Hello, gens.

Je sais, je sais... Normalement, je poste plus tôt, mais là, je ne pouvais pas... Je suis en fin de session et je suis débordée par les travaux et les études. Non plus, je n'ai pas eu beaucoup de temps pour écrire, ces derniers jours...

Le chapitre 20 est terminé mais n'est pas super guimauve. Désolée, mais je ne crois pas le changer... Je constate que je ne suis pas du tout experte là-dedans! Faire un chapitre exclusivement fleur bleue est impossible pour moi ; je dois absolument mettre de l'action, inclure des péripéties, ajouter des problèmes... et je bloquais totalement à l'idée d'écrire 5 000 mots dégoulinant d'eau de rose. Mais pour répondre à la question de kalidu66 qui me demandait si j'allais faire un lemon, la réponse est : BIEN SÛR! J'adore les lemons, et j'ai bien l'intention d'en faire non pas un seul, mais PLUSIEURS! En passant, un gros merci à toi, kalidu66 qui m'as écrit une review pour tous les chapitres que tu as lus! :)

Sinon, moi, la vie, c'est pas super... J'approche dangereusement de mon diplôme d'études mais j'ai affreusement envie de décrocher parce que je n'aime plus mes cours. Ma grand-mère a été obligée de se rendre à l'hôpital trois fois dans les deux dernières semaines à cause de son anémie et elle y est d'ailleurs encore, et en plus, j'ai avoué mes sentiments à la personne que j'aime qui n'a pas su mes les retourner... Je suis en période instable où les chamboulements se présentent tour à tour... C'est dur, c'est dur. Mais je survis. Écrire est un bon remède... J'ai d'ailleurs eu l'idée d'écrire une autre fic sur Drago et Hermione, beaucoup plus petite et parallèlement à celle-ci, qui relate de mon histoire. Mais bien sûr, en version Drago/Hermione. Je serais Hermione et ma flamme serait Drago. Cette idée m'enchante beaucoup! On verra bien où elle me mènera...

En tout cas, je vous dispense de mes lamentations et je vous laisse lire ce 17e chapitre! J'espère qu'il vous surprendra! N'oubliez pas la petite review pour m'encourager, hein...?

Lexa Nedra


Une leçon d'honneur

Chapitre 17
La famille Malone

Moqueur, le paysage défilait à toute allure. Hermione n'aurait jamais pu prévoir qu'elle le parcourrait en sens inverse aussi rapidement, tout comme elle n'aurait jamais pu prévoir qu'au retour des vacances des fêtes, un nouveau cadavre serait retrouvé à Pré-au-Lard, à peine quelques mètres plus loin de la gare qu'ils quittaient quelques minutes avant. Au passage des étudiants sur le chemin qui menait au Poudlard Express, les centaines de curieux avaient allongé le cou afin de jeter un œil au centre du village visible par intermittences entre les bâtisses, mais les nombreux agents du Ministère qui les escortaient obstruaient leur vue et ne faisaient rien pour leur faciliter la tâche. Ils purent néanmoins constater la présence de beaucoup de gens, et Hermione crut même apercevoir Rita Skeeter, armée de sa Plume à Papote verte. Peut-être même avait-elle reconnu Kingsley Shacklebolt, le ministre lui-même.

Mais ce décor familier avait cédé place aux interminables plaines enneigées qui l'étaient tout autant. Poudlard et Pré-au-Lard faisaient maintenant partie du passé, car jamais plus ils n'y remettraient les pieds. Hermione, malgré les six heures qui avaient passées depuis l'annonce de McGonagall, ne pouvait tout simplement pas s'encrer cette réalité en tête. À chaque fois qu'elle tentait de se soumettre à la décision du Ministère de la Magie – qui était, bien que triste, un choix raisonnable –, sa mémoire creusait au travers des années et passait en revue tous les bons moments qu'elle avait vécus dans ce château. Elle était parfaitement consciente qu'elle s'en serait séparée en définitive lors de la fin de ses études, mais d'y être arrachée aussi inopinément était l'équivalent d'arracher un enfant à sa mère avant l'acquisition de sa pleine autonomie.

Elle resserra l'étreinte de ses bras contre sa poitrine, frigorifiée par un froid pourtant inexistant, puis détacha son regard de la fenêtre contre laquelle elle s'était appuyée.

Drago, installé sur la banquette devant elle, ne paraissait pas plus enjoué qu'elle. Jambes écartées et doigts entrecroisés entre elles, sa tête ballottait au rythme des secousses du train. Ses yeux fixaient un point à l'extérieur, mais Hermione doutait de leur activité ; il était manifestement dans la lune. Dans une intention frivole, la jeune femme étira une jambe et bouscula doucement le pied du Serpentard du sien pour attirer son attention. Celui-ci sursauta superficiellement et la regarda, l'air égaré. Elle lui sourit, mélancolique, sourire que Drago lui rendit tristement avant de replonger dans ses songes.

Hermione le considéra quelques secondes supplémentaires puis se leva. Stevan et Adam, qui partageaient respectivement la banquette d'Hermione et de Drago, discutaient discrètement mais s'interrompirent pour l'observer d'un œil curieux, comme si le mouvement, dans le statisme général qui régnait dans le train, avait été prohibé, puis s'échangèrent un regard lorsqu'elle s'assit auprès de Drago. Ce dernier l'avait suivie des yeux et s'enveloppa d'une étoffe de cachemire lorsque son bras s'insinua sous le sien afin que ses doigts fins s'emparent de sa main. Il sourit et appuya sa joue contre sa tête une fois qu'elle la fit choir sur son épaule.

Stevan et Adam, mal à l'aise, quittèrent le compartiment cinq secondes plus tard.

oOo

Coincés dans l'essaim qui occupait l'entière superficie du couloir visible par l'encadrement du compartiment, les élèves n'avançaient que très lentement vers la sortie. Drago et Hermione profitèrent de l'obstruction afin de prendre leur temps pour descendre leurs lourds bagages des filets fixés au plafond. Derrière eux, une rumeur lointaine bourdonnait à leurs oreilles, mais la quasi-absence de voix à proximité mit la puce à l'oreille d'Hermione. Elle immobilisa ses bras suspendus au-dessus de sa tête et jeta un œil par-dessus son épaule ; en effet, elle constata aussitôt que la masse d'élèves bloquée devant leur compartiment les observait en silence, certains avec condescendance comme d'autres avec crainte.

Elle fronça les sourcils. Drago ne tarda pas bien longtemps avant de l'imiter, mais les plus craintifs détournèrent les yeux lorsqu'il posa les siens sur eux. Hermione fusilla les plus effrontés du regard et se dirigea d'un pas catégorique vers la porte coulissante qu'elle ferma violemment. La vitre de verre blindé ondula sous le choc et se couvrit aussitôt du store opaque que la jeune femme abaissa d'un furieux coup de baguette. Derrière la porte, le sifflement des conversations reprit ; il n'était pas nécessaire d'être particulièrement sagace pour deviner le sujet de leurs discussions.

- Ne te soucie pas d'eux, lui conseilla Hermione en retournant à sa besogne.

Drago posa sa dernière valise sur la banquette et s'assit à côté. Il passa une main sur son visage en soupirant bruyamment.

- Finalement, ce n'est pas une si mauvaise chose que Poudlard ferme ses portes… marmonna-t-il, abattu.

- Tu sais très bien que je n'aurais pas laissé ces attardés s'en prendre à toi, rétorqua Hermione en tirant de toutes ses forces, en plusieurs brusques élans, sur l'anse d'une valise coincée.

- Attends, tu vas te disloquer un épaule…

Il se redressa au moment où la valise se décoinça, et Hermione fut projetée vers l'arrière. Drago bondit pour saisir de justesse son bras brimbalant, effectua un pas de danse pour éviter que la valise ne s'effondre sur son pied et attira le corps de la jeune femme contre le sien afin de lui éviter une chute. Le choc de la valise contre le sol dévoila son contenu qui s'éparpilla à leurs pieds.

- Ouf… C'est pas passé loin…! rigola Hermione, blottie dans les bras de son copain.

- Tu aurais dû me laisser faire, dit Drago en roulant les yeux.

- Oh! Parce que tu t'y serais mieux pris que moi? ironisa la jeune femme.

- L'idée d'utiliser un sortilège de locomotion ne t'a jamais traversé l'esprit?

Les amoureux pouffèrent à la seconde où leur regard se croisa. Ils se dégagèrent tranquillement de leur étreinte et se penchèrent pour rapatrier les vêtements d'Hermione qui jonchaient le sol. Heureusement qu'elle n'avait pas brutalisé la valise dans laquelle elle stockait ses sous-vêtements…!

- J'ai pensé à un endroit où nous pourrions vivre en attendant de trouver une meilleure solution, signala Hermione en pliant consciencieusement un chandail.

Drago s'interrompit, fronça les sourcils.

- « Nous »?

- Bien sûr, insista-t-elle en s'interrompant à son tour. Croyais-tu que je te laisserais seul en sachant pertinemment que tu n'as nulle part où aller?

Le blondinet rougit. Une soudaine envie de l'embrasser lui picota agréablement les lèvres. Elle était réellement épatante, cette fille.

- Hé bien… Ta famille doit avoir reçu la lettre envoyée par Poudlard, non? Elle ne te laissera pas all-

Hermione s'était raidie mais tenta de feindre l'indifférence en le coupant sur un ton désinvolte :

- Mes parents sont… indisponibles. Ils ne liront pas la lettre avant un sacré bout de temps.

Ce qui n'était pas faux si on pouvait considérer « un sacré bout de temps » comme étant un synonyme de « jamais ». Il hocha lentement la tête tandis qu'Hermione s'appliquait maintenant à plier un pantalon. C'était le jean pâle qu'elle portait la veille au soir, la toute première fois qu'ils s'étaient échangés un baiser. Son envie de l'embrasser s'intensifia, mais il la contint. Il y avait un je-ne-sais-quoi qui l'empêchait d'être pleinement à l'aise… Peut-être était-ce simplement les circonstances?

- J'ai pensé que nous pourrions retourner à Elbury House, poursuivit Hermione. Je crois bien qu'Isadora nous aime bien, et c'est réciproque. Qu'en penses-tu?

- C'est une idée… lui accorda-t-il en hochant de nouveau la tête. Crois-tu toutefois qu'elle acceptera même si nous ne savons pas combien de temps nous y resterons? Nous ne serons certainement pas ses seuls clients…

- Si nous avons de quoi payer la note, alors pourquoi refuserait-elle?

- Tu as raison… On peut toujours essayer.

Hermione lui sourit puis reporta son attention sur une autre pièce de vêtement. Drago le lui rendit bien qu'elle ne le regardait plus puis s'évertua davantage à sa tâche. Il l'embrasserait plus tard ; après tout, ce n'était pas le temps libre qui leur manquerait dorénavant.

oOo

La vue d'Elbury House fut comme un baume sur leur cœur. Bien qu'ils n'eurent passé qu'une courte période dans l'auberge durant les vacances, ils savaient reconnaître un lieu confortable lorsqu'ils en fréquentaient un et Drago dut admettre qu'il n'aurait guère apprécié loger autre part qu'ici maintenant qu'il était livré à lui-même.

Le paysage n'avait pas changé, sinon qu'à peine en raison d'un surplus de neige. Tout semblait avoir été sculpté dans un bloc d'albâtre et les mêmes lumières chaleureuses carminaient la neige par ses faisceaux flamboyants. Elles étaient si éclatantes que décor hivernal autour paraissait englouti par les ténèbres.

Drago et Hermione pouvaient pratiquement sentir l'odeur de la nourriture qu'Isadora devait être en train de préparer à l'instant où ils traversaient Leigh Road. Le jeune homme observa d'une curiosité farouche la voiture qui passa derrière eux lorsqu'ils eurent traversé le chemin et faillit trébucher à plusieurs reprises dans ses propres valises qu'il trainait sans grande précaution. Près de la maison, une autre de ces étranges boites roulantes étaient stationnée. Hermione rigola et aussitôt Drago se ressaisit, comme saisi en plein délit.

En passant le seuil, ils s'épanouirent telles deux fleurs sous un soleil d'été ; un parfum de lasagne gratinée flottait dans l'air et les invitait à s'attabler. Une clochette au-dessus de leur tête s'excita et Isadora, le visage rond et rose, apparut dans le cadre de la porte qui menait à la cuisine. Une expression de stupeur rendit son visage plutôt comique.

- Vous…! couina-t-elle gaiement, tentant visiblement de se rappeler de leur prénom.

- Bonsoir, lança sobrement Hermione en étirant un timide sourire.

Drago la salua d'un geste de tête et le couple rappela à l'aubergiste leur prénom. Ils se faisaient discrets, mais ils étaient en réalité très contents de revoir un visage amène qui était en l'occurrence l'emblème même de la bonté.

- Quelle belle surprise! s'exclama Isadora en coinçant une mèche de cheveux ondulée sous sa barrette. Vous arrivez juste à temps pour le dîner!

Elle se précipita vers eux sous leur regard déconcerté et embrassa leurs joues glacées. Drago s'empourpra brusquement mais personne ne remarqua sa nouvelle teinte ; déjà, Isadora saisissait l'anse de deux de leurs nombreuses valises afin de les éloigner de l'entrée. Elle semblait être en pleine surdose de caféine.

- Il y a quelques clients ce soir, mais ils sont terriblement ennuyants et souhaitent dîner dans leur chambre, déboula-t-elle d'un air maussade. Je n'aime pas être seule. Je sais bien que mon mari arrive bientôt mais oh, tout de même…! (Elle écarquilla subitement les yeux lorsqu'elle arracha la valise qu'Hermione tentait d'éloigner de sa portée. Le bagage tomba dans un bruit sourd.) Oh, mais c'est très lourd, ça!

- Miss Dora, attendez un peu… Nous-

- Ce n'est pas grave, Hermione, rétorqua-t-elle du tac au tac sans s'interrompre. Attablez-vous, mes enfants! Je vais aller porter ces valises dans une chambre et-

La valise d'Hermione s'ouvrit aussitôt qu'elle tenta de la soulever du sol et ses vêtements s'y affalèrent dans un bruit ouaté. Drago était sans voix face à l'entrain particulier de leur hôte, mais ne sut museler un soupir contrarié en voyant le résultat de leurs efforts, à lui et à Hermione, s'étaler sur le sol.

- Oups… geignit Isadora en tordant sa bouche pulpeuse. C'est tout moi, ça…

- S'il vous plait, écoutez-moi, trancha poliment Hermione en saisissant son poignet tandis qu'elle s'apprêtait à s'accroupir pour réparer sa gaffe. (La femme interrompit son geste et se redressa, enfin attentive. Hermione remercia le ciel pour son empathie.) Drago et moi aimerions vous dire quelques mots…

Un masque professionnel s'accrocha au visage d'Isadora et Drago s'occupa de fourrer les vêtements d'Hermione dans sa valise avec beaucoup moins de minutie que lors de l'épisode dans le train. Hermione croisa les doigts pour qu'elle ne pose pas trop de questions embêtantes lorsqu'elle débuta son récit :

- Il se trouve que notre école a fermé ses portes, déclara-t-elle lentement pour se donner l'occasion de bien choisir ses mots. C'était un pensionnat, voyez-vous, et-

- Vous n'avez qu'à rester ici.

Sans demander son reste, Isadora s'éloigna, contourna le comptoir d'accueil et agita les pages d'un cahier noirci de texte. Hermione et Drago s'échangèrent un regard, éberlués, et rejoignirent le meuble. C'était tout? Ils auraient cru être soumis à quelques questions pour informer l'aubergiste, mais apparemment, Isadora n'était aucunement curieuse.

- La chambre que vous occupiez lors de votre dernière visite est malheureusement déjà prise, leur indiqua Isadora en faisant danser ses yeux sur les pages. Il ne me reste plus de chambre de plus d'un seul lit… Souhaitez-vous partager une même chambre ou en occuper une individuellement?

Embarrassés par la question, Drago et Hermione se mirent à marmonner sur le même ton sans même se consulter du regard. Malgré la totale imprécision de leur réponse, Isadora parvint à entendre « dérange pas », « m'importe peu » et « tant qu'on peut dormir ». Elle sourit, amusée. Il était évident qu'ils désiraient secrètement partager la même chambre mais n'osaient l'admettre – ou plutôt se l'admettre.

- Vous êtes majeurs, non? demanda-t-elle en leur adressant un clin d'œil.

La question eut l'effet d'une douche froide. Hermione parut scandalisée mais Drago l'empêcha de s'indigner en réagissant vivement :

- Une chambre chacune nous conviendra! s'empressa-t-il de dire d'une voix forte. Je… Je ronfle, et-

- Oui, acquiesça aussitôt Hermione. Il ronfle comme un tracteur. (Drago fronça les sourcils ; il ignorait ce qu'était un tracteur, mais en revanche, il doutait de sa discrétion.) Une chambre chacun sera bien.

- Je ne ronfle pas! protesta-t-il alors en fronçant les sourcils.

- Très bien, très bien! s'exclama Isadora alors qu'Hermione s'apprêtait à riposter. Une chambre pour chacun de vous. (Elle écrivit une note dans son cahier.) Voilà. Ce sera la chambre 10 et la chambre 12. C'est au premier. Elles sont face à face. Voilà les clés!

Drago et Hermione prirent leur clé à regret. Isadora contourna le comptoir et se dirigea vers les valises qui patientaient tranquillement près de l'escalier de bois.

- Dépêchons-nous! Le dîner est prêt!

oOo

Alric Malone signa la dernière feuille de son rapport et étira ses membres douloureux autant pour se dégourdir que pour conclure son mandat ; trois mois plus tôt, il s'était porté volontaire pour monter la garde à Poudlard pratiquement vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans le but de protéger ses étudiants et il devait bien admettre qu'il s'était fait chier pendant tout ce temps pour absolument rien. La conclusion de toute cette histoire était plutôt contrariante : étant chef de la Brigade de Police Magique, il avait été forcé d'accorder un interview à l'insupportable Rita Skeeter afin de sauver la réputation de son équipe qui avait fait défaut à leurs obligations en lui balançant toute sorte de spéculations sur la nature de leur lacune. Le lendemain, à la une de La Gazette du Sorcier, le monde magique entier saurait que l'assassin rodait toujours et que Poudlard avait été forcé de fermer ses portes pour cette raison.

Mais d'un autre côté, la fermeture de l'école avait du bon : il mettait prématurément fin à son service et pouvait se permettre un congé prolongé. Enfin, Alric pouvait retourner chez lui, retrouver sa douce, et ne plus avoir à se soucier de la sécurité des insupportables mômes d'autres parents, car bien franchement, le seul qui lui importait était le sien – qui lui était en parfaite sécurité à l'Académie de Beauxbâtons. S'il arrivait un jour quoi que ce soit à sa petite fille de onze ans, jamais il ne se le pardonnerait…

Il quitta rapidement son office, mandat en main, et traversa quelques uns des nombreux couloirs du département de la justice magique. Il salua quelques collègues de la BPM qu'il croisa, notamment Ross, Recksen et Septimus qui eux aussi entraient en congé, remit ses papiers au directeur du département et se rendit jusqu'à l'ascenseur. À l'intérieur, Arthur Weasley, qu'Alric ne connaissait que très vaguement, lui lança un regard en coin qu'il décoda aisément ; son fils devait sûrement fréquenter Poudlard, ce qui devait motiver l'aigreur qu'il crut apercevoir dans ses yeux. Le chef de la BPM l'ignora superbement et sortit la tête haute de l'ascenseur lorsqu'une voix annonça qu'il avait atteint le niveau du hall du Ministère de la Magie.

oOo

- Alors comme ça, votre école a fermé ses portes? s'intéressa Isadora.

Drago avala sa bouchée de travers et se racla bruyamment la gorge afin de dégager son œsophage obstrué. Hermione, sous la table encombrée de plats divers qui enfumaient la pièce d'une délectable odeur fromagée, écrasa discrètement son pied du sien afin de lui signaler qu'elle prenait la situation en main. Elle aurait préféré ne pas avoir à mentir à Isadora, mais elle ne pouvait manifestement pas annoncer à une Moldue qu'une école de sorcellerie avait fermé en raison d'une accumulation de meurtres mystérieux et pas encore résolus. Franchement, ils avaient cru y avoir échappé.

- Oui… Je dois admettre par surcroît que la raison est plutôt absurde, déclara la jeune femme.

- Ah bon? Quelle est-elle?

Tiraillé entre la curiosité et l'appréhension, Drago, sans pour autant attirer les soupçons de l'aubergiste, lança un regard interrogatif à Hermione. Il se demandait bien quelle sorte d'invention elle allait déballer.

- Invasion de coquerelles. Pas très joli à voir.

Isadora grimaça de compassion, comme si elle avait déjà vécu un incident semblable et regrettait qu'elle doive également en subir les effets néfastes. Hermione hocha théâtralement la tête afin de renforcer son argument, mais Drago, qui trouvait cette raison aberrante, dut retenir son envie de lui balancer un truc du genre : « Tu n'aurais pas pu trouver quelque chose de plus convaincant...? » Mais puisqu'Isadora ne semblait y voir que du feu, il ne se manifesta pas.

- Vous avez bien fait de venir cogner à ma porte, mes amis.

- C'était un choix évident à faire! s'exclama Hermione en s'offrant enfin une bouchée de lasagne.

- Mais pourquoi ne pas être retrouvé chez vos parents?

Hermione voulut répondre mais ce que contenait sa bouche l'empêchait de formuler ne serait-ce qu'un seul mot compréhensible. Drago tapota sa main et prit le relai :

- Indisponibles. Ils sont partis en vacances en… heu… en Albanie.

- Vos deux familles en même temps? s'étonna Isadora.

- Oui… Ils sont, heu… (Il jeta un œil gauche à Hermione, inquiet quant à ses propres démarches.) Ils sont très proches. De bons amis.

Assez ironique… Qui aurait cru qu'ils devraient un jour faire croire à quelqu'un que les Malefoy et les Granger étaient de bon amis?

- Oh, je vois. C'est grâce à leur amitié que vous vous êtes tant rapprochés?

Elle avait délaissé son plat et entrecroisé ses doigts au-dessous de son menton, un sourire niais aux lèvres. Aucun doute à ce niveau : cette femme était fleur bleue de pure souche. Ce n'était d'ailleurs pas la première preuve qu'Hermione découvrait.

- N-non… Pas vraiment… rétorqua Hermione en échangeant un regard amusé avec un Drago pivoine.

- C'est, heu… Une longue histoire… marmonna Drago.

- Très longue, acquiesça la jeune femme.

- J'ai tout mon temps.

Mais au moment où Hermione allait plonger à contrecœur dans une saga de mensonges, la clochette installée au-dessus de la porte d'entrée de l'auberge se mit à chantonner virulemment. Le sifflement du vent s'intensifia brièvement avant de s'interrompre dans un claquement de porte. Isadora se redressa vivement, un immense sourire décorant son visage éternellement jovial, et s'écarta de la table d'un pas surexcité.

- C'est sûrement mon époux! Il a fini son service aujourd'hui! déclara-t-elle avant de disparaître dans la pièce adjacente.

Drago et Hermione soupirèrent en entendant le bruit de ses pas s'atténuer progressivement.

- Une invasion de coquerelles…? répéta-t-il avec ironie en se penchant vers elle.

- La prochaine fois que nous nous retrouverons dans une telle situation, ce sera à toi de chercher une cause suffisamment grave pour justifier la fermeture d'une école, Drago Malefoy, rétorqua-t-elle en lui décochant un regard noir.

Pour toute réponse, Drago lui sourit, mais Hermione s'intéressait déjà à autre chose ; renfrognée, elle coupa sa part de lasagne avec humeur.

- Je suis rentré! annonça la voix grave du nouvel arrivant.

Un frisson dégrisant lacéra alors le dos du jeune homme, le raidissant instantanément et tuant son sourire. Ses yeux écarquillés se figèrent sur Hermione, espérant se rassurer par son impassibilité, mais celle-ci s'était également immobilisée, sa fourchette perchée à mi-chemin entre son assiette et sa bouche ouverte. Cette voix… Le temps se figea.

- Chéri! Oh, Alric! lança Isadora. Te revoilà enfin!

Le couple dans la salle à manger n'osait pas plus bouger que respirer. Alric…? Pourquoi diable ce prénom ne leur semblait pas inconnu? Où l'avait-il entendu? Ou… lu?

Ils pouvaient entendre Isadora et ce mystérieux Alric discuter calmement dans le hall d'entrée. Incertain de la réaction à adopter puisque ses doutes n'étaient pas fondés, Drago ne prit aucune chance et se leva lentement, prêt à se dérober, comme s'il craignait que le moindre bruit provoqué par ses mouvements ne démêle cet instant de nébulosité tendue.

Non… La vie ne pouvait pas être aussi cruelle envers lui… Le hasard ne pouvait pas lui en vouloir à ce point…

Pourtant, alors qu'il ne put plus supporter davantage cette torturante incertitude et allait tout simplement interroger Hermione sur ce qu'ils avaient tous les deux entendu, ses soupçons se confirmèrent brusquement ; Alric Malone pénétra dans la salle à manger, ses cheveux bruns foncés recouverts d'une fine neige partiellement fondue, aux bras d'Isadora qui gloussait littéralement à l'idée de présenter son époux à ses jeunes invités.

- Inspecteur Malone? s'écria subitement Hermione en se relevant.

- VOUS? cracha l'homme en arquant le dos.

Isadora, complètement égarée, s'écarta et observa successivement les trois occupants de la pièce.

- Vous… Vous vous connaissez? couina-t-elle, le visage hagard.

Malone sortit brusquement sa baguette magique en faisant claquer dans l'air le long pan de son imperméable de cuir marron, paré au combat. Drago l'imita aussitôt, davantage par automatisme que par véritable intention d'engager un duel, tandis qu'Isadora écarquilla les yeux à la vue de l'arme que venait d'exhiber son jeune client.

- Ce sont des sorciers, Dora! signala Alric.

- C'est ce que je constate! rétorqua-t-elle, complètement désabusée par la découverte.

- Attendez! intervint Hermione en tendant les bras devant elle en signe d'apaisement. Attendez! Calmons-nous! S'il vous plait, rangez vos baguettes… C'est inutile! Inspecteur Malone, nous ne sommes pas ici pour… pour… Bon sang, tout ça n'est qu'un malentendu! Nous ne savions pas…! S'il vous plait… Vos baguettes…!

L'inspecteur et Drago se lorgnèrent avec défi, aucun d'eux n'osant baisser son arme avant l'autre. Isadora avait perdu son infatigable sourire ; on aurait dit qu'elle venait de découvrir qu'elle s'était faite berner.

- Tu baisses ta baguette, gamin, ordonna Malone en plissant les yeux, sinon…

- Alric! propulsa l'aubergiste. C'est un jeu stupide! Baisse ta baguette sur-le-champ!

Elle s'approcha de son mari en faisant claquer ses petits talons contre le sol de bois et abaissa elle-même son bras d'un geste impératif. Alric ne redirigea pas son regard pour autant ; il suivit attentivement les mouvements de Drago lorsqu'il rangea, à son tour, sa baguette dans sa poche. Hermione le rejoignit et lui saisit nerveusement le bras.

- Vous êtes sorciers? demanda sèchement la femme aux concernés.

Muettement, Drago et Hermione hochèrent la tête. Ils semblaient presque le regretter.

- Alors cette école dont vous me parliez, c'est Poudlard, c'est ça? Vous alliez à Poudlard?

- Oui, ils allaient à Poudlard! répondit férocement Alric, le visage vermillonné par la rage. Ce petit couillon est le fils de Lucius Malefoy!

Les traits d'Isadora se relâchèrent sous l'effet de la surprise – ou de l'horreur. Drago sentit une lance acérée lui transpercer la poitrine en voyant le néant dans ses yeux.

- Drago n'a rien à avoir avec ces meurtres et vous le savez! le défendit Hermione en s'avança d'un pas soldatesque. Il n'est pas responsable des actes de son père! Au contraire, même : il les subit, comme nous tous! Alors je vous interdis de l'insulter!

- Qu'est-ce que vous faites chez moi, d'abord? grogna l'inspecteur en ignorant sa tirade.

- C'est un hasard…! déclara Hermione.

- Ils ont passé quelques jours ici durant les vacances de Noël, Alric, l'informa Isadora d'un flegme inquiétant. Ils sont revenus aujourd'hui, à peine une heure avant toi.

L'homme haussa les sourcils et fit quelques pas en direction de Drago. Celui-ci le dévisageait toujours, hargneux.

- Ah? Pourtant, aux dernières nouvelles, tu as passé les vacances de Noël à Poudlard, non? Comment es-tu parvenu à sortir du château à l'insu de la brigade? Par le même moyen que tu as partagé à ton enfoiré de père pour qu'il y pénètre, c'est ça?

- Comment osez-

Hermione ne trouva pas l'opportunité de terminer sa phrase ; sans prévenir, Drago bondit vers Alric dans l'intention de lui sauter au cou. Les deux femmes se ruèrent aussitôt sur lui pour l'en empêcher dans un tonnerre de protestations et le jeune homme se calma à la seconde même, réalisant que s'attaquer à un agent du Ministère, aussi insupportable soit-il, n'améliorerait certainement pas son cas. Une chaise bousculée avait chue sur le parquet dans la courte période d'agitation.

- Viens, Drago… Nous partons! assena rageusement Hermione en fusillant l'agent du regard.

Drago ne se fit pas prier ; Hermione avait à peine terminé sa phrase qu'il la talonnait en direction de l'encadrement d'une démarche agressive.

- C'est ça! Déguerpissez de ma demeure! cracha l'homme.

- Attendez! s'insurgea Isadora. (Puisque Drago était déjà loin devant, elle réitéra autrement :) Hermione, attends…!

Elle s'exécuta avec réticence en laissant son petit ami poursuivre son chemin. Ils entendirent son pas furieux dans l'escalier de bois qui s'évanouit tranquillement. Au premier, une porte claqua.

- Vous devez rester, lui dit l'aubergiste une fois qu'Hermione se retourna. Tout ça est-

- Quoi? rugit Alric. Es-tu complètement folle, Dora?

- Alric, tais-toi!

L'homme se tut, visiblement consterné par la riposte hostile de sa femme, et quitta aussitôt la pièce. La porte d'entrée s'ouvrit et se referma brutalement. Dans la salle à manger, un courant d'air glacé fit frissonner les deux femmes.

- J'ai honte de ce qui vient de se produire… marmonna Isadora en se massant le front.

Hermione soutint son mutisme, atterrée.

- Ne partez pas, la supplia Isadora. Je suis vraiment désolée pour le comportement d'Alric et je vous promets que je lui en parlerai dès ce soir…

- Je ne crois pas. Votre mari et Drago ne s'entendent tout simplement pas, alors je-

- Je te dis, Hermione, que je lui parlerai sérieusement. Maintenant que je sais que vous êtes sorciers, que vous fréquentiez Poudlard, que Drago est le fils de Lucius Malefoy… Je comprends mieux, maintenant.

Elles se toisèrent silencieusement et Hermione se résolut à hocher la tête. Bien franchement, l'idée de quitter l'auberge afin de partir à la recherche d'un autre toit sous lequel habiter ne l'aurait guère enchantée.

- D'accord… soupira-t-elle. Je tenterai de convaincre Drago… Je ne peux toutefois rien promettre.

Isadora lui sourit et caressa tendrement son épaule.

- Qui de vous deux a finalement su faire le pas décisif? lui demanda l'aubergiste au bout de quelques secondes de silence.

La question était vague mais Hermione sut exactement ce qu'elle voulait dire. Elle sourit discrètement lorsqu'elle replongea dans le souvenir de la veille, dans la chambre de Drago.

- Moi…

- Oh! Je suis fière de toi, rétorqua la femme en lui adressant un clin d'œil. De nos jours, ce ne sont que les femmes qui passent à l'attaque.

- Hum-hum…

- Maintenant, va retrouver Drago. Convaincs-le.

La jeune femme hocha de nouveau la tête et rejoignit l'escalier en se préparant déjà au refus catégorique qu'allait sûrement lui imposer Drago.

oOo

Sa jointure frappa doucement le battant mais Drago restait obstinément muet. Sans s'annoncer, Hermione tourna la poignée et poussa la porte. Les conversations provenant des chambres voisines soufflaient tranquillement jusqu'à l'autre bout du corridor.

Il était étendu sur le lit, les pieds au sol et les mains sous sa tête. S'il s'était aperçu que quelqu'un venait de faire irruption dans la pièce, il n'en démontrait aucun signe.

Hermione s'adossa contre la porte et attendit qu'il manifeste une réaction. Elle ne voulait pas le brusquer étant donné que quelqu'un l'avait une fois de plus associé aux agissements de son père, ce qui visiblement l'affectait encore malgré leur conversation la soirée précédente. Au bout de pratiquement une minute d'inertie, Drago, intrigué par la présence muette de sa copine, pencha enfin la tête vers l'avant, dans une position inconfortable, pour maintenir son regard qui le jaugeait.

- Cette situation me rappelle étrangement notre soirée d'hier… dit Hermione.

Drago rougit et perdit l'indolence de ses traits faciaux ; un sourire timoré étira ses lèvres. Ce feu vert incita Hermione à s'approcher.

- J'ai rapatrié mes bagages, lui annonça Drago en se relevant sur ses coudes. (Son visage s'était de nouveau habillé de son masque froid.) Ils sont là, à côté de la porte.

Hermione s'arrêta et jeta un œil par-dessus son épaule. Effectivement, ses trois valises étaient soigneusement alignées contre le mur.

- Nous ne partons pas, Drago, déclara alors Hermione sur un ton mal assuré.

Le blondinet ne réagit pas pendant quelques instants, comme s'il s'attendait à tout moment qu'Hermione lui annonce que ce n'était qu'une mauvaise blague.

- Tu te moques de moi?

- Drago… Je viens de discuter avec Dora et elle m'a dit qu'elle parlerait à Malone…

- Je m'en moque…! Il n'est pas question que je reste ici avec ce taré qui vit entre les mêmes murs que moi!

Il s'était assis sur le lit, le visage figé par un refus catégorique.

- Tu as bien entendu ce qu'il m'a dit! poursuivit-il en haussant le ton. Maintenant, il ne se contente plus de me soupçonner ; il m'accuse, Hermione! Il est hors de question que j'endure ce bourreau durant notre séjour ici!

- Dora m'a dit qu'elle lui parlerait…! répéta désespérément Hermione. Elle aussi déplore son comportement et elle souhaite que nous restions…!

Brusquement, Drago se leva et se dirigea vers ses bagages, frôlant le bras de sa petite amie au passage.

- Je me fiche de ce que Dora pourrait bien faire, éructa-t-il en jetant un Locomotor Barda à ses valises. Tu sais quoi? Au fond de moi, je suis heureux que Poudlard ait fermé ; jusqu'à maintenant, j'étais convaincu d'échapper aux regards accusateurs et aux remarques désobligeantes! Mais suite à ça… Non. Hors de question. Je refuse.

Il ouvrit la porte dans un mouvement violent mais Hermione lui saisit le bras de ses deux mains pour l'attirer vers lui. Lorsqu'elle répliqua, leur visage n'était plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Drago paraissait fortement dérangé par cette proximité mais ne se dégagea pas.

- Nous n'avons nulle part où aller, lui fit-elle remarquer en plissant le front. Les temps sont dangereux ; nous ne pouvons pas cogner aux portes et magasiner une auberge… Du moins, pas maintenant…

Drago ne répondit pas, obstiné.

- Isadora nous adore. Elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour raisonner son mari… De plus, ils sont sorciers – ou du moins, Alric l'est ; c'est l'idéal pour nous pour rester en contact avec ce qui se passe dans le monde magique…

Drago fixait un point imaginaire au-dessous de son épaule et se laissait graduellement, à contrecœur, convaincre par ses arguments.

- Je t'en supplie, Drago… souffla la jeune femme, impuissante. Je suis si épuisée…

Ce dernier détail eut raison de lui et le blondinet jeta l'éponge ; en deux mouvements de baguette, ses valises tombèrent au sol et la porte de la chambre se referma. Il refusait toujours de croiser son regard, mais il poussa un long soupir en guise de résignation. Hermione manifesta son soulagement dans un petit sourire et laissa sa tête tomber contre le thorax de son copain. Drago l'étreignit.