Le soir, quand Byakuya rentra, il était plus tard que d'habitude. Ses papiers l'avaient retenu plus de temps que prévu.

Il s'était inquiété malgré lui pour sa sœur, qu'il avait trouvée si mal la veille. Il ne comprenait pas ce qu'il se passait. Il l'avait toujours cru forte et résistante. Ca avait d'ailleurs dû être sa plus grosse erreur… Elle ne faisait que paraître forte.

Il était passé voir Ukitake qui lui avait apprit qu'il avait donné un jour à Rukia. Ils avaient un peu parlé d'elle, (disons au maximum de la démonstration d'émotivité du capitaine de la 6ème division) et il en était ressortit la même conclusion : elle n'allait pas bien et ils s'inquiétaient pour elle. La seule supposition qu'ils avaient pu faire, était par rapport à Aizen. Le choc qu'elle avait subit lorsqu'il avait arraché l'Hougyokû de son corps avait peut être été trop violent ?

C'est donc inquiet qu'il monta dans sa chambre après avoir posé son Zanpakutoh dans la cache prévue à cet effet à l'entrée du manoir, mais en passant il n'entendit rien dans la chambre de Rukia. Etonné, il jeta un coup d'œil rapide à toutes les pièces du manoir après avoir vainement appelé Rukia.

Intrigué, il descendit dans le salon. Puis dans les cuisines. Il questionna ensuite une servante.

-Rukia-san n'est pas encore rentrée, Kuchiki-sama.

-Quand est-elle partie ? Demanda sèchement Byakuya.

-Mais… Comme d'habitude, Kuchiki-sama, à 7h 30 pour aller travailler.

-Elle ne travaillait pas aujourd'hui ! S'exclama le noble, furieux.

-C'est pourtant ce qu'elle a affirmé… Répondit respectueusement la servante.

Byakuya quitta le manoir pour aller voir dans le jardin plongé dans la pénombre, mais rien. Il s'arrêta quelques instants pour essayer de sentir le reiatsu de Rukia, sans résultat. Elle l'avait camouflé.

Il serra les poings. Visiblement, elle était partie de son plein gré. Mais où ?

Elle n'avait même pas réussi à rentrer dans un Gigai, pour une raison qu'elle pensait connaître.

De toute façon, ça l'arrangeait bien.

Malgré la douleur incessante de son ventre et la peur qui lui nouait l'estomac, Rukia marchait d'un pas vif dans les rues de Karakura. Attentive à tous les passants : elle devait à tout prix éviter de tomber sur Ichigo et sa bande. C'était pour ça et aussi pour que personne de la Soul Society ne puisse la localiser qu'elle épuisait ses forces à dissimuler son reiatsu.

Elle s'arrêta un instant pour reprendre son souffle. La peur ne la quittait plus, aussi posa-t-elle sa main sur son ventre, saisit sa peau, et la serra aussi fort qu'elle le pouvait. La douleur lui transperça le corps, et elle serra les dents. Pourquoi ? Pourquoi elle ?

Elle ne pouvait en parler à personne. Même Unohana l'aurait dit aux autres capitaines. La seule personne en qui elle avait confiance qui pouvait l'aider… la seule…

Elle se retrouva devant la maison des Kurosaki. Une légère nostalgie s'empara brièvement d'elle, jusqu'à ce qu'une nouvelle nausée ne lui saisisse les entrailles, lui rappelant ce qu'elle faisait ici.

La lumière de la cuisine était ouverte, et on pouvait voir Yuzu cuisiner. A l'étage, par la fenêtre de sa chambre, on voyait Karin réviser. La chambre d'Ichigo était noire. En outre, elle pouvait sentir son reiatsu ainsi que celui de Sado, Ishida et Inoue de l'autre côté de la ville. Quand à Kon, elle le sentait dans la chambre. Il devait probablement être enfermé dans le tiroir.

La clinique Kurosaki, elle, était ouverte. Isshin devait être en train de travailler. Elle inspira un bon coup, et couru d'une traite jusqu'à la clinique.

Elle s'installa dans la salle d'attente. Malgré l'heure tardive, le père de famille soignait toujours quelqu'un.

Elle était nerveuse et se tordait les mains anxieusement en surveillant les reiatsu de tout le monde.

Enfin, la porte du bureau d'Isshin s'ouvrit sur une vieille femme. Celle-ci ne put évidemment pas voir Rukia, aussi passa-t-elle sans broncher devant la Shinigami.
Isshin, en revanche, eu une seconde de surprise.

Il sursauta, et la vieille femme se retourna, étonnée de l'avoir entendu s'arrêter.

-Haha, à demain, Madame Kasuki ! Et en pleine forme, comme toujours !

Isshin avait retrouvé son sourire imbécile et sa voix portante, comme avec ses enfants. Il accompagna la vieille femme au dehors en ignorant complètement Rukia, qui attendait assise.

Quand enfin la vieille dame fut dehors, il se retourna, le visage grave.

-Rukia-san, dit il. Que me vaut le plaisir de ta visite ?

-Kurosaki-san, je voudrais que vous m'auscultiez.

Elle avait parlé doucement, mais en le fixant avec fermeté.

-Voilà qui est clair. Mais je crois que vous avez des soignants là-haut qui sont bien plus qualifiés que le pauvre médecin que je suis.

-C'est une faveur spéciale, avoua Rukia en se relevant pour faire face à Isshin.

-Spéciale ? S'enquit Isshin, qui restait d'un sérieux déconcertant. Il devait sentir qu'il se passait quelque chose d'anormal. Rukia ne l'avait jamais vu si concentré, et cela l'ébranlait un peu. Elle ne voulait pas faire de commentaire à ce propos, aussi hocha-t-elle la tête.

-Viens dans mon bureau.

Ils rentrèrent, puis se mirent à nouveau face à face. Rukia, désespérée et honteuse, baissa la tête.

-Spéciale comment ? Demanda le père.

-Une analyse complète.

-Jusque là, rien de spécia…

-Et une échographie.

Le silence qui avait suivit cette déclaration mit mal à l'aise Rukia.

-Tu te moques de moi.

Rukia releva la tête, et fixa Isshin profondément.

-J'ai l'air de plaisanter ?

Le silence s'abattit à nouveau.

-Rukia-san, tu sais aussi bien que moi que c'est…

-Impossible ? Bien sûr que je le sais ! Bien sûr que je sais que je suis morte et que je NE PEUX PAS tomber enceinte !! Mais les faits sont là, Kurosaki-san !

-Ne t'emballe pas, Rukia-san. Nous allons faire des examens.

Il posa une main rassurante sur l'épaule de Rukia, et lui sourit.

-Ne t'inquiète pas, je suis là.

Rukia hocha légèrement la tête. Pas du tout rassurée.

Rukia termina d'enfiler sa tenue de Shinigami. La situation aurait été différente, elle ne se serait jamais déshabillée devant le père d'Ichigo. Mais là… Elle n'avait certainement pas la tête à ce genre de futilités. Et Isshin non plus, visiblement.

-Alors ? Demanda-t-elle en nouant sa ceinture.

Isshin était devant sa feuille, l'air très grave.

-Tu avais raison, Rukia-san. Tu es bien enceinte, bien que cela dépasse mon entendement. C'est… C'est tout simplement impossible.

Rukia regarda Isshin avec des yeux suppliants.

-Je vous en supplie, ne dites rien à la Soul Society ! Ils ne savent rien, ils ne savent même pas que je suis ici ! S'ils savaient… Je serai une bête de foire ! Je ne veux pas !

-Tu me demande quelque chose de très dur, Rukia-san. Ton cas est peut être grave. C'est une responsabilité…

-J'ai gardé votre secret ! Je n'ai jamais dit à Ichigo qui vous étiez réellement ! Vous me devez bien ça !

Isshin la regarda avec étonnement. Il fronça les sourcils, l'air suspicieux.

-Depuis quand… Sais-tu ça ?

-Des allusions de Kon, d'Urahara et Yoruichi. Et puis votre nom est encore inscrit sur les tablettes des anciens capitaines.

Elle lui lança un regard tellement désespéré et suppliant, qu'Isshin ne put s'empêcher de soupirer.

-Rukia… Une question…

Rukia se jeta en arrière dans le siège, et prit son visage entre ses mains. Attendant la question.

-… Qui est le père ?

Il y eu un vide.

Elle le regarda en laissant ses mains sur son nez, l'air las.

-J'espère bien que ce n'est pas mon fils !

A cette annonce solennelle, Rukia manqua de s'étouffer. Isshin dû lui taper à plusieurs reprises dans le dos pour qu'elle se calme.

-Quoi ? Articula-t-elle enfin. Ichigo… ? Comme si Ichigo et moi…
Elle rougit subitement, et ne termina pas sa phrase.

-Imbécile, rajouta-t-elle simplement.

-Tant que ce n'est pas mon fils, soupira Isshin. Alors ? Qui est-ce ?

Rukia baissa les yeux.

-Réponds-moi, c'est important pour comprendre qu'est ce qu'il se passe.

Soudain, Rukia se jeta hors de son fauteuil, et se mit à tourner en rond dans la pièce en s'écriant :

-Il n'y en a pas !!! Vous êtes content ? Il n'y a PAS de père ! Il n'y en a jamais eu !

Isshin fronça les sourcils.

-Pas de père ? Tu en es sûre ?

Rukia s'arrêta net, et mit son index sur le menton, visiblement énervée.

-Ha, tiens, non ! J'avais omis ce léger détail ! C'est vrai, c'est quelque chose qu'on oublie facilement ! Vous me prenez pour qui ?

-Ne t'énerve pas, ce que je veux dire, c'est que s'il n'y a pas eu de…

-Ca ira, merci.

-… Donc, c'est que c'est encore plus grave que ce que je ne pensais.

Il saisit la feuille qu'il avait posée sur la table.

-Tu as une sérieuse anémie, doublée de problèmes aux intestins suite à tes vomissements répétitifs. Tu…

Quelqu'un toqua à la porte, coupant le pronostic du docteur.

-Entre ! Lança Isshin sans bouger.

La porte s'ouvrit, donnant sur… Un bob vert et blanc, par-dessus une tête châtain clair.

-Urahara-san, tu as fait vite.

-D'après ce que j'ai compris, c'est grave, répondit Urahara en souriant, dévoilant un œil bleu en dessous de son couvre-chef. Salut, Rukia-chan !

-Qu'est ce qu'il fait là, lui ?! S'emporta Rukia en bondissant de son siège. Je vous faisais confiance, Kurosaki-san ! Vous…

-Tututut, Rukia-chan, je suis déçu par le manque de confiance que tu as en moi, minauda le marchand. Je viens en ami. Par ailleurs, j'ai ouïe dire que tu avais un petit problème…

-Je dirais un gros, avoua Isshin. Rukia est enceinte.

Le silence s'abattit alors qu'Urahara ouvrait _et c'était la première fois que Rukia voyait ça _

de grands yeux ronds.

-Et il n'y a pas de père, rajouta Isshin.

Urahara s'assit, le chapeau rabattu sur son visage. Silencieux.

Isshin et Rukia attendirent qu'il prenne la parole.

-Dis-moi, Rukia-san, dit enfin l'homme au bob. Quels sont les symptômes ?

-Fortes nausées, vomissements de sang, sérieuse anémie, répondit Isshin. Je ne sais pas où part le sang qu'elle perd, nous n'avons même pas pu faire d'échographie, ça ne marche pas sur les Shinigamis. C'est vrai que je n'avais encore jamais tenté de faire passer une radio à un esprit…

Un silence s'abattit.

-Laisse-moi deviner, Rukia-san, c'est depuis qu'Aizen t'a arraché l'Hougyokû, n'est ce pas ? Demanda Urahara.

-Comment le savez-v…

Cette fois, le silence fut à couper au couteau. Ils venaient de comprendre la réalité. Urahara avait toujours le visage caché sous son bob, mais il regardait fixement Rukia. Isshin aussi regardait Rukia avec un air trop sérieux très déplaisant, et Rukia fixait Urahara avec un air désespéré.

-Non… Murmura-t-elle.

-C'est possible ? Demanda Isshin.

-C'est envisageable, avoua Urahara.

-Non…

-Comment en être sûr ?

-Non… Non…

-Rukia-san, calme-toi s'il te plaît.

-C'est pas vrai, hein ? Ca ne peut pas être possible ! C'est IMPOSSIBLE !!

-Rukia !! Calme-toi !

-Me calmer ?!

Urahara, sans avertir, disparut et réapparut derrière Rukia. Il la saisit fermement, pour l'empêcher de bouger.

-Calme-toi, on va trouver une solution. Mais il faut que tu répondes à nos questions, d'accord ? On va t'aider. On ne va pas te laisser seule. Ne t'inquiète pas.

Rukia referma sa bouche, et son regard affolé se perdit en face d'elle. Des larmes perlèrent aux coins de ses yeux, et ses jambes lâchèrent.

Avec douceur, Urahara la prit dans ses bras pour la poser sur le fauteuil.

Lui et Isshin s'accroupirent ensuite à côté d'elle.

-Rukia, c'est très important. Est-ce qu'Aizen ou un Espada t'aurai dit quelque chose, n'importe quoi en relation avec tout ça ?

Rukia essuya rageusement ses larmes, et secoua négativement la tête. Dans son esprit, tout était si confus ! Si elle avait pu, elle se serait jetée d'un pont pour en finir.

Mais quoi qu'elle en dise, son esprit combatif était plus fort que tout. Elle se refusait à abandonner sans essayer de se battre.

-En as-tu croisé récemment ? Demanda à nouveau Urahara.

-Non, grogna Rukia. Ses tremblements cessèrent, et dans ses yeux s'allumèrent des flammes ardentes, celles qu'on a quand on est décidé à ne pas se résigner.

-Rukia, une dernière question. Est-ce que tu peux… L'entendre ?

Elle le regarda soudain dans les yeux. Ils se scrutèrent, mais personne ne vacilla. Le visage de Rukia était inexpressif.

-Non, mentit-elle alors. Non, je n'entends rien.

Urahara resta immobile quelques instants, puis il soupira et se releva.

-J'avoue que je n'aurais jamais pensé qu'une chose pareille puisse se produire. Techniquement, l'Hougyokû ne peut pas procréer. Mais il semblerait que ta compatibilité avec lui était plus forte que ce que je ne croyais.

Il se tourna vers Isshin.

-Et, si nous envisageons qu'Aizen est au courant, il va essayer à tout prix de retrouver Rukia pour avoir son enfant. Car si c'est bien l'Hougyokû qui a engendré cet enfant, alors son pouvoir sera… Effrayant…

La peur et la terreur avaient été remplacées par une volonté farouche de chasser ce corps qui se développait chez elle.

Rien que de songer qu'il était là, entre ses entrailles, et qu'il se nourrissait d'elle, une rage bouillante s'emparait d'elle. Rukia REFUSAIT de donner la vie à… à cette chose.

Urahara avait insisté pour qu'elle vienne chez lui, où elle serait en sécurité.

Isshin avait promit de ne rien dire à la Soul Society.

Rukia se souvenait de la conversation qu'ils avaient eue, Urahara et elle, en rentrant au magasin.

-Urahara-san, je veux que vous me l'enleviez.

-Ce n'est pas si simple, Rukia-san. Cela fait quatre mois qu'il est en toi, l'avortement serait inefficace. Et tenter de le tuer te tuerai à coup sûr.

-Je ne veux pas de cette chose dans mon ventre !!!

-Calme-toi, je sais ce que tu ressens, mais…

-Vous avez déjà été enceinte ?

-A vrai dire, pas encore, mais…

-Et bien, avoir un monstre à l'intérieur de soi qui grandit n'a rien d'agréable !!

-Allons, un monstre…

Elle aurait voulu lui cracher tout ce que cette abomination lui susurrait la nuit, toutes ces horreurs qu'elle lui disait.

D'après ce qu'elle savait, quand les humaines étaient enceintes, elles nourrissaient un amour intarissable et inconditionnel pour leur bébé dans leur ventre.

Rukia, elle, détestait du plus profond de son âme cette chose qui palpitait au creux de ses organes.

Elle frappa du plus fort qu'elle pu le mur de sa chambre de substitution.

Elle se sentait bloquée, prise au piège.

-Maman, je suis encore là ! J'ai encore soif, tu sais ! Ton sang est si délicieux… Tu sais quoi ? J'ai compté le temps qu'il nous reste à vivre ensemble. Cinq mois. Cinq petits mois. Et quand viendra le grand moment, tu sais comment je naîtrai ? Ah, méchante maman… Je me réjouis rien que d'y penser ! J'arracherai de mes petites mains tes entrailles, je creuserai jusqu'à déchirer la peau de ton ventre si doux pour pouvoir enfin sortir. Et là, quand je serai dehors, j'arracherai ton cœur si chaud qui me déteste tant et je le mangerai ! Alors ? Tu as peur ? Moi, tout ça m'excite… J'ai si hâte que ce jour arrive !

Imbécile. C'était un imbécile. Comment avait-il cru qu'elle resterait sans bouger ?

Sa chambre était vide. Il ne l'avait même pas entendue partir cette nuit.

Imbécile.

Urahara ajusta son bob, et soupira. Où était-elle, maintenant ?

Rukia avait cherché toute la matinée, mais elle avait finalement trouvé.

Une colline avec une bonne pente raide.

Elle soupira, une fois arrivée en haut.

Cette idée même la répugnait. Mais c'était la seule solution qu'elle avait trouvé. Il y avait une chance sur deux pour que ça marche, mais elle devait essayer. Même si elle risquait de se briser le cou.

Elle regarda le ciel bleu. Que faisaient-ils tous, en ce moment ? Pensaient-ils à elle ?

Elle soupira et secoua la tête. Ce n'était certainement pas le moment d'y penser. Ce pas allait être décisif.

Elle regarda la pente presque à pic qui s'étalait sous ses yeux. Il allait lui falloir tout son courage.

Elle ferma les yeux. Elle ne voulait pas de cette horreur en elle, c'était la seule solution. Rukia leva un premier pied, s'immobilisa. Et finalement, se jeta tout entière dans la pente caillouteuse.

La douleur ne se fit pas attendre. Les cailloux lui déchiraient les habits, elle roulait cul par-dessus la tête, et les coups pleuvaient sur tout son corps. Elle criait en dévalant violemment la pente, secouée et ballottée, complètement désorientée.

Soudain, la pente se fit plus raide ; La course de Rukia s'accélérait, et la pauvre Shinigami n'espérait plus qu'une chose : que ça s'arrête.

Et apparemment, la chose à l'intérieur d'elle aussi.

Alors que la chute de Rukia allait se terminer sur un énorme rocher en bas de la colline, sa course s'arrêta net en même temps qu'un effroyable reiatsu à couper le souffle émanait d'un coup de son corps frêle.

En ouvrant un œil, elle vit qu'elle était suspendue dans le vide, quelques mètres au dessus du rocher.

Mais elle n'eut pas le loisir de se demander ce qu'il se passait. L'effroyable reiatsu écrasait violemment ses poumons, son cœur. Elle respirait avec difficulté. Et soudain, elle disparut et réapparut les fesses dans l'herbe, quelques mètres plus loin. Saine et sauve. Et plus aucune trace de reiatsu.

Violemment, elle se pencha en avant, et vomit tout ce qu'elle pouvait.

Mais le reiatsu n'avait échappé à personne. Ni dans le monde réel, ni dans la Soul Society, ni dans le Hueco Mondo…

-Quoi ?!

Ils avaient tous relevé la tête en même temps, assis sur leurs bancs d'écoliers.

Orihime, Uryuu, Yasutora et Ichigo.

-Qu'y a-t-il, Kurosaki ? Demanda le professeur coupé dans son cours.

-Excusez-moi, professeur, je dois y aller ! S'exclama Ichigo en quittant précipitamment la classe.

-Nous aussi ! Rajoutèrent les trois compères en quittant leurs chaises.

Et Tatsuki, Keigo et Mizuiro restèrent silencieux, encore abasourdis par la force incroyable qui les avait écrasés plus tôt…

Isshin, Yoruichi et Kisuke avaient chacun respectivement relevé la tête de leur côté. Ecrasés par ce reiatsu d'une force inouïe.

Si Yoruichi ne comprit pas à qui pouvait appartenir une telle force, Isshin s'assit simplement et lança :

-Ca commence…

-Qu'y a-t-il ? Demanda son patient.

-Rien, excusez moi.

Un simple regard vers la fenêtre. Il aurait aimé y aller. Mais Urahara allait sûrement y aller.

D'ailleurs, Tessai n'avait même pas eu le temps de demander à son patron pourquoi il était parti : Kisuke avait quitté précipitamment le magasin sans que personne n'arrive à lui demander quoi que ce soit.

Dans la Soul Society, tout le monde sans exception ressenti la force incroyable. Et si certains comme Kenpachi s'excitèrent de sentir une force aussi grande, d'autres comme Hitsugaya, Byakuya, Soi Fon, Komamura, Ukitake ou Kyouraku restèrent saisis.

Yamamoto envoya immédiatement des papillons de l'enfer pour réunir ses capitaines.

A qui appartenait ce reiatsu ? L'ennemi ?

Dans le Hueco Mondo, ce pouvoir fit l'effet d'une bombe. L'Espada toute entière vibrait de cette force alléchante, et tous se retrouvèrent devant Aizen pour demander des informations.

Dans la salle des trois traîtres, Tousen et Gin étaient restés muets de stupeur.

-Comment… Murmura simplement Tousen, une goutte de sueur dévalant de son front.

Le sourire de Gin s'élargit.

Aizen, quant à lui, se redressa sur son siège et passa un index pensif sur son menton.

-Comme c'est intéressant… Dit-il tout haut, alors qu'un léger sourire cruel venait se dessiner sur son visage. Comment ai-je pu manquer une telle chose ?

Ses yeux brillèrent d'un éclat froid.

-Kuchiki Rukia, hein ?

-Qu'est ce que c'était ? S'exclama Inoue alors qu'ils étaient dehors à courir dans les rues, vers l'endroit où ils avaient senti le reiatsu.

-C'était incroyablement fort, s'enquit Ishida. Certainement un Espada !

Ichigo fronça les sourcils. Si c'était un Espada, il devait être très puissant. Plus puissant encore que ceux qu'il avait croisé. A cette pensée, il crispa ses poings.

Ils se remirent à courir de plus belle.

L'endroit était éloigné de la ville.

Quand ils arrivèrent enfin, le soleil était tout près à se coucher. Mais quelle ne fut pas leur surprise quand ils trouvèrent…
Urahara debout, tenant quelque chose dans ses bras.

-Hoho, mais qui voilà ? Dit-il avec son habituel sourire niais. La bande à Kurosaki ! Comment allez-vous ? Vous faites une petite ballade à la tombée de la nuit ?

-Te fous pas de nous, vieil homme, grogna Ichigo en regardant dans tous les sens. On cherche d'où provient…

-Urahara-san… S'exclama Ishida. Qu'est ce que vous faites…

Il venait de remarquer le petit corps dans ses bras.

-Que… Ichigo écarquilla les yeux, surpris. R… Rukia ?

-Ho ? Kuchiki-san ?

Urahara regarda la Shinigami évanouie dans ses bras, comme s'il venait de se rappeler qu'elle était là.

-Ne vous inquiétez pas, c'est un simple malaise passager.

-Que s'est il passé ?! S'exclama Ichigo.

Le sourire s'évanouit sur le visage d'Urahara. Ses yeux semblèrent transpercer les adolescents en face de lui.

-Je crois que nous serions plus à l'aise dans mon magasin, dit-il simplement.

Urahara agitait son éventail devant le nez d'Ichigo depuis un long moment maintenant, sans rien dire. Le silence était pesant ; Kisuke avait couché Rukia dans une pièce à côté, et à présent, ils attendaient tous qu'Urahara prenne la parole. Mais il était bien planqué derrière son éventail, et Ichigo commençait à s'échauffer.

-Dis-moi, Sado-kun, s'enquit enfin Urahara toujours dissimulé derrière son ridicule objet. Tu n'aurais pas prit un peu de muscle depuis la dernière fois ?

Ichigo explosa à ce moment, sa trop courte patience écoulée.

-CA SUFFIT MAINTENANT, ESPECE DE MARCHAND DEGENERE !! Tu vas enfin nous expliquer ce qu'il se passe ?!!

-Allons, allons, Kurosaki-san, tu me blesse profondément. Je te croyais plus mature que ça.

Ichigo aurait juré le voir sourire derrière son éventail.

-Je vais le… !!

-Kurosaki-kun ! S'il te plaît ! Arrête !

-Ichigo !

Après que Sado et Inoue aient calmé Ichigo, le calme revint. Satisfait de ses petits tours, Urahara se rassit.

-Très bien. Donc, vous voulez savoir ce qu'il s'est passé, n'est-ce pas ?

Ils hochèrent gravement la tête.

Urahara rangea enfin son éventail, et passa une main sur son menton.

-Rukia est…

BOAAAM…. !!!!

La poussière s'était décollée du plafond, et tous étaient restés immobiles. Quelque chose était tombé à l'étage.

-Qu'est ce que… ! S'exclama Ichigo en se relevant, surpris.

-Waaaaaaaaah !!!! S'écria une voix enfantine à l'étage qui fit se redresser les cheveux de tout le monde.

-Nous avons de la visite ! Dit Urahara en levant l'index avec un grand sourire niais.

-Squatteur-san, qu'est ce que tu fous là ? S'exclama la voix qui appartenait évidemment à Jinta.

-Squatteur-san ? S'étonna Ishida en remontant ses lunettes, perplexe.

Bien évidemment, Renji apparut à l'embrasure de l'escalier, en train d'épousseter son hakama.

-Je parie que Kurotsuchi l'a fait exprès, grommelait-il. Ce foutu Senkaimon était à plus de trois mètres au dessus du toit !

-Je te ferai parvenir la note de réparation, dit Urahara avec un grand sourire, rouvrant son éventail.

-Que fais-tu là ? S'enquit Ichigo, étonné.

-Bah, je cueillais des fleurs et je suis tombé, abruti !

Chad attrapa Ichigo avant qu'il ne se jette sur le lieutenant qui avait croisé les bras et qui souriait.

-Allons, allons, pourquoi tant de violence ? Minauda Urahara derrière son éventail.

-Abarai-kun, pourquoi êtes vous là ? Demanda alors Inoue, qui était resté silencieuse jusque là.

Renji s'assit et se frotta la tête.

-Je suis ici depuis deux jours, dit il en fixant Kisuke. Kuchiki-taichô m'a envoyé ici après la disparition de Rukia. Il pensait qu'elle serait venue chez toi, Kurosaki. Et puis, alors que je continuais mes recherches, j'ai sentit ce reiatsu incroyable. Je suis allé d'où il venait, et j'ai sentit les traces de vos reiatsus. Alors, je suis venu.

-Très bien, puisque Abarai-kun s'est joint à notre petite réunion, nous allons pouvoir redevenir sérieux, interrompit Urahara.
Il rangea son éventail, et reprit un air solennel.

-Comme je disais, Rukia est dans la chambre à côté. Si elle s'est enfuie du Seireitei, c'est tout simplement pour vérifier un fait assez grave.

-Qu'est ce qu'elle a ? S'enquit aussitôt Renji. Kuchiki-taichô m'a vaguement dit qu'elle n'était pas bien !

-Elle pourrait aller mieux, en effet, avoua Urahara. Sachez simplement que Rukia est… Enceinte.

Le silence froid et glacé s'abattit sur l'assistance médusée.

S'il y avait une totale incompréhension de la part de Chad, Ishida et Inoue, en revanche, chez Ichigo, cela déclencha un torrent acide de colère, d'inquiétude et peut être même de jalousie.

Renji, quand à lui, était resté immobile, fixant le regard d'Urahara. Celui-ci le fixait également. Comme s'ils communiquaient par la pensée.

Espérant détendre l'atmosphère, Inoue dit alors faiblement :

-Mais… C'est bien, c'est un heureux évènement !

Renji se leva alors brusquement sans un mot, en surprenant tout le monde.

Sans rien ajouter, il croisa les bras et se dirigea vers la fenêtre.

Ils le regardèrent tous.

-Inoue-san, dit alors Urahara avec douceur. Tu possède une faculté que Rukia n'a plus depuis bien longtemps. Tu es vivante et tu peux procréer. Rukia est morte il y a presque 80 ans, et c'est techniquement impossible pour une Shinigami de tomber enceinte.

-C'est IMPOSSIBLE, souligna Renji sans broncher.

-Mais alors, si elle ne peut pas… Comment ? S'enquit Ishida.

-Elle ne peut pas tomber enceinte !! S'emporta Renji.

-Abarai-san, tempéra Urahara. Je comprends ton indignation, mais c'est la vérité.

-Dans ce cas, de qui ? Trancha Ichigo.

La question qui brûlait leurs lèvres à tous.

Inoue avait une vague angoisse que ce soit Ichigo.

La peur irrationnelle que Rukia puisse être enceinte de l'homme qu'elle aimait plus que tout lui lacérait le cœur. Une jalousie farouche et tenace la menaçait. Renji ressentait la même chose ; Sachant qu'il n'en était pas la cause, il pensait que ce fait ne pouvait venir que d'Ichigo, ce fichu Shinigami dont Rukia semblait être amoureuse.

Quand à celui-ci, pour une raison qu'il croyait inconnue, il maudissait déjà d'avance le père. Comme il savait que ce n'était pas de lui, la seule personne qui lui venait à l'esprit était Renji. Et rien que cette idée lui donnait envie de sauter sur le lieutenant.

Urahara se leva.

-C'est là une plus grosse partie du problème, voyez-vous, dit il. Il n'y a pas de « père ». Du moins, pas comme nous le voyons.

Il s'arrêta, et fixa ses invités avec des yeux ronds.

-Je peux me tromper, dit il en passant une main songeuse sur son menton, mais j'ai fortement l'impression que vous êtes tous soulagés de cette nouvelle…

Il haussa un sourcil quand Inoue se mit à bafouiller des explications avec un teint cramoisi, et qu'Ichigo et Renji explosèrent en s'écriant qu'ils n'étaient certainement pas soulagés et que « ce maudit marchand de tapis se foutaient de leur gueule » (tels étaient leurs mots exacts).

Ishida mit fin à cette explosion de voix en remontant ses lunettes et en demandant calmement à Urahara :

-Mais dans ce cas, Urahara-san, comment ce double prodige a pu avoir lieu ?

Kisuke fixa le Quincy, et soupira. Il s'assit, et ordonna aux autres d'en faire autant.

Ils s'étaient tous instantanément calmés, et attendaient avec avidité qu'Urahara parle.

-Vous vous souvenez de la trahison d'Aizen Sôsuke…

Dans leurs têtes, les terribles images remontèrent avec violence. Sur la colline du Soukyôku, ce jour là…

-Aizen a arraché l'Hougyokû que j'avais mit dans le corps de Rukia…

Ichigo serra légèrement les poings. Il n'avait jamais vraiment complètement pardonné le marchand pour cet acte ; Comment avait-il pu profiter de Rukia pour faire disparaître ses inventions ?

-J'avais trouvé que la compatibilité de Rukia avec l'Hougyokû était prodigieuse, et j'avais sauté sur l'occasion. Mais il semblerait qu'Il était trop compatible avec elle…

Urahara redressa sa tête pour fixer les adolescents devant lui.

-Pour une raison que j'ignore, c'est lui le responsable de la grossesse de Rukia.

La révélation d'Urahara avait déclenché un tonnerre d'exclamations et de cris d'indignation.

Il attendit simplement tête baissée que ça passe.

Mais, interrompant les protestations et les cris des adolescents et de Renji, une voix s'éleva, tranchante :

-Dans ce cas, c'est vous qui en êtes responsable, Urahara-san ?