Salut!
Je ne suis pas fière de moi... Depuis le dernier chapitre posté, je n'ai pas touché UNE SEULE FOIS à ma fic pour la poursuivre! Voyez-vous, depuis qu'un imbécile a brisé mon coeur, j'ai découvert ce que signifiait "s'amuser". Je sors beaucoup pour prendre un verre avec des amis. J'ai même rencontré des gens, et maintenant, ma vie sentimentale est aussi complexe qu'un scénario de film. Bref, je vous épargne les détails, mais je tenais simplement à justifier mon manque de motivation pour écrire. La preuve que j'ai du retard : je ne suis rendue qu'à écrire le chapitre 22, et normalement, je souhaite avoir au moins cinq chapitres d'avance sur celui que je poste! Argh!
Ce chapitre-ci est un genre de chapitre de transition, alors il n'y a pas d'action. Notre pauvre Hermione est triste, torturée, et vous ferez un voyage dans son esprit avec elle! J'espère qu'il vous plaira!
Merci aux nombreux revieweurs et bonne lecture!
Lexa Nedra
Une leçon d'honneur
Chapitre 19
Le sermon d'Hermione
Il lui fallut un bon moment pour se souvenir de la raison pour laquelle elle se sentait aussi malheureuse ce matin-là. En ouvrant les yeux, un tapis mi-râpeux, mi-pâteux lui laboura les paupières, massage désagréable qui témoigna d'une mauvaise nuit de sommeil. Sa tête, enfouie dans l'oreiller, lui donnait l'impression qu'elle se gonflait et se dégonflait au rythme des battements indolents de son cœur. Hermione se souvint alors, en creusant dans sa mélancolie, qu'elle avait, la veille, excrété en larmes toute la tension accumulée depuis des mois. Métaphoriquement parlant, la digue qui retenait le fleuve de ses angoisses avait cédé et libéré un véritable raz de marée. Même si elle était encore trop amorphe pour se remémorer les raisons précises, ce besoin de pleurer se révéla de nouveau, insensible à l'aridité de son corps.
Elle se redressa, s'assit dans le lit. L'étau se referma encore plus étroitement sur son crâne mais elle ne fit que fermer les yeux, persuadée que la lumière crue que la neige reflétait dans la chambre en était la cause. La journée était grise mais claire ; rien pour contribuer à l'amélioration de son humeur cafardeuse qui s'envenima lorsqu'elle s'avisa de son obligation à la traverser.
En recouvrant la vue, elle aperçut des bouquins gisant vilainement sur le sol et se rappela aussitôt la main qui les avait projeté là comme si elle y avait laissé une marque au fer rouge. Alors, tout lui revint en tête. Une hallucination auditive reproduisit même le bruit des pas forcenés de Drago lorsqu'il avait quitté la chambre, furieux. Morose, Hermione s'extirpa du lit, enfila par-dessus son pyjama l'épais peignoir mis à la disposition des clients puis quitta la chambre pour la première fois depuis son retour du Terrier la veille. L'inconfortable fraicheur de l'air qui mordit son corps lui rappela douloureusement que depuis qu'elle et Drago avaient « officialisé » le stade supérieur de leur relation dans la Grande Salle de Poudlard, ils n'avaient qu'à peine pu profiter l'un de l'autre en raison de la série d'incidents fortuits qui avait déboulés.
Drago… Elle ne savait plus que penser de leur relation. Sa confusion n'était pas née de la nébulosité de ses sentiments à son égard, ça non ; elle était indubitablement attirée vers lui de toutes les manières possibles, là n'était pas la question. Mais la naissance de leur attraction mutuelle ne s'était pas effectuée dans des circonstances favorables à leur épanouissement. Perpétuellement angoissés, Hermione doutait qu'ils puissent agir comme un couple tant et aussi longtemps qu'ils seraient aussi profondément impliqués dans ce qui était devenu une chasse aux Horcruxes. Leur dévouement se concentrerait davantage sur l'échafaudage de leur quête que sur l'entretien de leur relation, et les tensions nées des divergences d'opinions auraient sûrement, en bout de ligne, raison de leur union. Hermione pouvait parfaitement envisager cette perspective ; elle l'avait déjà vécue pour avancer qu'il était fort probable qu'un départ inopiné survienne de nouveau en ces circonstances. Mais elle serait prête à parier sa tête que celui qui déserterait le groupe ne serait pas Ron, mais Drago.
Hermione se força à admirer le joli papier peint du couloir pour effacer ces inenvisageables idées de son esprit. Elle eut honte. Drago était suffisamment torturé ainsi ; elle n'allait tout de même pas mettre un terme à leur relation en raison de stupides appréhensions! Qui plus est, elle savait qu'elle se ferait autant de mal qu'elle le lui en ferait à lui… Elle soupira, déjà épuisée, et constata que ces lourdes pensées ne lui avaient fait perdre que deux minuscules minutes de présence mentale.
Devant la porte qu'elle referma doucement se dressait celle de la chambre 10 – celle de Drago. Hermione tourna le bouton de porte et poussa le battant.
Évidemment, Drago ne s'y trouvait pas. La couverture du lit encore fait était sillonnée d'ondulations qui dataient de la veille alors qu'il dépaquetait ses valises – valises qui, d'ailleurs, étaient encore dans la chambre, ce qui indiquait que Drago n'avait pas mis les voiles en définitive. Hermione poussa un long soupir, ne sachant pas trop s'il appartenait au soulagement dû à la présence de ses bagages ou à la déception reliée à l'absence de son propriétaire, puis referma la porte non sans se départir de son inquiétude. Où pouvait-il bien être?
Au rez-de-chaussée, les bruits caractéristiques d'ustensiles s'entrechoquant contre des plats la rassérénèrent superficiellement. Isadora, une bonne âme réconfortante… Le pas lourd, Hermione se traîna jusque dans la salle à manger et fit halte dans l'embrasure en constatant qu'Alric s'y trouvait également. L'homme avait le visage penché sur un journal et ne l'avait pas encore vue, mais tandis qu'elle faisait volteface dans l'espoir de se défiler sans être aperçue, elle entendit sa grosse voix s'adresser à elle :
- Bonjour.
Elle s'immobilisa, tiraillée entre les deux possibilités qui s'offrirent à elle : s'attabler en sa compagnie ou retourner à sa chambre pour revenir lorsqu'il ne serait plus là? Elle risquerait d'attendre longtemps puisqu'il était ici chez lui… Oh, et puis elle était si las, si triste ; elle avait envie de manifester son humeur sombre, de la vivre et de la faire subir aux autres. De plus, elle ne pouvait s'empêcher de lui en vouloir ; après tout, c'était peut-être Ron et sa tirade délatrice qui avaient poussé Drago à mettre les voiles, mais les accusations rancunières d'Alric n'avaient certainement pas aidé à le retenir. Les bras croisés, Hermione pivota de nouveau sur elle-même et se dirigea vers la chaise la plus proche, bien décidée à broyer du noir autant qu'il le faudrait – c'est-à-dire jusqu'à ce qu'Alric en ressente les effets et s'en culpabilise.
- Bonjour, marmonna-t-elle sans le regarder.
- Hermione!
Isadora venait d'apparaître par l'encadrement qui reliait la cuisine à la salle à manger, sûrement alertée par la salutation de son époux. Un linge à vaisselle pendait sur son épaule et elle tenait un fouet culinaire dans une main. Des coulisses beigeâtres coulaient lascivement le long des minces tiges de fer et menaçaient de s'écraser sur le plancher d'une seconde à l'autre. Hermione tira la chaise qui faisait face à Alric et s'y assit. D'un sourire dénué de joie, elle salua l'aubergiste ; elle voulait paraître rembrunie, certes, mais quand même pas ingrate.
- Tu as faim?
La jeune femme frotta ses mains l'une contre l'autre. Était-elle la seule qui pouvait sentir ce froid intense dans la pièce? Paresseusement, elle hocha la tête. Le sourire atrocement artificiel qui lui étirait les lèvres la démangeait.
- Ne bouge pas. Je vais te préparer des œufs au lard et des rôtis.
Encore, Hermione hocha la tête en guise d'acquiescement et Isadora disparut dans la cuisine. Seulement maintenant elle réalisa qu'Alric, depuis qu'elle s'était installée devant lui, ne l'avait pas quittée des yeux. C'était un regard par en dessous, comme s'il la jaugeait par-dessus des lunettes qu'il ne portait pas. Typiquement Dumbledore.
- Tiens, fit Alric après quelques secondes de silence en posant le journal qu'il lisait sur le napperon devant elle. (Il s'intéressa à la publication qui patientait en dessous, Le Chicaneur, dont la une affichait une nouveauté chez les Lovegood : ses Prunes Dirigeables géante.) Ça t'intéressera sûrement.
Elle se désintéressa de son bracelet lorsqu'elle vit une photo animée sur la page titre du journal : La Gazette du Sorcier. Elle s'en empara avec l'avidité d'un reclus puis analysa attentivement la une bien que seule la photo aurait suffi à résumer.
La plus belle représentation de Poudlard remplissait l'entière superficie de la page. Dans le coin inférieur droit, un portrait du professeur McGonagall saisi en contre-plongée véhiculait l'impression qu'elle avait sous le nez une bouse de dragonneau fraichement déféquée, mais Hermione reconnut une certaine condescendance qui lui était propre. Étrangement, son mépris la rassura, car de son regard émanait une assurance qui témoignait de l'acharnement avec laquelle elle combattrait vaillamment pour son école. En très gros, dans un caractère majuscule et gras, le titre résumait tout :
UN DEUXIÈME MEURTRE ACHÈVE POUDLARD
Hermione pinça les lèvres et ouvrit le journal à la page traitant du scandale. Sur deux rangées de quatre photos d'identité judiciaire, elle vit les visages de Lucius et Narcissa Malefoy ainsi que ceux des six autres évadés. Maintenant qu'elle connaissait les véritables intentions de Lucius, le regard des criminels sembla encore plus fou, plus terrifiant, mais aussi plus déterminé. Elle frissonna et dut secouer la tête lorsqu'elle hallucina le visage de serpent de Voldemort sous les longs cheveux blonds de Lucius.
Alric sirota bruyamment son café et Hermione, agacée, lui jeta un bref coup d'œil avant d'entreprendre la lecture de l'article :
À peine le collège Poudlard vient-il d'être entièrement rénové qu'un second mystérieux meurtre survenu dans son enceinte ferme effrontément ses portes sous le nez d'une directrice éperdue. Aussi cruellement signé que la première attaque qui a eu lieu au mois de septembre dernier en emportant le jeune Dennis Crivey, le deuxième meurtre laisse sous-entendre que Lucius Malefoy et ses acolytes n'ont d'yeux que pour les étudiants appartenant à la maison de Gryffondor. Toutefois, puisque l'embauche d'Aurors et de la Brigade de Police Magique n'a su faire la différence au niveau de la sécurité de l'école, il a été convenu, après un court débat que même madame Minerva McGonagall, directrice de Poudlard, n'a pas tenté d'étirer, que l'école était la cible de meurtriers qui ne reculeraient devant rien et devait fermer pour y mettre un terme. Mais Lucius Malefoy et ses sbires freineront-ils leurs ardeurs?
Seamus Finnigan, un jeune homme de dix-huit ans, est le deuxième étudiant à subir les effets d'un maléfice inconnu et dévastateur. L'historique de la baguette de la victime a permis de découvrir, comme lors de l'enquête du premier meurtre (Hermione haussa ironiquement les sourcils ; le souvenir du Prior Incanto utilisé ce jour-là, dans le bureau de McGonagall, était encore désagréablement frais), que l'étudiant a été tué avec l'aide de sa propre arme ensuite abandonnée sur les lieux du crime. Les autorités ne croient pas à un oubli de la part de Malefoy ; il s'agit sans nul doute d'une omission volontaire destinée à instaurer un climat de terreur dans le monde magique en exhibant ostensiblement les supplices infligés aux victimes. Les Aurors et la Brigade de Police Magique, néanmoins, ne tremblent pas face aux activités menaçantes de ceux qu'ils appellent maintenant « la Confrérie de l'Ombre » ; leur lacune les pousse plutôt à se retrousser les manches, et ce n'est certainement pas la fermeture de la célèbre école de sorcellerie qui les invitera à prendre une pause.
Cette dernière décision ne reste pas sans répercussion. Les réactions sont extrêmement nombreuses. Si certains approuvent avec vigueur la fermeture permanente de l'école, d'autres, amoureux du bâtiment historique et des services offerts, manifestent ouvertement leur indignation – et même leur rage. En effet, une manifestation en plein cœur du hall du Ministère de la Magie a eu lieu pas plus tard qu'hier au soir. Des centaines de manifestants se sont regroupés en brandissant des pancartes exigeant la réouverture de Poudlard qui, selon eux, est un établissement parfaitement sécuritaire ; les meurtres seraient plutôt dus à la totale incompétence du Ministère quant à ses effectifs policiers. Une intervention en règle a eu lieu afin de mettre un terme aux remous qui ont monté à la tête de plusieurs civils ; une petite minorité est sagement rentrée à leur domicile alors que plus des trois-quarts des manifestants ont été incarcérés dans les cellules provisoires du Ministère de la Magie suite à des rebuffades et sont actuellement en attente d'amendes pour perturbations oratoires et diffamatoires sur la voie publique.
Il semblerait que les effets de la dictature de la Confrérie de l'Ombre soient beaucoup plus vastes que ce qu'elle-même chérissait d'emblée. Kingsley Shacklebolt croise les doigts pour que les civils apaisent leur frustration et laissent les autorités se charger de ce qui a lieu d'être géré par les autorités. Autrement, des mesures préventives devront être mises en place afin d'assurer le stable déroulement des choses en cette période troublée.
Elle reposa le journal contre la table. L'article ne lui avait pas appris grand-chose d'inédit, sinon que l'identité du meurtrier avait enfin été publiquement révélée. Plus de doute possible, dorénavant : Lucius Malefoy allait être proprement craint. Les paroles de Drago lui revinrent alors en mémoire ; si Poudlard avait poursuivit ses activités suite au second assassinat et que le jeune couple se serait réveillé dans leur chambre de préfet-en-chef ce matin-là, le Serpentard aurait subi sans conteste les violentes récriminations des élèves qui avaient jusque là été certifiés que son père était celui à blâmer. Hermione était même persuadée que les plus rébarbatifs auraient fait usage de leurs poings afin d'exprimer leur mécontentement à l'égard du plus enclin à réprouver. Elle frissonna violemment ; Drago possédait le pouvoir de se mettre en colère, oui, mais il était mince et certainement plus ingénieux avec une baguette qu'avec ses poings. Pour la toute première fois depuis l'annonce de la fermeture de Poudlard, Hermione remercia le ciel que cette décision fut prise.
En apercevant les chaussures d'Isadora s'insinuer dans son champ de vision, Hermione leva les yeux sur son visage éternellement rieur et constata par la même occasion qu'Alric n'était plus là. Le sourire de l'aubergiste manquait visiblement de confiance, un peu comme ceux qu'elle-même s'efforçait de reproduire, et l'ex-Gryffondor se sentit soudainement honteuse des efforts qu'elle appliquait pour paraître le plus maussade possible.
- Voilà ma chérie, dit l'aubergiste en posant une assiette fumeuse devant elle. Oh… (Elle venait d'apercevoir le journal.) Tu as lu La Gazette?
Malgré elle, Hermione ne fit qu'hocher la tête. Bien franchement, elle n'était peut-être pas fière de son obstination à vouloir paraître sombre mais elle n'avait franchement aucune envie de converser avec quiconque.
- La Confrérie de l'Ombre… marmonna Isadora sur un ton frondeur. Je n'arrive pas à croire qu'ils aient baptisé cette bande d'évadés psychopathes…
Hermione saisit sa fourchette et perça le bulbe d'un œuf qui se vida apathiquement de sa substance jaune criard. Elle n'avait aucun commentaire à faire à ce sujet. En fait, elle aurait préféré l'éviter, et c'est d'ailleurs exactement pourquoi elle demanda à brûle-pourpoint :
- Miss Dora… Drago est-il revenu depuis hier…?
L'aubergiste ne releva pas le coq-à-l'âne et secoua tristement la tête.
- Mais ses valises sont encore dans sa chambre, pondéra-t-elle. Ce n'est qu'une question d'heures avant qu'il revienne. Suite à ce qui s'est produit hier, il a dû ressentir l'envie de faire le vide dans sa tête.
- Alors vous avez tout entendu? Hier, je veux dire… Lorsque Ron a… a…
- Ron? C'est le jeune type roux? Oui, je crois que j'ai entendu l'essentiel…
Hermione rit jaune. Elle-même fut ébahie par la froideur qui en sortit.
- C'est particulier, pas vrai?
- Quoi donc? Que d'ennemis jurés, Drago et toi soyez devenus amoureux? Pas du tout, Hermione. Et tu sais pourquoi? (Hermione secoua mollement la tête.) Parce qu'Alric et moi avons suivi ce même parcours lors de notre scolarité. Mais à quelques différences près.
Captivée, Hermione se redressa sur sa chaise.
- Ah bon?
- Hé oui… Figure-toi que tout n'a pas toujours été rose, entre nous. Au tout début, Alric me détestait. Oh, il avait toutes les raisons de me détester, je t'assure, ajouta-t-elle précipitamment suite à la réaction de surprise d'Hermione. J'étais une grande fan de Quidditch, à l'époque. Ou disons, plutôt, des joueurs de Quidditch. Alric était le capitaine de l'équipe des Serpentards et-
- A-Attendez…! Vous alliez à Poudlard? s'étonna Hermione.
- Bien sûr.
- Et Alric était… était à-à Serpentard…?
Isadora hocha la tête, amusée par sa stupeur. Elle n'avait aucun préjugé, mais elle n'aurait jamais imaginé un Serpentard combattre aux côtés du Ministère de la Magie.
- Comme je dirais, poursuivit-elle, il était le capitaine de l'équipe des Serpentards et moi, j'avais un immense béguin pour les grands garçons ténébreux et bâtis… Alric Malone s'est rapidement désigné comme la cible parfaite à mes yeux. Je le suivais partout. Je prétextais souvent un malaise lors de mes cours auprès de mes professeurs pour qu'ils me donnent l'autorisation de sortir avant que la cloche ne retentisse. Tout ça pour me rendre devant la salle de classe d'Alric et attendre qu'il en sorte. Je connaissais son horaire par cœur.
Hermione pouffa. Jamais elle n'aurait imaginé que cette femme trainait avec elle un tel passé amoureux compulsif.
- Puisque je le suivais partout, il a bien fini par constater qu'une groupie ne le lâchait pas d'une semelle. Au début, ça l'amusait et il en ressentait une certaine fierté – parce qu'il est important de préciser qu'il avait un succès considérable auprès des filles de l'école et qu'une seule ne le contentait pas. Mais avec le temps, il s'est lassé et s'est mis à me lancer des regards torves dans l'espoir que je comprenne que ce petit jeu ne l'amusait plus. Je n'ai jamais considéré la véritable signification de ces regards, les prenant plutôt pour des signes d'intérêt envers moi. Toutefois, j'avais deux ans de moins que lui et les jeunes immatures dans mon genre ne l'intéressaient guère ; il préférait les blondasses pulpeuses et généreuses de poitrine.
Elle fit une pause, soupira rêveusement. Hermione eut du mal à retenir l'angle de ses yeux qui s'inclina involontairement sur la poitrine d'Isadora ; ce n'était certainement pas le volume qui manquait sur cette partie de son corps.
- Et puis un jour, sa petite amie du moment, une certaine Cunégonde – une Vélane, tu imagines? –, s'est décidée à mettre un terme à ma fièvre. Elle m'a humiliée devant des dizaines et des dizaines d'élèves dans le parc de Poudlard. Alric n'était pas présent pour assister à la chose, mais aussitôt qu'il est arrivé et qu'il m'a vu les jambes au-dessus de la tête et la baguette de sa copine pointée sur moi, il s'est mis dans une terrible colère. Cunégonde a lâché prise et est partie vers le château, avec ses amies, en sanglotant comme une Madeleine. Alric, le garçon de mes rêves, s'est ensuite approché de moi afin de s'assurer que je n'avais rien de cassé. Ça a été le coup de foudre à partir de cet instant.
- Ça fait bien des années que tu n'as pas raconté cette histoire à quelqu'un, Dora.
La conteuse et Hermione sursautèrent simultanément ; Alric était revenu et se tenait dans l'embrasure de la porte. À en juger par sa pose décontractée et le sourire qui chassait pratiquement son éternel air austère, il écoutait depuis déjà un bon moment. Hermione se sentit subitement mal à l'aise d'avoir plongé dans leurs souvenirs avec tant d'intérêt et d'ouverture, sentiment qui s'intensifia lorsqu'Isadora se leva pour aller embrasser son époux. Discrètement, d'humeur beaucoup plus légère, Hermione fila par la cuisine et remonta à sa chambre.
oOo
Heureusement que la température était clémente car le paysage était déprimant. Une décennie plus tôt, le plaisir de patauger dans la névasse qui tapissait Leigh Road aurait frôlé l'indécence, mais à dix-huit ans, éviter ses profondes concavités façonnait des repentirs quant à son incapacité à enfourcher un balai sans faire d'elle le plus ridicule des clowns. Bien que ses chaussettes s'étaient déjà transformées en éponges goulues, Hermione persistait à pratiquer d'immenses pas afin d'éviter les flaques les plus creuses. C'était vain, mais la tâche lui imposait néanmoins un point précis à observer tandis que ses pensées vagabondaient librement.
Drago n'était toujours pas revenu à Elbury House mais l'humeur d'Hermione s'était tout de même allégée ; en effet, le récit d'Isadora ne l'avait pas laissée indifférente. L'écouter l'avait giflée ; c'était comme si Isadora avait agrippé ses épaules et l'avait secouée jusqu'à ce que ses pensées matinales lui glissent par les oreilles et ne se dissolvent dans l'air. Après tout, l'aubergiste avait raison : l'histoire qu'elle avait vécue avec Alric était à peu de chose près similaire à la celle qu'elle vivait avec Drago. Certes, les circonstances étaient différentes – pour ne pas dire incomparables –, mais n'empêche qu'au bout de la ligne, ils s'étaient aimés, mariés et avaient eu une petite fille. Et c'était bien ça qu'Hermione cherchait à comprendre ; serait-il possible pour elle et Drago de vivre une histoire d'amour malgré tout ce qui les séparait, malgré les déplorables coups du sort qui les avait unis? Elle osa croire que oui.
Elle leva les yeux. Par chance, la route devant elle paraissait moins juteuse, ce qui la convainquit d'étirer sa promenade errante – de toute façon, sans Drago, elle n'avait franchement pas envie de se claquemurer dans sa chambre pour se tourner les pouces. Elle aurait bien pu transplaner au Terrier pour aller retrouver Ron, Harry et Ginny, mais son petit doigt lui indiquait que la tension, depuis la veille, ne s'était pas encore adoucie. De plus, elle n'avait aucune envie que Ron profite de l'absence de Drago pour relancer ses phrases faites de guimauve pour tenter de la reconquérir.
Là-bas, une forme indistincte et sombre détachée du paysage attira son attention ; installée sur le banc situé à côté d'un abribus de verre givré, il s'agissait manifestement d'une personne. Et même malgré la bonne distance la séparait encore de la forme floue recroquevillée, Hermione sut qu'il s'agissait de Drago. Ses cheveux le trahissaient.
Elle s'obligea à s'arrêter lorsque son cœur manqua un battement. Aussi constata-t-elle uniquement à cet instant à quel point elle avait eu peur que son désarroi le pousse à commettre un geste stupide. Après tout, elle ignorait totalement ce qu'il vivait. Elle avait beau affirmer « imaginer » ou « comprendre » ce que ses parents lui imposaient, mais la vérité était qu'elle ne pouvait pas avoir une seule petite idée de la pression qui l'écrasait et que jamais elle ne le saurait. Tout à coup, les regrets l'assommèrent et la poussèrent devant.
À son approche, Drago ne leva pas les yeux – pas plus lorsqu'elle s'assit sur le même banc duquel il semblait s'être fait sculpté tant son immobilité était absolue. Il était vautré dessus, les mains dans les poches, la tête légèrement inclinée vers la droite. Une statue du siècle dernier en aurait pâli d'envie. Sa fatigue paraissait aussi vieille que le monde. Rien dans son comportement n'indiqua à Hermione qu'il était conscient que sa petite amie venait de le rejoindre. Un passant, de l'autre côté de la rue, aurait pu jurer qu'il ne s'agissait que de deux étrangers qui attendaient le même bus au même moment.
Blessée par son indifférence, Hermione fléchit une jambe en dessous de l'autre pour mieux pouvoir pivoter sur le banc. Elle s'y installa perpendiculairement afin de prêter une attention particulière à ses réactions.
- Où as-tu passé la nuit? lui demanda-t-elle d'une voix blanche.
- Chez moi.
Hermione frissonna en l'imaginant dormir seul dans un lit dont la tête avait été arrachée, une patte brisée et les couvertures déchirées.
- J'étais très inquiète, Drago…
Il ne réagit pas, ne sembla même pas l'avoir entendue. Il se contentait de fixer la route, ce qui, progressivement, affina l'irritation qui avait éclot en l'apercevant, au loin, sur un banc à moins d'un kilomètre d'Elbury House alors qu'elle s'était inquiétée des chances pour lui de commettre des gestes irréfléchis. Hermione se déplaça donc de nouveau et se cala dans le banc de sorte à ce qu'il comprenne bien qu'elle ne bougerait pas tant et aussi longtemps qu'il n'accepterait pas de communiquer décemment avec elle. Mais les minutes passaient et Drago se fondait dans son mutisme. L'irritation d'Hermione devint impatience qu'elle tâcha de dissimuler, certifiée de son inaptitude à engendrer une conversation courtoise.
- Écoute… fit-elle en ne pouvant supporter davantage ce silence. Je comprends-
- Non, Hermione, tu ne comprends pas, rétorqua rudement Drago. Moi, contrairement à toi, je suis le fils de parents complètement dingues dont l'ultime objectif est de se fragmenter l'âme pour tuer un abruti à lunettes! Tu ne peux pas comprendre ça!
Mortifiée par son agressivité, Hermione fronça les sourcils et sentit sa poitrine se gonfler d'indignation – et ce, sans même relever le qualificatif peu flatteur employé pour décrire son meilleur ami. Jusqu'alors, elle n'avait nullement planifié sermonner Drago au sujet de l'inquiétude que son départ avait occasionné, mais suite à cette réplique cinglante, elle ne put s'empêcher de riposter avec froideur :
- Ce n'est peut-être pas mon cas, mais moi, je suis la fille de parents qui ne me reconnaitront plus jamais, et l'abruti à lunettes est le fils de parents décédés!
L'aigreur de Drago flancha subitement ; son visage, crispé par une profonde irritation, se décontracta comme s'il venait d'apprendre une nouvelle déchirante, et puisque le statut d'orphelin d'Harry n'était pas un non-dit parmi les sorciers, Hermione détermina rapidement que ladite nouvelle déchirante ne pouvait être que celle qui visait ses parents. Avant qu'il ne puisse trouver le temps de l'interroger à ce sujet, elle poussa un soupir brusque, sidéré par son front, et s'étala sur sa lancée :
- Ne va pas croire que je ne sais pas ce qu'est l'injustice de la vie. Je n'ai jamais souhaité que mes parents perdent leur mémoire, tout comme Harry n'a jamais souhaité que ses parents se fassent assassiner et Neville n'a jamais souhaité que les siens deviennent fous à force d'être soumis à des sortilèges de torture! Toi non plus, Drago, tu n'as jamais souhaité que tes parents deviennent des meurtriers! Mais c'est comme ça. C'est arrivé. On n'y peut rien. Ce sont des choses qu'on ne peut prévoir, qu'on souhaiterait éviter, mais qu'il faut tout de même apprendre à gérer si on ne veut pas sombrer, aussi horribles soient-elles!
Il avait baissé la tête, plus renfrogné que jamais, et faisait mine de ne pas prêter oreille à la leçon qu'elle lui infligeait, mais en réalité, rares avaient été les fois où il avait été aussi attentif. Mais il écoutait à contrecœur. Ses mâchoires se serrèrent d'elles-mêmes, en colère contre la manie d'Hermione d'être constamment disposée à raisonner sur absolument tout et d'avoir constamment raison. Une goutte de condensation perlait au bout de son nez. Il la chassa avec raideur.
- Alors oui, je comprends. Pas entièrement, je te l'accorde, car il est vrai que mes parents ne nourrissent pas les mêmes buts que les tiens. Mais je comprends ta détresse sur le point de vue de l'injustice, et je crois que ça, c'est ce qu'il y a de plus important. C'est notre point commun, ce qui fait que nous pouvons nous soutenir mutuellement.
Une éternité passa. Les lèvres pincées par le chagrin, Drago se confinait dans le silence. Elle avait tellement raison – et il détestait ça.
- La Gazette a publié le nom de ton père, l'informa-t-elle doucement. À partir de maintenant, il sera peut-être plus difficile d'avancer dans notre quête, mais je te soutiendrai, Drago…
Sans hésiter, Hermione captura sa main et l'étreignit avec force.
- Je te soutiendrai, appuya-t-elle en le perçant de son regard. Ce n'est ni Ron, ni Harry, ni Malone qui nous séparera, parce que notre complicité ne regarde que nous.
Son autre main s'empara de celle déjà captive qu'elle plaqua contre son cœur. Drago, incapable de rester indifférent plus longtemps, leva enfin la tête pour croiser son regard.
- Juste toi et moi. D'accord? ajouta Hermione.
Complice de leur conversation, le soleil de midi perça subitement un épais nuage cendré et projeta ses rayons sur le visage de Drago. Celui-ci plissa aussitôt les yeux, partiellement aveuglé, sans toutefois défaire le contact visuel qu'il étira longtemps encore avec Hermione. Enivrée par l'effet métallique décuplé de ses iris, la jeune femme crut pendant un instant qu'elle fixait deux petites pensines dans lesquelles son visage réfléchissait, mais réalisa qu'il s'agissait en fait d'une image de sa propre personne que Drago ne parvenait à se défaire depuis qu'elle s'était faufilée dans sa tête.
Bien qu'excédé par son exaspérante sagesse, il lui sourit. Après tout, Drago jugeait qu'il accédait amplement au droit de piquer des crises de nerfs compte tenu de sa situation, mais pour rien au monde il ne voudrait offenser Hermione. Alors il contint son amertume tout en sachant qu'un jour où l'autre, plus rien n'aurait la force de le retenir, même pas elle et ses discours d'érudit. Et ce jour-là, il espérait être devant son père pour oublier ce que signifiait la notion du contrôle. Car à l'instant présent, il se maudissait de devoir sourire aussi trompeusement devant Hermione, de lui mentir muettement. Véritablement, il désirait s'exhausser sur le banc, brandir les poings et vociférer comme un psychotique, pleurer comme un martyr, se débattre dans le vide qui pourtant l'étouffait, mais il n'avait pas le droit de lui infliger une telle scène ; ne faisait-elle pas suffisamment d'efforts pour le calmer? Endurer ses sautes d'humeur était une preuve pratiquement palpable de la patience de la jeune femme, et l'envie qu'elle prenne peur devant une de ses crises et qu'elle déserte n'y était pas.
- Juste toi et moi, acquiesça-t-il alors.
Les lèvres d'Hermione s'étirèrent un peu plus et Drago chassa aussitôt ses mornes pensées ; cette fille avait un pouvoir dérageant sur lui. Très peu de sa part pouvait parfaitement lui convenir, même le faire fléchir. Alors il sut, au moment où elle lui sourit, qu'elle seule serait parfaitement capable, inconsciemment, de lui prodiguer la force nécessaire pour passer au travers de ces horribles épreuves.
