Salut!

Désolée pour mon retard! J'ai bossé pratiquement toute la journée hier et je n'ai pas eu le temps de faire une dernière relecture. J'espère que vous me pardonnez!

Alors puisque la question m'a été souvent posée, une tangerine est un agrume qui ressemble vraiment à une mandarine... si ce n'est pas la même chose. J'aurais d'ailleurs peut-être dû utiliser "mandarine" plutôt que "tangerine"... Argh, mais c'est dur pour moi, petite Québécoise, d'adapter mes expressions/mots à la grande majorité de lecteur sur ce site! La plupart d'entre vous êtes Français, je crois? Je vous jure que j'essaie du mieux que je peux de ne pas faire parler mes personnages avec des expressions québécoises... Vous ne comprendriez rien, c'est certain! LOL! Mais souvent, avant d'écrire un certain fragment de texte, sachez que je parcours des sites pour m'assurer que telles ou telles expressions est connues des Français, ou autre chose. Sinon, ça serait un véritable calvaire de comprendre ce que j'écris, non? Haaa, ce que je ne ferais pas pour vous...! :)

En tout cas, ce chapitre-ci, je dois avouer que je l'adore. J'avais vraiment hâte de le poster! J'espère qu'il vous plaira autant qu'à moi, sincèrement! Je constate que j'adore écrire des scènes d'action. J'espère que vous la trouverez fonctionnelle... C'est pas toujours évident!

Enfin bref. Bonne lecture! J'vous aime!

P.S. Pour les intéressés, ma date s'est horriblement mal passée... LOL! Au moins, j'en ris! XD

Lexa Nedra


Une leçon d'honneur

Chapitre 21
Quelqu'un à sauver

L'affolement avait été si foudroyante qu'Hermione eut à peine conscience de ce qui se déroulait au Terrier avant que les gifles du vent ne lui écartent les paupières de force. La réaction avait été instantanée ; aussitôt qu'Harry et Hermione avaient constaté la translucidité de Lavande sur la photo que Ron leur avait pointée d'un doigt tremblotant, le Survivant avait, d'un prompt Accio, attrapé les deux seuls balais de la maison qui avaient fait irruption dans la pièce en manquant d'embrocher Hermione au passage. En moins de temps qu'il n'en fallut pour le dire, le trio s'était projeté par la fenêtre, balai enfourché, et la jeune femme s'était brutalement retrouvée plaquée contre le dos du rouquin. Très peu à l'aise sur ce genre de moyen de transport magique, elle n'eut d'autre choix que d'enserrer son torse de ses bras, trop apeurée par la soudaine distance qui la séparait du sol – à vrai dire, il faisait si sombre qu'elle ne parvenait même pas à distinguer ses plus hautes constructions.

- Accroche-toi bien! lui ordonna Ron.

Elle ne put que deviner ses paroles car le vent lui donnait l'impression d'avoir la tête enfouie dans un malaxeur. Elle plaqua sa tempe contre sa nuque, le visage face à la position d'Harry, et ferma ses yeux brutalisés par la tornade glacée. C'était comme si un râteau les scarifiait à l'aide de ses pointes acérées. Une des mains de Ron entoura son genou pour raffermir sa stabilité et Hermione eut la folle envie de nouer ses jambes autour de son torse afin de s'assurer qu'elle ne bascule pas suite à un faux mouvement ; les qualités de pilote de Ron n'étaient sujettes à aucun débat.

- Tu sais où habite Lavande, Ron? s'écria Harry en s'approchant d'eux.

Le rouquin hocha la tête en direction d'Harry.

Hermione ouvrit les yeux, déstabilisée, ne supportant plus d'être aussi vulnérable. Elle avait perdu tous ses repères mais n'avait pas l'audace suffisante pour jeter un œil sous elle afin de se situer. De toute façon, elle n'était pas plus maîtresse du balai que de la situation, alors elle se contenta de s'accrocher au pilote aussi fermement qu'à une raison de vivre. Le ciel, si beau lorsqu'on avait les deux pieds sur terre, ne lui avait jamais paru aussi hostile.

- Ce n'est pas très loin! expliqua Ron. Espérons seulement que nous n'arriverons pas trop tard…

Le Survivant grimaça pour signaler qu'il n'avait pas compris mais Ron ne s'attarda pas à répéter ; après tout, s'il filait ainsi, ce devait être parce qu'il avait une idée d'où il se rendait, non? Du moins, Hermione l'espérait, car elle ne pourrait certainement pas supporter d'arpenter la ville encore bien longtemps sur une branche d'arbre qui s'enfonçait progressivement entre ses fesses. D'un même mouvement, les deux garçons se penchèrent alors sur leur balai, obligeant Hermione à les imiter, et leur vitesse de déplacement s'accrut considérablement. La jeune femme poussa un cri que le cyclone rendit muet ; le vent l'avait étranglé dans sa gorge et l'avait quasiment étouffée. Elle ne pouvait qu'à peine respirer. C'était comme se trouver dans un manège trop intense pour être supportable.

- Ron…! couina Hermione, terrifiée. Ron… Ralentis!

Ses pensées n'étaient que brouillard, et bientôt, elle ne se souvint plus de ce qu'ils fabriquaient tous là, dans un océan d'étoiles si noir qu'il se confondait à un trou, à se déplacer aussi rapidement qu'une fusée à destination d'une autre planète. Son corps en entier tremblait, mais elle ne sentait les violentes secousses que dans le bas de son dos ; ses jambes et ses mains étaient paralysées par le froid. Elle n'avait qu'une seule envie : lâcher prise.

- Drago… gémit-elle contre le dos de Ron.

Elle serra davantage les bras autour du corps de son ami en tentant d'imaginer qu'il s'agissait de celui de son copain mais ce fut en vain ; elle le savait pertinemment en sécurité à Elbury House, installé au chaud dans la salle à manger, en train de discuter calmement de Quidditch avec Isadora. Sûrement ignorait-il même encore qu'Hermione s'était retirée à leur insu et se dirigeait à l'instant même directement dans la gueule du loup.

Au travers de ses paupières, elle perçut subitement des taches claires et teintées. Enfin un contraste! Combien de temps s'était écoulé, donc? Vingt-quatre heures? En ouvrant les yeux, elle aperçut avec ravissement les milliers de lumières du comté de Devon. C'était un véritable kaléidoscope, mais Hermione ne put jubiler sur cette vision plus longtemps ; derrière elle, un violent concert de bruits de tissu froissé décentra son attention. Elle fronça les sourcils et jeta un œil par-dessus son épaule. Malgré ses cheveux qui obstruèrent littéralement son champ de vision et lui fouettèrent les yeux, elle put aisément détecter la présence de quatre poursuivants – mais pas n'importe lesquels ; les quatre masses enfumées qui remuaient derrière eux étaient indubitablement quatre des huit évadés.

- Nous sommes suivis! s'affola Hermione à brûle-pourpoint.

Dans un élan de panique instinctive, Hermione contracta les muscles de ses bras et Ron, qui n'eut pas le temps de réagir à son cri, vacilla vers la droite. Le vent sembla alors se munir de bras et écarta brutalement le balai de la trajectoire qu'ils suivaient jusque là. Ils toupillèrent dangereusement dans le ciel mais restèrent fermement accrochés au balai. Harry, alerté par la perte de contrôle de son allié, remarqua alors qu'ils avaient de la visite et s'écarta agilement de l'autre côté afin de prévenir une éventuelle attaque.

Mais les quatre serpents de fumée noire ne se ruèrent pas sur eux ; au contraire, ils profitèrent de l'ouverture improvisée pour se défiler et foncer tout droit vers la terre ferme. Ron retrouva la maîtrise de son balai et suivit Harry qui avait emprunté la même trajectoire que leurs ennemis.

- Ils se dirigent chez Lavande! constata Ron.

- Accélère! rétorqua Hermione en retrouvant son courage légendaire. Nous avons une chance de les arrêter!

Elle avait du mal à réaliser qu'elle fut celle qui prononça ces paroles mais ne se laissa pas impressionner par la réapparition de sa hardiesse ; d'une main ankylosée, elle saisit sa baguette magique et la plaqua entre le corps de Ron et le sien, prête à attaquer à tout moment. Ron appliqua son ordre et plongea vers la ville qui n'était plus qu'à une centaine de mètres sous eux.

Leurs ennemis, toutefois, gagnaient dangereusement de l'avance. Les mètres qui les distançaient d'eux s'additionnaient et bientôt plusieurs secondes seraient nécessaires pour les rattraper une fois qu'ils atteindraient leur destination. Il fallait accélérer, et plus vite que ça! Mais le balai que Ron et Hermione enfourchaient était bien loin d'être aussi rapide que l'Éclair de Feu d'Harry qui lui-même n'arrivait pas à lutter contre la rapidité des meurtriers. Leur aspect enfumé se fondait dans la nuit et ils risquaient à tout moment de les perdre de vue.

Qu'une cinquantaine de mètres les séparaient maintenant du sol. Ils avaient abandonné leur descente et rasaient maintenant la cime des arbres enneigés en dominant le toit des maisons qui défilaient à tout allure sous leurs pieds. Hermione était à présent persuadée que Ron était entièrement déboussolé et ne faisait que suivre Harry, devant, qui se faisait éclairer par intermittences par les hauts lampadaires. Puis, subitement, lorsque la jeune femme repéra de nouveau leurs ennemis alors qu'ils traversèrent un faisceau lumineux, une force subconsciente la poussa à extirper sa baguette magique et à la brandir par-dessus l'épaule du rouquin :

- Stupéfix! vociféra-t-elle.

Une boule de lumière rouge jaillit du bout de son arme. Touché! Ron tangua sous l'effet de la surprise mais Hermione vit une silhouette tomber sur le toit d'une des maisons. C'est en s'avisant qu'aucun balai ne l'avait accompagné dans sa chute qu'elle fut bien forcée de constater avec effarement que la bande de Lucius Malefoy, sous leur costume de fumée d'un noir de jais, avait appris à voler.

- Magnifique! commenta Ron en rigolant malgré lui.

Elle vit même Harry, médusé, jeter un œil derrière lui. Non sans outrecuidance, Hermione sourit et reproduisit son attaque en un geste théâtral, certifiée qu'elle réduirait le nombre de leurs ennemis de deux plutôt qu'un. Mais la vitesse incommensurable à laquelle ils se déplaçaient ne permettait pas de suivre une trajectoire parfaitement rectiligne, et Harry, pour une raison tout à fait logique, ne prit pas la peine de s'informer du prochain geste que son amie allait exécuter derrière lui. Son sortilège ne passa qu'à quelques centimètres de son oreille, et le Survivant fut si surpris par l'éclair qui chauffa sa tête qu'il pratiqua une manœuvre purement quidditchienne afin de s'en écarter. Il culbuta dans les airs, freiné, et Ron et Hermione n'eurent d'autres choix que de s'assurer qu'il ne se blesse pas ; inquiets, ils ralentirent, et le petit groupe d'évadés poursuivit leur chemin devant.

- Bon sang, qu'est-ce que vous fabriquez? éructa Harry après s'être stabilisé.

Hermione ne sut jamais s'il s'était choqué en raison de l'attaque qui l'avait frisé ou du fait qu'ils avaient délibérément laissé filer leurs ennemis, mais elle ne débattit guère longtemps à ce sujet, car la poursuite reprit son cours.

Mais il était déjà trop tard. À plus d'une trentaine de mètres devant eux, le trio vit leurs ennemis pénétrer dans une maison par ses fenêtres qui pétaradèrent toutes dans un bruit épouvantable. Même les vitres épargnées, par la pression de l'air, éclatèrent violemment aux étages. Plus que vingt mètres… Un cri déchirant perça l'atmosphère, raidit les muscles d'Hermione plus puissamment que le froid ne l'avait déjà fait, et un tapage sonore signala que la pauvre Lavande luttait pour sa survie sans même comprendre ce qui lui arrivait… Plus que dix mètres… Les cris s'allongeaient, se hachaient, et un air musical se manifesta… Plus que cinq mètres… Un tonnerre violet jaillit, un geyser liquide et poisseux gicla comme un arrosoir par la fenêtre, atteignant Ron, Harry et Hermione au visage, et la chanson qui fusait dans la maison s'intensifia…

Et enfin, ils pénétrèrent par l'ouverture, lacérant au passage leurs vêtements à cause du cadre aux carreaux incisifs. Hermione bondit sur le parquet en se projetant involontairement contre un mur. Lavande écoutait une chanson qu'Hermione connaissait très bien : Magic Works, des Bizarr' Sisters, et son air romanesque jurait cruellement avec les circonstances tragiques. Rapidement, elle constata que ce qui l'avait élancée contre le mur était une substance glissante sur le plancher, un étang écarlate, gluant, grumeleux. Hermione retint un haut-le-corps en suivant son chemin sinueux et écarquilla les yeux lorsqu'elle aperçut Lucius, Rodolphus et Rabastan juste à côté du corps disloqué de Lavande. Il était trop tard. Lucius était accroupi, un genou dans la marre de sang et une main plaquée contre le dos de la jeune fille, un sourire horriblement maléfique aux lèvres, et les beaux-frères Lestrange paraissaient étrangement haineux. Mais ni Ron, ni Harry et ni Hermione n'eut le temps d'esquisser le moindre geste à leur adresse, car sans prévenir, un épais de nuage de fumée charbonneuse naquit au niveau du sol et les enveloppa. Hermione fit un pas dans leur direction dans l'espoir de pouvoir les arrêter, mais les trois évadés se désincarnèrent et quittèrent la maison comme ils s'y étaient engouffrés : tels trois spectres enfumés.

Magic Works ronronnait encore et Hermione s'élança vers la fenêtre par laquelle ils s'étaient enfuis. Son cœur battait dans sa gorge. Quelque chose allait en sortir : un vomi, un cri, des sanglots? Elle l'ignorait mais elle pouvait néanmoins assurer qu'elle connaissait maintenant la saveur de la panique. Un goût amer, un goût de bile… Un goût tangible qui noue la gorge… Elle s'étouffa pratiquement lorsqu'elle aperçut les silhouettes de Ron et d'Harry dans le ciel. Elle fit volteface, certaine que son imagination lui jouait des tours et qu'en réalité, ses deux meilleurs amis étaient toujours derrière elle, mais elle était maintenant bel et bien seule avec un cadavre ; ils s'étaient élancés à la poursuite de leurs ennemis.

- Non! Harry! Ron! mugit-elle en passant la tête par la fenêtre. Revenez!

Mais ils s'étaient déjà amalgamés aux ténèbres de la nuit. Comment avaient-ils pu la laisser derrière alors qu'eux courraient après la mort? Inquiète, elle pivota de nouveau sur elle-même et sembla enfin réaliser de façon concrète que le corps de Lavande Brown, la troisième victime de la bande de Lucius Malefoy, gisait à ses pieds, morte. Son sang caressait ses pieds, et les larmes lui montèrent aux yeux.

- Lavande… couina-t-elle d'une voix tremblotante.

L'état de son corps était cauchemardesque. La victime était étendue contre le ventre, et outre la bouillie qui lui servait de flanc, son visage était certainement la plus horrible des visions possibles : une expression de totale incompréhension, les yeux grands ouverts, les pupilles dilatées, la mâchoire luxée par le choc de sa tête contre le sol… Cette si jolie jeune fille si déparée, si laide… Hermione poussa un bref sanglot, horrifiée, et plaqua une main contre sa bouche en trainant son dos contre le mur pour s'écarter de la loque en s'évitant néanmoins de s'effondrer. Elle ne savait pas quoi faire, comment procéder ; elle devait manifestement retrouver Ron et Harry, mais il était impensable de quitter les lieux du crime en livrant sciemment le corps de Lavande à la putréfaction. Bouleversée, Hermione tituba au travers de la pièce dans l'espoir de trouver un quelconque signe qui lui indiquerait quoi faire, jusqu'à ce que l'idée d'alerter les autorités surgit. Ragaillardie, elle chercha activement un téléphone avant de prendre conscience, non sans pester contre sa stupidité, que Lavande était issue d'une famille de Sang-Purs ; il n'y avait donc aucun appareil électronique. Hermione rugit, excédée, rugissement qui se mêla aux plaintes du chanteur des Bizarr' Sisters qui ressassait encore la même chanson mélodramatique ; Lavande était manifestement en peine d'amour, cette soirée-là.

Alors, elle entendit une voix héler un nom qu'elle ne connaissait guère. Ce devait être un voisin qui interpelait un parent absent de la pauvre victime, alerté par le vacarme adjacent. Voilà, c'était le signe qu'elle attendait! Le visiteur allait immanquablement pénétrer dans la maison en constatant le déluge qui s'y était produit et apercevrait le corps de Lavande… À regret, Hermione s'autorisa à déguerpir. Elle avait honte de se dérober à une telle situation, mais elle était beaucoup trop inquiète pour ses amis pour s'assurer que les autorités ne viennent constater l'état d'une personne d'ores et déjà décédée.

Sans accorder un seul dernier regard à Lavande, Hermione transplana.

oOo

Elle poussa un cri effroyable lorsqu'elle se matérialisa devant une personne. L'effroi et la fébrilité étaient à leur point culminant. Drago agrippa ses épaules d'une poigne féroce et la secoua brusquement.

- Hermione, merde! vociféra-t-il, plus que furieux. Où étais-tu? Tu m'as fiché une de ces trouilles, bordel! Arrête de crier!

Soudain, elle éclata littéralement en sanglots. La poursuite en balai, l'incroyablement court intervalle qui avait séparé l'arrivée des meurtriers et la leur mais qui avait pourtant décidé du sort de Lavande, la découverte de son corps mutilé, et maintenant l'insupportable crainte de savoir Ron et Harry à la merci de ces psychopathes eurent raison d'elle. Elle empoigna le manteau de Drago au niveau de bras et laissa libre cours à son hystérie :

- Ils ont encore tué! Ils ont tué Lavande! Nous sommes arrivés trop tard… Nous n'étions à deux doigts de les en empêcher, mais ils l'ont encore fait! Elle… Elle est morte! C'est de notre faute! J'aurais dû voir qu'elle était devenue quasiment transparente… Je… Je…

La tête que faisait Drago aurait pu être comique si la situation n'avait pas été aussi grave. Déconcerté, il tenta de placer un mot mais Hermione poursuivait :

- Et maintenant, Ron et Harry sont partis à leur poursuite! Ils vont se faire tuer…! (Elle sembla subitement réaliser quelque chose et son visage se déforma par la terreur.) Oh mon Dieu, Drago! Nous devons aller les aider! Ils vont se faire tuer!

Hermione se dégagea et ne fit que trois pas en direction de l'auberge avant de faire halte ; aussi honorables ses intentions soient-elle, elle n'avait franchement aucune idée de la méthode à emprunter pour retrouver ses amis. Le tumulte avait été tel qu'elle n'avait pas eu la présence d'esprit de noter la direction par laquelle ils avaient tous fui en saillissant de chez Lavande.

- Hermione…! Hermione, bon sang, calme-toi! s'exclama Drago, confus, en lui saisissant les épaules. (Il la força à se retourner.) Je n'ai absolument rien compris de ce que tu viens de me dire, Hermione! Pourquoi as-tu du sang sur le visage? Tu es blessée? Explique-moi!

- Non! trancha-t-elle sous une intonation aigue. Ce n'est pas le temps! Il faut trouver Ron et Harry!

- Très bien, très bien! balança le blondinet avec impatience. On va aller les trouver! Où sont-ils?

- Je…

Elle se tut, déglutit, fixa le collet du manteau de Drago en secouant la tête de gauche à droite pour finalement pousser un autre sanglot.

- Je l'ignore! hurla-t-elle en saisissant de nouveau ses épaules.

Sans plus attendre, Drago plaqua son corps contre le sien et l'étreignit étroitement. Hermione entoura aussitôt le sien de ses bras et pleura librement contre son épaule.

- D'accord, d'accord… chuchota le jeune homme à son oreille. Maintenant, calme-toi, Hermione… Ça ne sert à rien de paniquer comme tu le fais. J'ignore où sont Potter et Weasley et ce qu'ils y font mais je suis certain qu'ils se débrouillent bien, tu ne crois pas?

Ses sanglots étaient si violents qu'elle ne put répondre ; elle hocha simplement la tête. Drago mourrait d'envie de lui redemander ce qu'il s'était produit mais savait qu'il n'obtiendrait aucune information compréhensible s'il réitérait à l'instant. Mais au bout d'une interminable minute, il céda :

- Explique-moi, maintenant. Je veux savoir ce qui s'est produit.

Calmée, Hermione recula légèrement en reniflant. Une douce vapeur incolore s'extirpa d'entre ses lèvres palpitantes.

- Je te dirai tout, mais je veux que nous nous rendions au Terrier pour attendre leur retour…

- Parfait. Allons-y.

Suite à plusieurs essais lamentables provoqués par son incapacité à se concentrer, Hermione, toujours dans les bras de son bien-aimé, transplana au Terrier.

oOo

Un désir inconscient mais puissant lui permit de transplaner directement dans la chambre de Ron, à l'abri des questions de Molly, Arthur et de Ginny. Drago ne s'arriéra pas à froncer le nez en découvrant le discutable habitat du rouquin même si d'autres circonstances le lui auraient autorisé ; machinalement, il protégea la chambre d'éventuelles oreilles indiscrètes tandis qu'Hermione saisit l'album photographique des Malefoy qui avait patienté là durant leur escapade. Mais à la seconde exacte où le couple s'assit sur le lit, un crac! sonore retentit ; Ron et Harry apparurent en plein centre de la pièce, débités, hors d'haleine.

- Les garçons! s'écria-t-elle en s'élançant sur eux.

Un projectile chevelu fonça droit sur Harry et lui coupa le souffle. Il lui rendit son étreinte, remué, et laissa tomber son balai contre le sol lorsqu'Hermione le libéra enfin. Elle bondit sur le rouquin qui profita de sa consolation pour enfouir son visage au creux de son sol en humant son parfum, les bras enserrés autour de sa taille. Hermione était beaucoup trop chamboulée pour relever l'indécence de son comportement mais il ne passa certainement pas inaperçu aux yeux de Drago qui choisit ce moment précis pour se redresser ; jusqu'alors, il semblait ne pas avoir été remarqué ni par Ron, ni par Harry.

Hermione s'écarta alors de Ron et les deux garçons virent enfin Drago. Ils n'eurent toutefois pas le temps de réagir, car la jeune femme se mit de nouveau à pleurer :

- Bande d'imbéciles d'idiots irresponsables et inconséquents! leur hurla-t-elle au visage, furibonde. Me laisser seule alors que vous poursuiviez l'ennemi…! J'ai failli perdre la tête tant je craignais pour votre sécurité! Vous êtes vraiment insouciants, ma parole!

- Ça va, Hermione… Nous sommes saufs, annonça Ron en ricanant gauchement.

Il étira un bras vers Hermione et le caressa timidement pour mieux la réconforter. Harry ignora sa réprimande et opta plutôt pour l'annonce des nouvelles pertinentes :

- Ils nous ont filé entre les doigts, annonça alors Harry.

- Oui… On les tenait, ajouta Ron en écartant les balais dans un coin de la pièce. On était si proche… Ils ont dû sentir qu'on allait bientôt les rattraper alors ils ont transplané. Ils ont joué avec nous.

Le rouquin fusilla Drago du regard.

- Ton père et tes oncles ont transplané, corrigea-t-il.

- Ron, je te préviens, signala Hermione en observant le ton rancunier. Si tu accuses Drago de quoi que ce soit…

- Qu'on m'explique, sacrilège! s'impatienta Drago en mettant un terme aux divagations.

Ron, Harry et Hermione informèrent Drago de leurs dernières découvertes au sujet de la particularité des photos de l'album, mais également du vol de la Carte du Maraudeur et des déductions en lien avec Poudlard qui en avaient découlées. Les renseignements voyageaient sinistrement et dans un climat de tension oppressant, comme s'ils craignaient qu'à tout moment, un énième élément angoissant jaillisse et les oblige à affronter un nouvel os. Mais le blondinet devint bientôt tout aussi à jour des échafaudages que le trio sans qu'ils n'aient eu à subir d'anicroche. C'est à ce moment exact que d'elle-même, la limite se traça ; tergiverser n'était plus tolérable. Le droit de faire le pied de grue tandis que les plans de Lucius se forgeaient était dorénavant banni ; ils devaient agir. Par chance, ils détenaient maintenant d'un mot-clé quant à la suite des événements : Poudlard.

- Mais que pourraient-ils bien vouloir faire à… à Poudlard? bredouilla Drago, peu convaincu. C'est absurde.

- Ils n'ont certainement pas volé une carte de Poudlard afin de se situer dans le Manchester, si tu veux mon avis, rétorqua Harry. Cette carte n'illustre que les constructions du château. Ils tiennent manifestement à accomplir quelque chose là-bas et nous devons les en empêcher.

- Et il faudra bien trouver la raison exacte qui les pousse à aller à Poudlard si nous tenons à procéder en conséquence, ajouta Ron, assis en tailleur sur son lit.

Harry, sur une chaise installée devant, croisa une jambe sur son genou.

- Selon moi, ils veulent soit cacher un Horcruxe ou en fabriquer un, et puisque nous n'avons aucune autre piste que celle-ci, je crois que nous devrions nous en tenir à ça.

- Oui, mais admettons que nous trouvions la raison de leur visite à Poudlard, intervint Hermione, nous serons tout de même bloqué par un détail majeur.

Le suspens plana. Hermione tenait manifestement à ce qu'on la pousse à poursuivre et c'est Drago qui céda :

- Oui? Lequel?

- La méthode par laquelle nous y rendre.

Hermione, également assise sur le lit, se leva et se positionna en plein centre du carré parfait qu'ils formaient avant son déplacement, de sorte à ce que l'attention générale soit posée sur sa personne tandis qu'elle s'explicitait telle une étudiante durant un exposé oral :

- Je nous vois mal nous rendre à King's Cross pour prendre le Poudlard Express, pas vous? Nous y rendre en balai est inconcevable, et il est impossible d'approcher le château par des moyens de transport moldus. Je nous trouve plutôt en mauvaise posture.

- Pourquoi l'idée du balai serait-elle inconcevable? demanda Harry en fronçant les sourcils.

La jeune femme poussa un rictus jaune en roulant les yeux d'un air ironique.

- Le voyage en train dure approximativement six heures, Harry. Tu nous imagines, en plein hiver, faire un tel voyage sur un bout de bois? Ça nous prendrait pratiquement vingt-quatre heures, si ce n'est pas plus!

- Nous n'avons qu'à transplaner, proposa Ron en haussant les épaules.

Il y eut un moment de flottement, comme s'ils n'osaient rire à son inconvenante plaisanterie en raison de la gravité de la situation – car il s'agissait immanquablement d'une remarque destinée à alléger l'atmosphère. Contraints, Harry, Drago et Hermione s'intéressèrent à Ron qui semblait attendre qu'on lui indique si son idée était acceptable ou non.

- Attends… Tu… Tu veux rire, j'espère? fit Hermione, interdite.

Ron pinça les lèvres, sentant enfin qu'il venait de proférer une bêtise.

- Il y a au bas mot huit cent cinquante kilomètres qui nous séparent de Poudlard, Weasley, lui indiqua sobrement Drago. Vas-y, essaie de transplaner.

Le rouquin s'empourpra brusquement et haussa les épaules en s'intéressant à une affiche des Canons de Chudley dont le coin supérieur droit pendait paresseusement. Une interaction inimaginable se produisit alors : Harry et Drago, en toute discrétion, s'échangèrent une œillade amusée. Hermione, en revanche, était manifestement embarrassée par l'ineptie de son ami, car elle ne s'adressa qu'à Harry et à Drago lorsque son malaise fut chassé :

- Des idées…?

- Mis à part transplaner, non, aucune, répondit Drago sans pouvoir réprimer un maigre sourire persifleur.

De nouveau, Harry sourit sous sa main, mais Hermione lui lança un regard récriminateur pour l'inciter à nourrir sa concentration. Ron fit la sourde oreille, mais Hermione pouvait sentir la chaleur que sa tête dégageait tant la colère s'y accumulait.

- Si nous ne trouvons pas d'autre solution, nous ne pourrons que nous fier à des balais, Hermione, j'en ai bien peur…

- Han-han! dédaigna-t-elle en secouant précipitamment la tête. Il n'en est pas question!

- L'importance ici n'est pas le confort, Hermione…

- Si nous parlons d'un voyage de plus de vingt-quatre heures, Harry, alors oui, le confort fait partie des priorités!

- La Chambre des Secrets… susurra Drago.

Intrigués par son murmure, tous se turent et le dévisagèrent. Drago était figé, comme s'il craignait que le moindre mouvement ne chasse le lien que son esprit effectuait. Un flash l'avait traversé, ça ne faisait aucun doute.

- Comment? Est-ce que tu as dit « la Chambre des Secrets »? cracha Ron avec mépris, ravi de pouvoir coller son titre d'imbécile à quelqu'un d'autre. Qu'est-ce que la Chambre des Secrets peut bien faire là-dedans? Tu es complètement à côté de la plaque, mon pauvre Malefoy…

Il rigola, espérant ainsi susciter la même réaction chez ses amis, mais personne ne semblait partager son point de vue. Lorsqu'il chercha renfort auprès d'Harry, son rire mourut sans transition ; le Survivant fronçait poliment les sourcils, simplement désarçonné. Contrarié, le rouquin observa alors la réaction d'Hermione qui acheva de le convaincre de tenir sa langue pour le reste de la durée de l'entretien ; celle-ci jaugeait le blondinet avec des yeux embués d'estime, la bouche entrouverte. Il piqua un fard, penaud.

- Oui… souffla Hermione en reposant distraitement ses fesses sur le bout du lit.

Ron croisa les bras. Il s'indigna malgré lui :

- Quoi? Comment ça, « oui »? C'est complètement idiot! Quel est le lien entre la Chambre des Secrets et la bande de Lucius Malefoy?

- J'ai rêvé à la Chambre des Secrets cette nuit, spécifia Drago, imperméable aux commentaires du rouquin, et puisque depuis le tout début, il n'y a aucune coïncidence…

- Ça a forcément un lien, en conclut Hermione, subjuguée. Ce n'était pas qu'un rêve… Tu as dû avoir une sorte de vision, ou quelque chose du genre…

- Une vision? Mais il n'y a aucun lien entre ces deux éléments! insista Ron en s'improvisant casse-pieds. Qu'est-ce qui pourrait les attirer là-bas? Tout ça n'a aucun sens!

Bousculé par ses idées, Harry tendit les mains devant lui afin de signaler qu'il devait absolument prendre la parole sans qu'on ne l'interrompe :

- J'avais également des visions, vous vous souvenez? Je voyais ce que Voldemort faisait, je pouvais sentir ses émotions, sa colère, son euphorie, et tout ça grâce à un lien magique qu'il a lui-même établi le soir où il a tué mes parents… Il serait donc parfaitement probable que tu vois des images que ton père projette puisque vous avez un lien de sang, un lien encore plus fort que celui de la magie…!

Harry et Drago se jaugèrent longtemps et leur complicité se complexifia davantage. D'après cette nouvelle observation, il était indubitable qu'un lien singulier se tramerait entre eux, car outre le blondinet pour qui l'expérience était nouvelle, il n'y avait qu'Harry qui eut connu ces captages étrangers parmi les membres du quatuor.

- Quel était ce rêve, exactement? demanda le Survivant, attentif, en se tournant entièrement vers Drago. Tous les détails de ce rêve pourraient être d'une importance capitale.

Hermione sourit, à la fois amusée et attendrie par cette scène amicale hétéroclite. Ron, quant à lui, broyait littéralement du noir derrière elle.

- Il ne se passait pas grand-chose, indiqua Drago en haussant les épaules. Je survolais la Chambre des Secrets, mais je n'étais pas moi-même. Ça peut paraître ridicule, mais j'étais en fait une gigantesque… boule orangée.

Au loin, des criquets vocalisaient. Incapable de se contenir, Ron étira les lèvres en un sourire sardonique.

- Une… boule orangée…? répéta Harry, dubitatif.

- Vous voyez? céda Ron. Il dit n'importe quoi depuis le début. En fait, Malefoy a rêvé aux Prunes Dirigeables géantes de Xeno Lovegood. Nous voilà bien avancés, non? En tout cas, moi je-

Il se tut comme une lueur expéditive traversa simultanément le regard d'Harry, de Drago et d'Hermione. Le silence, suite à cette illumination aussi soudaine qu'aberrante, les plongea dans un profond embarras, tous conscients que la conclusion qu'ils avaient tirée de leur longue cogitation jurait avec la gravité de la situation. Hermione, pour dispenser quiconque de se ridiculiser en prononçant mot pour mot la solution à leur problème de transport, se redressa, parcourut sommairement la pièce du regard et mit la main sur l'exemplaire le plus récent du Chicaneur que Ron s'était procuré. Elle lorgna la page titre avec réticence, leva les yeux sur Drago et lui tendit la revue.

- Voilà la gigantesque tangerine volante de ton rêve, Drago. Notre… Notre moyen de transport.

Celui-ci s'empara du Chicaneur et jeta un œil dédaigneux à la photographie des Prunes Dirigeables géantes de Xenophilius Lovegood.