Je constate que vous n'aimez pas trop les chapitres de transition... Vous avez été peu nombreux à commenter sur le chapitre précédent! Roh, mais j'ai tant pesté contre ce chapitre-là pendant que je l'écrivais ; vous n'auriez pas pu me rassurer et me dire qu'il était, somme toute, pas si ennuyant que ça? Halala. Merci à ceux qui ont quand même commenté!
Maelendil, une nouvelle lectrice, a mis le doigt sur une incohérence dans ma fic... Incohérence qui, d'ailleurs, avait déjà été relevée par une autre lectrice auparavant... Cette incohérence est, en fait, le statut du sang d'Isadora. J'ai la flemme de relire mes chapitres, alors je vais tout simplement vous balancer les faits : Isadora était censée être une Moldue mariée à un sorcier et diriger une auberge exclusivement moldue. Mais voilà, il se trouve que lors de la première visite de Drago et Hermione à Elbury House, Drago paie en gallions... C'est ma première erreur. Ce n'est pas tout! Ma seconde erreur est monumentale, presque aberrante : tout en étant parfaitement conscience qu'Isadora, dans mon esprit, est une Moldue, j'ai élaboré le récit de sa scolarité... à Poudlard! C'est pas qu'un peu bête, non? J'ai tellement accordé d'importance aux grandes lignes de ma fic que j'ai complètement négligé l'histoire de la pauvre Isadora! Navrée, vraiment... LOL!
Sinon, merci à toi, Maelendil, pour la remarque, et à Loufoca-Granger (je crois que c'est toi...) qui l'a mentionnée plus tôt. D'ailleurs, bienvenue à tous les nouveaux lecteurs!
Je vais conclure en mentionnant que je n'ai toujours pas touché aux prochains chapitres. En plus d'avoir découvert qu'il était possible pour moi de m'amuser, j'ai découvert qu'il était possible pour moi de rencontrer des gens! Résultat : demain, j'ai une date (prononcé à l'anglaise, merci)... Je suis hyper nerveuse. Mais je vous promets que je reviendrai en force d'ici quelques jours.
Le programme de ce chapitre-ci est beaucoup plus alléchant que celui du dernier : ici, on a le droit à une grasse matinée en compagnie de Drago et d'Hermione, et à une autre révélation-choc qui fera du prochain chapitre un texte rempli d'action, pratiquement du début à la fin. J'espère qu'il vous fera réagir un peu plus! ;)
Bonne lecture!
Lexa Nedra
Une leçon d'honneur
Chapitre 20
Un précieux indice
Des jours passèrent sans accroc ni développement. À Elbury House, Alric, au grand plaisir de Drago, avait mué son hostilité en désintérêt, et c'est non sans soulagement que le jeune homme se confondait avec la tapisserie lorsqu'il croisait l'agent dans la maison. L'homme gardait toutefois son attitude caustique à son égard en lançant de temps à autre des remarques puériles que Drago avait appris à ignorer. Qui plus est, Alric ne s'adressait jamais directement à lui ; quand il s'offrait le luxe de froisser le blondinet, c'était toujours par l'intermédiaire des phrases anodines qu'Hermione ou Isadora balançaient lors des repas. Alric, qui avait un sens de la répartie plutôt développé, ne ratait jamais une occasion de happer une faille dans le texte pour la transformer en provocation. Mais à chaque fois, les convives ne faisaient que rouler les yeux, blasés.
Quant à Ron et Harry, ils n'avaient plus reparlé de l'incident dans la chambre d'Hermione. N'osant pas se présenter à Elbury House en transplanant en raison des dernières circonstances qui avaient même forcé les propriétaires à s'en mêler, les deux amis avaient plutôt opté pour le hibou afin de communiquer. Dans leurs missives, jamais leur querelle n'avait été mentionnée, mais l'absence de mention de Drago laissait croire qu'ils vouaient encore pour le blondinet une profonde antipathie. Il n'y avait là aucune surprise, mais Hermione avait osé espéré que leurs rapports s'améliorent ne serait-ce que maigrement puisqu'ils étaient, d'ores et déjà, unis tous les quatre par la quête aux Horcruxes.
Quête qui, regrettablement, piétinait lamentablement. Les jours paisibles s'étaient transformés en semaines et rien, mis à part une liste sommaire des objets susceptibles d'être des Horcruxes, n'avait débouchée de leurs réflexions quotidiennes. Drago manipulait souvent son Miroir à Double Sens dans l'espoir d'être sujet à une soudaine illumination, mais, abstraction faite de l'envie de tout simplement poser la question à son père, il ignorait quels foutus objets étaient, à ce jour, devenus de dangereux Horcruxes.
Les semaines s'étaient multipliées par quatre et maintenant un mois s'était écoulé depuis leur installation à Elbury House. Puisqu'ils n'étaient malheureusement pas médiums et ne possédaient pas le pouvoir de faire avancer les choses comme bon leur semblait, Drago et Hermione avaient été en mesure d'avouer qu'ils passaient du bon temps à l'auberge. Chaque jour, ils s'installaient dans la chambre de l'un ou de l'autre afin d'étudier les informations qu'ils possédaient déjà ainsi que celles qui pourraient potentiellement surgir, et quand il n'y avait plus qu'un bruit de friture qui maintenait leur cerveau en activité, ils se dirigeaient vers une autre activité afin de se tenir occuper. Deux à trois fois par semaine, Hermione se rendait au Terrier – seule – pour partager les résultats de leurs réflexions avec Ron et Harry – partages qui s'avéraient fâcheusement peu constructifs. Mais puisqu'Alric – qui n'avait manifestement pas apprécié l'intrusion de deux personnes clandestines dans son auberge – avait désactivé le champ de transplanage de l'auberge et, de plus, du rayon d'un kilomètre qui l'entourait, il fallait qu'elle se rende à l'arrêt de bus situé à l'extérieur de cette zone pour se le permettre. Dans le froid de l'hiver, les visites au Terrier paraissaient par conséquent moins invitantes.
Hermione avait appris, pendant tout ce temps, à se réveiller de bonne humeur. La leçon avait été, en effet, très simple ; il suffisait de se réveiller auprès de Drago. Dès la deuxième semaine à Elbury House, le couple s'était tout naturellement alité dans la couche d'Hermione, étroitement étreint, sous prétexte que le chauffage ne se rendait pas jusqu'à l'étage cette soirée-là. Drago s'était acharné à embrasser Hermione d'une lascivité qui rapidement la rendit mal à l'aise ; les indescriptibles sensations ressenties au niveau de son bas-ventre dues à la langue affriolante du jeune homme avaient brutalement affiché le visage de Ron dans son esprit, lui remémorant cette fois où il l'avait emmenée avec lui dans la Salle sur Demande pour l'inviter à franchir le cap. Elle avait cette fois-là catégoriquement refusé, mais tandis qu'elle était si intimement prisonnière des bras de Drago, elle s'était surprise à méditer au jour où elle affronterait ses appréhensions et s'offrirait à quelqu'un. Ses joues s'étaient violemment empourprées lorsqu'elle s'imagina chevaucher le corps du jeune homme qui l'embrassait si parfaitement dans l'intention de déclencher les préliminaires. Les chatouillements dans son entre-jambe l'auraient poussée à s'exécuter si seulement la peur ne l'avait retenue là, immobile, raidie. Drago, incroyablement respectueux, n'avait même pas glissé une seule main libidineuse sur ses fesses.
Elle tourna la page du livre qu'elle lisait à plat ventre sur le lit, emmitouflée dans les chaudes et épaisses couvertures de plumes. Le léger courant d'air provoqué par le mouvement souffla dans les cheveux de Drago qui, à sa droite, dormait à poings fermés contre son flanc. Une mèche tomba devant son beau visage mais laissa le jeune homme imperturbable. Hermione se désintéressa de sa lecture, attendrie par ce détail si anodin. La joue écrasée contre l'oreiller, il était franchement adorable. Elle sourit, extirpa un bras d'en dessous de la couverture et déplaça doucement la mèche afin de l'amalgamer à la masse platine en bataille. Drago soupira dans son sommeil, frotta énergiquement son visage dans le coussin et s'approcha d'elle par une force inconsciente. Hermione n'eut d'autre choix que de se pencher et de lui voler un baiser avant de retourner à sa lecture.
Ce n'est qu'une demi-heure plus tard qu'il daigna s'extraire des bras de Morphée. Dès le premier mouvement qui trahit son réveil, Hermione avait fermé son livre et avait posé le côté gauche de son visage contre ses bras croisés pour attendre qu'il prenne parfaitement conscience. Après quelques étirements et gémissements de bien-être, Drago ouvrit enfin les yeux, toutefois encore engourdi par le sommeil, et croisa le regard de sa copine.
- Bon matin, souffla-t-il en étirant un sourire.
- Bon matin Drago.
Sans avertir, il se traina contre le corps d'Hermione et l'entoura de ses bras pour l'étreindre de ses maigres forces matinales. Suite à un dur combat opposant leurs jambes aux couvertures emmêlées, Drago se retrouva sur le dos et Hermione blottie dans le creux de son épaule. La jeune femme pouvait sentir l'odeur de sa peau au travers du chandail mince qui lui faisait office de pyjama. Ses doigts, nonchalamment, dessinèrent des cercles concentriques sur le tissu qui sillonna.
- J'ai fait un drôle de rêve, cette nuit… marmonna Drago en fronçant les sourcils.
- Hmmm?
Les yeux fermés, Hermione ne s'intéressait pas particulièrement audit rêve mais prêta distraitement une oreille au récit qu'il entama :
- Je n'en faisais même pas partie, déclara-t-il sur un ton bas qui berçait Hermione. En fait, j'étais présent, mais j'étais une espèce d'immense boule orange… On aurait dit que j'étais une gigantesque tangerine.
Hermione ouvrit les yeux, interloquée par sa déduction, et posa son menton contre son torse. Son sourcil s'arqua, narquoise.
- Une gigantesque tangerine…? répéta-t-elle.
- Ouais, répondit-il sans paraître le moindrement embarrassé par cet aspect de son rêve. Je volais, en plus. Tu imagines? J'étais une gigantesque tangerine volante…
Ce coup-ci, le couple s'esclaffa. La tête d'Hermione rebondissait au rythme des soubresauts de son ventre, et bientôt, la raison de l'hilarité de la jeune femme devint ces interminables rebonds qui déformaient les sons de sa gorge. Pendant une longue minute, les deux amoureux tentèrent de se ressaisir, les joues paralysées par le sourire qui égayait leur visage rieur, jusqu'à ce que le dernier soupir d'aise n'achève cette agréable perte de contrôle.
- Alors? Que faisait la gigantesque tangerine volante dans ton rêve?
Drago dut se mordre la lèvre pour ne pas céder de nouveau sous la stupidité de son rêve.
- Je volais dans une pièce. Elle était immense… Son architecture me rappelait vaguement Poudlard, mais on aurait plutôt dit un temple. Il y avait des piliers avec des serpents sculptés à même le bloc de pierre…
Le sourire d'Hermione mourut subitement tandis qu'une impression de déjà-vu la fit frissonner. Pourquoi cette description ne lui était-elle pas inconnue? Attentive, elle attendit la suite.
- Ah, oui, j'oubliais… Au bout, il y avait cette espèce de statue étrange. La statue représentait un homme avec une interminable barbe… C'est étrange, j'ai vraiment l'impression que cet homme était-
Hermione avait déjà compris, elle.
- Salazar Serpentard? compléta-t-elle à sa place.
- Ouais, exactement.
Un drôle de silence flotta, et soudainement, Drago sursauta. Il dut tordre le cou pour pouvoir regarder Hermione dans les yeux.
- Hé! Attends, toi…! Comment sais-tu ce que j'ai vu dans mon rêve? Tu as rêvé à ça aussi?
- Non, bien sûr que non, Drago. (Elle se redressa dans le lit et s'assit en tailleur contre son copain.) La pièce que tu as vu est véritablement à Poudlard : tu as en fait rêvé à la Chambre des Secrets.
- La Chambre des…? J'ai rêvé à ça?
Hermione sourit, séduite par son air ahuri.
- Cela dit, je n'ai absolument aucune idée pourquoi tu as rêvé à cette chambre… déclara-t-elle. Mais peut-être que…
Elle s'interrompit, consciente que l'hypothèse qu'elle s'apprêtait à émettre était tirée par les cheveux, mais Drago, d'un haussement de sourcils, l'encouragea à s'expliquer.
- Peut-être ce rêve n'est qu'un rêve banal, comme la majorité des rêves que l'humain fait, poursuivit-elle en pinçant ensuite les lèvres, n'osant pas trop poursuivre. Mais ce pourrait également être – et j'applique une emphase toute particulière à l'emploi du conditionnel – une sorte de… de… de rêve prémonitoire.
Ses doigts avaient encadré le terme en mimant des guillemets, se sentant légèrement ridicule d'émettre une telle théorie. De son arcade sourcilière, Drago exécuta une drôle de torsion, peu convaincu, ce qui acheva Hermione de se lancer dans de plus vastes explications :
- C'est quand même bizarre que tu rêves à la Chambre des Secrets alors que tu ne t'y sois jamais rendu, non? (Drago hocha la tête.) En plus, la description que tu as élaborée semble rendre parfaitement justice à l'endroit… ce qui est d'autant plus troublant. Alors je me dis que… peut-être que… tes pensées pourraient être connectées à celles de ton père… et que… tu aies vu ce que lui voyait au moment où tu as rêvé…?
Un ange passa. Hermione ne pouvait s'empêcher de se trouver bête malgré les liens logiques qui s'exécutèrent dans son esprit ; n'était-ce pas de cette manière qu'Harry avait pu entrer dans la tête de Voldemort? Mais il y avait un nœud… Nœud que Drago détecta aussi :
- Serais-tu en train de dire que… mon père se trouverait actuellement… dans cette Chambre des Secrets… à… à Poudlard…?
Somme toute, cette hypothèse n'était que pure aberration, et Drago ne manqua pas de le lui faire remarque par l'air qu'il arborait. Embarrassée, Hermione baissa la tête en sentant ses joues s'enflammer.
- Non, c'est vrai… bredouilla-t-elle piteusement. Tu as raison, c'est complètement absurde.
- Ce n'est pas grave, Hermione, ne fais pas une tête pareille, rigola Drago en étirant une main afin de caresser sa joue rosie. Ce n'est pas bête, ce que tu dis. Il est juste peu probable que mon père se trouve à Poudlard, tu ne crois pas? De plus, je ne vois pas ce qu'une gigantesque tangerine volante viendrait faire dans tout ça.
Drago et Hermione pouffèrent de nouveau, et le jeune homme, en tirant délicatement sur sa main, obligea sa copine à s'allonger auprès de lui. Hermione s'exécuta et tendit le cou pour quémander un baiser. Drago sourit, épousa la courbe de sa nuque de sa paume et saisit ses lèvres des siennes dans un mouvement lascif. Ce matin-là, ils firent la grâce matinée.
oOo
Lorsque la soirée dépolit la clarté du jour, Hermione retrouva sa chambre, tiraillée par l'envie de consulter son album photographique depuis que Drago lui avait parlé de son rêve. Elle l'avait d'ailleurs laissé au rez-de-chaussée avec Isadora, soulagée de pouvoir échapper à la conversation qu'ils avaient entamée lors du diner et qui traitait de Quidditch. N'étant que très peu concernée par un tel sport, elle avait préféré quitter les lieux avant que sa tête engourdie par le désintérêt ne chute dans son assiette.
Elle s'arrêta au pied de son lit, là où un gros coffre de bois massif faisait office de bureau. Dessus, elle avait empilé ses anciens livres scolaires ainsi que des nouveaux livres de lecture empruntés à la bibliothèque municipale non loin de là, en ville. Elle retira l'album des Malefoy – car ses photos s'y trouvaient maintenant – d'en dessous de la pile en portant une attention particulière à l'équilibre précaire de la tour et s'assit sur son lit, une jambe fléchie sous l'autre. Dans un soupir nostalgique, elle se mit à feuilleter le recueil.
Ce temps paraissait déjà si loin… Pourtant, qu'une trentaine de jours avaient filés depuis son dernier souvenir à Poudlard. Mais la réalité voulait que le temps passe très lentement hors de ses murs. Hermione n'expliquait pas ce phénomène par l'ennui qui l'écrasait à Elbury House, ça non, mais plutôt par ce retrait d'un monde exclusivement sorcier. À Poudlard, on y trouvait que des sorciers ; les potins et ragots traitaient donc uniquement de sujet à caractère magique. En revanche, ici, à l'auberge, Hermione avait davantage l'impression de vivre dans un environnement moldu bien que les activités étaient équitablement divisées : lorsqu'aucun client n'était dans les parages, on pouvait parler des douze usages du sang de dragon à visage découvert et faire léviter des objets par ci ou par là, mais aussitôt qu'un son trahissait la présence d'un moldu dans les environs, toute trace de magie mourrait.
Hermione sourit en regardant une photo. C'était une photo de groupe saisie lors de sa première année à Poudlard, dans la salle commune de Gryffondor. Ils étaient si jeunes! Elle avait peine à croire qu'elle et ses amis avaient déjà été aussi minuscules. Harry était à l'extrême gauche et souriait exagérément, les lunettes de travers, trop heureux d'être enfin arraché de chez les Dursley ; elle-même, un bras passé autour du cou de son ami, camouflait quasiment l'entière moitié gauche du visage de Ron, à sa droite, à cause de la trop grande densité de ses cheveux ; Ron, le torse légèrement incliné vers la droite, tenait Croûtard dans ses mains et soufflait sur les cheveux qui lui chatouillaient le visage ; Fred et George, plus grands et l'air espiègle, étaient derrière eux, tenaient dans leurs mains des Pralines Longues Langues qu'ils avaient plus tard offertes à Neville, qui justement se tenait à côté d'eux sur la photo, le visage lunaire ; et Dean, qui…
Elle interrompit son observation, et, d'eux-mêmes, ses sourcils se froncèrent. Neville et Dean, sur la photo, étaient séparés de plusieurs dizaines de centimètres – l'espace suffisant pour y glisser une personne de corpulence moyenne. D'ailleurs, le bras gauche de Dean était suspendu dans les airs au niveau de ses épaules, comme s'il l'enserrait autour du cou de quelqu'un… Hermione secoua la tête ; elle devait rêver. Des mains imaginaires excavèrent sa mémoire afin de tenter de se remémorer les circonstances exactes de l'instant où ce cliché avait été pris, mais ce fut en vain ; plus de sept longues années de vie bien meublée la séparaient de ce jour-là. Elle disciplina sa confusion et prit du recul ; ce faisant, elle se souvint alors que Seamus et Dean avaient été des amis inséparables depuis leur première année.
Voilà ce qui clochait : Seamus aurait dû être sur cette photo. Précisément entre Neville et Dean. Nonobstant, il ne s'y trouvait pas.
Le cœur d'Hermione se mit à marteler sa cage thoracique. Que signifiait cette bizarrerie? Appréhensive, elle tourna la page, à la recherche d'une autre photo où Seamus figurerait, mais il n'y en avait pas ; ou, plutôt, il avait été gommé sur toutes les photos sur lesquelles il aurait normalement dû apparaître.
Hermione ferma son recueil, parasitée par une lugubre excitation, et le rouvrit. De ses mains tremblantes, elle parcourut les pages à la va-vite ; elle n'avait jamais véritablement soutenu une conversation avec les frères Crivey, mais elle restait néanmoins persuadée qu'elle devait avoir au moins une photo, dans son album, de Colin et de Dennis. Elle étouffa un hoquet triomphant lorsqu'elle aperçut le visage de Colin sur l'une des pages. Oui! Elle se souvenait de cette photo! Harry était également dessus, ennuyé, debout, les deux bras tendus de chaque côté de son corps. À sa gauche, l'une de ses mains apparaissait sur l'épaule d'un Colin visiblement au comble du bonheur, mais son bras droit était bêtement suspendu dans les airs. C'est là qu'aurait dû se tenir Dennis.
De nouveau, Hermione ferma l'album. Elle leva les yeux, fixa la porte de sa chambre et phosphora fébrilement. Ainsi, Lucius avait ensorcelé leur album photographique familial pour faire en sorte que l'ouvrage élimine de son propre chef les représentations de leurs victimes lorsqu'elles étaient achevées… Était-ce pour cette raison que lui et ses comparses s'étaient rendus au Manoir Malefoy le 9 septembre après avoir détourné les mesures de sécurité ministérielles? Si oui, pourquoi l'auraient-ils laissé dans la demeure abandonnée, sur le sol, sans surveillance, plutôt que le traîner avec eux?
Elle devait en parler. À Harry et à Ron. Rapidement, elle bondit sur ses pieds, enfila son épais manteau, ses grosses bottes ainsi que son écharpe aux fières couleurs de Gryffondor et quitta la pièce. Lorsqu'elle parvint au rez-de-chaussée, elle perçut des éclats de voix qui indiquèrent que Drago et Isadora étaient encore en grande conversation. Devait-elle les prévenir de son absence? Oh, et puis non ; il commençait à se faire tard et Drago tiendrait sûrement à l'accompagner, chose qui serait préférable d'éviter puisqu'elle se rendait au Terrier. Elle franchit donc la porte d'entrée après avoir lancé un discret Immobilus à la clochette fixée au plafond puis rejoignit l'arrêt de bus. Là-bas, elle transplana.
oOo
- Mais que se passe-t-il…?
En entrant au Terrier, elle aboutit directement dans la cuisine. Molly Weasley avait prestement accueillie Hermione, ce qui acheva de lui indiquer qu'elle était bien occupée ; aussitôt qu'elle l'eut saluée, la petite femme replète s'était dirigée vers l'autre bout de la cuisine en maugréant indistinctement et s'était mise à jeter un œil sous toutes les surfaces possibles. Hermione, qui avait d'abord été soulagée d'échapper à ses habituels traitements de mère poule, en eut rapidement la puce à l'oreille.
- Oh, c'est Harry, lui expliqua Molly en soupirant. Il a perdu un objet… En fait, il a perdu du parchemin. Du parchemin… répéta-t-elle dans un souffle embêté. Comment suis-je censée trouver le bout de parchemin qu'il a perdu? Cette maison est remplie de parchemin!
Mal à l'aise vis-à-vis de son impatience, Hermione rigola maladroitement, jouant avec ses mains.
- Heu… Sont-ils… Ron et Harry sont à l'étage?
- Oh! Oui, oui, répondit distraitement la mère. Ne te gêne pas, Hermione. Ils cherchent la même chose dans la chambre de Ron. Vas-y, ils seront sûrement contents de te voir.
Hermione remercia poliment Molly et se rendit en quelques secondes au cinquième étage. Essoufflée, elle frappa une jointure contre le battant et ouvrit la porte sans attendre d'invitation. Ron et Harry, qui entretenaient une discussion animée, s'interrompirent et pivotèrent aussitôt vers elle.
- Hermione! s'exclama Harry sur un ton qui s'approchait davantage de l'hystérie que du ravissement.
- Quel objet as-tu encore perdu, Harry? demanda alors Hermione en roulant les yeux.
- Pas perdu volé.
Elle referma la porte dans son dos, les sourcils froncés. L'objet de sa visite lui échappa distraitement ; aussi déposa-t-elle l'album qu'elle tenait sur la surface la plus proche pour ne pas s'encombrer.
- Volé? répéta-t-elle, interloquée.
- La Carte du Maraudeur a disparue, précisa Ron en s'asseyant sur son lit.
Comme à chaque visite qu'Hermione leur rendait, Ron s'évertuait à paraître indifférent face à sa présence, mais ses efforts étaient peu concluants.
- Quoi? La Carte du Maraudeur? couina Hermione en s'approchant du centre de la pièce. Comment ça? Que s'est-il passé?
- On me l'a volée… dit Harry de nouveau, ses joues rosissant doucement.
- Sais-tu qui a fait une telle chose?
- Ou « quoi », plutôt… glissa railleusement le rouquin.
Harry lui adressa un regard noir. Agacé par le mystère qui s'étirait inutilement, Hermione grimaça.
- « Quoi »? Bon sang, que voulez-vous dire?
- Ce qui m'a volé cette carte est un satané pigeon! s'exclama Harry, dépité.
Un drôle de silence plana. Malgré lui, Ron sourit, mais tenta de dissimuler sa moue en baissant la tête pour mieux se gratter la nuque. Hermione, décontenancée, plissa les yeux.
- Un pigeon…?
- Un oiseau! Je sais, c'est complètement ridicule! maugréa le Survivant en levant théâtralement ses bras au ciel.
- Attends, Harry… fit-elle doucement en ne pouvant contrôler un maigre rictus. Explique-moi ce que tu veux dire par là car je ne suis pas certaine de comprendre…
Harry sembla sur le point de se formaliser par l'humeur légère de ses deux meilleurs amis mais réussit, au prix d'efforts insurmontables, à contrôler sa colère.
- Plus tôt dans la journée, j'ai vu un oiseau s'engouffrer par la fenêtre de la chambre. (Il pointa la fenêtre située près du lit de Ron.) Pendant un instant, j'ai eu la folle impression qu'il s'agissait d'Hedwige, alors je n'ai rien fait… Jusqu'à ce que je réalise subitement qu'Hedwige est morte. À ce moment, je n'ai qu'à peine eu le temps de voir ce pigeon enfouir la tête dans mon sac avant qu'il ne s'envole avec la Carte du Maraudeur dans le bec!
De nouveau, le silence s'installa. Hermione ne savait manifestement pas quoi répliquer à une telle anecdote, mais au moins, au grand plaisir d'Harry, elle ne souriait plus. Ron, en revanche, s'en amusait encore :
- Je crois qu'on se demande tous ce qu'un pigeon pourrait bien faire avec un tel objet.
- J'ai alors réalisé quelque chose, poursuivit Harry. En effet, qu'est-ce qu'un oiseau errant aurait à faire d'une carte? Pourquoi a-t-il pénétré exactement dans cette chambre et a foncé directement sur mon sac, pris précisément cette carte qui possède une valeur inestimable et s'est enfui sans demander son reste? Cet oiseau savait où il se rendait et ce qu'il cherchait.
Hermione frissonna. Un oiseau qu'Harry aurait confondu avec Hedwige… Cela impliquait donc qu'il fut blanc…
- Tu crois que cet oiseau appartenait à quelqu'un? conclut-elle.
- Exactement. Quelqu'un l'a envoyé ici pour me voler la Carte du Maraudeur. Et il est évident que nous parlons actuellement de Lucius Malefoy.
- Vieux… intervint Ron. Pourquoi Lucius Malefoy convoiterait une carte de Poudlard? Il est certainement au courant que l'école est fermée ; par conséquent, il est conscient qu'il ne trouvera rien là-bas, non?
- Cette carte est une mine d'or, lui rappela patiemment Harry. Certains professeurs y vivent encore. Peut-être, par exemple, qu'il cherche des informations pour m'atteindre. Ou peut-être veut-il faire comme Jedusor, c'est-à-dire trouver Slughorn pour lui soutirer des informations sur la création des Horcruxes. Je l'ignore, à vrai dire, mais il pourrait y avoir une multitude de possibilités.
La jeune femme hocha virulemment la tête.
- Tu as raison, Harry. Depuis le tout début de cette histoire, il n'y a eu aucune coïncidence.
- Alors Lucius Malefoy désirerait pénétrer à Poudlard pour une raison que nous ignorons encore… résuma Ron, le visage tordu par la réflexion.
- Peut-être même chercherait-il à cacher ses Horcruxes là-bas, balança Harry comme s'il s'agissait d'une évidence.
- C'est possible…
- Il faut s'y rendre, constata Hermione.
Ce silence, ce coup-ci, fut beaucoup plus lourd que les précédents. Ron et Harry dévisagèrent Hermione comme si elle avait hurlé une insanité et s'attendaient de toute évidence qu'elle éclaircisse son point de vue dément. Mais contrairement à ce qu'ils auraient espéré entendre, Hermione ne se lança par dans des explications :
- Harry… Cet oiseau… Pourrais-tu me le décrire? demanda-t-elle à brûle-pourpoint.
- Heu… Blanc. Il était spécial, à vrai dire… lui indiqua-t-il. On aurait dit un phénix qui se prend pour un paon, ou un paon qui se prend pour un phénix.
Un coup au ventre aurait eu le même effet. Les entrailles d'Hermione se tordirent tandis qu'une sinistre constatation guida ses paroles :
- À Poudlard, à plusieurs reprises, un oiseau que j'aurais décrit de cette même façon était souvent perché sur le rebord de la fenêtre de ma chambre, les informa-t-elle.
Soudainement, ce fut comme si ses mots avaient dissipé les ténèbres des mystérieuses circonstances qui entouraient le transfert de ses photos personnelles dans l'album des Malefoy. Ses yeux, qu'elle amarra au plancher de bois, s'écarquillèrent tandis que les fils emmêlés qui représentaient ses idées se détortillèrent aisément.
- C'est lui le responsable! s'écria-t-elle, mi-euphorique, mi-terrifiée. C'est cet oiseau! (Électrifiée par le ton de leur amie, Ron se redressa et les deux garçons s'approchèrent d'elle. Hermione, darda sur eux un regard pétillant.) C'est cet oiseau qui a volé mes photos pour les amener au Manoir Malefoy!
- Attends! Quoi? De quoi tu parles, Hermione?
- Quelles photos?
Consciente qu'elle ne leur avait encore jamais parlé de son escapade au Manoir Malefoy durant les vacances d'hiver – donc, par conséquent, du mystère entourant les photos – Hermione se lança dans un récit pointu de son aventure avec Drago, ne négligeant aucun détail qui saurait les aider à comprendre où tous ces détails d'apparence absurdes et futiles devenaient cruciaux et indispensables. Si Ron et Harry avaient d'abord parus offensés par le silence qu'elle avait étiré durant plus d'un mois à ce sujet, ils ne l'avaient démontré que très courtement, car les révélations d'Hermione eurent l'effet d'une douche froide.
D'accord, d'accord… Résumons, trancha Ron, confus, en tendant les bras devant lui pour instaurer une pause. Lucius tue Dennis. Ensuite, il envoie son oiseau qui lui sert d'espion te faire quelques coucou de temps en temps pour finalement, au bout d'un moment, voler les photos de nos amis dans ton album photographique. L'oiseau amène ces photos au Manoir Malefoy où il les glisse dans leur album à eux. Avec ces photos, il choisit ses victimes… C'est bien ça? (Hermione hocha la tête, toute ouïe.) Tu t'es par après rendue au manoir pour l'explorer suite à l'article paru dans La Gazette sur leur passage, trouves l'album, constates la présence de tes photos et le ramènes avec toi.
- Exact.
- Mais pourquoi n'ont-ils pas gardé l'album avec eux? Pourquoi l'avoir laissé au manoir?
Hermione pinça les lèvres. Cette même question avait mis un frein à ses réflexions.
- Je me demande la même chose, Harry…
- Je dois voir cet album. J'imagine qu'il est resté à l'auberge?
Elle se jeta aussitôt sur l'ouvrage qu'elle avait déposé non loin de là, sur l'édition du Chicaneur, et le tendit à son ami. Rapidement, le trio s'installa sur le lit, puis Ron et Harry se mirent à le consulter avec une attention maniaque.
- Ce qui m'amène justement à la raison de ma visite… fit Hermione, l'air grave.
Les deux garçons levèrent les yeux sur elle.
- Dennis et Seamus, leurs deux victimes, ne sont plus visibles sur aucune des photos, souligna-t-elle. Tout porte à croire que c'est pour cette raison qu'ils se sont rendus au manoir en septembre : pour ensorceler l'album afin qu'il élimine lui-même sur les photos les victimes à qui ils s'en prennent.
Hermione les guida et solidifia son argument en désignant du doigt lesdites photos sur lesquelles leurs amis n'apparaissaient plus. Ron et Harry étaient estomaqués.
- Alors il n'y a aucune façon de prévenir ces meurtres…? se plaignit Harry, ébranlé. Nous ne ferons qu'apprendre des décès en constatant que certains de nos amis n'apparaissent plus sur les photos ou par La Gazette? Il y a sûrement un moyen… Si seulement nous savions où ils se cachaient!
Le Miroir à Double Sens de Drago traversa l'esprit d'Hermione mais fut rapidement chassé par une bourrasque inconsciente ; Drago ne serait jamais d'accord de l'utiliser par peur de laisser sous-entendre à son père qu'il s'intéressait à ses activités. Elle se mordit la lèvre inférieure, éperdue.
- Mais nous savons peut-être pas où ils se réfugient, fit Ron, mais nous savons en revanche où ils comptent se rendre…
Harry et Hermione froncèrent les sourcils. Malgré l'évidence de la chose, ce n'est qu'après de longues secondes de brouillard qu'Hermione s'exclama :
- Bien sûr! La Carte du Maraudeur! Ils planifient se rendre à Poudlard!
Le Survivant se redressa, le torse gonflé par l'adrénaline et la détermination.
- Alors nous nous y rendrons aussi, décida-t-il sur un ton catégorique
- Ron, tu es brillant, lança Hermione en lui adressant un clin d'œil complice.
Ron ne releva pas la simple complicité du geste ; intimidé, il baissa la tête, et ses oreilles prirent une teinte rougeâtre qui s'agença joliment avec la couleur flamboyante de ses cheveux. Heureusement pour lui, Hermione ne le remarqua pas, car elle poursuivait déjà une conversation enfiévrée avec Harry, conversation qu'il n'entendit guère car son attention s'était entièrement tournée vers un détail qu'il n'avait jusque là par aperçu dans l'album photographique.
- Hé, les amis… marmonna-t-il au bout d'une petite minute.
Harry et Hermione s'interrompirent. Ron était livide.
- Je ne veux pas occasionner de panique injustifiée, mais pourquoi Lavande est-elle devenue translucide…?
Il présenta l'album à Hermione qui le happa brusquement, alarmée. Si les victimes déjà décédées étaient entièrement transparentes, il n'y avait aucun doute sur ce que symbolisait cette semi-transparence.
