Boo-yah!
Alors comme ça, le film vous a plu? Merci à tout ceux qui m'ont partagé leurs commentaires, c'est toujours amusant à lire! Je crois que tout le monde est d'accord sur le fait que la danse Harry/Hermione était, hum, disons... spéciale. Je dis "spéciale" afin de souligner que j'ai cru à un moment qu'ils allaient tout simplement s'embrasser, mais certains disent "spéciale" à cause des "talents" de danseur de Dan Radcliffe... LOL! Mais j'ai adoré cette petite scène, c'était vraiment mignon!
Sinon... C'est que j'avais hâte de poster ce chapitre-ci, moi!
Alors comme mentionné dans le chapitre précédent, on entre dans une nouvelle vague de panique et de tension... Écrire ce chapitre a été un calvaire pour moi, sérieusement (précisément le passage POV Drago), mais au final, je l'aime bien! Ici, vous lirez au point de vue de trois personnages... J'espère franchement que vous aimerez!
Bonne lecture!
Une leçon d'honneur
Chapitre 15
Le second morceau
Le Poudlard Express ralentit enfin. Hermione, Harry, Ginny et Ron – ce dernier ayant, comme à chaque fois qu'ils s'étaient retrouvé tous ensemble, agi comme si la préfète-en-chef était un élément du décor –, avaient déjà leurs bagages sous les bras et attendaient que le train s'immobilise totalement afin d'en sortir. La température, toutefois, les invitait plutôt à rester abrité ; par les fenêtres des compartiments, on devinait Mère Nature agitée en ce retour des classes. La tempête de neige était si puissante qu'on ne pouvait que très difficilement percevoir les différentes constructions de la gare de Pré-au-Lard. Tout n'était qu'une toile blanche chaotique et bruyante.
Lorsqu'ils posèrent pied sur le quai, Ron prit de l'avance sans avertir et s'éloigna du petit groupe, sur le chemin menant au portail de l'école, afin de rejoindre, plus loin, Seamus et Dean qui pressaient le pas dans l'espoir de gagner plus rapidement un endroit où se réfugier. Hermione l'observa jogger impassiblement, le visage à demi camouflé sous son écharpe aux couleurs de Gryffondor, en redécouvrant pour la énième fois combien elle avait hâte de retrouver la salle commune des préfets ainsi que sa chambre. Mais également et surtout… Drago. Depuis qu'elle avait découvert par l'intermédiaire d'Isadora qu'il avait été le donateur du bracelet qu'elle avait porté chaque jour depuis, sa compagnie était presque devenue un besoin.
Hormis les cris du vent, elle ne pouvait pratiquement rien entendre de l'animation autour d'elle, aussi Harry dut-il lui agripper le bras pour capturer son attention :
- Hier, Ron m'a dit qu'il en avait assez d'être en froid avec toi, hurla-t-il pour percer la tempête.
Hermione ne cacha pas sa stupéfaction :
- N'est-il pas retourné dans les bras de sa très chère Lavande Brown?
- C'est plutôt pour combler le vide qui l'habite que par amour, intervint Ginny en roulant les yeux.
- Il t'aime encore, Hermione, ajouta Harry.
Ginny hocha la tête en pinçant les lèvres, l'air grave, mais aurait aussi bien pu lui dévoiler que Ron pratiquait chaque soir un rituel ésotérique avec une de ses mèches de cheveux qu'Hermione refuserait tout autant d'engager le sujet. Ron, pour elle, était du passé. En fait, leur amour l'était. Depuis qu'elle avait le pouvoir de comparer ses sentiments amoureux, l'évidence de la pauvreté de l'amour qu'elle avait ressenti envers le rouquin était flagrante. Ron n'avait toujours été qu'un ami. Leur relation s'était, dès leur première année à Poudlard, basée sur le concept de l'amitié, et les maigres sentiments éprouvés à son égard n'avaient été qu'une dysfonction en cours de route, le résultat d'une période perturbatrice. Ça n'avait pas été une aberration, non, pas du tout ; ça n'avait été qu'un pas dans la mauvaise direction.
En revanche, elle ne pouvait faire la lumière sur sa relation avec Drago à partir de ces mêmes motifs. Chez l'humain, la « normalité » des choses voulait qu'une adversité hargneuse telle que celle qui avait toujours lié le trio et Drago Malefoy ne pouvait évoluer en s'assoupissant, mais la vérité était qu'Hermione et lui n'avaient jamais eu de base amicale stable. L'amitié, malgré les apparences parfois trompeuses, était la plus indestructible des relations humaines, donc puisque la leur, fraiche et fragile, ne s'était nourrie que de trois petits mois d'accointance, elle ne pouvait se dresser entre eux en protestant contre l'apparition de sentiments amoureux – ce qui avait été le cas entre elle et Ron. L'amour, contrairement à l'amitié, naissait sans nécessiter une structure de base. Il pouvait surgir dès le premier regard ou éclore tranquillement au rythme d'un apprivoisement.
Hermione sourit inconsciemment en pensant à l'étrange parcours de sa relation avec le Serpentard. Elle ne pouvait que difficilement se faire à l'idée que d'ennemis jurés, ils étaient devenus aussi proches l'un de l'autre – et tout ça contre leur gré. Pourtant, le souvenir de leurs affronts était si lointain… Peut-être était-ce dû à l'énormité, en termes d'événements majeurs, de l'année durant laquelle elle s'était lancée à la recherche des Horcruxes avec Harry et Ron? Durant cette période, tout semblait s'être arrêté hormis l'agitation dans laquelle elle avait baigné avec ses deux meilleurs amis. Elle avait eu un mal fou à croire que la terre continuait de tourner à l'extérieur de leurs champs d'action – car l'avenir du monde avait bel et bien reposé sur eux seuls pendant de longs mois.
- Toi aussi? fit subitement Harry, les yeux brillants d'espoir.
Sa voix semblait provenir des profondeurs d'un puits. Comme s'il venait de claquer deux doigts devant ses yeux, la préfète-en-chef tressauta et darda sur lui un regard interrogatif. De quoi parlaient-ils, déjà?
Ils avaient franchi la moitié du chemin qui séparait la gare et le portail du château. À leur droite, le lac complètement gelé ressemblait à un immense miroir givré. Un petit point blanc, difficile à distinguer, apparut dans la grande surface laquée en décrivant une spirale dans les airs. Ce devait être une chouette qui se rendait à la volière.
- Pardon?
- L'aimes-tu encore? demanda le Survivant.
Hermione était sur le point de s'offusquer, excédée par son optimisme agaçant – et oiseux –, mais Ginny la devança avec habileté :
- Harry, laisse tomber. Je crois qu'Hermione à la tête et le cœur ailleurs. Pas vrai, Hermione?
Violemment, le visage d'Hermione s'empourpra, et Harry, répugné par ce qu'il en déduisit, se désintéressa complètement de la conversation. La préfète-en-chef lança un subtil regard à Ginny derrière le dos voûté du balafré et sourit lorsqu'elle lui adressa un clin d'œil complice. Obtenir l'approbation de son amie, par ce simple geste, fut comme une libération.
oOo
Madame Rosmerta, terrifiée, n'arrivait pas à calmer sa respiration sonore. Pourtant, la furie qui s'était jetée sur elle en pénétrant dans son pub avait été très persuasive quant aux conséquences qu'elle lui réservait si elle ne cessait de « respirer comme un troll excité ». Mais les sept intrus qui l'avaient suivie ensuite, simplement par leur intrusion, l'avaient persuadée en définitive de se tenir calme – surtout lorsqu'elle en reconnut un en particulier qui avait nourri chez elle un vif sentiment d'insécurité lorsqu'on l'avait informée de son implication dans le meurtre du jeune Dennis Crivey. Le visage de la femme blonde qui s'était ruée sur elle après l'avoir bâillonnée lui fut tout à coup familier, et c'est en reconnaissant la menace que ces huit individus représentaient que madame Rosmerta, malgré la panique qui avait eu raison d'elle, avait renoncé à lutter.
Sa joue ronde était tailladée par la dizaine de gifles que Narcissa Malefoy avait pris plaisir à lui administrer, laquelle portait une alliance maintenant tachée de sang. Devant la fenêtre du pub, Lucius Malefoy, Alecto et Amycus Carrow, Antonin Dolohov, Rodolphus et Rabastan Lestrange ainsi qu'Augustus Rookwood fixaient l'action qui se déroulait à quelques dizaines de mètres de là : des paquets d'étudiants passaient par intermittences derrière les commerces, sur la route de Poudlard, encombrés et repliés sur eux-mêmes en raison du grand froid. Lucius sourit comme s'il s'était trouvé devant un festin de roi et délaissa la bouteille de whisky Pur Feu qu'il avait « confisquée » à madame Rosmerta en dénotant que le pub était fréquenté par beaucoup d'étudiants mineurs. Dolohov, lui, avait déniché un rhum qu'il partageait à contrecœur avec Rookwood.
- Lequel ce sera aujourd'hui, chéri? demanda avidement Narcissa en rejoignant son mari, laissant ainsi madame Rosmerta à l'écart sur le sol.
La propriétaire du pub se redressa avec peine, les mains et les pieds prisonniers de cordes ensorcelées, mais les Carrow, d'un torve regard, la dissuada d'esquisser un quelconque autre geste qui serait susceptible de trahir ses intentions. Elle se figea, craignant à tout instant que l'un d'eux ne s'impatiente et lui jette le sort fatal.
- Je n'en sais trop rien. Je suis comme un gamin chez Zonko, déclara Lucius, le regard fou.
- Saisis-toi d'un gros morceau, un qui saura ébranler Potter avec plus de considération, lui conseilla sa femme d'une voix suave en plaquant sa poitrine contre son dos. Il faut qu'il sente qu'il n'a aucun contrôle…
Ses mains délicates grimpèrent sensuellement sur les bras de son époux. Lucius, sans se départir de sa vigilance, sentit la passion élargir son sourire. Ce but commun les avait rapproché, lui et sa femme, et avait même attisé, en bonus, la flamme sexuelle qui s'était éteinte avec l'emprise que Voldemort avait eu sur eux durant les dernières années. Constamment, leurs moindres gestes se confondaient avec des préliminaires. Chacun des regards qu'ils s'échangeaient semblaient porteurs de messages incendiaires. C'était comme si, en permanence, ils se désiraient, même lorsqu'ils se trouvaient au « boulot » – comme à cet instant précis.
Les beaux-frères Rabastan et Rodolphus s'échangèrent un regard éloquent face à cette démonstration d'affection suggestive impromptue. C'était fréquent mais rebutant.
Tout à coup, l'agitation éclata sans transition ; chacun des évadés se pressa contre la fenêtre comme s'ils s'étaient trouvé à bord d'un bus qui aurait freiné trop brusquement. Les évadés se bousculaient pour obtenir une meilleure vue, se donnaient des coups de coude et d'épaule, grognaient, susurraient. La menace qui planait dans l'air grimpa d'un nouveau degré, tendant les muscles de chacun et chacune. Le mouvement surprit d'ailleurs madame Rosmerta à un point tel qu'elle se recroquevilla contre le comptoir en gémissant, les mains devant son visage en guise de bouclier, dans l'espoir de se soustraire d'un potentiel danger. Elle n'avait aucune idée de ce qui avait bien pu susciter une telle réaction en raison de la trop grande hauteur de la fenêtre par rapport à celle de ses yeux mais n'était nullement tentée par l'idée d'étirer le coup pour s'informer ; un seul mouvement de trop pourrait bien être son dernier.
Narcissa était toutefois moins indulgente que ses copains ; elle s'était vivement retournée suite à la manifestation de sa plainte. En faisant claquer ses talons contre le parquet, elle s'approcha de la dame et la gifla de toutes ses forces en envoyant sa tête frapper le comptoir. Puis, comme si elle ne venait que de taire un bébé en lui chantonnant une berceuse, Narcissa retourna près de la fenêtre, là où huit paires d'yeux virent Ronald Weasley, le meilleur copain de leur cible principale, apparaître dans leur champ de vision en compagnie de deux autres vauriens de Gryffondor qu'ils avaient aperçus sur les photos saisies dans l'album photographique de la Sang-de-Bourbe.
- C'est Weasley! s'exclama avidement Rookwood.
- Oui, c'est bien lui, confirma Alecto en hochant la tête. Ronald Weasley. C'est le meilleur copain de Potter.
- C'est un détail que nous savons tous! cracha impatiemment Rodolphus, visiblement le plus affecté parmi des évadés par l'apparition de Ron. Lucius, c'est le fils de la mégère qui a tué ma femme…! (Il tourna brusquement la tête vers son supérieur, dont les yeux auraient rendu jaloux le plus étoilé des ciels.) Tue ce petit salopard, Lucius… Tue-le maintenant!
Lucius, d'une lenteur qui témoigna de son ennui, dressa une main devant le visage de son comparse afin de l'exiger à tenir sa langue. De mauvaise grâce, Rodolphus remblaya les armes et échangea un regard noir avec son beau-frère qui serrait les dents.
- C'est un trop gros morceau et vous le savez, trancha fermement Lucius en suivant les trois Gryffondors des yeux. Weasley et Granger ne seront pas ce genre de cible…
- Bella sera vengée, leur assura Narcissa, une lueur démoniaque dans les prunelles. Mais pas maintenant. Weasley ne doit surtout pas être tué maintenant. Notre plan pourrait échouer…
- Alors qui? éructa sauvagement Rodolphus, à bout de nerfs, en faisant sursauter madame Rosmerta qui sanglotait silencieusement. Lucius, choisis ta victime si tu ne veux pas que je le fasse moi-même!
Le leader, aussi lentement que terriblement, tourna la tête vers le mari de Bellatrix qui l'importunait un peu trop à son goût. Celui-ci se rembrunit instantanément sans toutefois se démonter, le menton relevé, puis s'humecta les lèvres, la bouche soudainement sèche. Était-ce les éclairs que ses yeux lui lancèrent qui drainèrent sa salive?
Narcissa, en voyant son homme manifester toute sa prestance, se mordit la lèvre inférieure, refoulant un rire dément.
- Rappelle-toi que tu as fait le Serment Inviolable, Rodolphus. (Il jeta un bref coup d'œil en direction des élèves ; Ron, Seamus et Dean étaient sur le point de disparaître pour de bon derrière une construction.) Comme vous tous, d'ailleurs! ajouta-t-il en s'adressant au groupe. Vous êtes mes disciples. Libre à vous d'aller à l'encontre de ce qui a été entendu, mais c'est à vos risques et périls.
Aucun d'eux ne réagit, et Lucius détermina avec satisfaction qu'aucun d'eux n'avait envie de périr dans d'atroces souffrances en brisant leur pacte de complicité. En un las clignement de paupières, le leader reporta son attention vers l'extérieur.
- Pas Weasley, non… marmonna-t-il pour lui-même. Mais les deux autres, selon les photos, appartiennent également à Gryffondor. Cissy, lequel souhaites-tu que je découpe sous les yeux de madame ci-présente?
Narcissa sourit cruellement et pointa Seamus Finnigan tandis que madame Rosmerta se mit à chialer en se débattant comme un diable. Les évadés ricanèrent, et Lucius leva la main qui tenait sa baguette magique pour la pointer vers son second morceau.
- Impero.
oOo
Ils devaient être une centaine dans la Grande Salle. À ce stade-ci des vacances, les étudiants qui avaient fait le choix de les passer à Poudlard le regrettaient amèrement et anticipaient le retour de leurs camarades ; le château, sans son animation habituelle, était tout simplement ennuyant, et les deux semaines qu'ils s'étaient tous promis de passer à s'éclater dans chacune des salles de classe jusqu'aux petites heures du matin s'étaient avérées plutôt décevantes. En effet, les préfets et préfets-en-chef n'étaient peut-être pas de service durant cette période de l'année, mais les professeurs, en revanche, l'étaient et ne faisaient pas défaut à leurs obligations. McGonagall aimait tout particulièrement son emploi.
Drago, comme tous les autres, attendait fiévreusement que la masse enjouée de passagers du Poudlard Express passe les portes de la Grande Salle. À la table des Serpentards, ils n'étaient que onze, et le blondinet ne connaissait les dix autres que de vue puisqu'ils étaient plus jeunes que lui de quelques années – ils étaient probablement en quatrième, tout au plus. Qui plus est, le groupe de ces dix Serpentards s'était installé tout à l'autre bout de la table, de sorte à être le plus loin possible de Drago, ce qui ne l'encouragea pas, suite à son retour d'Elbury House, à socialiser avec ses semblables ; ils l'évitaient comme la dragoncelle depuis le tout début des vacances. Mais de toute façon, les couillards, depuis peu, lui étaient tout aussi insupportables que les lâches.
Il sourit narquoisement, fier de se compter hors du lot, et écarta d'un coup de fourchette une pomme de terre à moitié grugée. Il n'avait pas faim, mais l'appétit lui viendrait sûrement lorsqu'il verrait enfin Hermione franchir ses satanées portes. Entretemps, son visage riant apparut dans la concavité que ses dents avaient creusée dans le légume ; il s'obligea à l'avaler, embarrassée par l'obstination de son esprit à constamment vouloir projeter l'image de la Gryffondor partout où ses yeux se posaient. Depuis l'épisode à Elbury House, c'était devenu une habitude chez lui – habitude plutôt agaçante, il devait l'admettre.
Aux tables de Serdaigle et de Poufsouffle, quelques étudiants se mirent subitement à agiter la main en direction de l'entrée de la Grande Salle. Drago, aussitôt, sut, d'après le sourire qui flottait sur leur visage, que les occupants du Poudlard Express devaient enfin être arrivés. À peine eut-il le temps de se lever pour mieux étirer le cou qu'un amas de sorciers vêtus de cape noire pénétra dans la salle en se répartissant rapidement entre leur table respective. Le calme fut aussitôt remplacé par un bruyant mais agréable chahut. Le cœur battant, Drago serra les poings contre la table qu'il n'osait quitter ; l'envie de s'y mêler afin de retrouver Hermione était taraudante, certes, mais il ne ressentait nullement le désir de la rejoindre au cœur de son groupe d'amis dont il se moquait éperdument. En outre, manifesteraient-ils la joie réciproque de leurs retrouvailles devant des témoins? Sûrement pas.
Un maléfice ralentisseur, phénomène dont il fut le seul à percevoir, s'abattit alors sur la foule. Drago vit, supplantant quelques têtes par sa densité, une crinière brune indomptée émerger dans la Grande Salle. La cadence de son cœur s'accéléra mais la scène tout autour, pour une raison qui l'échappait, s'obstinait à défiler au ralenti. Ses lèvres entrouvertes, d'elles-mêmes, s'étirèrent chétivement, allongeant toujours le cou afin de mieux pouvoir la distinguer, de voir son visage qui lui manquait tant, son sourire qui l'enchantait. Hermione agitait la tête dans tous les sens, comme si elle cherchait quelqu'un qui n'était pas venu à sa rencontre. Mais il était ici, juste là… Ne pouvait-elle pas entendre la musique du tambour qui lui faisait office de cœur? C'est à ce moment précis, lorsque le désir du Serpentard de crier son nom devint agressif, que le stupide Serdaigle qui s'obstinait à circuler selon les déplacements d'Hermione s'éclipsa dans une autre direction et la dévoila intégralement. Dans un mouvement prompt, comme si elle avait soudainement senti la brûlure de ses iris sur sa peau, elle pivota la tête directement vers lui. Leur regard se croisa aussitôt, sans recherche. Ses yeux sombres avaient-ils acquis le pouvoir de transformer le sang en hydromel? Car Drago eut la folle impression d'être complètement ivre à ce contact.
Elle lui sourit allègrement. Enivré, il l'imita, le visage engourdi par la tendresse.
Elle rompit la connexion quelques secondes plus tard, lorsqu'Harry l'entraîna, la faisant sursauter, vers la table des Gryffondors qui grouillait de monde. Dans la tête du Serpentard, le pop! sonore qui retentit le ramena à la réalité ; les sons retrouvèrent leur ampleur et son champ visuel s'élargit, découvrant avec surprise que la table à laquelle il se tenait s'était remplie en un rien de temps. Zabini, Nott et Parkinson l'avaient rejoint mais l'ignoraient quasiment. Mais Drago s'en moquait.
Amoureux, il se rassit.
oOo
Ron était livide. Sa trajectoire, sinueuse. Ses jambes, aussi molles que du coton, fléchissaient dans tous les sens à chaque pas qu'il effectuait ; par chance, les sentinelles du Ministère lui enserraient fermement les bras pour le maintenir debout alors qu'ils s'avançaient hâtivement vers la Grande Salle. Tant pis pour la discrétion ; si du sang encore frais maculait les vêtements du rouquin, c'était parce qu'un incident grave s'était produit. Malone et ses hommes avaient beau l'avoir assailli de questions en le voyant s'approcher vers l'entrée du château en titubant comme un ivrogne, mais rien, mis à part un immonde vomis, n'avait sorti de sa bouche.
En franchissant le seuil de la Grande Salle, personne ne leur accorda d'attention ; chacun des élèves mangeaient goulument, discutaient bruyamment et riaient tapageusement, heureux de se retrouver les uns les autres, de raconter ce qu'ils avaient fabriqué de leurs vacances et d'énumérer les cadeaux qu'ils avaient reçu. Personne ne se doutait qu'une tragédie s'était produite non loin de là, dans le village voisin. Même les professeurs, situés directement sur la trajectoire de l'escorte, n'avaient pas encore remarqué l'intrusion pourtant considérable. Mais soudainement, un cri hystérique déchira l'air :
- RON!
Hermione s'était promptement redressée, les yeux écarquillés, en apercevant son ami badigeonné de sang entre les mains des agents. Une loque. Un pantin sans fil. Son cri, malgré le tumulte de la salle, perça chacune des voix au point de les taire en une seconde à peine. Bientôt, l'attention fut concentrée sur elle, puis sur le groupe qui continuait d'avancer vers la table des professeurs, indifférent aux regards incrédules qui l'assujettissaient. Il y eut un moment de flottement durant lequel tous retinrent leur souffle, puis une rumeur gonfla tranquillement, discrète mais appréhensive. Hermione, pendant ce temps, avait rapidement quitté sa table et s'était dirigée vers celle des professeurs, là où l'escorte se rendait, afin de rejoindre Ron dont les pieds n'exécutaient plus aucun pas – ils glissaient simplement sur le sol. Harry l'avait talonné, puis Ginny. Quelques autres curieux, s'étaient avancé – Lavande aussi, complètement horrifiée.
- RON! répéta Hermione, les yeux enflés par les larmes, en s'élança vers lui. (Un agent lui barra la route. Harry tenta de contourner l'homme mais un second imita son comparse.) Que lui est-il arrivé? Est-il blessé?
- Poussez-vous! hurla Harry. Laissez-moi voir mon ami! Ron!
McGonagall avait contourné la table à laquelle elle était installée et, le visage déformé par la terreur, se rua vers le pauvre rouquin qui fixait un point invisible sur les dalles de pierre. Son teint avait tourné au vert.
- Weasley! s'exclama-t-elle, une main sur le cœur et l'autre sur le bras mou du rouquin qu'elle secouait délicatement. (Elle jeta un œil par-dessus son épaule, réclamant la présence de madame Pomfresh qui s'avançait déjà.) Par tous les mages, monsieur Malone, qu'est-il arrivé à cet enfant? Pourquoi est-il couvert de sang?
- Nous nous posons la même question, madame la directrice, rétorqua le chef avec gravité. Il s'est rendu jusqu'à nous tel quel et est incapable de proférer la moindre parole… Des hommes sont déjà en train de ratisser les alentours. Nous avons aucune idée de ce qui a bien pu se produire ni à quel endroit…
- Le pauvre! geignit madame Pomfresh en palpant le visage de Ron. Il porte tous les symptômes d'un grave traumatisme! Il faut l'emmener à l'infirmerie sur-le-champ!
Hermione, Harry et Ginny avaient abandonné toute tentative de feinte pour s'approcher du rouquin mais observaient la scène avec effroi, tout comme les centaines d'autres étudiants qui avaient étiré le cou. Drago, à la table des Serpentards, se confondait dans la masse mais avait le cœur qui se débattait avec une panique singulière – il savait.
- Est-ce qu'il est blessé? demanda Ginny qui pleurait à chaudes larmes.
- Il ne porte aucune lésion… Je ne crois pas qu'il s'agisse de son sang, répondit la soignante à la va-vite en tendant le bras en direction des portes de la Grande Salle afin de guider les porteurs de Ron vers l'infirmerie. Par là, s'il vous plait…
- Il… Il est mort… souffla faiblement Ron, les lèvres tremblantes.
Tout mouvement se suspendit. Le silence devint absolu ; que le vent violent, en dehors des murs, sifflait telle une menace.
Ron tourna la tête vers ses deux amis et sa sœur, à demi dissimulés derrière les corps massifs des agents qui leur avaient bloqué l'accès. Aussitôt, les trois Gryffondors bousculèrent la barrière que leurs bras avaient improvisée et se ruèrent sur la loque rousse. Hermione, la plus rapide, s'empara d'une de ses mains peintes de rouge et l'étreignit avec force.
- Il l'a tué… poursuivit Ron en un murmure. Sous mes yeux… Déchiqueté… Vidé de son sang…
- Qui? couina Hermione en sentant une larme rouler sur sa joue. Qui a été tué, Ron?
- Seamus…
McGonagall plaqua rudement une main contre sa bouche, horrifiée. Harry et Ginny s'échangèrent un regard épouvanté, et cette dernière se blottit dans les bras de son copain en sanglotant. Hermione ne manifesta aucune émotion apparente, mais dans sa tête une photo de Seamus apparut : celle qu'elle avait glissée dans son album photographique.
C'était donc ça…
- Tu as vu l'assassin? demanda vertement Malone.
- Ma-Malefoy…
Le visage de Malone se détracta funestement ; il aurait mis sa main au feu que Lucius et ses sbires étaient les responsables. Tandis qu'il échangeait un regard avec les cinq collègues qui composaient l'escorte, Hermione sentit ses entrailles se glacer. Discrètement, entre la tête de deux agents, elle lança un regard en direction de la table des Serpentards et croisa celui de Drago. Aucun élève n'avait pu entendre la réponse de Ron en raison de sa faiblesse, mais simplement par cette connexion, le blondinet sut quelle conclusion en tirer. Éperdu, il s'affaissa sur le banc duquel il s'était levé, le front contre sa paume.
Au même moment, deux autres agents apparurent dans la Grande Salle, haletants. La totalité de la pièce les suivit du regard jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent près de leur supérieur. Drago, en levant légèrement les yeux, reconnut Septimus et Recksen, deux membres de la BPM qui avaient été présents lors de son interrogatoire au Ministère de la Magie.
- Un gamin est mort dans le village d'à côté, annonça Septimus en surveillant le volume de sa voix. C'est Malefoy et les autres évadés qui ont frappé de nouveau, Alric ; la propriétaire d'un pub a été prise en otage dans son propre commerce et a été forcée d'assister au meurtre. Elle est sauve et a été apte à nous décrire la scène en détails. Il y a également un troisième témoin qui est approximativement dans le même état que celui-ci. (Il pointa Ron.) Il est encore au village, avec quelques agents. L'escouade médicale est en route.
Malone semblait fortement contrarié.
- Aucune trace des évadés?
- Non. Ils ont fuit aussitôt après avoir tué le garç-
- Mon frère est sur le point de s'évanouir! s'écria rageusement Ginny. Emmenez-le à l'infirmerie, pour l'amour du ciel!
La directrice fut arrachée de sa torpeur et sembla enfin réaliser l'inconvenance de l'endroit où ils conversaient tous, aux yeux de centaines de curieux. Elle bomba le torse afin de se rapproprier toute l'autorité dont elle bénéficiait et pivota vers la table des enseignants pour désigner quatre professeurs qui se chargeraient de convoyer tous les élèves des quatre différentes maisons, sans exception, vers leur salle commune. Pas de chichi ni de détour. Malone renvoya Recksen à Pré-au-Lard afin de conduire les deux autres témoins jusqu'au local de la soignante pour éventuellement les questionner sur ce à quoi ils avaient assisté.
Pendant l'étroit regroupement exécuté par Hagrid, Flitwick, Chourave ainsi que Slughorn, McGonagall, madame Pomfresh, les agents et Ron se dirigèrent vers l'infirmerie. Hermione ne broncha pas d'un poil, brandissant distraitement son insigne de préfète-en-chef sous le nez de chaque professeur qui la poussait, tour à tour, à rejoindre les élèves de sa maison, afin de mettre en évidence ses droits. Elle fixait Ron et son cortège s'éloigner vers les portes de la Grande Salle sans véritablement les voir, l'esprit lointain. Autour d'elle, tout n'était que chaos, que confusion. Elle ferma lentement les yeux, bouleversée par l'inévitable, jusqu'à ce que le visage de Drago les lui ouvre subitement. Lorsqu'elle jeta un œil parmi les verts et argent, aucune tête blonde ne s'y trouvait. Drago était parti.
Hermione, bousculant tout ce qui se dressait sur son chemin, s'élança à sa recherche.
Alors? Hé ben oui, c'est encore moi! J'ai décidé que j'allais commencer à écrire des petites notes après le chapitre pour vous faire ruminer sur ce que vous avez lu :P ! Comme par exemple, j'aurais besoin, pour l'écriture du chapitre 20 auquel je m'attaque, de VOTRE décision. Oui oui. Vous serez les maîtres du chapitre 20.
Je m'explique : j'ai une idée très précise de ce qui va venir dans les prochains chapitres, mais je suis en train de me demander s'il est mieux que je m'y attaque dès maintenant ou que j'écrive (histoire de me faire travailler les méninges), pour votre pur plaisir, un chapitre rempli de guimauve afin d'accorder un peu de répit à notre couple... Ooups... J'ai dit "couple"? Merdouille, c'est que je parle trop moi...
Voilà, alors je compte sur votre décision. Je me répète : préférez-vous que le chapitre 20 soit la suite des péripéties rocambolesques de nos héros ou qu'il soit un intermède style "fleur bleue"?
J'attends vos réponses!
Lexa Nedra
