Quand Byakuya était revenu, tous les Hollows et les Menos avaient été éradiqués.
Il était passé devant son lieutenant et devant les humains sans les regarder, l'air hautain. Seul.
Renji avait voulut le questionner, mais Byakuya l'avait évincé d'un seul geste de main sans rien dire. Et il était parti.
Inoue avait plaqué ses mains sur sa bouche, les larmes aux yeux.
-Kuchiki-san… Où est-elle ?
-L'invasion des Menos a été endiguée, mais Kuchiki-san a été enlevée, dit puissamment Yamamoto avec une légère colère dans la voix. Comment cela a-t-il pu arriver ?
Un long silence s'en suivit, pesant. Tous les Capitaines en rang avaient les yeux fixés devant eux, comme absents.
Finalement, Soi-Fon s'avança, et posa un genou à terre devant le commandant-capitaine.
-Il semblerait qu'Aizen aie usé de Kyouka Suigetsu pour nous tromper et tromper Kuchiki Rukia, dit elle en baissant les yeux.
Il y eu un long silence froid pendant lequel Yamamoto fixait la tête baissée de Soi Fon. Soudain, il frappa violemment le sol avec sa canne en se redressant, furieux.
-Si Aizen a Kuchiki Rukia, il a le pouvoir sur nous tous !
Il resta immobile en fixant tous ses capitaines, puis se rassit apparemment calmé.
-Nous devons monter une expédition pour la chercher au Hueco Mondo. Nous avons encore trois mois pour nous préparer, jusque là elle ne risque rien.
Les capitaines hochèrent la tête, silencieux.
-Très bien. Chojirô, amène du papier de feuille de riz.
Les capitaines restèrent toute la journée dans la grande salle, à établir un plan d'invasion dans Las Noches.
Rukia entamait à présent le 257ème tour de sa chambre-cellule d'un pas rageur et excité.
Dans sa tête, l'angoisse avait vite fait place à la colère puis à la réflexion. Sa seule chance était de s'évader de là, et sa seule chance était de ne pas pouvoir se faire blesser.
Tu parles d'une chance.
Elle s'arrêta finalement, et considéra un instant la fenêtre à barreaux qui donnait sur le noir du dehors.
Elle passa un doigt perplexe sur son menton.
-Réfléchis, pensa-t-elle tout haut. Tu ne peux pas te faire blesser, mais tu ne peux pas te défendre s'ils ne font que t'immobiliser.
Elle tapota du pied sans lever son talon, le regard toujours levé sur sa fenêtre.
Soudain, un bruit suspect la tira de ses pensées.
Elle baissa les yeux sur son ventre et poussa un gémissement.
Cela faisait deux jours qu'elle était enfermée ici, et personne ne lui avait encore apporté à manger.
Si elle avait eu le cœur à rire, elle aurait certainement dit qu'on l'avait oubliée.
Mais le gargouillement explicite de son estomac ne lui donnait pas forcément envie de rire.
Elle se jeta sur le canapé qu'on lui avait fourni, et croisa les bras la mine boudeuse.
Si c'était Grimmjow qui devait s'occuper d'elle, elle avait du souci à se faire. Peut être attendait-il patiemment qu'elle meure de faim ?
Grimmjow arpentait les couloirs de Las Noches avec rapidité, les mains dans les poches et les sourcils froncés.
Cet imbécile de Szayel avait encore essayé de lui jouer un tour pour faire de lui une de ses « expériences ». Quand est-ce que cet emplumé rose comprendrait que Grimmjow n'était PAS un cobaye ?
Il en était là dans ses pensées lorsque, sur le chemin, une ombre l'interpella.
Il s'arrêta net en reconnaissant la voix mielleuse qui s'était adressée à lui.
Gin sortit de la pénombre, ses mains dans les manches et son sourire toujours présent.
-Tiens tiens, Grimmjow ! Comment vas-tu ?
Grimmjow grinça des dents, faisant une mine à la fois dédaigneuse et méfiante. Il n'aimait pas forcément non plus Ichimaru. Trop malsain. Et pourtant, Grimmjow n'était pas un modèle de sainteté !
-C'est rigolo, je pensais justement à toi, enchaîna Gin avec son sourire sadique. Figure-toi que je suis passé devant la cellule de la prisonnière, tu sais ? Celle qu'Aizen t'a demandé d'aller chercher.
Le teint de Grimmjow passa subitement au rouge.
-Il me semblait que c'était à toi de t'en occuper, dit d'une voix faussement innocente l'ancien capitaine. Je me demande si Aizen est au courant qu'elle n'a pas encore mangé ?
Grimmjow serra les poings, les dents serrées et légèrement tremblant. Comme s'il hésitait à bondir toutes griffes dehors sur Gin.
-Remarque, moi, je m'en fiche pas mal ! Rajouta Ichimaru en faisant mine de ne pas remarquer l'énervement de l'Espada.
Grimmjow vacilla, puis finalement opta pour la solution la plus sage et tourna les talons pour s'engager d'un pas rageur dans le couloir qui menait à la cellule de Rukia.
Gin le regarda partir avec un sourire encore plus grand.
Décidément, Grimmjow détestait tout le monde ici. Et il se détestait encore plus.
Rukia avait de nouveau recommencé à tourner en rond. Elle avait finit par abandonner de compter quand elle entendit la serrure de la porte de sa chambre cliqueter.
Elle s'arrêta net, poings serrés. Sans rien demander, l'angoisse s'était à nouveau installée dans son estomac. Mais elle essaya de garder la tête droite pour ne pas le montrer.
L'ombre qui se dessina à la porte lui fit froncer les sourcils.
Un plateau atterrit sur le sol, projetant le verre d'eau sur le sol et le morceau de pain par terre.
-Mange, dit simplement Grimmjow avec dédain, fixant la Shinigami d'un air écœuré.
Rukia serra encore plus les poings, soutenant le regard de l'Espada avec difficulté. Il lui semblait de braise.
Grimmjow la fixait aussi, mais son expression était impitoyable. Les jambes de Rukia se mirent à trembler légèrement, alors elle bloqua ses genoux de toutes ses forces.
Elle voulut parler, lancer une réplique, mais sa gorge était nouée.
-T'as un problème ? Demanda hargneusement Grimmjow.
Rukia réprima un frisson, puis secoua violemment la tête comme pour chasser sa peur.
-Je ne suis pas ton chien ! Cria-t-elle presque contre elle-même.
Elle aurait voulut le crier moins fort, mais sa voix ne lui avait pas obéi. Elle avait été forte et changeante, trahissant sa peur.
Grimmjow serra brusquement les poings, son regard durcit Il serra les dents, tremblant de rage. Aujourd'hui, rien n'allait pour lui. Mais là au moins, il allait pouvoir se défouler.
Son Shunpô fut si rapide que Rukia ne le sentit pas arriver : il se retrouva derrière elle et la saisit violemment par les cheveux. D'un geste sec, il l'écrasa sur le sol et lui mit le nez sur la miche de pain.
-Je t'ai dis de manger, femme ! Gronda-t-il tout près de l'oreille de Rukia, dévoilant ses dents félines.
Ecrasée par le poids de Grimmjow, Rukia avait du mal à respirer. Mais la peur avait laissé place à une haine farouche.
Elle ne dit rien, ne se débattit pas. Elle attendit simplement que Grimmjow s'arrête.
Elle entendit enfin la respiration de l'Espada contre elle s'apaiser, et son étreinte s'affaiblir.
Grimmjow la lâcha, se redressa et la toisa sur le sol. Etonné qu'elle n'aie pas réagit.
Il parut reprendre contrôle de lui, fit une mine de dédain et déclara avant de quitter la pièce :
-Tu fais comme tu veux. J'ai pas l'intention de jouer au papa et à la maman avec toi.
Et il claqua violemment la porte en laissant Rukia sur le sol, furieuse.
C'était sûr. Elle détestait Grimmjow. Plus que tout.
Le lendemain, Grimmjow revint à nouveau. Il jeta à nouveau un plateau sur le sol, contenant toujours un morceau de pain, un verre d'eau et un morceau de viande froide.
Cette fois-ci, l'eau ne s'était pas renversée.
A nouveau, ils se toisèrent. A nouveau, ils ressentirent tous les deux de la haine l'un envers l'autre. Avec un soupçon de prudence pour Rukia, qui savait très bien que même si elle ne pouvait pas se faire blesser, il valait mieux dans son intérêt de ne pas provoquer l'Espada.
-Tu vois que t'as mangé, femme, dit simplement Grimmjow.
Rukia ne bougea pas d'un poil. Cette situation lui rappelait désagréablement celle du chat et de la souris.
-Tu peux ramener mon plateau, dit-elle simplement.
Grimmjow eu un sourire qui ne présageait rien de bon. Comme s'il avait attendu cette réponse et l'avait espérée.
Il apparut à nouveau en Shunpô juste derrière Rukia, mais cette fois-ci, celle-ci avait repéré le mouvement de l'Espada et s'était instantanément retournée de sorte qu'ils étaient à présent face à face. Bizarrement, le Shunpô de Grimmjow n'avait pas été violent et rempli de haine comme la veille, mais plus discret. Comme s'il jouait.
Il la saisit par le col et la fit décoller du sol.
-Que ça soit clair entre nous, femme ! Grogna-t-il avec un sourire carnassier. Je ne suis pas ton majordome !
Ils se fixèrent un long moment, Rukia ne savait pas quoi faire. Elle était consciente que Grimmjow voyait dans ses yeux sa peur, mais comment pouvait-il en être autrement ? Grimmjow était… Effrayant. C'était une bête sauvage. Imprévisible et dangereuse.
-J'adore ce que je lis dans tes yeux, susurra-t-il soudain avec un visage effrayant. Aucun sourire.
Rukia se raidit, et fronça les sourcils.
Ne pas avoir peur. Ne pas avoir peur.
-Tu me dégoûtes, cracha soudainement l'Espada en voyant sa proie devant lui lutter. Il la lâcha, ramassa le plateau de la veille et déclara avant de quitter la pièce :
-Tu ne vaux rien, femme. Rien du tout.
Chez Renji, personne ne dormait.
Lui et Ichigo avaient passé la soirée à boire comme des trous, devant une Inoue éplorée. Ishida avait prétexté un mal de tête violent et s'était couché de bonne heure, même si dans son lit il avait les yeux grands ouverts. Quand à Sado, il observait la scène sans aucun intérêt visible.
-T'es qu'un… Un boulet, disait d'une voix monocorde Renji en renversant le contenu de son verre sur son yukata.
Ichigo se redressa sur son séant, apparemment à moitié indigné (et à moitié saoul aussi).
-Non… Non mais, t'es regardé, avec ta tronche… De babouin ?
Ichigo se mit à pouffer comme s'il venait d'inventer la blague du siècle.
Renji fronça simplement les sourcils, il était bien trop ivre pour tenter de se lever et d'en coller une à son rival.
Il se laissa tomber en arrière brusquement, les bras en croix. Les joues rosies par l'alcool, il fixait le plafond. On n'entendait plus qu'Ichigo qui essayait désespérément de remplir sa coupe de saké en grommelant tout seul.
Le silence s'installa, froid et pesant.
Soudain, Renji lança d'une voix plus assurée :
-Si je pouvais, j'irai arracher Rukia des mains de l'Espada.
Contre toute attente, Ichigo explosa de rire. Un rire chaotique entrecoupé d'hoquets nerveux.
Renji se releva aussi sec, vexé et furieux.
-T'as un problème, cabochard ?
Ichigo se tenait les côtes, mort de rire.
-Toi ? Réussit-il finalement à dire. Me fais pas rire, abruti !
Le lieutenant sauta sans prévenir sur le lycéen, en l'attrapant par le col de son yukata.
-Je vais définitivement t'arrêter de rire bêtement, Kurosaki !
-Ah ouais ?
Ils étaient à quelques centimètres, leur haleine puant l'alcool.
-Ca suffit ! Coupa finalement Inoue. Elle saisit les deux par les épaules, essayant de les séparer. Arrêtez de vous donner en spectacle ! Vous êtes pitoyables !
Ils la regardèrent, un peu honteux. Et retournèrent immédiatement à leurs coupes de saké, comme pour oublier.
Inoue poussa un soupir en regardant les deux jeunes hommes dans un aussi piteux état.
Elle détourna la tête, regarda par la fenêtre de la maison de Renji et fixa les étoiles.
Si elle avait pu, elle aurait crié sa détresse. Pourquoi rien n'allait ?
-Comment ça, non ?
Byakuya avait pratiquement crié.
Yamamoto resta intransigeant malgré la situation inhabituelle.
-Il est hors de question que j'envoie un Capitaine au Hueco Mondo. Kuchiki Rukia ne risque rien là-bas, pour l'instant. Tant que nous n'aurons pas une stratégie claire et précise, j'interdis à quiconque de pénétrer dans le Hueco Mondo. Est-ce assez clair ?
Il avait froncé les sourcils et son regard avait transpercé tous les capitaines présents, indiquant qu'il n'accepterait aucune désobéissance.
Instantanément, tous les capitaines s'inclinèrent. Excepté Byakuya. Il fixait Yamamoto avec son regard indéfinissable.
-Je crois avoir été clair, Kuchiki Taichô…
La phrase avait résonné comme une menace. A contrecœur, Byakuya s'inclina légèrement, mais ses poings ne se desserrèrent que lorsqu'il fut sortit de la salle.
Il ne tint pas compte des regards des autres capitaines, et fila d'un pas pressé jusqu'à sa division.
-Tout cela ne sent pas bon du tout, dit simplement Kyouraku en rajustant son chapeau.
Ukitake soupira en voyant disparaître Byakuya.
-Je crois en effet que nous devrions nous préparer à un coup dur…
Byakuya rentra en coup de vent dans ses quartiers. Renji n'était évidemment pas là.
Il s'arrêta un instant devant son bureau. Un instant, son regard s'adoucit, il effleura du doigt le bois poli et perdit ses yeux dans le vide.
Un bruit le ramena brusquement à la raison. Yamamoto ne voulait pas aller chercher Rukia ? Très bien. Par égard pour son rang, Byakuya acceptait d'attendre encore quelques temps. Ils disaient vrai sa sœur ne risquait pas vraiment grand-chose là bas. Pour l'instant.
Alors il prendrait son mal en patience.
Pour l'instant.
-Putain de gueule de bois…
-Je connais un très bon remède pour guérir le mal de cheveux ! Dit Matsumoto guillerette en levant un index sûr d'elle.
Renji recula brusquement avec un air effrayé.
-Pas touche, Rangiku ! Bougonna-t-il. J'ai pas confiance en tes bons plans.
Matsumoto eu une moue étonnée, avec une pointe de fausse innocence.
-Je ne vois pas pourquoi, dit-elle simplement. Ikkaku la trouve très efficace !
-Raison de plus, grogna Renji en remettant son chiffon mouillé sur son front.
Déçue, la lieutenante se tourna alors vers Ichigo qui était allongé sur le canapé, le visage complètement caché par un chiffon bariolé.
-Ichigo se laissera bien faire, lui ! Dit-elle avec un grand sourire et des étoiles dans les yeux.
Un grognement étouffé sortit du chiffon, mais le rouquin ne bougea pas.
-Laisse-le, Rangiku. Kurosaki n'a pas l'habitude de picoler, il a Aizen et toute l'Espada qui joue des claquettes dans sa tête…
La dite serviette bariolée fit un vol plané dans la pièce pour atteindre le lieutenant de la 6ème division avec précision.
-Ta gueule, tête de babouin ! S'exclama Ichigo en se redressant sur le canapé.
Renji enleva la serviette avec dégoût, et la jeta derrière lui.
-C'était sa première fois, continua-t-il simplement. Quand on n'a jamais touché une seule goutte d'alcool, c'est normal de se sentir tout faiblard…
Cette fois, c'est le coussin du canapé qui percuta Renji, suivit de (très) près par un certain Shinigami roux.
-Je vais te montrer qui est faiblard ! S'exclama l'adolescent.
Matsumoto rejoignit Inoue dans un coin de la pièce avec un sourire ravi, alors que l'adolescente semblait horrifiée.
La lieutenante tapota énergiquement le dos d'Inoue avec un sourire satisfait.
-Ils n'ont même pas eu besoin de mon remède miracle ! Tu vois, Orihime, les hommes font leurs chochottes, mais en réalité ils sont tout à fait capables de supporter une petite beuverie !
Mais Inoue n'écoutait pas Matsumoto.
-Abarai-san, pas la lampe ! Non ! Vous allez vous faire mal ! Kurosaki-kun, tu vas étouffer Abarai-san ! Vous…
-Ne t'inquiète pas, Inoue, rassura Matsumoto sans quitter son sourire. De l'exercice les aidera à les remettre sur pied ! Moi-même, pour les gueules de bois, je pratique un sport ma foi très plaisant. Le tout est de choisir un partenaire adapté. Non pas que Renji et Ichigo n'aille pas bien ensembles, mais…
Inoue cessa d'écouter la lieutenante pour essayer de séparer les deux soulards.
Chapitre 10
Quand Grimmjow était rentré dans sa cellule, Rukia avait de suite sentit quelque chose de différent. Pas d'agressivité, juste de l'animosité.
Il pressa Rukia hors de sa cellule avec brusquerie, mais avec un air étrange. On aurait dit qu'il… Qu'il était inquiet.
-Où on va ? Demanda la Shinigami qui marchait tant bien que mal avec les poignets entravés dans son dos par les puissantes mains de Grimmjow.
L'espada resserra sa prise comme toute réponse, et la poussa dans une salle.
Rukia n'y vit d'abord rien. La pénombre et la chaleur qui y régnaient étaient étouffantes.
Elle n'entendait que sa respiration et celle de Grimmjow derrière elle. Et enfin, quand elle s'habitua à la pénombre, elle cru distinguer une silhouette assise.
-Ah, notre invitée.
La voix trop bien connue avait tranché les ténèbres. Soudain, la lumière crue s'abattit sur le trône d'Aizen en éblouissant les yeux malmenés de Rukia. Elle mit sa main devant son visage, et quand enfin elle y fut habituée, elle put voir Aizen la fixer avec son air supérieur.
-Très heureux de te revoir, Kuchiki Rukia.
Rukia resta interdite. Elle regarda autour d'Aizen, mais il était seul. Ils étaient que tous les trois, Grimmjow, elle et Lui.
Jamais au grand jamais elle n'aurait imaginé dans le pire de ses cauchemars se retrouver dans cette situation.
-Approche.
Elle redressa la tête. Ah non ! Rukia en avait marre d'être traitée comme un chien. Et même si Aizen la terrorisait, il était hors de question qu'elle obéisse à un ordre posé comme ça.
Elle resta donc immobile, ses yeux rivés dans ceux, envoûtants, de son kidnappeur.
La voyant sans réaction, Aizen sourit de plus belle.
-Allons, allons, tu n'as pas confiance ?
Rukia n'en pouvait plus de ce ton doucereux et mielleux, aussi plein de… De guimauve qui la faisait frémir de rage et de peur. Elle allait exploser si elle ne disait rien !
-Je n'ai pas à vous obéir !
Aizen resta dangereusement immobile. Aucune réaction. Rukia en arrivait à se demander si elle n'avait pas fait une bêtise. Elle sentait contre ses poignets les mains de Grimmjow frémir. Mais il était hors de question de perdre la face, alors elle essaya de ne pas montrer son désarroi.
-Je crois que tu n'as pas bien compris mes paroles.
Sans même bouger un seul doigt, un puissant reiatsu s'échappa dans la salle, pour aller écraser Rukia.
-JE T'AI DIT D'APPROCHER, KUCHIKI RUKIA !
Aizen avait perdu son sourire, mais Rukia ne pu s'en délecter. A genoux, écrasée par la puissance spirituelle du traître, elle suffoquait.
Il la laissa quelques instants ainsi, et enfin Aizen arrêta sa pression et retrouva son sourire. Laissant Rukia en sueur, à quatre pattes devant son trône.
-Maintenant, viens.
Comme un automate, Rukia se releva. Les muscles endoloris, la mâchoire tremblante.
Elle regarda Aizen à travers le rideau de brumes de son cerveau, et sentit dans son dos les mains de Grimmjow la lâcher.
Alors, comme un automate, elle se mit à avancer. En titubant, d'un pas mal assuré. Sans savoir réellement ce qu'elle faisait. La silhouette du traître devant elle était confuse, c'était à peine si elle remarquait qu'elle s'en approchait.
Elle butta sur la première marche qui menait au trône, mais se rattrapa de justesse.
-C'est bien, Rukia. Très bien. Allez, continue. Approche.
Sa voix doucereuse s'était faite envoûtante, Rukia ne se rendit même pas compte qu'il l'avait appelée par son prénom. Dans un état second, elle posa maladroitement son deuxième pied sur l'autre marche. Le sourire d'Aizen s'élargit, alors que derrière, Grimmjow avait les yeux écarquillés et les dents serrées. Une légère goutte de sueur était visible sur son front.
Quand Rukia arriva à la dernière marche, elle semblait à bout de forces. Ses jambes se dérobèrent en même temps que ses yeux se fermèrent, et elle amorça une descente en arrière, comme une poupée de chiffon.
Mais d'un geste rapide et presque brutal, une main la saisit brusquement par la mâchoire, lui écrasant la bouche et la serrant violemment.
Instantanément, elle retrouva ses esprits. Elle ouvrit des yeux effrayés, et se retrouva en face d'Aizen lui-même, le sourire triomphant.
Elle tenta de se débattre, saisit les poignets de son persécuteur, mais Aizen la tenait férocement de sa seule main par les mâchoires.
-J'aimerais vraiment rencontrer ton invité, Rukia.
Un froid insidieux s'insinua alors dans l'esprit de Rukia. En un millième de seconde, elle comprit ce qu'Aizen essayait de faire. Une chose horrible et affreuse qu'elle pensait impossible, un sacrilège et un déshonneur.
Elle essaya de griffer jusqu'au sang les avant-bras du traître, tenta de lui asséner des coups de pieds, mais Aizen continuait de sourire en essayant de s'insinuer dans son esprit.
Rukia essaya de crier, mais Aizen l'étouffait presque tellement il serrait son visage entre ses doigts.
-Ca ne sert à rien, murmura-t-il. Tu es à moi.
Ce fut comme si une barrière cédait brusquement à l'intérieur de Rukia. Une douleur fulgurante et indéfinissable s'empara d'elle alors qu'Aizen pénétrait dans son soi le plus intime…
Son monde intérieur.
Si on connaît le monde d'Ichigo, on sait qu'il est vertical et que l'on y marche sur des immeubles bleus sous un ciel aussi bleu.
Mais il ne faut pas croire que tout le monde a le même. Chaque Shinigami a son monde intérieur, son jardin secret. Seuls les amoureux peuvent (éventuellement) parler de son monde intérieur, mais c'est une chose très gênante et personnelle. Pire que de se montrer nu devant une assemblée.
Et c'est ce qu'Aizen venait précisément de faire pour Rukia.
Il venait de forcer la porte de son monde intérieur.
Il se retrouva seul, dans une immense étendue d'un blanc immaculé. L'horizon se perdait à perte de vue, il n'y avait qu'une plate étendue de neige aux reflets bleutés. Le ciel était gris et bas, les nuages gros et nombreux. Le silence était roi.
Mais, dans cette immensité sereine, un seul détail choquait : la neige, au lieu de tomber des nuages pour atterrir avec délicatesse sur le sol immaculé, partait justement du sol pour monter dans une course paresseuse jusqu'aux cieux. Elle était dense et les flocons étaient gros, de sorte qu'on croyait à une tempête tranquille.
La scène avait quelque chose d'à la fois apaisant et inquiétant. C'était tellement irréel qu'on avait l'impression de se trouver à la fin du monde.
Aizen fut d'abord saisit par cette inhabituelle différence, puis par le froid mordant qu'il y régnait.
Son sourire s'élargit, laissant échapper un filet de fumée dans l'air givré.
Soudain, à côté de lui apparut Rukia.
Elle se redressa, les yeux remplis d'un mélange de dégoût, de frayeur et de colère.
-Comment… Comment osez-vous ?
Aizen croisa simplement les mains, avec son sourire si énervant.
Un flocon qui remontait paresseusement vers le ciel s'écrasa sur ses mains et fondit instantanément en laissant sur la peau d'Aizen une marque bleutée.
-Ton monde est très calme et apaisant, Rukia. Je me demande à quoi il ressemble quand tu es triste…
Rukia retint des tremblements. Elle ne savait plus si elle était plus en colère ou écœurée. Sentir cet intrus « dans elle », à l'intérieur de son jardin secret la répugnait au plus haut point.
Un viol lui aurait fait le même effet.
Aizen dirigea son regard vers elle après avoir fixé le ciel.
-Ton Zanpakutoh n'est pas là ?
Rukia frémit à ces paroles. Il était hors de question qu'il voie Sode No Shirayuki en plus.
Elle serra les poings, et se concentra de toutes ses forces. Une goutte de sueur dégoulina de son front pour tomber de son menton.
-Ca ne sert à rien, dit simplement Aizen. Tu n'arriveras pas à me déloger d'ici.
Il regarda à nouveau le ciel, et dit :
-Et puis, je suis venu ici pour une raison bien précise.
Il fit quelques pas en souillant le manteau blanc sous ses pieds.
Rukia n'y tint plus. Sentant qu'il foulait SON sol, elle s'élança de toutes ses forces pour essayer d'atteindre Aizen.
Mais au dernier moment, il se retourna et ses yeux rentrèrent en contact avec ceux de Rukia.
Il eu un sourire satisfait tout en saisissant vivement Rukia par le col pour la stopper net.
-Tu ne t'es pas encore rendue compte, n'est ce pas ? Susurra-t-il doucement, ses yeux brillants de satisfaction plantés dans ceux de sa captive. Que tu n'étais plus seule avec Sode No Shirayuki…
Rukia écarquilla les yeux de stupeur, encore soulevée dans les airs par le col.
Comment…. Comment Aizen connaît il le nom de mon Zanpakutoh… ?
Aizen libéra une de ses mains en gardant Rukia dans l'autre. Il l'examina en faisant bouger ses doigts, et continua :
-Elle et toi n'avez pas encore accepté votre nouvel invité, à ce que je vois. C'est vraiment malpoli, tu ne trouve pas ?
A ces mots, Aizen arrêta d'observer sa main pour regarder à nouveau la Shinigami.
-Je vais te le présenter.
D'un geste sec, il enfonça sa main dans la poitrine de Rukia, à l'emplacement de son cœur.
Saisie, Rukia poussa un gémissement. La même sensation gelée que lorsqu'il lui avait arraché l'Hougyokû sur la colline du Sokyokû la submergea.
Mais il n'y eu aucune goutte de sang, et quand Aizen retira sa main, Rukia s'effondra au sol. Il n'y avait aucune trace de l'attaque d'Aizen, qui gardait son poing serré. Un sourire satisfait s'étira sur les lèvres du traître.
Un hurlement retentit alors. Aizen regarda légèrement à droite, et sourit.
Avec rapidité, il se retourna pour parer l'attaque qui lui arrivait de dos.
-Il ne manquait plus que toi pour la fête, Sode No Shirayuki.
Devant Aizen Sôsuke se trouvait une étrange créature.
C'était une femme, indubitablement : mais il n'y avait que son buste. Sa taille se terminait tout simplement par le corps d'une biche, aussi svelte et gracieux.
Sa fourrure tout comme sa peau était bleue, mais d'un bleu électrique, virant du bleu glacial au bleu marin et au blanc de neige. Son torse était nu dévoilant une poitrine généreuse, et ses cheveux étaient d'un blanc pur.
Deux chaînes en or ciselé entouraient ses seins et ses yeux. Sur son crâne au milieu de ses cheveux, sortaient deux bois de cerf en glace, et un globe lunaire tenait comme par magie entre ces deux proéminences.
Quand à son visage, il était ferme et dur, aussi beau qu'un cristal de glace et aussi froid. Ses lèvres et ses pupilles avaient été faite de la même glace, de la même étincelle.
Et dans ses mains, elle tenait le Zanpakutoh de Rukia sous sa forme libérée.
-Quitte cet endroit, Aizen Sôsuke ! Dit la voix étrangement déformée et glaciale de Sode No Shirayuki.
-Mais je n'en ai pas l'intention, souffla l'intéressé. Je voulais simplement que tu sois là pour les festivités.
Et avant que Sode No Shirayuki ou Rukia puisse faire quelque chose, Aizen desserra son poing, celui qu'il avait enfoncé dans le cœur de Rukia.
Il y eu une grande lumière, et un puissant ricanement. Quand enfin Rukia pu ouvrir les yeux, un quatrième individu se trouvait à présent à côté d'eux.
-Bonjour, Maman…
Rukia resta la bouche ouverte, allongée dans la neige sur le ventre. Figée devant l'apparition qui se tenait devant elle.
Jamais. Jamais elle n'aurait cru que… Que la chose qui lui parlait la nuit ait… Cette… Apparence…
-Tu as l'air surprise, tu ne t'attendais pas à ça ?
Sode No Shirayuki passait anxieusement d'une patte à l'autre, les yeux rivés sur le nouvel arrivant. Elle tenait fermement la garde de son katana. Elle s'était mise devant Rukia qui n'était pas en état de se défendre, lame levée.
-Je m'appelle…
Un sourire carnassier dévoila des dents d'une blancheur inquiétante.
-… Kujo…
