Le lendemain matin, je fus réveillé par le son des rideaux qu'on tirait et par le rayon de soleil qui vient illuminer ma chambre d'hôpital. Je grognai encore englué dans mon sommeil n'ayant aucune envie de me lever. Je n'étais pas du matin et je n'allais certainement pas changer mes habitudes à cause d'un petit séjour à l'hôpital. Sauf que lorsque je voulu lever mon bras gauche, celui qui était la victime préféré de mes couteaux de cuisine, je n'y arrivai pas. Pensant au départ que c'était juste dû à la fatigue et la blessure plutôt sévère que je m'étais infligé emporté dans mon élan de rage, je ne m'inquiétai pas plus que ça. J'utilisai mon autre bras, celui avec la perfusion et je viens me frotter négligemment mes yeux encore lourd de sommeil. Une bonne odeur de nourriture vient alors me chatouiller le nez faisant gronder mon estomac affamé. Me redressant sur un coude, les yeux plissés pour me laisser le temps de m'accommoder à lumière du jour, j'avisai que mon frère se tenait sur la chaise tenant avec dignité un gobelet en plastique fumant. J'avais toujours trouvé très amusant la manière qu'avait mon frère d'être toujours si solennel dans les situations qui si prêtait le moins. Je me mis en tailleur baillant sans grâce aucune en marmonnant un bonjour incompréhensible.
Mon frère me répondit par un sourire amusé, buvant une gorgée de son café noir avant de le poser sur le plateau à roulette. Il se leva et m'apporta mon plateau, versant mon jus d'orange et je me dis qu'il lui manquait plus que le tablier et il ferait une parfaite soubrette. Heureusement qu'il ne pouvait pas lire dans mes pensées car sinon j'aurai eu le droit à un de ses regards qui lui donne un l'air de psychopathe. Cependant, il vit mon petit sourire malicieux et me lançant le fameux regard qui signifie « qu'est-ce qui te fait sourire ? En fait, non je ne préfère pas savoir » et j'éclatai de rire. J'étais pris d'une énorme crise de rire, me tenant les côtes d'une main, les épaules tressautant au rythme de ma respiration hachée par mes éclats de rire et les larmes me montant aux yeux. Mon frère fut quelque peu interdit de me voir rire ainsi, et continue à me préparer mon petit-déjeuner pendant que je cherchais mon souffle. Une fois calmé, essuyant les larmes de rires qui avaient coulé sur mon visage, je pris mon verre de jus d'orange comme si de rien n'était.
« C'était nerveux, c'était ça ou me mettre à hurler de rage en pleurant. J'ai donc choisi l'option la plus douce car je ne vois pas pourquoi, je devrais me ruiner la santé maintenant que je sais à cause de qui ma vie est un bordel sans fin depuis trois mois »
J'avais dit ça avec une mine écœuré. J'étais écœuré de voir que ma vie avait été gâché par lui. J'étais écœuré de voir qu'il y avait des gens capable de vendre la vie des autres juste pour du fric. On vivait vraiment dans une société pourri et corrompu. Dire que si j'avais été normal, en clair si j'avais aimé les filles, jamais je n'aurai eu de problème. Il n'y aurait eu aucun problème. Jamais je n'aurai eu besoin de dire à mes parents, que oui, j'aime me faire prendre par des hommes pour que ce ne soit pas part la presse qu'ils l'apprennent. De toute manière, même gosse, je n'étais pas comme les autres. J'avais toujours eu un physique plus que délicat et enfant, on me confondait souvent avec une fille à cause de mes grands yeux charbonneux, de ma peau de porcelaine et de mes lèvres charnue et délicat surtout que ma coupe de cheveux avec ces deux longues mèches encadrant mon visage de faisait que renforcé les traits fins digne d'une poupée. Mon physique m'agaçait au plus haut point mais avec le temps, je mis étais fait. Enfin, quand personne ne me rappelait que j'avais un style androgyne. Là, je leur faisais avaler leur parole au sens propre… A cette pensée pleine de rage, j'éclatai mon verre de jus d'orange à cause de la trop forte pression que j'exerçais dessus. Heureusement, que je l'avais fini. Je regardais sans aucune émotion le verre brisé et je reposai les morceaux que je tenais sur le plateau avant de me mordre dans un croissant avec le plus grand détachement possible.
Je sentais le regard de mon frère peser sur moi. Il devait surement s'inquiétait. En même temps, je lui donnais toutes les raisons pour l'être. C'est ainsi qu'il rompit le silence pesant qui s'était installé entre nous.
« Sasuke, tu peux m'expliquer pourquoi tu es dans un tel état d'énervement ? »
Regardant ailleurs, mon visage s'assombrit durement et je continuais de mâcher machinalement mon croissant avant de tout lui raconter. Je lui expliquai ce qui c'était passé après ma sortie en boite, ma confrontation avec Naruto chez lui puis ici qui expliquait ma crise de rage chez moi et surtout la raison qui m'avait poussé à faire ça. Ma voix s'était brisé durant que je parlais alors que le regard de mon frère s'assombrit à chacun des mots que je prononçais. Prononcé à haute voix rendant l'horreur de la situation encore plus palpable. Ce mec n'était qu'un idiot, un imbécile fini. Je le haïssais comme jamais je n'avais haïs personne auparavant. Il était le responsable de tout ce merdier. Itachi conclut parfaitement la fin de mon monologue par un « mais quel salaud… », Dit sur un ton où transparaissait son dégout envers ce que le crétin m'avait fait. Et dire qu'il avait osé me dire qu'il m'aimait. Il avait de bien drôle de façon d'aimer. De toute manière, je n'attirais que les mecs bizarres. J'haussais les épaules d'un air fataliste. Enfin, je pensais hausser les deux épaules mais seule une répondit présente à mon appel et c'était du même côté que le bras qui ne voulait pas ce lever tout à l'heure.
Une bouffée d'angoisse me prit alors que j'essayais désespérément de bouger mon bras mal en point. La panique me gagnait de plus en plus ne voulant pas croire que cela pouvait être vrai. Inspirant calmement, j'essayais de bouger les doigts me disant que ça au moins je pourrais le faire mais rien, pas même en frémissant. De ma main droite, j'attrapai mon bras gauche qui ne répondait plus, le secouant doucement puis de plus en plus énergiquement en voyant qu'il restait aussi mou qu'un morceau de chiffon. Avec angoisse, je regardais Itachi qui s'était rapproché de moi en voyant le manège que je faisais autour de ce bras. Il posa alors sa main dans la mienne, mais je ne ressentis rien, pas même une vague sensation. Paniqué à l'idée de perdre l'usage d'un de mes membres, je clapis d'angoisse tel un pauvre chaton apeuré. Je murmurais un non inaudible, voulant nier la réalité. Cela ne pouvait pas m'arriver, pas à moi. Je ne voulais pas croire que mon bras n'était plus masse de chair morte. Je devais contrôler mon corps, c'était la seule que je n'avais jamais réussi à contrôler de ma vie.
Mon frère me regardait d'un air attristé et profondément anxieux, ne sachant pas quoi dire en pareil situation. J'avais l'impression de mourir. Je me mis trembler devant l'horreur de la situation, fixant mon bras sans vie qui lui ne tremblait pas. En état de choc, je restais la sans bouger regardant encore et encore mon bras. Je regardais les bandages serrés autour de bras qui n'en avait plus besoin. J'étais comme anesthésié ne me remettant pas de ça. Comme si j'avais besoin de ça en plus. Il vaudrait que je me tue au lieu de subir tout ça.
Itachi appuya alors sur le bouton pour appeler l'infirmerie tout en frottant doucement le dos. Geste de réconfort dérisoire. Il me disait que cela irait, qu'il était toujours là, que ce n'était surement pas si grave que ça en avait l'air, qu'on trouverait bien une solution à ce problème. Je ne répondais rien, cloitré dans mon silence. Toute mon attention était focalisée sur mon bras et je répétai dans ma tête telle une litanie sans fin « non ». Comme si la négation allait repousser la réalité. La porte grinça et l'infirmière rentra.
« Eh bien, vous en faites une tête, mes lapins ! Faut sourire ! La vie est belle !»
Mon frère la regardait d'un air absolument glacial n'ayant absolument aucune envie de sourire à la vie. Moi, j'avais l'impression de sombrer dans un cauchemar éveillé avec ce bras mort à mes côtés. L'infirmière eut quand même l'amabilité de ne pas en rajouter, sentant que quelque chose n'allait pas. Je le levais un regard vide vers elle avant de le rabaisser sur mon bras qui ne voulait plus m'obéir. Peut-être avais-je été trop loin cette fois et que je ne sais quelle puissance supérieure me punissait. Je n'en savais rien mais le résultat était le même, j'étais au bord du précipice. L'infirmière procéda au test habituel, les sourcils légèrement froncés, balançant de ci de là des petits jurons antillais qui en faisaient que renforçait mon inquiète. Avais-je vraiment perdu l'usage définitif de mon bras ? Je ne préférais même pas y penser. Elle défit le bandage montrant une plaie encore fraiche simplement fermé par quelques points de sutures, comme si on m'avait fait ça en urgence et qu'ils feraient le reste plus tard. Elle appuya doucement tout autour se rapprochant progressivement de ma blessure me demandant à chaque fois si je sentais quelque et à chaque fois je secouais la tête négativement. Aucune douleur, pas même un frémissement.
L'infirmière d'un air préoccupée appuya sur son bipper pour faire venir le médecin de l'étage. Ce dernier arrivait quelque minute plus tard. Pendant ce temps, l'infirmière cherchait à me rassurer me disant que le médecin allait surement trouver une solution alors que mon frère s'était assis sur le fauteuil, les bras croisés et l'air sombre. Quand le médecin arriva, armé de son stéthoscope et de son sourire flamboyant, je restais en état de choc. Il ressemblait trait pour trait à Naruto mais en plus vieux et les marques sur le visage en moins. Il était plus que certain qu'il devait avoir un quelconque lien de parenté avec lui. C'était peut-être à cause de lui que Naruto avait pu venir me parler alors que normalement seul la famille est habilitée à venir. J'affichais par conséquent ma mine des mauvais jours quand il demanda ce qui passait. L'infirmière expliqua avec emphase mon absence de sensation totale au niveau du bras vu que ni mon frère et moi n'avions envie de parler. Le médecin s'approcha de moi et au lieu de me tripoter le bras, il appuya sur mon crane du bout des doigts. Je clapis de douleur avant de lui lancer un regard noir. Non mais franchement, un médecin ce n'est pas sensé soigner au lieu de faire souffrir son patient ? Sauf qu'après un temps de réflexion et à mon plus grand étonnement, quand il avait appuyé j'eus mal au bras. Le médecin du le remarquer vu le grand sourire qui éclaira son visage et qui me rappelait de manière insidieuse le sourire de l'autre blond de malheur. D'un air très docte, il m'expliqua que j'avais reçu un traumatisme crânien qui provoquer en répercussion une insensibilité au niveau du bras accentuer par ma blessure qui avait sectionné un nerf. En clair, j'allais devoir faire de la rééducation pendant trois mois pour retrouver toute ma motricité et ma sensibilité en plus de l'opération chirurgicale pour réparer mon nerf endommagé.
Je soupirais de soulagement remerciant le médecin avec un léger sourire de politesse. L'angoisse de perdre l'usage total envolé, je me sentais plus léger. Un poids en moins sur les épaules. Je savais que cela n'allait pas être une partie de plaisir mais je savais aussi que je ferais tout pour trouver l'usage de mon bras, car mon corps était la seule chose que je pouvais contrôler dans ma vie et je n'avais aucune envie de perdre ma derrière rempart face au monde. Le médecin se pencha alors vers moi défaisant le bandage autour de ma tête que j'avais jusqu'à lors même pas remarqué. Je me demandais d'ailleurs comment j'avais pu me blesser au crane. J'en déduis logiquement que j'avais dû me prendre la clenche du tiroir à côté de moi en m'évanouissement. Je regardais d'un air impassible le visage du docteur si près de moi qui me souriais chaleureusement quand il sentit mon regard sur lui. Il semblait plutôt content de l'état de ma blessure puisque je n'avais besoin d'aucun soin particulière, la plaie n'étant pas profonde. Il remit le bandage en place et sur une dernière recommandation sortit avec l'infirmière sur ses talons. Je restai de longues secondes à fixer la porte, sans guère plus de réaction avant de déporter mon regard sur mon frère qui me fixer.
« Quoi ? »
« Rien… je pense, c'est tout »
« Tu penses trop … » soupirais-je mollement, en détournant mon regard du sien attrapant un autre croissant que je mâchonnai plus par automatisme qu'autre chose.
Mon frère se leva alors de la chaise et s'approcha de moi. Je levai les yeux vers lui haussant un sourcil interrogateur m'arrêtant de mâchonner. Il posa une main sur mes cheveux qu'il fit glisser le long de l'une de mes mèches avec douceur avant de me relever le menton.
« Sasuke… Ne fais pas bêtises durant mon absence. Je dois aller travailler et je veux être sûr qu'il ne t'arrive rien alors que je ne suis pas là pour veiller sur toi »
« C'est bon, j'ai pas 5 ans ! »
« Je le sais, c'est bien pour ça que tu as des pensées suicidaires car tu penses trop et à 5 ans, on ne pense pas. Parfois, j'aimerai bien que tu es toujours 5 ans… »
« Sauf que c'est impossible et sache que tu n'es pas le seul à regretter mes années d'innocences … »
Il se penche alors vers moi et m'embrasse sur le front. Je ferme les yeux alors que je sens mon cœur se serrer douloureusement. Je me sentais parfois si misérable comparé à mon frère, a sans cesse me raccrocher à lui ne sachant pas vivre pour moi-même car je ne savais même pas quel était la vrai valeur de la vie. J'étais si faible et quoique je fasse, jamais je n'arrivais à devenir fort. Je m'armais pourtant d'une armure d'indifférence et de mépris mais rien n'y faisait. Cette armure était de papier et je finissais toujours blessé. Mon frère parti alors et me fit promettre de ne rien attenter contre ma vie durant son absence, je grommelai un oui à peine audible mais il était dit et c'était le principale pour mon Itachi.
Je finis mon croissant et alluma la télé zappant machinalement sur toutes les chaines, les trouvant plus ennuyeuse les unes que les autres. Les secondes passaient avec une atroce lenteur. Je regardais les émissions d'un air morne m'ennuyant mortellement. Mais le temps passait quand même, doucement mais surement. L'infirmière revient me voir pour changer ma perfusion et m'annonçait que j'aurai le droit à mon opération demain matin. Je ne lui accordai même pas un mot ni même mon attention me contentant de zapper négligemment sur la télé. Elle soupira exagérément et marmonna quelque chose sur la politesse avant de sortir de ma chambre d'hôpital. Le reste de l'après-midi fut d'une tranquillité affolante et j'avais juste la mauvaise impression que c'était juste le calme avant la tempête. Mon frère vient me rendre visite à leur du repas que nous partageâmes échangeant quelques banalités sur nos journées respectives. Je restai, après sa visite, une bonne partie de la nuit à regarder l'écran du téléviseur avant de m'endormir bien difficilement, une angoisse sourde me nouant les tripes dont je ne connaissais pas la cause et dont j'espérais qu'elle soit infondée.
