Titre : Typologie des erreurs à commettre absolument dans sa scolarité

Auteur : Mokoshna

Fandom : Harry Potter

Crédits : Harry Potter appartient à J. K. Rowling

Couple : Al/Scorpius

Notes : J'ai modifié un peu ce chapitre par rapport à sa première publication, en rajoutant quelques petites choses.


1. Oublier ses affaires de classe... surtout le jour où vous en avez le plus besoin

Il y avait une marche branlante dans le deuxième escalier mouvant qui menait à la salle où se déroulait le cours de botanique. La treizième en partant du haut, plus exactement. N'importe quel élève en dehors des Première année qui venaient d'arriver savait cela. Le truc, c'était de ne pas marcher dessus, car quelle que soit la manière dont on s'y appuyait, elle finissait toujours par céder. Tous les efforts de Laharty, le concierge, n'y faisaient rien : c'est à croire qu'elle avait été enchantée pour vous faire culbuter la tête la première au moindre passage.

Tout le monde savait qu'il ne fallait pas s'y appuyer, mais cela ne voulait pas dire qu'il n'y avait pas d'accident, bien au contraire. Une tradition s'était depuis longtemps instaurée parmi les élèves de l'école : à savoir, quel serait le premier à faire remarquer à Albus Potter qu'il allait incessamment sous peu finir la cervelle étalée deux étages plus bas s'il ne faisait pas attention à cette fichue marche.

Cette fois, ce fut au tour d'Alastair Kingsley de jouer au bon samaritain. Il le faisait souvent, du reste : en tant que préfet, il jugeait que c'était là un de ses devoirs primordiaux que de sauver une vie, et ce quelle que soit sa maison d'origine.

– Fais gaffe à toi, Al. Tu vas tomber.

– Hum ?

Comme d'habitude, il fallut au moins deux élèves pour éviter à Al, illustre fils d'Harry Potter le Survivant et accessoirement meilleur ami de Scorpius Malefoy, de se rompre le cou de manière fort disgracieuse. Al fit un sourire éclatant à Cynthia Hopkins qui lui bloquait le passage. Cynthia faisait partie de ses amis les plus dévoués depuis leur arrivée ensemble dans la barque de Hagrid, quatre ans plus tôt. Elle avait tendance à lui pardonner toutes ses erreurs mais comme il la laissait copier ses devoirs de botanique avant de venir en cours, elle pouvait aisément lui accorder la faveur de lui sauver la vie.

– Plaît-il ?

– La marche, lui dit Cynthia en secouant la tête, faisant sauter ses nattes sur ses épaules. Tu as encore oublié qu'elle était là.

Al lui jeta un regard confus.

– La quoi ?

– La marche, fit Alastair avec un soupir. Celle sur laquelle tu allais marcher si Cynthia et moi on ne t'avait pas arrêté. La même sur laquelle tu essayes toujours de trébucher depuis qu'on va en botanique ensemble. Tu te souviens ?

Un éclair de compréhension passa dans les yeux d'Al. Il était comme ça, Al : ses parents l'avaient moulé dans la meilleure pâte possible mais cela ne voulait pas dire qu'elle pouvait tenir toute seule. Régulièrement, sa mère contactait ses professeurs et ses amis pour savoir s'il avait passé le mois en un seul morceau. La réponse n'était pas toujours positive.

– Ah oui, c'est vrai. Merci, Cynthia. Toi aussi, Alastair.

– Comment tu fais pour te lever le matin ? soupira Cynthia. C'est un miracle que tu ne sois pas encore mort avec tout ça !

Al haussa les épaules. Se prendre un poutre ou deux, trébucher régulièrement sur ses pieds ou finir à l'infirmerie à cause d'un philtre de décoloration qu'il avait ingurgité par erreur en cours de potions ne semblait jamais le déranger. Il avait d'autres soucis, comme savoir si la couleur des cheveux d'Amelia Abbot étaient blond doré ou blond cendré ou si les elfes de maison préféraient les chaussettes rayées ou plutôt celles à pois.

– Je n'ai pas l'impression d'être en danger de mort, dit-il en leur jetant un regard surpris.

– C'est parce que ton Malefoy te protège et qu'il nous menace de nous rendre la vie impossible si on ne fait pas pareil quand il n'est pas là, fit remarquer Galaad Thomas, un garçon aux cils tellement longs qu'on le prenait parfois pour une fille. Sérieusement, Al. Fais attention à toi. Je n'ai pas envie de voir ce que donne un Malefoy fou de rage. Déjà qu'il est pas commode en temps normal...

Al fit une moue boudeuse.

– Je ne vois pas de quoi tu parles. Scorpius est très gentil. C'est juste que vous ne lui laissez pas sa chance.

– C'est plutôt lui qui ne veut pas nous en laisser, dit Alastair. Tu es le seul avec qui il se comporte en être humain, Al. Faudrait que tu comprennes ça un jour.

– Tu en parles comme si c'était un horrible monstre...

Personne n'osa répondre. À quoi bon ? Malgré toutes les évidences qui montraient que Scorpius Malefoy était loin d'être la personne la plus agréable à fréquenter, Al n'arrêtait pas de dire à qui voulait l'entendre que son meilleur ami était un trésor de gentillesse et de générosité. Comme si cela pouvait être possible avec un Malefoy, à plus forte raison celui-là.

Al fit un sourire radieux à ses amis. Il était mignon, pensa Cynthia. Très mignon, même : les cheveux noirs joliment arrangés grâce à une lotion que lui avait offert Scorpius, les yeux d'un joli vert émeraude, il avait un visage d'ange et le caractère qui allait avec. Rien à voir avec son meilleur ami et gardien, Scorpius Malefoy, qui avait déjà à quinze ans une sinistre réputation parmi ses camarades. Quel dommage qu'il se soit acoquiné avec ce genre de personnage ! Avec un héritage comme le sien, on aurait pourtant pu croire qu'Al était au-delà de toute association avec des enfants d'anciens Mangemorts. Mais comme le répétait Galaad à qui voulait l'entendre, Potter junior avait comme qui dirait un peu trop assimilé la leçon de papa en donnant sa chance aux Serpentards. D'ailleurs, tout le monde, à commencer par sa famille, se demandait comment il avait fait pour finir là. Son caractère maladroit et ses airs d'enfant de chœur ne collaient pas du tout avec l'image des membres de cette maison.

– On devrait se dépêcher, dit Galaad. Le professeur Londubat n'aime pas qu'on arrive en retard à son cours.

– Il fera rien à Al, fit remarquer Cynthia. Et on peut s'en tirer si on lui dit que nous, c'était parce qu'on était en train de lui sauver la vie. Ce qui est vrai.

Alastair leur fit signe de se dépêcher. Il avait toujours été leur chef, celui qui prenait les bonnes décisions et qui défendait les plus faibles et ceux qui avaient subi une injustice. C'était dans son sang, plaisantait souvent Galaad. Avec un père premier ministre de la magie, ce n'était guère étonnant. Personne ne doutait qu'il finirait préfet-en-chef d'ici deux ans, si tout se passait bien et si Scorpius Malefoy ne l'éliminait pas parce qu'il avait failli à sa mission de protéger Al de toute tentative de suicide non voulue et non préméditée.

– On va éviter les excuses inutiles, dit-il, légèrement nerveux. Al, tu as fait tomber ton livre.

– Ah, merci.

Al se baissa pour ramasser son livre de botanique. Ce faisant, le reste de ses affaires dégringola dans l'escalier dans un horrible fatras, à la grande consternation de ses amis. Son pouvoir légendaire avait encore frappé : un mélange de maladresse incontrôlable et de manque-de-bolite aiguë qui déconcertait le plus aguerri, le plus patient et le plus compréhensif des professeurs.

– Oups.

Galaad se frappa le front du plat de la main. C'était son geste fétiche à chaque fois que quelqu'un de son entourage immédiat faisait quelque chose de stupide, ce qui, il fallait l'avouer, arrivait si souvent qu'il en avait quelquefois le front tout rouge.

– Bien joué, Merlin, siffla-t-il. Si tu voulais qu'on finisse tous en retenue, t'aurais pas pu faire mieux.

– Ne tente pas le sort, grommela Alastair. On n'a pas besoin d'un autre accident.

Il se tourna vers Al, l'air passablement épuisé.

– Pense à fermer correctement ton sac, la prochaine fois. Viens, on va ramasser tout ça.

– Pardon.

– Aidez-moi, vous autres. À ce rythme-là, on n'arrivera jamais dans les temps.

– Qu'est-ce que je disais, soupira Cynthia en se baissant à son tour. Un vrai miracle.

xxx

Tout le monde s'accordait à dire que Neville Londubat était un bon professeur, quoique assez strict à ses heures. À l'arrivée (tardive) des quatre derniers élèves de son cours, il cessa de déblatérer sur les bienfaits de la laitue des chiens, ou plus communément appelée chiendent, pour leur jeter un regard sévère qui en glaça plus d'un. Alastair, Cynthia et Galaad étaient paralysés de crainte Al, quant à lui, regardait un escargot qui bavait tranquillement sur le mur. Il devait bien être le deuxième élève dans toute l'histoire de Poudlard à ne pas être intimidé par le professeur Londubat, le premier étant Scorpius Malefoy et ce pour des raisons totalement différentes.

– Vous êtes très en retard, tonna Neville.

– On est désolé, bafouilla Alastair, le seul qui avait assez de cran pour le faire. Al a perdu ses affaires dans l'escalier et on a mis dix minutes au moins pour retrouver sa plume qui était coincée sous une armure...

Neville poussa un léger soupir. L'excuse, quoique faible, était crédible : il connaissait assez le jeune Albus pour cela. C'était décidément une vraie calamité, ce garçon : il était d'une maladresse indescriptible, oubliait ses affaires la moitié du temps, et quand ce n'était pas le cas il trouvait le moyen de les faire tomber même dans la plus improbable des situations. En un sens, Al lui rappelait un peu lui-même dans sa jeunesse, en pire. Ce qui n'était pas pour le rassurer : il avait beau aimer ce qu'il était devenu, cela ne voulait pas dire qu'il souhaitait à qui que ce soit de subir les mêmes déboires qu'il avait connus du temps de ses vertes années.

– Allez vous asseoir, dit-il sur un ton qui n'admettait aucune réplique. Vous me ferez le devoir de la page 134 en plus pour la semaine prochaine.

– Bien, monsieur ! firent trois voix à l'unisson.

– Quoi ? sursauta Al, tiré de sa rêverie. Qu'est-ce qu'on fait ?

– Je t'expliquerai, chuchota Cynthia.

Ils allèrent s'asseoir. Comme toujours, Al se mit à côté d'Alastair tandis que juste derrière eux, Cynthia prit place entre la fenêtre et Galaad. Ils étaient unis comme les doigts de la main, ces trois-là. Neville sourit. Ils iraient loin, à n'en pas douter. C'étaient de bons enfants et des Gryffondors pure souche. La présence d'Al parmi eux était d'autant plus étonnante : en plus d'être un Serpentard (quoique un très mauvais représentant des traits de cette maison, il fallait l'admettre), il traînait avec ce Scorpius Malefoy qui ne faisait aucun effort pour s'accorder avec ceux qui n'étaient pas « dignes de lui ». On se demandait bien où ce garçon avait acquis ce type de raisonnement, tiens. C'était un bon élève, à n'en pas douter, mais si imbu de lui-même et des qualités de sa maison et de sa famille qu'il en oubliait que la paix avait été instaurée depuis belle lurette en Grande-Bretagne. Il fallait qu'il en discute avec Malefoy père sûrement, ce comportement ne pouvait être sain sur la durée. Il y avait déjà des rumeurs qui circulaient à son sujet, des rumeurs inquiétantes qui ramenaient Neville loin en arrière, du temps où Drago était soupçonné de travailler en cachette pour Voldemort. D'accord, la suite des événements avait donné raison aux mauvaises langues, mais cela ne voulait pas dire que son héritier était obligé de suivre ses traces... surtout en l'absence d'un Seigneur des ténèbres actuel.

Neville soupira. La classe d'abord, les sermons ensuite.

– Maintenant que tout le monde est là, dit-il d'une voix forte, je vais pouvoir continuer. Comme je disais, j'espère pour vous que vous avez pensé à emmener vos amulettes de plénitude comme je vous l'ai demandé la semaine dernière, sans quoi le reste du cours risque de s'avérer particulièrement pénible, croyez-moi. Le jeune Fentley garde encore les cicatrices de son erreur. Je suppose que vous avez tous entendu parler de son accident l'année dernière ? Vous aurez aussi besoin de vos notes sur les dragonniers à fleurs irisées.

Al se raidit brusquement. Neville le vit attraper son sac, le fouiller de manière frénétique avant de renverser une partie de son contenu sur la table. Puis il leva la main, tout penaud.

– Oui, Al ?

– Euh... je crois que j'ai oublié ça.

– Quoi ? soupira Neville. L'amulette ou les notes ?

– Les deux ?

Neville poussa un grognement résigné. Il fallait s'y attendre. Al oubliait toujours quelque chose, que ce soit sa plume, ses livres ou ses notes du cours précédent. Et malgré tout, il arrivait à garder un niveau acceptable. Allez savoir.

– Ce n'est pas grave, j'en ai une en plus en prévision de cas de ce genre. Alastair, tu partageras tes notes avec Al.

– Oui, monsieur.

Cela ne servait à rien de s'énerver contre Al, il ne le faisait pas exprès. En plus, lui attribuer une punition supplémentaire était inutile, puisqu'il risquait de l'oublier sitôt le cours fini. Il n'empêche, il fallait qu'il se concentre davantage, surtout cette année où il devait passer son BUSE. Neville se promit d'en parler avec Ginny le soir même, par feu parlant. Ce ne serait pas la première fois, ce ne serait sûrement pas la dernière, et au moins Ginny serait heureuse d'avoir des nouvelles de son plus jeune fils, aussi inquiétantes fussent-elles.

– Bon, c'est réglé. Maintenant, ouvrez tous vos livres à la page 209...