Note de l'auteur :
Retour à la maison
Au bout de trois mois de convalescence, le docteur Chen avait décidé qu'elle était enfin apte à rentrer chez elle. A présent elle pouvait marcher normalement. Côté souvenir, elle semblait faire un blocage juste après le départ de Seung Jo de la maison pour gagner un peu d'indépendance. D'après le docteur Jae Suk Il, il s'était sans doute passé quelque chose de marquant durant cette période précise. Seung Jo pensa immédiatement à ce moment où Ha Ni s'était persuadée qu'il vivait avec Hae Ra. Il ne savait pas à quel point elle avait souffert, il ne pouvait que l'imaginer à moins qu'il ne s'agisse de la première nuit qu'ils avaient passée dans le même lit lors de la Saint Valentin. Il ne s'était rien passé parce qu'il ne voulait pas répondre aux attentes de sa mère mais Ha Ni savait-elle à quel point ça l'avait frustré de l'avoir à ses côtés ? Cette fille savait-elle à quel point il avait voulu la prendre dans ses bras ? Il n'avait pas réussit à dormir de la nuit. D'une part parce qu'elle était agitée dans son sommeil et d'autre part parce que lui même était nerveux. Au final il s'était assis sur un fauteuil et l'avait regardé dormir jusqu'à son réveil. Elle était adorable quand elle dormait.
Arrivé à la maison des Beacks, Seung Jo guida Ha Ni vers sa chambre. Geum Hee avait pensé que puisque Ha Ni ne se rappelait pas du mariage, il était plus sage de la mettre dans une chambre à part. Ce fut aussi l'avis de Seung Jo qui savait que s'il sentait son épouse dans son dos, il aurait du mal à ne pas la prendre dans ses bras et à avoir envie d'aller plus loin. C'était frustrant d'être marié à une femme depuis si longtemps et de devoir se conduire avec elle comme s'ils ne l'étaient pas mais ces derniers temps il avait envie de lui faire l'amour et comme son éthique le lui interdisait, il valait mieux la séparer de lui. Sa mère avait alors décoré la chambre qui faisait face à celle du couple. Elle avait fait en sorte qu'elle soit identique ou presque à celle que sa bru avait eu en venant habiter dans la maison, pour que ha Ni se sente chez elle.
Pas mal de souvenirs tristes avaient alors envahi son esprit. Elle avait beaucoup pleuré dans cette chambre. Elle soupira et décida de prendre une douche mais en sortant de la chambre, elle se rendit compte qu'elle ne savait pas où elle était et frappa à la porte d'en face. Seung Jo lui ouvrit et lui proposa de la prendre dans leur chambre. Ha Ni entra et commença à se doucher. Elle regarda autour d'elle. Elle trouvait cette salle de bain petite mais tellement coquette. Sur la petite étagère de douche, il y avait deux plateaux. L'une plus rempli que l'autre. Celle du haut ne comportait qu'un gel douche et un shampoing. Sur celui du bas il y avait en plus un gel pour l'hygiène intime. En sortant de la douche elle sentit que rien n'avait changé. Seung Jo n'avait pas cherché à envahir sa place. Quand elle ressortit de la salle de bain elle scruta plus attentivement la chambre de Seung Jo... Non, leur chambre. Elle tomba sur les photos de leur mariage. Elle se trouvait belle dans sa robe blanche mais elle s'arrêta surtout sur Seung Jo. Il avait l'air vraiment heureux. Il souriait tellement qu'il laissait voir sans pudeur ses dents blanches. Ha Ni se retourna et alla s'asseoir sur le petit banc posé juste devant fenêtre.
Le temps d'un flash, la chambre était devenue sombre, il y avait une odeur infecte : un curieux mélange de sueur et de bière. Elle pouvait voir que le sol était jonché de bouteille. Sur le lit, il y avait quelqu'un dans la pénombre, assis et inerte, dont on n'apercevait que la silhouette. Ha Ni déglutit. La personne se leva et avança vers elle. Ha Ni avait peur. L'ombre vint vers elle et posa sa main sur son épaule. Ha Ni sursauta et poussa un cri de terreur et se débattit contre cet inconnu. Elle sentit alors qu'on la secouait, puis elle entendit son nom. Elle stoppa net quand elle reconnut la voix de Seung Jo et ouvrit les yeux. Il était là penché sur elle, l'air inquiet. Elle regarda autour d'elle. La lumière était revenue. Seung Jo la pris dans ses bras, tremblante. Elle se laissa aller aux larmes. De tous ses flashes, celui-ci avait été le plus effrayant, mais aussi le plus vivant. Elle lui raconta tout ce qu'elle avait vu. Ce dernier la serra dans ses bras à nouveau peu enclin à lui raconter qu'il avait perdu pied après sa mort parce qu'il aurait fallu lui dire qu'elle était morte et que c'était lui qui l'avait laissé mourir. Il voulait reculer au maximum l'échéance de ses révélations. Il espérait même ne jamais aborder ce sujet. Il se demandait tout de même comment Ha ni avait elle pu savoir pour son état. Une idée lui vint alors à l'esprit. Connaissant la nature trop confiante de Ha Ni, il se demandait si elle n'avait pas fait une mauvaise rencontre pendant le temps où elle vivait sous son toit et qui l'aurait traumatisée au point que son subconscient fut obligé de l'effacer. Après tout elle avait déjà rencontré un exhibitionniste. Qui sait ce qu'il se serait passé par la suite s'il n'était pas intervenu pour la sauver. Ce pervers se serait-il contenté de lui montrer sa nudité ? Il serra d'avantage Ha Ni. Son inconsciente et bien aimée femme qui avait su braver tous les obstacles pour se faire aimer de lui.
Ce soir là, Ha Ni resta allongée dans son lit, la lumière allumée. Son flash de l'après midi la hantait. Elle avait vraiment eu peur et n'avait qu'une envie, c'était d'aller rejoindre Seung jo, dans la chambre d'en face, mais pour se faire, il lui fallait traverser sa propre chambre et s'était au dessus de son courage. Cachée sous sa couverture, Ha ni tremblait de peur. Elle entendait des bruits suspects, puis elle entendit qu'on frappait à la porte. La voix de Seung Jo lui demandait si ça allait. Elle hésita un moment et profita qu'il soit à la porte pour sauter de son lit et courir en emportant Nounours, sa peluche fétiche avec elle. Elle ouvrit la porte et se réfugia dans les bras de Seung Jo. Il soupira. Il était presque sûr qu'elle était encore sous l'emprise de ce flash. Un peu remise, elle demanda timidement si elle pouvait dormir cette nuit avec lui. Il avait accepté mais il se demandait si elle se rendait bien compte de qu'elle faisait ? A moins que sa terreur ne soit plus forte que sa raison.
Dans le lit conjugale, Ha Ni resta dans les bras de son mari. Seung Jo avait l'impression d'être un monstre prédateur. Alors que son épouse tremblait de peur dans ses bras, son corps de mâle brûlait d'envie de lui retirer sa chemise de nuit. Il se maudissait d'avoir de telles idées dans cette situation. Il refoula sa libido au fond de lui pour protéger Ha Ni de ses cauchemars. Petit à petit, elle s'endormit. Son corps avait cessé de trembler, au chaud dans les bras de son mari, elle se sentait en sécurité.
Le lendemain, Ha Ni visita la maison. Elle était vraiment très grande. A la vue du nombre de chambre qui se trouvait dans l'aile S. John, il était clair que Geum Hee avait été très optimiste quand au nombre d'enfants que le couple envisageait de faire. Dans le salon, Eung Jo tentait désespérément de se défaire de son écharpe humaine qui le couvrait de baiser. Cette dernière le lâcha enfin pour serrer la main de Ha Ni.
- Je suis vraiment heureuse de te rencontrer en chair et en os Ha Ni.
- Pardon, mais on se connait ?
- Ben c'est moi, Cassandra.
- Oh, on devait se connaître avant l'accident.
- Si je te dis koéma, le gamin, tout ça ne te dit rien ?
- Désolée. Nous avons déjà dû avoir cette conversation, mais... je ne m'en souviens pas.
- Je t'ai déjà dis, Cassandra, que Ha Ni est amnésique, ses souvenirs reviennent peu à peu, gronda Eung Jo
- Ho ! Excusez-moi alors. Cassandra, je suis la fiancée d'Eung Jo.
- Autoproclamé, n'oublie pas le autoproclamé.
- Laisse tomber Eung Jo, dit Guem Hee tu es de la même trempe que ton frère. Si tu ne voulais vraiment pas d'elle, tu t'en serais débarrassé.
- N'importe quoi.
- Quand elle te dira « je m'en vais », tu la retiendras d'une façon ou d'une autre. Comment crois tu que ton frère à retenu Ha Ni ?
- Il suffit que Hyung sourie pour que cette idiote fasse ses quatre volontés.
- Tu devrais mieux respecter celle qui t'a sauvé la vie par deux fois.
- Maman, la première fois... cette idiote a même failli se noyer. Complètement jetée cette fille.
- Désolée d'être idiote, dit simplement Ha Ni qui se retira dans le jardin.
Elle aurait pu monter dans la chambre, mais il y avait quelque chose là haut qui lui faisait peur. Elle passa la journée dans le salon avec sa belle mère qui lui apprit à faire la cuisine, du moins qui essayait de lui apprendre à faire la cuisine, le ménage et les courses. Quand Seung Jo rentra de l'hôpital, il découvrit son épouse endormie sur le canapé. Geum Hee lui expliqua qu'elle avait peur de monter dans la chambre toute seule. Ce dernier secoua sa femme qui gémit et enroula ses bras autour de son cou. Il la monta alors dans la chambre et l'allongea dans le lit avant d'aller se doucher. Il ne pu s'empêcher de contempler Ha Ni qui dormait paisiblement. Il n'avait pas eu le temps de lui dire qu'il avait réussi à prendre un jour de congé pour le lendemain.
Quand Ha Ni se réveilla le lendemain, la première chose qu'elle vit fut le visage de Seung Jo lui souriant. Elle sourit à son tour avant de se lover dans ses bras. Elle s'y sentait curieusement bien, en sécurité, comme si ainsi rien ne pouvait lui arriver de fâcheux. A l'annonce des projets de Seung Jo pour la journée, elle poussa un cri de joie, comme une enfant. De ce côté là, Seung Jo pensait qu'elle ne changerait jamais. C'est une Ha Ni surexcitée que Geum Hee vit entrer dans la salle à manger. Elle dévora rapidement son petit déjeuner, pressée de se retrouver dehors, seule avec Seung Jo. Ce dernier sourit et la suivit jusqu'à la voiture.
- Tu m'emmènes où, demanda-t-elle ?
- Un petit voyage à travers le temps et Séoul.
- Ha ?
- Notre Psy pense qu'il faut te forcer un peu la mémoire pour savoir ce qui te bloque et j'ai donc décidé de t'emmener sur les deux lieux qui ont marqués cette période.
- Mais ce n'est pas très dangereux.
- Je serai là.
Ha Ni repensait au flash de la dernière fois et commença à trembler.
- Ne t'inquiète pas pour le flash de l'autre jour, nous finirons bien par comprendre ce qu'il signifie.
Ha Ni avait acquiescé mais n'était pas rassurée pour autant. La voiture roulait vers le centre ville. Ha Ni regardait la route en tentant de trouver des souvenirs encore bloqués. En passant devant un salon de coiffure elle s'écria : « JuRi !». Seung Jo sourit et confirma les impressions de Ha Ni qui rassemblait un à un des petits moreaux d'un puzzle géant, des petites choses comme le fait d'être entrée dans une boutique acheter un pull rose avec des pompons ou d'avoir bu pour la première fois un « Cercueil » cul sec en début de soirée et d'avoir fini la fête à l'hôpital, complètement saoule et droguée au GHB. Seung Jo s'en souvint. C'était pendant cette fameuse période qui bloquait les souvenirs de Ha Ni. Il y avait eu une fête en l'honneur de l'équipe de football qui venait de gagner le tournoi inter universitaire. Il ne voulait pas venir mais Khyung Soo l'avait appelé pour lui dire qu'elle avait bu un « Cercueil » d'une traite. Il ne lui en fallait pas plus pour comprendre que son idiote de future femme, qui ne tenait pas du tout l'alcool, ne serait pas en mesure de rentrer. Il avait d'abord appelé sa mère qui refusa encore de venir chercher ha Ni et dû aller lui même à cette fête. En arrivant, il aperçu Ha Ni allongée sur un des canapés en fond de salle et un des étudiants, dans le même état qu'elle, tentait déjà de la déshabiller sans se préoccuper de l'endroit où ils se trouvaient dans l'indifférence générale. Ha Ni, elle, ne se débattait pas et semblait plongée dans un profond sommeil. Seung Jo se rappela que cette vue lui avait fait perdre son sang froid et avait donné un coup de poing à cet étudiant mal attentionné qui avait atterri sur un autre. Une bagarre générale s'était alors déclenchée. Seung Jo en avait profité pour emmener Ha Ni loin de l'université. Un peu inquiet de l'état de la jeune fille, il l'avait emmené aux urgences. Le diagnostic était sans appel. Ha Ni avait ingurgité un « cercueil au GHB », très mal dosé. A son réveil, il avait passé une demi-heure à la gronder sur son inconscience et les conséquences qui auraient pu en découler. Elle s'était contentée de baisser la tête au bord des larmes.
Revenant à la réalité, il se demandait si ce n'était pas ça qui la bloquait. Il s'aperçut alors qu' Ha Ni pleurait. Elle passa un petit moment à s'excuser de son comportement ce soir là. « C'est bon, répondit-il pour la consoler, ça fait déjà longtemps que ça s'est passé. Dieu merci, il ne t'est rien arrivée de plus fâcheux ce soir là ». Il l'emmena au Joon's, le restaurant où il avait travaillé durant le temps où il avait quitté la maison et où Ha Ni l'avait attendue des journées entières. Elle regarda le menu et commanda une Salade de poulet hawaïen et un thé, Seung Jo se contenta de la copier. Une femme vint les voir. Il leva la tête et reconnu l'une de ses anciennes collègues.
- Ça fait longtemps Seung Jo, dit-elle en souriant.
- Tu sers toujours ici ?
- Non, je suis chef du personnel aujourd'hui. J'ai été nommé un mois après ton départ. Le boss n'arrêtait pas de dire que si tu étais resté, c'est toi qui aurais eu la place. Mais, ce n'est pas ton pot de colle ?
- Et mon épouse.
- Ha ! Yoon Hae Ra n'avait pas arrêté de nous dire que ça allait arriver.
- Excusez-moi, intervint Ha Ni, ne devriez vous être à votre place au lieu de discuter avec les hommes mariés?
- Vous avez raison, je retourne en salle.
Seung Jo trouvait Ha Ni incroyable. Elle n'avait aucun souvenir de leur mariage, mais elle avait une façon bien à elle de protéger ses acquis. C'était ça aussi qui l'avait séduit. C'était sa façon d'être jalouse, mais c'était aussi ça qui l'attristait. Parce que cette jalousie la faisait souffrir. A la date d'aujourd'hui, il n'avait pas encore trouvé comment la rassurer. Comment pouvait-il s'y prendre pour que cette fille puisse avoir plus confiance en elle et à son pouvoir atypique, il faut le reconnaître, de séduction ? Ha Ni n'était ni vraiment belle et tout juste mignonne, de temps en temps et pourtant la liste de ses prétendants s'allongeait régulièrement. Il se rappela de ce jour où il l'avait vu discuter avec un inconnu de manière assez familière. Poignardé dans le cœur, il avait foncé vers eux et s'était immiscé dans leur conversation, embrassant son épouse de temps en temps. Ha Ni l'avait regardé, étonnée. Cet homme n'était qu'un des anciens camarades de son épouse. Il sourit à ce souvenir. Il pouvait bien se moquer de la jalousie maladive de son épouse puisqu'il était pareil. Oui, il n'aimait pas voir son épouse avec d'autres hommes. Il trouvait son couple très pathétique. Pourtant, il le savait, bien plus que les autres, tout ce que Ha Ni était capable d'affronter pour être avec lui. Ne venait-elle pas de défier la mort en personne ?
En sortant du restaurant il s'excusa de son comportement. Seung Jo la pris dans ses bras. Il en avait l'habitude. Ha Ni le suivit jusqu'à l'entré d'un immeuble. Elle le regarda d'un air interrogateur. Alors qu'il apportait des précisions, il comprit que son histoire n'intéressait pas Ha Ni. Elle semblait vouloir lui parler d'un autre sujet. Il soupira et l'emmena au parc, sans doute avait-il prit cette journée sous un mauvais angle, sans doute devait-il seulement laisser les souvenirs venir. Ha Ni s'allongea sur l'herbe en posant sa tête sur les genoux de son époux. Elle sentit le vent sur son visage. C'était plutôt comme ça qu'elle avait envisagée la journée. Elle ne voulait surtout pas entendre parler de cette autre elle.
- C'est bientôt ton anniversaire, tu veux quoi comme cadeau ?
- Surprend-moi !
- Tu pourrais être déçu.
- J'en doute, tu te décarcasses toujours pour moi.
Il avait bien une idée, mais il doutait fort que ça plaise à Ha Ni et de toute façon, il y avait trop de monde à la maison. De retour de leur promenade, Ha Ni n'avait toujours pas retrouvé la mémoire mais avait passé un bien meilleur après midi au Parc où finalement Seung Jo et elle avait surtout discuté de la future fête d'anniversaire entre deux baisers. Mais au moment de remonter dans la chambre, Ha Ni resta sur place. Elle n'avait toujours pas oublié cette ombre en haut qui lui faisait peur.
