Salut!

Vous ne pouvez pas savoir à quel point c'est dur pour moi de me retenir de parler du film... J'ai d'ailleurs promis de ne pas divulguer de spoilers, ce que je ne ferai pas, mais en revanche, je vais vous donner mes impressions... Parce que je ne peux manifestement pas ne pas en parler! Sachez toutefois que mes impressions sont parfois un peu trop explicites, donc...

CEUX QUI NE VEULENT ABSOLUMENT RIEN CONNAÎTRE DU FILM AVANT DE LE VOIR, NE LISEZ PAS CE QUI SUIT ET SAUTEZ DIRECTEMENT À LA LIGNE EN DESSOUS DE LA SECONDE PHRASE EN CARACTÈRES GRAS!

C'est très certainement le plus dark de la série. C'est quand même logique quand on constate que plus les films avançaient, moins ils s'adressaient à un jeune public. Mais dans celui-ci, j'ai cru un moment que je regardais un film d'horreur/suspens (durant la scène chez Bathilda Tourdesac, par exemple). Pas une seule fois il n'y avait de petit rayon de soleil, car comme le savent ceux qui ont lu HP7, "malheurs" s'empilent les uns à la suite des autres. C'est certain qu'il y a certains passages comiques/mignons, ça va de soi, mais ce n'est pas du tout la prédominance du film. Mais c'est si beau...! C'est rempli de tension, d'angoisse, et même si j'ai lu le livre au moins 3 ou 4 fois, je me demandais toujours ce qui allait suivre, car on ne peut jamais savoir quelles scènes ils ont adapté à l'écran... Ce qui m'amène au second point : à mon avis, c'est le film le plus fidèle au livre! J'ai été agréablement surprise. Vraiment!

Un dernier petit détail... Je ne suis pas du tout une fan du couple Ron/Hermione, mais je dois avouer que dans le film... C'est vraiment ultra mignon.

VOLET "CRITIQUE DE FILM" TERMINÉ!

Maintenant, en ce qui concerne le chapitre d'aujourd'hui, sachez qu'il est vraiment très léger. Mais je vous avertis : c'est le calme avant la tempête, car dès le prochain chapitre, les emmerdes recommenceront pour nos héros... J'espère que vous l'apprécierez! Un petit indice : le chapitre s'intitulera "Le second morceau".

N'hésitez pas à me partager vos commentaires sur le chapitre ou sur le film quand vous le verrez! En ce qui me concerne, je retourne le voir ce soir à minuit! Je suis aussi impatiente que ce lundi à l'avant-première!

Revieweurs, un immense merci pour vos commentaires qui me stimulent toujours autant!

Bonne lecture!

Lexa Nedra


Une leçon d'honneur

Chapitre 14
Elbury House

Un panneau émergeant d'un monticule de neige indiquait qu'ils se trouvaient sur Leigh Road, et Hermione ne s'était certainement pas attendue à ce qu'ils transplanent sur un chemin rural solitaire ; lorsque Drago avait mentionné l'auberge moldue, elle s'était imagée un bâtiment du même genre que le Chaudron Baveur, coincé entre deux immeubles en plein cœur de la ville. Mais c'était tout autre chose.

De l'autre côté de la route, une maison rustique s'érigeait en bordure d'une plénitude enneigée. Puisque les alentours étaient quasi déserts, Hermione détermina que se devait être elle, ladite auberge moldue. Mais comment Drago pouvait-il connaître l'existence de cet endroit isolé qui dominait la campagne, loin de la luxuriance et de la majesté? Ce panorama ne ressemblait en rien à lui et à son mode de vie, d'autant plus qu'il avait appris à mépriser les Moldus durant de longues années et que rien ne devait l'avoir poussé à les fréquenter.

Sous la lumière d'un soleil resplendissant, le paysage immaculé devait obliger les passants à plisser les yeux tant son éclat devait être aveuglant. Les conditions actuelles, toutefois, rendaient les éléments difficiles à distinguer ; il devait être une heure du matin et le seul éclairage provenait de l'intérieur de l'auberge et des lampes à huile installées de chaque côté de la porte d'entrée. Il y avait bien un lampadaire en bord d'allée, mais il ne créait qu'une tache lumineuse à son pied. Une voiture stationnée se détachait laborieusement de la pénombre à la gauche du bâtiment, devant un petit garage.

- Elbury House, indiqua Drago en devinant les questions qu'elle ne posait pas. Je n'y suis jamais entré mais je survolais souvent la région lors des vacances d'été. En plein jour, c'est magnifique.

Hermione hocha la tête en appréciant la vue. Le silence était troublant. Tranquillement, ils traversèrent la chaussée déserte et pénétrèrent dans l'auberge.

L'aubergiste, une femme dans la trentaine dont les formes rappelaient celles de Rosmerta, la propriétaire du pub Les Trois Balais, les accueillit avec chaleur en dépit de l'heure tardive. L'épaisseur de sa chevelure d'or rivalisait avec celle d'Hermione, mais à sa grande différence, ses mèches parfaitement bouclées et négligemment hissées sur le dessus de sa tête ronde ne laissaient aucun doute sur le temps d'entretien qu'elle devait y mettre. Elle portait un tablier parfaitement propre qui affinait sa taille voluptueuse, mais les deux jeunes gens étaient certifiés qu'elle était celle qui, dans la cuisine, apprêtait l'odeur ragoûtante qui s'agrippa à leurs narines aussitôt qu'ils eurent traversé le seuil ; c'était un parfum de dinde farcie et de pâté. Typiquement Noël. Drago découvrit avec stupeur qu'il pouvait sécréter une quantité importante de salive en un temps record, constatation qu'Hermione parut également effectuer lorsqu'elle s'humecta goulument les lèvres. Uniquement à cet instant ils se rendirent compte que leurs tracas avaient brûlé beaucoup de leur essence et que le bidon qui leur servait d'estomac quémandait un urgent remplissage.

Puisqu'ils étaient leurs seuls clients en raison du temps des fêtes qui rapatriait toutes les familles dans leur demeure respective, Isadora, leur charmante hôte, leur proposa aussitôt sa meilleure chambre que Drago, la bourse pleine, accepta sans formalité.

- Désirez-vous le service qui inclut deux repas? proposa la dame derrière le comptoir d'accueil. C'est uniquement deux gallions supplémentaires au coût total.

Drago voulut consulter Hermione par simple convenance bien qu'uniquement le mot « repas » eut provoqué dans son estomac de violentes lamentations, mais celle-ci, le dos tourné, était complètement fascinée par des bijoux soigneusement installés sur une table près de l'escalier principal.

- Oh! Ces bijoux sont fabriqués de la main de ma propre fille! lui signala fièrement Isadora, d'une voix forte, en étirant le cou. (Hermione, sachant qu'on s'adressait à elle, pivota la tête. Drago roula les yeux, ennuyé.) Elle a onze ans. Elle les a confectionné exclusivement pour les clients qui désireraient faire un cadeau à un proche pour Noël.

- Elle est très douée! s'exclama Hermione.

- Oui, je prendrai ce service, déclara Drago, impatient mais courtois, en se penchant par-dessus le comptoir.

Isadora lui sourit, amusée par son agacement, et aussitôt le Serpentard sentit ses jambes ramollir. Hermione, derrière lui, roula les yeux à son tour.

Drago paya le montant indiqué et agrippa le bras d'Hermione lorsque ses doigts s'apprêtèrent à se glisser dans son sac de perles ; pas de temps à perdre avec les coquetteries féminines. Elle rouspéta légèrement mais se laissa entrainer vers leur chambre « de luxe », se laissant convaincre par sa fatigue, mais aussi par l'initiative du garçon qui lui tenait fermement le bras.

Le moins qu'ils purent dire, c'était que le décor n'avait rien à avoir avec l'espèce de taudis glauque dans lequel ils avaient passé une nuit au Chaudron Baveur quelques mois plus tôt. Tout étincelait, exactement comme si un elfe de maison avait verni chacune des surfaces en apercevant les deux sorciers transplaner devant l'auberge par la fenêtre située sur le mur du fond. C'était toutefois impossible puisqu'il s'agissait d'une auberge moldue. Les draps des deux lits étaient impeccablement placés ; pas un seul pli, pas même une infime ondulation, ne venait briser cette perfection. Hermione sourit. Le confort que dégageait cette pièce en comparaison avec le Manoir Malefoy était extrêmement reposant – d'ailleurs à un point tel qu'elle en oublia le nouveau danger qui venait tout juste de se présenter.

Rapidement, après avoir considéré leur nouveau logement temporaire, Hermione se rendit à la salle de bain avant de donner la chance à Drago, qui s'était empressé de réserver le lit le plus près de la fenêtre, de le faire avant elle. Elle ne trouva que très courtement le temps de grimacer lorsqu'elle l'aperçut s'avachir sur le lit avant de s'enfermer dans la pièce.

- Et si tu allais nous chercher quelque chose à manger, Drago? proposa-t-elle de la salle de bain en retirant un à un les vêtements qui l'étouffaient.

Drago, étendu sur le lit, roula les yeux.

- Sur un plateau d'or ou d'argent? lui rétorqua-t-il avec ironie.

- Oh! Je mangerais même dans une gamelle pour crapauds!

Pour toute réponse, le Serpentard se tira de son confort et retira son épais manteau noir. Le bruit du jet de la douche vibra alors, interrompant son geste. Un étrange fourmillement dont il n'arrivait pas à déterminer la nature s'éveilla dans son estomac. Était-ce la faim ou autre chose? Il se débarrassa en définitive de son manteau, écoutant attentivement les sons qui provenaient de la salle de bain, et réalisa intempestivement qu'Hermione, de l'autre côté du mur, était entièrement nue. Il se sentit rougir. D'un pas lent, non sans se sentir légèrement embarrassé par ses pensées impures, il se dirigea vers la porte de la chambre, souriant à l'air que son amie fredonnait sous la douche : c'était une chanson des Bizarr' Sisters.

oOo

L'odeur était si appétissante qu'Hermione se serait avachie sur le lit, exactement à l'endroit où Drago avait étalé les plateaux de service d'argent qui contenaient de véritables œuvres alimentaires, si elle n'avait eu aucune retenue. À en juger par les quelques plats vides, celui-ci s'empiffrait depuis déjà une bonne dizaine de minutes, et les trois fourchettes qu'il tenait dans ses mains lui donnaient l'impression d'avoir d'immenses griffes d'acier. Sans plus attendre, la jeune femme lâcha la serviette avec laquelle elle avait entrepris d'éponger sa crinière et se rua sur le lit afin de saisir le dernier ustensile restant. Son long peignoir blanc voltigea derrière elle comme une cape, découvrant brièvement, entre les deux pans de la robe, ses jambes filiformes.

- Mille méduses! Ça sent exactement ce que la dame préparait lorsque nous sommes entrés! L'as-tu stupéfixée pour voler tous ces plats, dis donc?

Drago avala la goulée qu'il mâchait avec énergie et secoua la tête d'un petit air suffisant.

- Je l'ai charmée avec tant d'expertise qu'elle m'a refilé tout ce qu'elle avait préparé pour son festin de demain, la corrigea-t-il en agitant sa fourchette dans les airs, méditant sur le choix de sa prochaine bouchée.

Hermione haussa un sourcil narquois et resserra son peignoir au niveau de sa poitrine. Sa fourchette rencontra celle de Drago lorsqu'ils piquèrent dans le même saucisson, mais c'est la Gryffondor, après une dure lutte encouragée par leurs rires, qui emporta le match et l'engloutit d'une traite.

- Chérieujement, elle nous a fraiment offert tout cha?

- J'ai payé un petit surplus pour avoir droit à un dîner et à un petit-déj. Elle me l'a proposé. Tout ça n'a même pas coûté dix gallions.

Elle eut un haut-le-corps et le blondinet sut instantanément qu'elle s'apprêtait à protester :

- Pas besoin de ta cotisation. Garde ton argent, ce n'est que de la broutille.

Malgré son mécontentement, elle n'insista pas.

Les minutes passaient et les plats se vidaient à une vitesse vertigineuse au son d'interminables conversations qui traitaient de tout et de rien. Aussitôt qu'une assiette se dégarnissait, ils l'écartaient du lit afin de faire place à celle qu'elle dissimulait, bombée par sa charge, leur donnant l'agréable impression qu'elles se multipliaient indéfiniment. Le même phénomène se produisit lorsqu'ils s'attaquèrent aux desserts qu'Isadora leur avait prodigués : une bûche, une tarte au sucre et des petits gâteaux teints en vert parés de crème chantilly et de friandises aux couleurs des fêtes. On aurait dit qu'ils mangeaient des sapins de Noël miniatures, et c'est avec voracité, malgré leur estomac gorgé, qu'ils enfouirent leurs dents dans la pâte pour en découvrir une saveur vanillée. Ils étaient aux anges.

Mais Drago sentit une subite nervosité lui couper la faim aussi nettement qu'elle était apparue lors de leur entrée dans l'auberge. Hermione, qui élaborait maintenant à elle seule un récit passionné malgré sa bouche pleine – elle rejetait le blâme de sa griserie sur la bonne bouffe –, ne s'aperçut de rien, s'appliquant trop à gesticuler le plus vastement possible. Les yeux gris du Serpentard allaient et venaient entre le petit paquet de papier bleu royal coincé entre deux assiettes et le visage expressif d'Hermione qui ne cessait de drainer son attention en raison de ses mains agitées qui le giflaient pratiquement à chaque envolée, mais franchement, Drago n'avait qu'une vague idée du sujet qui l'animait tant.

- …tellement risqué! Et puis, tout naturellement, nous volions au-dessus de l'eau, comme si nous ne chevauchions qu'un banal hippogriffe, mais en réalité, nous étions sur un dragon! Tu imagines? J'avais si peur qu'il nous avale! Le pauvre, il était maltraité chez Gringotts et devait certainement être affamé…!

Une main indépendante du reste de son corps, tandis qu'elle n'accordait aucune pause à ses cordes vocales, interrompit un geste turbulent pour saisir l'élément le plus près d'elle – qui fut, en l'occurrence, le paquet bleu. Le cœur de Drago fit un bond dans sa poitrine lorsqu'il la vit, distraitement, retirer la ficelle argentée sans réaliser qu'aucun des plats qu'ils avaient dégustés jusque là n'avaient été emballés. Pour se donner une contenance, il saisit un gâteau et en prit une énorme bouchée. Son sang affluait à sa tête et l'envie de le lui arracher des mains afin de le projeter par la fenêtre le tentait de plus en plus. Mais il était…

- …jetés à l'eau comme de vulgaires poupées de chiffon! Par Merlin, c'était-

…trop tard.

Elle avait baissé les yeux vers le paquet ouvert comme une fleur dans ses mains. À l'intérieur, sur un petit coussin décoré d'un motif étoilé, reposait un bracelet de pierres précieuses. Le silence fut roi.

Drago retint sa respiration, guettant avec appréhension une réaction qui tardait.

- Qu'est-ce que c'est?

Il grimaça, interloqué par sa – stupide – question. Visiblement, elle ne comprenait pas ce que ce bijou venait faire là, au beau milieu d'assiettes de desserts.

- Oh…! fit Hermione, tout à coup, en écarquillant les yeux.

Elle sourit et leva sur son ami un regard ému.

- Tu as vu? demanda la jeune femme en tendant ses mains vers lui. C'est celui que j'avais l'intention de m'acheter!

Évidemment, qu'il avait vu! C'était lui qui lui avait l'avait payé en guise de cadeau de Noël! Étouffé par l'angoisse, il se mit à douter de la conclusion qu'elle avait tirée.

- Elle est si gentille! s'exclama Hermione en saisissant délicatement le bijou entre ses doigts. Elle m'a sûrement vu le couver du regard lorsque nous sommes arrivés… Je n'arrive pas à croire que miss Dora l'ait glissé parmi tous ces plats! Étais-tu au courant?

Le souffle coupé, Drago était partagé entre la honte et l'indignation. Devait-il se manifester en pestant contre son manque de considération ou ne simplement rien faire et accepter son karma?

Il testa la neutralité ; le regard brillant d'Hermione était beaucoup trop beau pour le ternir en s'indignant de cette injustice. Tant qu'elle était heureuse…

- Je l'ignorais.

- Peut-être t'a-t-elle glissé un petit cadeau dans l'un des… (Elle regarda parmi les assiettes et constata que le paquet dans lequel son bracelet avait été enveloppé n'avait pas de jumeau.) Peut-être t'a-t-elle glissé un petit cadeau dans l'une des assiettes…? se reprit-elle.

Touché par sa délicatesse, le jeune homme rigola.

- Je n'ai que faire de ces bijoux, Granger. Apprécie ton cadeau.

Hermione, qui venait tout juste d'entourer son poignet du bracelet orné de breloques d'argent serties d'améthystes, l'observa en le tâtant doucement.

- Oui, il est franchement magnifique…

oOo

La chaleur du soleil de cette dernière journée de décembre était surprenante. Uniquement en raison du rayon lumineux qui la couvrait de la tête aux pieds, Hermione sut qu'il devait être environ midi lorsqu'elle ouvrit enfin l'œil. Elle s'étira en gémissant, souriant allégrement face à l'incroyable confort de son réveil. La pièce entièrement faite de bois – du plancher et murs jusqu'aux meubles – baignait dans une lumière blanche crue. Elle osa un regard par la fenêtre et découvrit avec ébahissement une température au-delà de la splendeur ; ses yeux, agressés par l'éclat aveuglant de la neige frappé par le soleil, se refermèrent aussitôt. Ils se reposèrent quelques secondes et se rouvrirent de nouveau afin de découvrir, sur le lit voisin, un Drago profondément endormi.

Ses lèvres s'étirèrent démesurément. Ce n'était pas la première fois qu'elle le voyait dormir, mais c'était bel et bien la première fois qu'elle l'entendait ronfler. Faiblement, certes, appartenant davantage à la respiration forte qu'au ronflement, mais suffisamment fort pour la faire rire sous sa couverture. Drago remua dans son sommeil, dérangé par son ricanement, mais ne se réveilla pas. Silencieusement et à regret, Hermione s'extirpa du lit chaud, se rendit à la salle de bain afin de se vêtir convenablement et descendit au rez-de-chaussée, là où comme lors de leur arrivée la journée précédente, une odeur aguichante excita ses narines vierges.

Les effluves de crêpes, de gaufres et de brioches l'entraînèrent près de la cuisine. Isadora portait le même tablier que la veille, toujours aussi propre, et ses cheveux bouclés aux couleurs d'or étaient maintenus par un chignon au-dessus de sa nuque. Quelques mèches qu'Hermione pouvait qualifier de « rebelles » fuyaient de son catogan et près de ses tempes. La femme dégageait tant de bienveillance que la Gryffondor ne put s'empêcher de l'observer, silencieusement, faire la navette entre la cuisinière et les comptoirs chargés d'une multitude de plats salis par la farine. Elle croisa les bras contre la surface plane du battant qui servait de séparation entre la cuisine et le hall et se dit que sa jeune fille et son mari étaient bien chanceux d'avoir comme mère et épouse cette bonne samaritaine.

- Oh! s'exclama Isadora en l'apercevant enfin. Bonjour Germine!

- Hermione, la corrigea-t-elle en pouffant.

- Pardon, pardon! Ma mémoire à court terme me fait souvent défaut…

Hermione secoua doucement la tête afin de l'informer de la futilité de l'erreur. Isadora essuya ses mains pleines de farine contre un torchon ornementé de filaments d'or et invita la jeune femme à entrer d'un bref signe de main. Subtilement, Hermione se mit à jouer avec le bracelet qu'elle portait autour du poignet.

- Alors? Bien dormi, jeune dame?

- Et comment! Je ne me rappelle pas la dernière fois que je me suis réveillée à une heure semblable. Ça me gêne…

- Oh, pas de soucis. Vous, les jeunes, êtes en vacances, ne l'oubliez pas! J'en ai profité pour vous préparer un petit-déjeuner complet.

Elle lui adressa un clin d'œil et la dirigea, d'une main chaude au milieu du dos, vers la salle à manger qui communiquait également avec la cuisine. Son flair avait eu raison : crêpes, gaufres et brioches étaient servies entre les tasses de café, le verres de jus d'orange – la couleur lui rappelait le jus de citrouille servi à Poudlard mais elle était à peu prêt certaine que ce n'était pas ce qu'il y avait dans son verre – et de lait chocolaté. Son ventre, bien qu'il ait gardé les séquelles du gavage de la veille, se mit à grogner avec humeur.

- Sac à gargouille! s'étonna Hermione en écarquillant les yeux. Vous n'auriez pas dû vous donner cette peine, miss Dora. Tout ça a l'air succulent!

- Hermione, Hermione, Hermione… riposta l'aubergiste. J'adore cuisiner. De plus, votre petit copain a payé pour ce service.

Le rose attaqua subitement le visage d'Hermione qui ricana maladroitement.

- Drago n'est pas mon petit co-

- Oh! Mais que vois-je! s'écria soudainement Isadora en fixant son poignet de ses deux yeux céladons. Je vois que vous portez votre cadeau… Il vous plait? Assoyez-vous, je vous en prie.

Isadora tira une chaise et Hermione s'installa en la remerciant d'un mouvement de tête.

- Je l'adore! À ce sujet, je tenais à vous remercier. C'est vraiment très gentil de votre part, mais vous n'auriez pas dû en faire autant… (Elle rit, fière de la blague qui enchaîna :) Vous ne pouvez pas contrattaquer en affirmant que c'est Drago qui a payé pour ça, pas vrai?

Elle s'esclaffa sous le regard désarçonné de l'aubergiste qui ne savait manifestement pas se défaire de son éternel sourire. Seulement, il paraissait instable, comme si la réaction à manifester lui était trouble.

- Si… Si, justement, rétorqua-t-elle simplement. Café?

Le sourire d'Hermione mourut tranquillement en constatant qu'Isadora ne démentait pas son affirmation et semblait déjà avoir oublié cette partie de leur conversation. Elle approcha le lait, la crème et le sucre de sa tasse de café fumante, insouciante. Tandis que sa généreuse poitrine effleurait quasiment son visage, Hermione la dévisageait avec incompréhension, tentant tant bien que mal d'assimiler l'information qui avait sûrement mal été comprise.

- Lait? Crème? Sucre? proposa Isadora en se redressant enfin. (Elle aperçut alors l'expression de la jeune femme et la dévisagea avec inquiétude.) Je vous ai offensée?

- N-non, miss Dora, mais… bredouilla Hermione. Qu'avez-vous… Vous venez de… Que venez-vous de dire à l'instant, miss Dora?

- Je vous proposais de quoi agrémenter votre café…

- Non, pas ça… Juste avant. Au sujet du bracelet…

La femme regarda muettement Hermione et prit finalement conscience de la nature de la confusion.

- Oh, le bracelet… (Elle pinça les lèvres, et Hermione crut pendant une fraction de seconde qu'elle allait se mettre à glousser comme une gamine.) Ce bracelet est un cadeau de votre petit ami, Hermione, pas de moi.

Un ange passa.

- Drago a… Il… Ce… C'est lui qui m'a acheté ça…?

- Hum-hum, acquiesça Isadora.

Elle leva son poignet et regarda le bijou dans l'espoir qu'une bouche apparaisse pour lui confirmer la chose. Les petites breloques serties pendaient dans le vide, brillant de mille feux sous la lumière du soleil que la fenêtre derrière elle laissait jaillir dans la pièce. Face au silence qu'imposa cette révélation, Isadora mit son professionnalisme de côté et s'installa sur la chaise adjacente à la sienne, un poing sous le menton.

- Hier, avant de remonter l'escalier avec tous ces plats que j'avais préparé, il s'est arrêté devant la table sur laquelle j'entrepose les bijoux de ma fille. Il s'est retourné pour me demander si j'avais remarqué lequel d'entre eux avait retenu votre attention lorsque vous êtes arrivés puis me l'a acheté sans même s'informer du prix. J'en ai aussitôt déduit que vous étiez… ensemble.

Hermione souriait rêveusement, les yeux scotchés au bracelet que ses doigts effleuraient. Un bijou… Il lui avait acheté un bijou.

- Non, dit-elle doucement. Drago et moi ne sommes qu'amis.

- Oh, alors si je peux me permettre, laissez-moi vous dire, Hermione, que ce n'est pas un genre de bijou qu'on offre à une amie. Ce Drago a certainement le béguin pour vous.

La Gryffondor leva la tête sur ces mots, les yeux aussi brillants que l'avait été le ciel étoilé de la nuit morte depuis peu. Au-dessus de leur tête, le plafond se mit à grincer ; Drago ne tarderait pas à les rejoindre.

- Et vous aussi, d'ailleurs… ajouta-t-elle d'un air espiègle en se relevant.

Pour toute réponse, Hermione baissa de nouveau la tête. Si son esprit la poussait à démentir cette constatation, son cœur, le plus fort des deux, n'en ressentait aucune envie. De ses deux mains, elle saisit sa tasse de café fumante et la porta à ses lèvres. Au même moment, Isadora passa le seuil de la porte que Drago franchit en sens inverse.

- Bon matin David!

- Heu… (Il jeta un œil par-dessus son épaule afin de s'assurer qu'elle ne s'adressait pas à quelqu'un d'autre.) Bon matin.

Il s'avança dans la pièce et s'assit face au couvert installé à l'autre bout de la table, en face d'Hermione. Celle-ci s'arracha à ses rêveries et leva les yeux sur le nouvel arrivant. Des étoiles habitaient encore son regard et Drago ne put s'empêcher d'ébaucher un sourire déconcerté en le remarquant.

- Salut Granger, fit-il en échappant un bref rictus.

Plus de « Hermione », apparemment. Cela dit, elle ne s'en formalisa pas outre mesure.

- Je crois définitivement que je plais à l'aubergiste, taquina le Serpentard en se penchant sur la table. Elle m'a salué avec un de ces sourires…

Espérant susciter chez Hermione une vive réaction, sa curiosité ne fut que titillée lorsqu'elle se mit à rire.

- Dis donc, Granger… Tu te sens bien ce matin? Tu es toute bizarre…

- Pourquoi ne m'as-tu pas dit que c'est toi qui m'as acheté ce bracelet?

Jamais Hermione n'avait vu quelqu'un s'empourprer aussi subitement – elle ne savait pas que c'était humainement possible, qui plus est. Drago s'était figé ; même sa respiration semblait s'être interrompue, et lorsque ses membres retrouvèrent leur mobilité, ils étaient si lents qu'on aurait dit qu'ils se réveillaient tout juste d'un long coma.

- Comment… Comment as-tu su…? demanda-t-il tranquillement en canalisant son attention sur la crêpe que sa fourchette happa dans le plat de service.

- J'ai voulu remercier miss Dora pour ce cadeau – ce que j'ai fait, d'ailleurs… Léger quiproquo.

Il hocha lentement la tête, refusant de croiser son regard. Sa main tremblante saisit le manche du verseur à sirop et en étala un peu partout dans son assiette – et à côté. Le compas de ses yeux semblait dysfonctionnel.

- M'en aurais-tu informé si je ne l'avais pas découvert?

- L'aimes-tu?

- Quoi…? Le bracelet?

- Oui.

- Évidemment que je l'aime.

- C'est ce qui importe. Le reste, on s'en moque.

Hermione sourit et l'observa engloutir une immense et disgracieuse bouchée. Inutile d'insister d'avantage ; elle connaissait la vérité et son affection envers lui n'en fut que dédoublée.

- Merci, Drago.

- Humphfff.

En silence, ils terminèrent leur repas. Derrière Drago, dans le cadre de la porte, Isadora lança à Hermione un clin d'œil complice et leva le pouce avant de disparaître dans la cuisine.