire comme étant l'album photographique des Malefoy. Jamais cet album n'avait quitté le manoir en des siècles d'occupation. Machinalement, il s'en empara.
- Qu'est-ce que tu fabriques avec ça?
Déstabilisée par son brusque geste, Hermione resta courtement muette puis s'éclaircit la gorge :
- J'ai… J'ai vu cet album par terre, dans une des pièces, étrangement épargné du carnage. Croyant qu'il ne s'agissait que d'un livre banal, je l'ai pris, consulté, et… (Drago plissa les yeux, manifestement froissé.) Pardonne-moi, Drago, je suis parfaitement consciente que je n'avais pas à y mettre mon nez, mais… les photos m'ont captivées alors je les ai toutes regardées… Jusqu'à ce que je tombe sur les dernières pages.
Il anticipait bêtement la suite, les bras enserrés autour de l'album, comme s'il attendait le dénouement d'une histoire angoissante tirée des Contes de Beedle le Barde. Mais voyant qu'Hermione soutenait son regard sans réagir, les brumes se dissipèrent, comme chassées par un ouragan, et il ouvrit le recueil vers ses dernières pages. Son geste approximatif lui présenta deux pages en vis-à-vis qui accumulaient une dizaine de photographies datant de ses quatorze ans. Ses yeux d'acier s'attardèrent brièvement sur une photo riante de lui et ses parents, mais sa main, vulnérable à ces souvenirs qui ne semblaient avoir jamais existés, fit défiler les pages avec une brusquerie qui laissait présumer qu'il n'y tenait pas autant que ce que sa réaction auprès d'Hermione avait suggéré.
Inopinément, il entraperçut des visages singuliers qui le forcèrent à interrompre son réflexe d'automate. Mais la page suivante, qu'il entrevit furtivement avant de rabattre celle qui avait d'abord attiré son attention, affichait également ces visages qui n'étaient pas ceux des membres de sa famille. Croyant halluciner, il choisit l'une d'elles au hasard et la tendit à son maximum à l'aide d'une main. Non, il ne rêvait pas.
- Qu'est-ce que…
Des photos d'Hermione. Des photos de Ron, aussi, et également d'Harry. Certaines les exposaient individuellement, mais d'autres les présentaient en groupe, souriants, en compagnie d'amis. Drago fixa l'une d'elles avec stupeur sans véritablement la voir, la bouche entrouverte et le front barré de grands plis, et tourna la page, convaincu que son imagination lui jouait des tours. Mais d'autres photos du trio de Gryffondors s'étalaient sur la page qui suivait, comme si sans en avoir été informé, ses parents avaient glissé dans l'album, parmi la chronologie soigneusement établie par Narcissa, une subdivision exclusivement réservée à trois gamins que les Malefoy avaient toujours méprisés.
- Qu'est-ce que ça veut dire…? souffla Drago dans un murmure déconcerté.
Il n'osait pas regarder Hermione. S'il cédait, son regard sombre et tracassé l'obligerait viscéralement à lui avouer les informations qu'il avait passé sous silence, et ça, il en était hors de question. Soudés et impliqués comme ils l'étaient, tout avouer causerait bien trop de dommages à leur relation. S'il osait, il briserait tout ; Hermione lui en voudrait à mort, peut-être même le livrerait-elle elle-même aux autorités dans un élan de fureur.
- Tu ne remarques rien? lui demanda-t-elle.
Drago céda et leva la tête, l'interrogeant d'un mouvement de sourcils. Il savait qu'elle ne parlait pas uniquement du fait que ces visages n'avaient nullement leur place dans ce recueil.
Jamais il ne l'avait vue aussi troublée.
- Ces photos… Ne te souviens-tu pas les avoir déjà vues en quelque part? insista-t-elle.
Il comprit aussitôt. Mais c'était… impossible.
- Elles proviennent de mon album photographique, confirma Hermione en le regardant avec une intensité peu commune.
Le souvenir, jusque là brumeux et confus, s'imposa brutalement. Il se souvenait très bien de la soirée durant laquelle il avait consulté l'album photographique d'Hermione, tout comme le désintérêt avec lequel il avait considéré ces photos si anodines. C'était les mêmes que celles-ci. Vraiment les mêmes. Il s'en souvenait, car il les avait dédaignées. Mais plus maintenant.
Les intentions de son père, soudainement, se précisèrent, et Drago dut retenir un brusque haut-le-corps. Avait-il l'intention de s'en prendre à Hermione pour atteindre sa cible? « J'ai fait bien attention de choisir ceux qui ne t'importent rien », avait-il dit, mais Lucius ne savait pas ce qu'était devenue cette fille aux yeux de son fils au cours de ces dernières semaines. Et, parallèlement, il ne voyait pas de motifs autres que le meurtre quant à la raison du vol de ces photos…
Puis un détail le gifla avec la force d'un puissant sortilège ; pour que ces photos se retrouvent ici, dans un album qui n'eut pas quitté le Manoir Malefoy depuis des lustres, on avait forcément dû les extirper de celui qui reposait à Poudlard…
- Quelqu'un est venu les chercher dans ta chambre… conclut Drago en un murmure si grave qu'un frisson lui griffa le dos.
- J'ignore comment ils s'y prennent, enchaîna la jeune femme en déglutissant laborieusement, mais ils peuvent s'introduire à Poudlard comme bon leur semble… Apparemment, les champs de protection magique qui entourent l'école et celle offerte par les sbires du Ministère ne suffisent pas. (Elle étira une pause, ouvrant et refermant sa bouche comme un poisson hors de l'eau, comme si les mots se succédaient dans son esprit sans être suffisamment éloquents pour être prononcés.) C'est… C'est gros, Drago. Très gros. Ils ne s'y prennent pas de main morte ; leur plan d'action doit être finement ciselé pour qu'ils parviennent à traverser de telles défenses…
Ses épaules s'affaissèrent. Lentement, comme si sur elle reposait le poids du monde, Hermione se rendit au fauteuil le plus près et s'y laissa tomber. La fine couche de glace qui recouvrait le coussin se brésilla sous ses fesses dans un petit crépitement.
Drago, paralysé par ses propres réflexions qui allaient au-delà des siennes, l'observa soupirer en portant une main jusqu'à son front. D'un geste impatient, elle dégagea sa tête de son épais capuchon rose. Ses cheveux étaient effectivement noués. Une jolie tresse française.
- Et ces photos… poursuivit-elle en fixant ses bottines de cuir acajou. Pourquoi les avoir saisies sinon pour garder en mémoire les visages de leurs prochaines cibles?
Drago frissonna ; la légèreté avec laquelle elle s'autoproclamait potentielle victime avait de quoi d'outrageant. Refusant cette perspective, il rejoignit le fauteuil voisin au sien – celui derrière lequel il s'était caché plus tôt – d'un pas vif.
- Non, trancha-t-il. Cet album était dans ta chambre, Hermione ; s'ils souhaitaient t'éliminer, ce serait chose faite à la minute où nous parlons. Ils auraient aussi bien pu te tuer alors que tu t'y trouvais plutôt que de choisir un moment où tu n'y étais pas afin de te le voler.
Il referma avec la fougue d'un obstiné le recueil qu'il jeta ensuite par terre. C'était comme si suite à cette observation, l'album avait perdu tout intérêt à ses yeux. Il avait parlé avec une éloquence indéniable mais lui-même n'était pas entièrement convaincu par son hypothèse. Hermione doutait également de son authenticité mais soutint le silence que sa réplique provoqua ; il avait prononcé un mot qui avait pratiquement fait vibrer l'air autour d'eux.
« Hermione ».
- J'ignore dans quel but ils t'ont volé ces photos, mais ce n'est pas pour te tuer.
- Il faut tout de même envisager le pire.
Drago leva les yeux, cherchant à comprendre où elle voulait en venir.
- Ce que tu dis a du sens, lui accorda Hermione. Il est vrai que s'ils avaient souhaité m'assassiner, ils auraient déjà eu l'occasion de le faire… Mais il y a tout de même une raison qui les a poussé à voler ces photos. Peut-être planifient-ils s'en prendre à Harry, à Ron, ou à d'autres amis qui y figurent? Peut-être les ont-ils simplement volées dans le but de m'effrayer? Je l'ignore, mais négliger un détail pourrait nous être fatal…
- Alors que proposes-tu? demanda le blondinet en haussant les épaules.
Hermione, éperdue, soupira bruyamment en s'effondrant contre le dossier du fauteuil.
- Je n'en ai aucune idée, Drago… J'ai du mal à comprendre la logique des choses. Je suis si troublée que j'aurais tendance à dire qu'il serait préférable d'attendre que la situation se développe afin d'espérer obtenir un indice supplémentaire…
- Mais attendre la suite permettrait peut-être un se-
- Oui, un second meurtre… Je sais.
Un long silence s'ensuivit durant lequel Drago et Hermione évitaient de se regarder, comme honteux de leur impuissance face à la situation. Ils se trouvaient dans une impasse.
- Il… Il y aurait peut-être une solution, déclara Drago au bout de quelques minutes de réflexion.
Hermione s'arracha à la contemplation du lustre de cristal restitué au plafond. Elle ne fut pas mécontente qu'il l'arrache à ces désagréables souvenirs.
- Tout dévoiler au Ministère, dit-il.
Le visage impassible, elle soutint longuement son regard. L'information semblait bloquée quelque part entre ses oreilles et son cerveau ou ne voulait tout simplement pas se rendre.
- Toute cette histoire prend des proportions alarmantes, élabora-t-il. Je n'aurais pas dû t'arrêter lorsque tu as voulu informer les autorités de l'existence d'un lien entre l'évasion et le meurtre de Crivey… C'est la meill-
- Non.
Sur ce, elle se leva posément sous le regard hébété de son acolyte, considérant qu'elle avait mis un terme à la discussion, et se dirigea vers le hall.
- Quoi…? Comment ça? lui demanda Drago, désarçonné par son refus catégorique. Où vas-tu?
- Partons d'ici. Nous n'avons plus rien à y faire. N'oublie pas l'album.
- Attends! s'écria-t-il soudainement en se levant à son tour. As-tu bien entendu ce que je viens de dire? Je suis sérieux!
- Oui, j'ai entendu, et il en est hors de question, statua Hermione en pivotant sur elle-même afin de lui faire face.
Sa tresse dansa dans l'air et alla se poser contre sa clavicule. Pour une raison obscure, sa réaction mit Drago dans un état de bouillonnement. Pour qui se prenait-elle? Pour le chef? Une tension palpable s'installa rapidement entre eux tandis qu'ils se lorgnaient avec défi.
- Et pourquoi pas? protesta-t-il avec impétuosité. Tu étais pourtant prête à tout déballer, quelques mois plus tôt, lorsque tu as découvert l'utilité que pourrait avoir le Miroir à Double Sens! Maintenant, la situation a empiré ; les autorités ont besoin de ce miroir afin de mettre un terme à cette boucherie, car nous, nous ne pouvons plus rien faire!
- Non, je refuse! Nous pouvons certainement encore faire quelque chose! Tu baisses les bras trop rapidement! Ce miroir ne doit pas être rendu!
- Pourquoi? Tu me reprochais d'être égoïste, de me préoccuper de mon confort plutôt que de la vie des autres! Et là, je propose d'inverser la situation et tu-
- Nous trouverons bien une autre soluti-
- Oh! Et puis tu sais quoi?
Son dernier mot résonna dans le salon avec ténacité, et Hermione, foudroyée par son impact, devint muette.
- Ça ne concerne que moi, affirma Drago d'un calme pétrifiant.C'est moi qui subirai les conséquences de mon silence, alors tu n'as pas ton mot à dire. J'irai. Peu importe ce que tu en penses. C'est l'unique moyen.
Écarlate, la jeune femme chercha des mots suffisamment persuasifs afin de l'en dissuader, mais l'affolement généré par une telle perspective brouillait ses idées. La pensée que Drago se livre à la justice avec une telle preuve de complicité était impensable, affolante ; elle avait encore besoin de lui. Elle ignorait en quoi il était devenu un support dans son équilibre, mais l'éventualité qu'on l'enferme derrière les barreaux d'une prison qui le rendrait éventuellement fou nourrissait une panique qu'elle n'avait encore jamais expérimentée jusqu'à présent.
Et puis pourquoi, tout à coup, faisait-il preuve d'une telle bravoure? Pas si longtemps auparavant, il était l'emblème de la lâcheté, de l'égoïsme ; jamais il n'aurait décidé de retourner dans un manoir abandonné par lui-même, même s'il était sien, sans guide et sans aide. Il n'aurait jamais osé briser les règlements de Poudlard sans quelqu'un pour endosser le blâme et sans bouclier humain pour réagir à sa place. Quelle était donc la foutue motivation qui le poussait à devenir aussi audacieux, aussi admirable?
Somme toute, Hermione le préférait lâche. Ainsi, il ne risquait rien.
Des larmes provoquées par son impuissance face à son obstination se logèrent aux coins intérieurs de ses yeux noisette, et bientôt, réalisant que toute tentative de persuasion était vaine, son cœur prit la parole :
- Je ne veux pas que tu ailles à Azkaban! hurla-t-elle en serrant les poings.
Une botte de fer défonça vertement l'estomac de Drago. Ses traits tendus se relâchèrent graduellement sous l'effet de l'effarement. Hermione essuya rageusement ses yeux avant de poursuivre :
- Nous trouverons une autre solution! Je ne veux pas que tu ailles à Azkaban! répéta-t-elle en baissant progressivement le volume de sa voix. Ces situations de tension me sont familières, je suis parfaitement capable de les gérer sans devoir me tourner vers les autorités!
Appréhensions partagées, elle sentait maintenant une gêne étouffante empiéter sur sa colère. Tout ça qu'en quelques secondes. Son visage frigorifié par le froid se réchauffa brusquement et ses paupières lourdes la forcèrent à baisser les yeux – ou peut-être était-ce la vivacité du regard de Drago qui provoqua ce geste de soumission.
- Nous ne sommes pas capables de réfléchir correctement à cause du choc provoqué par la découverte de ces photos, ajouta la jeune femme en fixant ses pieds. Je suis très fatiguée, aussi, et tu dois forcément l'être également. Demain, après une bonne nuit de sommeil, nos capacités intellectuelles seront redynamisées et nous pourrons mieux nous pencher sur la procédure à suivre.
Elle tentait de chasser sa gêne en distançant dans le temps la véritable raison pour laquelle elle refusait sa proposition, mais Drago n'y prêtait pas attention. Il avait déjà renoncé.
Car elle ne voulait pas qu'il aille à Azkaban.
- D'accord?
Sa voix était toute petite, inoffensive, presque craintive. On aurait dit un enfant demandant pardon à sa mère pour avoir commis une bêtise. Aussitôt qu'Hermione, angoissée par son silence, releva la tête, le blondinet hocha la sienne, toute griffe rétractée. Dehors, le vent sifflait contre les parois du manoir abandonné. Une neige tranquille s'était remise à saupoudrer les meubles du salon.
- Bien, marmonna-t-elle en serrant ses propres bras contre elle. Maintenant, partons… s'il te plait.
Drago hocha de nouveau la tête.
- Laisse-moi juste quelques minutes.
Sous le regard appréhensif de sa partenaire, il fila en direction de l'immense escalier qui menait au second étage. Son pas gravit les larges marches craquelées et tapissées de glace, sa main glissant paresseusement sur la rambarde dont l'équilibre précaire tenait du miracle. Elle l'observa se fondre dans l'obscurité avec un pincement au cœur ; sa chambre, pièce dans laquelle il prévoyait sûrement se rendre, était dans le même état que celle dans laquelle ils se trouvaient. À vrai dire, toutes les pièces, aussi différentes devaient-elles avoir été dans leurs plus beaux jours, se ressemblaient toutes suite au sabotage que la bâtisse avait subi.
- Je t'attends ici, lui annonça-t-elle mollement.
Il marmonna quelque chose d'inaudible et disparut.
Hermione reprit place sur le fauteuil qu'elle avait précédemment occupé et plaqua ses deux paumes contre son visage, son creux épousant parfaitement la forme arrondie de ses globes oculaires. Que venait-il de se produire? Elle avait encore envie de pleurer. Pourquoi? À cause de sa découverte dans l'album photographique? À cause du cul-de-sac dans lequel ils s'étaient engouffrés? À cause de sa querelle avec Drago? À cause du geste fou qu'il s'était proposé de faire afin de donner un coup de pouce au Ministère dans cette affaire?
Il n'était pas censé prendre de telles initiatives. Il était censé ne se soucier que de sa propre sécurité, Serpentard qu'il était. Lâche. Égoïste. Arrogant.
Et elle ne pouvait même plus le lui reprocher.
Les traits de son visage se convulsèrent sous l'effet du chagrin, et elle ne réprima un sanglot que de justesse. Le magma de larmes, bloqué par une volonté réfractaire, projeta son corps vers l'avant, et c'est en lutant durement pour ne pas se laisser emporter par la confusion qui l'avait gagnée qu'elle appuya ses coudes contre ses genoux. Pourquoi cette peine? Elle devrait être satisfaite de l'évolution de Drago, soulagée de ne plus être l'unique cerveau de l'opération. Il était enfin devenu responsable, autonome… et téméraire.
Pourquoi voulait-il jouer les héros? Qu'avait-il à prouver, et à qui?
Le crissement léger de pas dans la neige chassa sa torpeur. C'était tout près. Malgré l'étourdissement que son brusque redressement causa, Hermione sursauta lorsqu'elle découvrit que Drago était déjà revenu, un sac de voyage supplémentaire à la main, et la dévisageait avec une lueur d'inquiétude dans son regard assombri par ses sourcils froncés.
- Oh! Déjà? s'exclama-t-elle en se levant.
- Ça fait dix minutes que je suis là-haut, lui indiqua-t-il de son habituelle voix trainante.
- Vraiment? Je pensais trop, je crois.
Drago ne réagit pas plus que le mur du fond et Hermione se mit à considérer le sac qui pendait dans sa main, inconfortable. En fait, elle pouvait sentir la brûlure de son regard qui la sondait avec attention, et c'est avec horreur qu'elle sentit son menton la chatouiller : une larme. Traitre. Voilà pourquoi il la fixait ainsi. D'un geste violent, elle l'essuya et s'intéressa à brûle-pourpoint à ce qu'il avait cru bon de ramener de l'étage supérieur :
- Il y a quoi, là-dedans?
- Oh… Quelques fringues et certains autres trucs qui n'ont pas encore été volés. Je ne reviendrai sans doute plus jamais ici, alors… (Compatissante, Hermione baissa la tête, et Drago feignit l'indifférence en ébauchant une moue nonchalante. La dernière chose qu'il souhaitait était d'avoir l'air d'un petit chiot errant réclamant une main caressante.) Bon, partons. Je connais une auberge moldue dans le coin. Elle est bien.
- Tu devrais plutôt retourner à Poudlard avant qu'on ne s'aperçoive de ton absence, lui conseilla Hermione sans véritablement souhaiter qu'il obtempère.
En guise de refus, il haussa vivement les épaules.
- J'ai joué les isolés durant toute cette première semaine de vacances ; mon absence passera inaperçu.
Hermione sourit, ravie. Ses doigts étaient si rigidement enserrés autour de l'anse de son petit sac que ses phalanges en devinrent blanches.
- Et toi, tes parents ne t'attendent-ils pas?
- Je leur ai dit que je rendais visite à un ami qui était seul pour la période des fêtes… (Elle rougit ; son mensonge, après tout, était devenu sincère.) Peut-être pourrions-nous organiser des plans pour passer le jour de l'An, heu… ensemble? Qu'en penses-tu? On pourrait tenter de démystifier tout ça… s'empressa-t-elle d'ajouter.
À son tour, Drago rougit et sourit malgré lui.
- Pourquoi pas…
Calmement, les deux voyageurs s'affairèrent dans le salon. L'agitation dissipait la tension qui s'était installée plus tôt, la rendait frivole, mais on la sentait quand même, tapie dans l'ombre, prête à ressurgir. Hermione enfouit les deux énormes sacs de Drago à l'intérieur du sien – qui était, soit dit en passant, quatre fois moins volumineux – et ajouta finalement l'album photographique dont ils mirent une bonne dizaine de minutes à déterminer si oui ou non l'arracher de son lieu d'entreposage était une sage idée.
Lorsque la Gryffondor souleva sa sacoche de perles en lui mettant sous le nez la facilité avec laquelle elle s'était exécutée malgré son lourd contenu, les lèvres de Drago s'étirèrent d'eux-mêmes, charmé par l'éclat qui émanait de son regard joueur. Qui donc avait joué les machos en sous-entendant qu'elle ne pourrait soulever un tel poids? Cette fille avait un je-ne-sais-quoi qui le troublait.
En jetant un dernier regard mélancolique au salon qu'il souhaitait ne plus jamais revoir, Drago, une main autour du coude de son amie, transplana.
