Chapitre 3 :
« Je dois rentrer à New-york, toi, tu t'occupes de te soigner, de manger, de prendre des forces »
Randy tenait la main valide de Gale entre ses doigts. Il ne voulait lui parler que des bonnes choses, de la préparation de sa convalescence à Nantucket, de la belle arrière saison, du sublime été indien qui se répandait là bas. Le reste, il le gardait pour lui. Gale n'avait pas besoin d'inquiétudes...
« Je ne peux pas rester plus longtemps tu sais »
« Oui, oui, allez, vas, laisse moi crever seul dans mon coin » Plaisantait Gale faiblement.
« À très, très bientôt » Murmura Randy en l'embrassant.
« Mmm »...
Dans son petit appartement de west end, Randy attendait, nerveux le retour de S. Il avait préparé son sac, le nécessaire pour vivre à l'hôtel, le temps de se retourner.
« Ohh, tu es déjà là ? » S. balançait son sac sur le fauteuil.
« S . je pars »
« Ah ? Tu vas où ? »
« Je pars, je m'en vais, je quitte l'appart. C'est fini »
« Oh ! On peut savoir ce qui te prend ? »
« S., on est arrivés au bout tous les 2, non ? On ne se parle plus que pour s'engueuler, on baise plus, on partage rien, admets que rien ne va et ce n'est pas d'aujourd'hui. J'ai plus envie de faire semblant »
« Et bien et bien, mais c'est que ça cogite dans cette petite tête dis moi. Il y aurait donc 2 neurones là dedans ? » S, joignit le geste à la parole en appuyant sa main sur le front de Randy. Puis il se servit un verre.
« Et tu vas où comme ça ? »
« À l'hôtel. »
« Ah, c'est vrai... Pour l'instant, le prince charmant est HS, à l'hosto... Pas de pot hein ? » Un deuxième verre fut rempli.
« Arrête S. » La voix de Randy était lasse... Il prit son sac et se dirigeât vers la porte. S. lui barrait le passage.
« Tu vas nulle part, petit con. Tu crois que tu vas me quitter comme ça ? Pour lui ? »
« Non, je te quitte pour personne, je te quitte pour moi... Avant que tu me détruises, laisse-moi passer. » Randy essayait la fermeté, S. était plus fort que lui, physiquement, il le savait. Il ne voulait pas en arriver à une extrémité, qui risquerait de ne pas tourner à son avantage mais c'était trop tard, l'alcool avait fait son œuvre, le premier coup l'atteint sur l'arcade gauche, et le fit tomber. Le 2ème puis le 3ème, lui arrachèrent des cris de douleur dans le ventre, coupant sa respiration. Les autres, visèrent les cotes... Puis, le trou noir.
Quand Randy se réveilla, l'appart était désert. Il sortit de sa poche son portable et appela son ami Phil, celui qui savait tout, le pilier de la sagesse, Phil...
« J'arrive, bouge pas » Pas bouger ? C'était pas difficile, il était là allongé sur le sol, la porte de l'entrée était restée ouverte, après la fuite de S.
« Randy, on appelle la police, il faut porter plainte »
« Non, laisse, je veux pas... »
« Ok, ok... On va à l'hosto, hein ? Allez, tu peux te lever ? »
À l'hôpital, les radios n'avaient montré aucune cote cassée, aucune lésion abdominale, ne restaient que le petit pansement sur l'arcade et des hématomes déjà bleus, un peu partout sur son corps.
« Monsieur, il faut porter plainte, c'est une agression » L'interne essayait de le convaincre, en vain.
Phil refusa de le laisser tout seul à l'hôtel, on se débrouillerait bien dans la boite à chaussure qui lui servait de studio, et on aviserait...
« Pas un mot à Gale... Hein ? » Randy suppliait Sharon de garder le silence.
« Chéri, il arrive dans 1 semaine, tu crois qu'il ne verra rien ? » Sharon était atterrée... Comment pouvait-on faire autant de mal à ce petit ange ? La Debbie qui sommeillait en elle reprenait possession de son âme.
Les assurances des studios avaient exigé un jet médicalisé, et une ambulance, pour le transfert de Gale à Nantucket. Il trouvait cela ridicule et inutile, il n'avait qu'un bras dans un carcan rien de plus. Mais il avait fallu obtempérer.
L'ambulancier l'aida à sortir de la voiture, et lui posa son sac sous le porche de la petite maison de bois blanc.
« Heyyyyyy... » Les 2 amants attendirent que l'homme s'éloigne pour s'étreindre... Comme ils pouvaient.
« Qu'est-ce-que c'est que ça ? » Gale pointait du doigt l'arcade de Randy.
« Une porte de placard. »
« Tu bois, toi maintenant ? » Gale souriait... Le voyage l'avait bien plus fatigué qu'il ne l'aurait cru.
Randy, l'installa sur le gros canapé du salon...
« Allez, dors un peu, le décalage t'a crevé, je vais faire quelques courses, je reviens. »
« Randy...Viens là... » Gale attirait le jeune homme vers lui, lui prit la nuque et l'embrassa...
« Tu n'as rien à me dire ? »
« Plus tard... Dors. »
Au volant du Pick up de Sharon qui le menait au drugstore du petit bourg, Randy se sentait à la fois léger et lourd. Léger parce que pour la première fois de sa vie depuis plus de 5 ans, il était exactement à l'endroit où il voulait être, libre, et heureux. Lourd, parce que, il appréhendait de devoir raconter la honte des coups, l'humiliation, la douleur... Sharon avait raison, comment cacher ?
La petite dame du drugstore, qui probablement n'avait jamais regardé QAF de sa vie, lui tenait la conversation, le prenant pour un étudiant en vacances chez ses grands parents.
« Alors jeune homme ? Mamie a laissé les placards vides ? » Randy souriait. Non, il avait un convalescent à la maison.
« Ohh, un convalescent, faut bien le nourrir alors ! De la viande rouge, des légumes frais, beaucoup de fruits. » Elle lui indiqua le boucher Harvey, le roi des entrecôtes et lui fit un stock d'oranges « à presser » précisait-elle et des yaourts « pour les os »...
On s'était arrangé ainsi, Randy, en pleine préparation d'une comédie musicale, avait pour l'instant ses textes à apprendre, des chants. Il commencerait les répétitions dans 15 jours... Il laisserait Gale à Nantucket encore une semaine avec Sharon qui prendrait le relais... et d'ici 3 semaines, on aviserait. Il commençait à toucher du doigt la complexité de leur situation. Lui à New York, Gale à L.A, un continent les séparerait la plupart du temps. Comment construire quand on ajoutait là dessus, le coté clandestin de leur liaison ?
« Oh... Tu es réveillé ? » Ses paquets plein les bras, Randy rentrait, apportant dans son sillage, l'air frais de la mer.
« Tu peux m'aider ? J'aimerais prendre une douche »
Gale avait maigri, Randy sentait ses cotes en le déshabillant. Il retrouva leur intimité forgée au fil des ans, celle du temps où ils n'étaient amants que dans leurs têtes. Celle où la vie se faisait toujours à 2, entre eux 2, dans la bulle de Toronto.
« Oh la vache, comment on le met ce truc ? » Il fallait protéger le plâtrage fait d'une sorte de bandage serré, avec une espèce de bâche en plastique. La manœuvre déclenchait le fou rire de Randy, même si rire, lui faisait encore mal aux cotes, et déclenchait une grimace. Son rire, celui des jours de tournage joyeux, celui qui entraînait Gale dans des délires sans fin. C'était si bon de se retrouver.
« Bon, faudra prévoir que l'opération salle de bain prend... Une heure, facile. » Déclara le jeune homme en enveloppant Gale dans un grand drap de bain pour le sécher. Celui-ci avait visiblement prévu autre chose également.
« Tu es trempé, tu aurais mieux fait de prendre cette douche en même temps que moi » Sourit-il.
« Enlève-moi ça.. » Il avait attrapé le bas du pull de Randy avec sa main valide. Le jeune homme rougit et émît une légère résistance que Gale perçu immédiatement.
« Qu'est-ce-qu'il y a ? »
Alors, Randy ôta son pull, dévoilant son corps meurtri. Sur ses flancs, des traces jaunes et brunes, sur son épaule, la marque d'un angle de meuble. Gale parcourait en surface, cette carte d'un drame, que le jeune homme lui avait soigneusement caché. Mâchoires crispées, sourcil froncés, il restait pétrifié.
« C'est lui ? »
« Oui, mais ça y est, c'est fini, c'est fini maintenant » Randy cherchait à remettre son pull, gêné.
« Raconte ! » C'était un ordre. Alors, il raconta, les années de malaise, de peur, d'humiliations, de craintes, et cette dernière altercation, la violence des coups, le soulagement, la liberté retrouvée.
« Tu as porté plainte j'espère »
« Non, non, c'est pas la peine... Laisse tomber »
« Tu veux laisser ce fils de pute s'en sortir comme ça ? »
« C'est bon, ça va, c'est rien, je suis pas mort »
« Non, c'est pas rien... Randy, regarde moi ? Il t'a ? » Gale n'osait pas finir sa phrase de peur d'entendre la réponse qui le détruirait d'avantage.
« Non »
« Randy, il faut me le dire... »
« Non non, je t'assure, des coups seulement. Et c'est fini, j'ai envie d'oublier ».
Alors, Gale passa doucement sa main sur les traces, embrassa cette épaule ce cou, ces lèvres. Il firent l'amour du mieux qu'il purent, cherchant la position la plus confortable, la mieux adaptée à ces 2 estropiés. Leur désir était plus fort que la fatigue, et la douleur. Il se retrouvaient enfin.
Ce qui manqua le plus à Gale cette première nuit, fut de ne pas pouvoir avoir Randy au creux de ses bras, endormi. Son épaule l'obligeait à rester bien à plat sur le dos, sans grande liberté de mouvement, mais entendre sa légère respiration, le savoir là, tout prêt, tenait du petit miracle, et il s'en contentait.
Nantucket était de nouveau une bulle, comme Toronto en avait été une pendant toutes ces années.
Les 2 hommes savaient, qu'il n'en serait pas toujours ainsi, qu'il fallait profiter, que cette parenthèse par définition, n'était pas éternelle. Gérer la distance, les absences, les silences parfois, serait difficile, il fallait avoir la Foi, l'envie, l'amour... Il fallait croire plus fort que n'importe quel autre couple, que leurs sentiments seraient plus forts. Ils s'y préparaient ensemble, leur décision était prise.
Ils auraient les vacances, les longs week-ends, les allés retours éclairs. Peut-être plus tard, des séjours dans la même ville si l'un ou l'autre décrochait un rôle à New York ou L.A.
Gale tentait de motiver les troupes en disant que la routine ne les atteindrait jamais, qu'ils échapperaient à l'usure de la vie commune, qu'ils ne se battraient jamais pour une histoire de lessive pas étendue ou de steak trop cuit.
Randy quant à lui, imaginait possible de préparer ses filages, et lectures à L.A, il n'avait besoin d'être sur place que pour les répétitions avec ses partenaires, et puis, il y avait les vidéos conférences pour les réunions de travail. Pour lui, les choses étaient plus simples.
Pourraient-ils au moins vivre ensemble ? Oui... En faisant attention, la maison de Gale n'était pas assaillie par les paparazzi, il ne faisait pas partie des acteurs les plus traqués Hollywood. Il suffirait de ne pas sortir dans les boites gays, de ne pas se montrer ouvertement ensemble en public.
Tout était jouable.
Randy était assis, à califourchon sur les genoux de Gale, et lui faisait manger une glace au chocolat. Ils se rappelaient cette scène, comment Gale chougnait que c'était froid ! Comment ils avaient rit !
Pour l'heure, ils étaient enfin dans la vraie vie. Ils avaient gardé précieusement avec eux, une part de Brian et de Justin... La part qui leur ressemblait le plus, celle de 2 êtres éperdument amoureux.
« C'est ton anniv samedi... 31 ans ! Qu'est ce qui te ferait plaisir ? Dis moi ? »
« Hummmmm » Randy regardait le corps de Gale goulûment...
« Oui... Ok, ça tu l'as déjà... Quoi d'autre ? » Sourit Gale. Randy ne voyait pas ce qu'il pourrait avoir de plus, il était trop heureux. Il disait qu'il se contenterait d'une bonne soirée avec ses amis... Phil, cette folle de Lesly, Herb, le sculpteur fou... Sharon, Michelle, qui avait promis un tournois de Pocker digne des tripots de Vegas... Et son homme... Cela lui irait parfaitement.
31 décembre 2008, on allait fêter ce nouvel an, et pour les 2 hommes, une nouvelle vie également.
Ils avaient envie de rester seuls, et avaient décliné les invitations New-yorkaises des fêtes de Greewich, des amis artistes de Randy, qui organisaient des « parties » sur les toits des buildings. Où dans les caves des vieilles brasseries du Ghetto.
Sharon avait compris...
Randy, sortait les pattes de crabes géantes du cageot.. Invoquait Tchernobyl pour justifier de leur monstruosité. Gale souriait.
« Tu en es où pour l'appart ? » Déjà 2 mois ½ que Randy squattait chez Phil.
« J'ai 2 trucs possibles en vue, je passe à l'agence Lundi, ça fait bizarre de quitter ici. Sans toi. »
« Je sais. On le savait, ça va aller. » Gale attirait Randy à lui, posant sa bouche sur son front.
Ce qui les attendait pour cette année 2009 ? De longues semaines de séparation, du travail, des nuits de solitude, la brûlure du manque... Des longues conversations à pas d'heures, la gestion des décalages, les quelques jours pris ça et là sur des emplois du temps surchargés. Ce serait sans doute très difficile. Pour l'heure ils essayaient de ne pas y penser.
Ils allèrent faire un tour sur la plage, plongée dans l'obscurité et déserte en cette nuit de fête.
Plus tard dans la soirée, avant que minuit sonne, il jouèrent à un de ces jeux qu'ils s'inventaient à Toronto.
« Alors ? À toi... tes... différences » Disait Gale.
« Je suis nul, en dessin... à toi »
« j'aime le champagne... à toi » Gale riait en levant son verre.
« Je suis myope. À toi ».
« Je suis... Très... Monogame » Un temps d'arrêt, et Randy explosa de rire.
Bien sûr qu'il était évident que pendant ces longues semaines de séparations, aucun des 2 ne pourrait prétendre exiger quoique ce soit, ou tenir une quelconque promesse. Ils n'étaient plus des gamins, Randy venait de retrouver sa liberté, Gale était divorcé .. La seule chose qu'ils pouvaient se promettre, c'était que quoi qu'il se passe à L.A ou à New York.. Il s'aimaient, et il étaient l'un pour l'autre, LA priorité. Pour le reste, ma foi. On ne pouvait rien garantir. Cela aurait été un leurre .
« Approche, sunny boy » Cet accent du sud , cette voix traînante et suave... Randy n'y résistait jamais. Il arrivait quelquefois à Gale de l'appeler Sunshine, sunny boy... Une habitude prise sur les plateaux. Au début, Peter et Sharon avaient trouvé ça... Glauque et dangereux, craignant que les 2 hommes ne confondent fiction et réalité. Mais depuis 2 ans que les tournages avaient cessés, les rôles avaient disparus peu à peu de leur mémoire, d'ailleurs, la bande des 6 comme ils aimaient s'appeler avait réussi à se créer de nouveaux liens, et s'il leur arrivait encore d'évoquer avec nostalgie, les jours heureux de Toronto, ils avaient su se faire d'autres souvenirs, ensemble.
« À quoi tu penses ? » Gale passait ses doigts dans la nuque blonde, descendant le long de son cou...
« Avoue… ! Combien de fois tu y a pensé ? Hein ? » Repondait Randy, comme un gosse moqueur.
« Ahhh. ! souvent... Ok...TRES souvent » avouait Gale..
« Et ? »
« Et... Qu'est-ce-que tu veux me faire dire ? » Randy s'était assis en tailleur part terre, les bras posés sur les genoux de Gale affalé dans le canapé..
Oui, bien sûr, Gale s'était demandé 100 fois, comment ce serait pour de vrai, est-ce que ça marcherait si bien ? Est-ce que ce serait aussi fort. Jouer à la passion sexuelle sur un plateau, était une chose, le concret, le réel, en était une autre. La première fois qu'ils avaient osé franchir le cap, l'année dernière, ici même, il avouait avoir été bouleversé par ce moment, transcendé et transformé. Surpris aussi, d'avoir trouvé l'acte simple, évident et naturel. L'interminable absence des mois qui avaient précédé son accident, lui avait fait prendre conscience du manque physique qu'il avait de Randy, un manque charnel, qu'il assumait à présent.
Et puis, son installation à Nantucket, leurs quelques mois de vie commune dans ce refuge, en dehors du monde, avaient confirmé cette entente parfaite de leurs corps, cette fusion unique. Ils n'étaient jamais repus l'un de l'autre, jamais lassés de se prendre, de se toucher, de se laisser porter par toutes les envies qui leur passaient par la tête. L'état de grâce, c'était sûrement ça, se disait Gale. Le Paradis en tout cas devait ressembler à Nantucket.
« Mmm... Alors ? »
« Et bien je dirais... Pas mal ! »
« Pas mal ? » S'exclama Randy en se jetant sur sa proie consentante...
La nuit du 01 janvier 2009 fut passée à s'aimer, encore, toujours, partout dans cette maison, jusqu'à épuisement, jusqu'à ne plus sentir leurs corps. Pour se souvenir le temps qu'il faudrait, avant de pouvoir se retrouver.
Kennedy Airport, le 03 janvier. 8h AM
« Allez, au plus tard dans 15 jours. Je t'attends. Ça va aller ? » Gale essayait de garder son self contrôle dans le hall qui commençait déjà à se remplir de voyageurs pressés.
« Oui, ça va, je reprends les répêts demain, tu sais, le travail, ça aide, et puis... Si on maintient nos ''vidéo conférences''... » Dit Randy avec un sourire triste.
À ce moment précis, garder la distance, ne pas se serrer dans les bras, ne pas s'embrasser, fut une épreuve douloureuse. L'apprentissage de la règle du jeu commençait.
Gale retrouva sa petite maison, elle sentait le renfermé, il faudrait appeler l'entreprise d'entretien, le jardin ne ressemblait plus à rien. Son agent lui avait organisé 2 rendez vous importants, il commençait la lecture d'une pièce de théatre « Le retour d'Orphée ». Il avait de prévu 3 semaines de tournage avec Desperate house wives. Il fallait aussi qu'il rappelle au plus vite l'assistante de prod des experts.
Robert était passé le voir le lendemain de son arrivée, histoire de s'assurer du moral des troupes, manger une pizza, boire une bière ensemble, et parler un peu de la situation.
Robert sentait Gale fragilisé.
« Vous finirez bien par trouver une solution, rien n'est insurmontable. »
« Mmm... Je me suis embarqué dans un drôle de trip quand même. »
« Tu regrettes ? »
« Non... Pas une seconde. » Et Gale souriait, au souvenir de l'ange blond, qui avait imprimé son sourire, dans sa tête...
Randy, de son coté, avait la chance d'avoir sa bande de potes totalement allumés, mais discrets et fidèles, pour l'épauler dans cette épreuve. Phil, dont il squattait toujours le studio, et qui l'entraînait dans des soirées où l'on mélangeait chant, sculpture, peinture et danse dans un joyeux capharnaüm. Keith, le graffeur amateur de Karaokés dans les cantines chinoises. L'équipe fidèle de l'underground New Yorkais, intellos fantasques, fauchés et discrets...
Le jeune homme détestait vivre seul, c'est pour cela en partie, qu'il portait toujours au lendemain la recherche d'un appart. Phil, gros ours bourru, et patient, supportait avec philosophie ses états d'âmes... Il était son ami.
« Randy... Ton mec est connecté, magne toi »
8h du mat...
« Heyyyy... Comment tu vas ? » Randy était encore endormi mais Dieu que c'était bon de le voir, d'entendre cette voix un peu traînante, nonchalante...
Phil faisait signe qu'il partait chercher les baggels.
« Je viens de rentrer des studios, là je suis mort. Alors, tu arrives quand ? C'est toujours Ok ? Hein ? » Gale était inquiet.
« Toujours. J'ai dégagé 4 jours, je pourrai pas plus... »
« 4 jours ? Waw, le grand luxe ! »
« Gale, je suis désolé... »
« Chut, arrête, je plaisante, je t'attends... » Puis, quelque secondes plus tard
« Je t'aime »
Casque de MP3 sur les oreilles, lunettes de soleil, Randy débarquait sur le tarmac de L.A, avec un bagage à main, et une folle impatience d'arriver enfin chez Gale.
Un chauffeur avec une pancarte « Mr. Harrisson » l'attendait de l'autre coté du poste de contrôle.
« Bonjour Monsieur. D'autres bagages ? »
« Non, je n'ai que ça, merci. »
Les avenues bordées de palmiers, les grosses voitures aux vitres fumées, Randy s'amusait du contraste avec son bon vieux New York d'artistes dans la misère. On ne pouvait faire de villes plus différentes. Le bling bling de Hollywood, où le paraître est roi, où le talent réside dans la longueur de la liste de vos contacts dans votre Blackberry. Où être bronzé, siliconé et botoxé est une preuve de savoir vivre... Et la bouillonnante, intellectuelle, et si européenne New York où les génies ressemblent à des clodos, où l'on vit à 4 dans 35 m2 …
La voiture s'était enfin arrêtée devant une petite palissade en bois vert. Le chauffeur avait pris congé.
Nous y voilà. Randy sonna. Le bruit de l'interphone, puis, l'ouverture de la porte :
SURPRISE !
Oh, mon Dieu, Peter, Scott, Robert... Et même Théa... Oh... Théa... Tous ceux qui avaient pu se libérer étaient là. Une banderole kitchissime au dessus de l'entrée « Welcome, sunshine »
« Vous êtes tous une bande de cons » S'exclamait le jeune homme les larmes aux yeux.
C'était donc ça, l'air inquiet de Gale au téléphone, cette insistance à demander 20 fois, sa date d'arrivée.
« Théa, tu m'as manqué... » Randy serrait fort la canadienne, qu'il n'avait pas revue depuis 6 mois.
« Et moi ? Je t'ai pas manqué ? » Gale ouvrait ses bras. Et là, au milieu de leur famille, parmi ceux qui étaient devenus leurs frères, leurs sœurs, leurs meilleurs alliés, ils purent enfin s'embrasser sans retenue, sans crainte, sous les applaudissements émus de la communauté de Liberty Avenue.
« Et ben, il était temps... On se demandait si vous n'alliez pas finir vieilles filles tous les 2 » Scott, s'apprêtait à faire un discours dont lui seul avait le secret. Tous se regroupèrent autours de la table, où un petit buffet avait été dressé.
« Votre attention s'il vous plait ! Dieu ayant enfin entendu nos prières, nous sommes réunis ce jour, pour fêter les retrouvailles entre l'enfant prodigue et le loup solitaire ! Nos années de patience, d'angoisse face au suspens qu'ils nous ont imposé au fil du temps, sont enfin récompensées...
Ça y est... Oh sana ! Ils ont CONCLU ! Je vais donc me permettre de passer parmi vous afin de récolter les fruits de mes gains... Et oui.. J'ai gagné le pari, par ici la monnaie ! »
Scott, une casquette à la main, réclama son dû ( 10 $ ) à Robert, Théa et Peter..
Peter intervint à son tour.
« Je lève à mon tour mon verre, à Gale et Randy, recordmen absolus des plus longs préliminaires jamais enregistrés de l'histoire... 8 ans pour en arriver là... Respect ! »
Théa ne se fit pas prier longtemps pour chantonner « Dream a little dream of me », reprise par la petite bande, qui retrouvait en un éclair, ses habitudes de Toronto, comme s'ils s'étaient quittés hier.
Ils eurent une pensée pour Michelle, retenue à Miami, et Sharon, qui n'avait pu se libérer à temps.
« Ohhhh, allez, dites pas que vous vous en souvenez pas ? »
Peter avait lancé l'intro de « Save the last dance for me »
Comment ne pas se rappeler ? Gale se souvenait du temps infini qu'ils avaient mis à répéter cette chorégraphie pour la scène la plus forte de la saison 1. La fameuse scène du bal de promo... Lui qui n'était pas un Surdoué de la danse, avait ramé pour que le résultat soit à la hauteur. Randy, patient, avait accepté de se faire massacrer les pieds, et broyer le dos. Ils avaient ri, beaucoup ri... Ils avaient veillé tard pour reprendre, et reprendre encore les pas. Tout devait être parfait. Et ça l'avait été. Le jour du tournage, un tonnerre d'applaudissement des techniciens avait salué leur performance. Gale avait gardé la main de Randy dans la sienne, longtemps... Très longtemps.
« But don't forget who's taking you home... » Aujourd'hui, il souriait à ce souvenir, ses doigts serrant ceux de son partenaire.
On penserait plus tard à la séparation, pour l'heure, on avait 4 jours, on voulait un barbecue ! Même si la saison ne s'y prêtait pas vraiment. On voulait chanter, rire, jouer ensemble, se raconter des horreurs, et profiter les uns des autres.
Robert, indiscutablement le plus sérieux de tous, avait pris Randy à part. Il lui faisait part de son inquiétude.
« Gale ne va pas très bien tu sais, ce n'est pas facile pour lui. »
« Qu'est-ce-que je peux faire ? On en a déjà parlé, un outing serait un désastre professionnel pour lui, je ne veux pas lui imposer ça, et puis, ça changerait quoi ? Ça n'empêcherait pas que je suis toujours à New York et lui... Ici. Et tant que le travail sera ce qu'il est, on aura toujours le même problème... La distance. »
« Oui, mais au moins, quand vous êtes ensemble, vous n'auriez pas à vous cacher, vous protéger. Randy, je ne veux pas t'affoler, mais la situation n'est pas vivable, à long terme. Et je pense que vous avez envie qu'il y ait du « long terme »... Non ? »
« Oui, bien sûr. » Le jeune homme était désemparé, lui et Gale se voyaient peu, se manquaient tout le temps, ne vivaient pas ensemble, et ce n'était bien entendu, pas la conception qu'il se faisait d'un couple.
Le soir était descendu, Randy commençait à ressentir les effets de la fatigue. Il devait être 2 h du mat à New York. Scott et Peter prenaient congé. Robert logeait Théa dans son appart à 5 minutes d'ici. On se reverrait le lendemain pour le brunch. On disait 11h ?
La porte refermée, Gale proposa un bain, l'idée la plus appropriée ! Randy laisserait ses doutes, ses angoisses, ses peurs, étales par terre, avec ses vêtements et les reprendrait plus tard. Pour l'heure, il s'agissait de retrouver la peau, le parfum, le corps de Gale et de se laisser aimer, sans plus réfléchir.
« N'oublie pas, où que tu sois, quoique tu fasses, je suis là... » Gale prenait les tempes de Randy entre ses mains et l'embrassait longuement. Il laissait son empreinte sur sa peau pale de blond...
Et le taxi l'emportait à l'autre bout du continent...
Retrouver New York et son agitation fébrile, aidait Randy à tenir le coup. Phil avait lancé un soir, alors qu'il se débattait avec une liste d'apparts à visiter.
« Laisse tomber ces conneries, reste. Tu me gènes pas, tu ronfles pas et la plupart du temps, on fait que se croiser. »
« Oh, c'est pas vrai, on se marche dessus ici, Phil, je te squatte, j'abuse »
« Absolument pas ! C'est quand la dernière fois qu'on a eu une conversation de plus de 10 minutes, ici ? » Rétorquait le sculpteur.
« Hier. Tu m'as montré comment déboucher le vide ordures sur le palier, j'ai rien compris, cassé le manche du balais. Sur ce madame Rabinovitch est arrivée, nous a traités d'incapables, a collé un coup de pied dans le mur et la boite de pizza restée coincée est descendue toute seule. »
En quittant S. , Randy avait tout laissé derrière lui, de leurs années de vie commune, il n'avait rien emporté, seulement un bagage avec quelques vêtements, des CD, des DVD, des livres, c'était tout. Il avait également changé de numéro de portable, d'adresse mail, fait suivre son courrier chez Phil.
Il avait voulu tout oublier.
« Courrier … » Phil brandissait une grand enveloppe blanche d'une main., un paquet de donuts dans l'autre.
Randy apportait la cafetière sur la minuscule table du studio, puis il attrapa l'enveloppe tendue. Il changea de couleur à l'instant, s'assit brusquement, muet, livide... Phil, interrogateur, récupéra l'enveloppe tendue. Putain de merde... Sous ses yeux, une photo très nette, étalait Randy et Gale, probablement dans le jardin de celui-ci, dans une position... Sans grande ambiguïté.
« Oh la vache, il vous a pas ratés ! » Phil tentait l'humour.
« C'est tout, t'as rien d'autre, pas de mot ? »
Si, bien sûr, il y avait un mot...
« Alors, Darling ? On se voit quand ? Il faut qu'on cause non ? »
S. ne pouvait avoir choisi meilleur effet, pour faire savoir, qu'il n'avait pas l'intention de lâcher prise, si facilement...
