Chapitre 5 :

« Phil... Hé ho... Phil... » Randy secouait son ami encore endormi.

« Mmmmm, quoi ? Madame Rabinovitch est coincée dans le vide ordure ? Laisse là, je la sortirai tout à l'heure » Maugréait le sculpteur.

« Ça y est, Gale déménage, il vient à New York ! » S'exclamait le jeune homme.

« Cool. Pour moi ça sera 2 donuts aux pépites de chocolat au lait, et 2 muffins aux pommes. » Et Phil se rendormit.

En descendant les marches 4 à 4 de l'immeuble de briques, Randy planait, mille idées tournaient dans sa tê sélectionner des apparts, les visiter, trouver l'endroit de ses rêves. Il lui restait si peu de temps, les vacances d'août, et septembre qui arriveraient si vite.

L'agence immobilière cossue de East Broadway proposait des résidences de standing, avec réceptionniste. Mais Randy aspirait à beaucoup plus discret. Après quelques recherches infructueuses, il se rabattit sur une petite agence, à l'enseigne désuète « Doux foyer » tenue par un vieux monsieur. Il lui expliqua ce qu'il recherchait, un lieu calme, dans une rue peu passante, pourvu de 2 accès.

« Humm, je vois jeune homme, je crois que j'ai quelque chose pour vous... »

Le bâtiment semblait tout droit sorti d'un vieux film des années 30, Randy ignorait qu'il en restait encore debout de semblables dans ce New York qui changeait chaque jour de visage..

« Vous n'avez pas tout vu jeune homme, regardez » Les 2 fenêtres du salon s'ouvraient en effet sur une sorte de mezzanine couverte, qui donnait sur un grand jardin rectangulaire.

« On se croirait dans le patio d'une Anzienda... »

« Vous ne croyez pas si bien dire jeune homme. Le bâtiment a été commandé par un riche Mexicain, en 1939, qui avait dû faire fortune pendant la prohibition, en vendant sa tequila frelatée... »

Randy souriait, ça, pour un drôle d'endroit, c'en était un ! Le vieux monsieur l'entraînait maintenant vers un escalier.

« Et voici votre première entrée, elle donne sur St patrick lane. Grille, digicode, on s'est mit au goût du jour » Rajouta-t-il dans un clin d'œil.

« Et par ici, si vous suivez ce corridor, vous arrivez à la seconde sortie qui débouche sur Barton... C'est ce que vous recherchiez, je crois ? Ah, il y a tout de même 2 petits détails. Le premier, l'immeuble ne possède pas de parking, le deuxième, le propriétaire est absent jusque fin septembre, si vous êtes intéressé, il vous faudra être patient »

« Je peux prendre des photos ? » Demanda le jeune homme.

« Bien sûr, c'est une décision qu'on doit prendre à 2, n'est ce pas ? » Répondit le vieil homme.

Gale reçu le jour même par mail, les clichés pris de l'appartement avec une petite phrase « On prend ? » Il répondit dans la foulée « Oui... On prend ».

Le taxi avait déjà klaxonné 2 fois, Phil avait hurlé « 2 Secondes, ça vient » par la fenêtre et fait ses recommandations d'usage « Passeport ? Driving licence ? Billet ? Lunettes ? Capotes ? » Randy riait.

« C'est bon, je ne pars que quelques jours. »

« Arrête, tu sais pas respirer sans New York. Avoue! »

Randy salua son ami de la main en dévalant les escaliers.

Il avait été convenu que cette « fête de 40 ans », se ferait dans l'intimité, quelques amis de Gale, la bande de QAF disponible à ce moment, sa famille avait envoyé un énorme paquet rempli de « produits de ce bon vieux Sud ».

Ce n'est pas que Gale était enchanté de passer ce cap, mais il ne s'appelait pas Brian, il n'avait pas l'intention de se pendre !

Le temps de repérer l'homme à la pancarte : « Monsieur Harrisson »... Et Randy s'engouffrait dans la Ford jaune.

Milles idées se bousculaient dans sa tête. Il regardait le ciel, chauffé à blanc en ce mois de juillet. Le trac l'envahissait. Enfin, c'était surtout son idée de cadeau pour Gale, qui commençait à le rendre nerveux.

Mais pour l'instant, il effaçait ses doutes en pensant à la joie des retrouvailles. Au bonheur aussi de revoir Peter et Scott.

Mais pour l'heure, c'est une femme affable et douce qui l'accueillit dans la maison.

« Bonjour, je suis Clarissa, entrez, voulez-vous un rafraichissement ? »

Randy ne se fit pas prier.

Il posa ses affaires, envoya un texto à Gale « Bien arrivé. Dépêche-toi »

« Monsieur, j'ai fini mon service, avez-vous besoin d'autre chose ? » La dame prenait son sac devant l'entrée.

« Non merci Clarissa, bonne soirée. »

Gale s'était donc décidé à embaucher quelqu'un pour s'occuper de son antre sourit-il... Il feuilleta un moment des revues professionnelles laissées sur la table basse, puis, s'endormit sur le canapé.

« Heyyy... La belle au bois dormant ? » Gale enlevait délicatement les lunettes, restées sur le nez de Randy... Il lui embrassa le front, saisit ses lèvres...

« Alors, mon ange... Comment va big apple ? » Un baiser...

« Pluie » Un autre.

« Mmm... Et Phil, comment va Phil ? » Encore un baiser, plus long...

« Il se shoote aux donuts »...

Il n'y eu pas d'autre interrogatoire...

La maison était en effervescence en ce 10 juillet 2009. Clarissa venait de terminer de dresser le buffet de tapas, en haut, des bruits de portes qui claquent.

« Peter, ça sert à rien de faire le coup de la SUUUUUUUPRISE, t'es d'accord ? » Disait Randy.

« Oui, oui, OK, pas de surprise, sauf que tu m'as toujours pas dit ce que tu lui offrais »

« Ah, ça, je dis pas... Vous verrez bien » Répondit le jeune homme en enfilant son débardeur.

Il faisait si chaud à l'extérieur, Randy pensait que la météo californienne devait être pour quelque chose dans le fait que sa tête lui tournait.

Gale arriva enfin sous les applaudissements d'une petite bande d'une vingtaine de personnes, tous proches, tous du métier, réunis pour célébrer ses 40 ans.

Le gâteau coupé, les parts distribuées, Randy fit signe à Peter, Scott et Robert de le rejoindre à l'étage. Puis il demanda à Gale de le suivre...

Il referma la porte derrière eux...

« Voilà, comme tu as pu le remarquer, tu n'as pas eu de cadeau de ma part... Celui que je veux te faire, je voulais le faire ici, entre nous » Il lança un regard sur les 3 autres garçons assis sur le lit qui l'interrogeaient des yeux.

Gale avait penché la tête, intrigué.

« Hum, voilà, j'avais pensé à une moto ( rires crispés de l'assistance ), mais je me suis dit qu'il vaudrait mieux quelque chose de plus ''constructif''. Alors, j'ai longuement réfléchi et je me suis dit : 40 ans, c'est l'âge de raison, le passage à la vie d'adulte ! ( rires )

« Alors, Gale Morgan Harold... Veux-tu m'épouser ? »

Les 3 témoins retenaient leur souffle... Gale bouche entrouverte, restait interloqué.

Peter lui souffla alors l'élan nécessaire en déclarant « fais pas durer le suspens, crétin... »

« Hum... Randolf Clarke Harrisson, qu'est-ce que je vais donc pouvoir t'offrir de mieux pour ton anniversaire ? »... Gale sentait les larmes venir...

« Oui... C'est oui... I will marry you ! »

Scott fit sauter le bouchon de la bouteille de Don Perignon.

« Ben quoi ? J'avais parié que ce serait ça... » Déclara-t-il...

Les 2 amants se regardaient intensément, comme pour s'imprégner à jamais de cet instant unique.

« Et ben, embrassez-vous ! » Lança Peter, ému aux larmes, lui aussi.

Ce fut un baiser interminable, profond et passionné.

Randy et Gale allaient se marier... Où, quand, comment, ils y penseraient plus tard.

Pas de bague ? Non pas de bague... Leurs alliances étaient dans leurs cœurs.

Assis sur le rebord du lit, Gale observait Randy endormi. Il hésita à suivre de ses doigts la courbe de ses reins, mais se ravisa pour poser un très léger baiser sur son omoplate.

Se marier ! La demande l'avait stupéfait, coupé le souffle. Non pas qu'il n'y ait jamais songé, mais, il ne savait pas encore, comment concrétiser ce projet.

Il descendit pieds nus dans la cuisine, sans faire de bruit, mit la cafetière en marche, et attrapa son téléphone.

« Hey ? Gale. » La douce voix de Théa avait toujours eu le don de l'apaiser.

« Alors, on se réveille de la petite fiesta ? » La jeune femme, qui avait appelé la veille pour souhaiter l'anniversaire de son ami, avait bien sûr été informée dans la seconde, par un Peter survolté de LA demande en mariage. Elle eu l'élégance de n'en rien laisser paraître.

« Théa, je vais me marier... » Répondit-il dans un souffle.

« Ah oui ? Avec qui ? »

« Idiote ! »

« Oh, Honey, c'est vrai ? Mon Dieu, tu as fait ta demande ? » Théa, fine mouche attendait avec impatience la version de Gale...

« Non, Randy m'a devancé hier soir »

« Oh, pauvre chou... Il t'a coupé l'herbe sous le pied » Railla, la belle...

Ils discutèrent un long moment de leur envie de faire quelque chose d'intime et de discret. Théa suggéra le Canada. Elle habitait Toronto, elle pouvait organiser cela pour eux, ce serait un réel plaisir... Vraiment !

« Merci, ma belle, j'en parle à Randy »

« Gale ? Ça va ? Heureux ? » demanda-t-elle.

« Terrorisé... »

« Ça va bien se passer, t'inquiète, je gère ! Occupe-toi juste de la date, le reste, c'est mon affaire. Vous allez avoir un mariage, discret, intime et chaleureux... Je t'embrasse, fort, fort fort ? Embrasse Randy pour moi, dis lui que je l'attends. » Puis, elle raccrocha.

« Bois ! » Gale tendait un grand verre de jus de citron tiède à un Randy grimaçant.

« Tu devrais arrêter de prendre ces merdes pour dormir » Ajouta-t-il.

« Oui, oui. Bientôt, j'en aurai plus besoin » Le jeune homme souriait.

« Gale, j'ai réfléchi, tu sais, on a pas besoin d'alliances . Pas la peine d'attirer l'attention, tu vois... »

« Randy, si tu veux en porter une, c'est OK pour moi, je t'assure »

« Non, vraiment, tu sais, notre mariage, c'est notre affaire, je n'ai pas envie de le voir étalé partout, disséqué, expliqué, commenté. C'est pas nous, ça... Jusque là, notre vie privée a été épargnée, si tu es d'accord, je tiens à ce qu'elle le reste » Randy était venu appuyer ses propos en entourant de ses bras, la taille de Gale.

« T'as honte de moi ? » ironisa celui-ci en lui secouant le menton du bout des doigts.

« Abruti... » Il faisait déjà bien trop chaud pour projeter la moindre sortie en ce dimanche matin... La clim était à température idéale, le lit... Frais...

Crépuscule,

« Alors, donne-moi les détails, il est comment cet appart ? » Gale jouait avec les doigts de Randy, lové au creux de ses bras dans le canapé du salon.

« Atypique. C'est le mot des agents immobiliers. » Sourit le jeune homme.

« En fait, il y a un grand salon, une cuisine indépendante, et 2 chambres. La salle de bain est... D'époque. J'ai pas trop envie d'y toucher. Et on a cet incroyable balcon qui en fait ressemble à une mezzanine qui fait le tour du jardin intérieur. Tu vois, là ? » Randy montrait les photos sur son portable.

« Mmm, mm et les voisins ? » Il y avait une pointe d'inquiétude dans le ton de cette question.

« Ça, je sais pas encore, certains n'occupent leurs apparts que 6 mois de l'année. Mais je sais pas trop. C'est calme en tous les cas. Et on a 2 entrées sur 2 rues différentes. Donc si on veut, on peut ne jamais rentrer ensemble dans l'immeuble. »

« Randy, je suis désolé, j'aimerais que ça se passe autrement, tu sais. »

« Je sais bien. C'est pas grave tout ça. Une fois la porte de notre appart refermée. Nous sommes libres ! Oh, aussi, il y a au dessus, une chambre de service. Assez grande ma foie. »

Randy avait repris sa position préférée, assis à califourchon sur les genoux de Gale, il croisait ses mains dans sa nuque.

« Tu es heureux, mon ange » Gale posait ses doigt le long du cou pale...

« Très » Le temps était suspendu aux lèvres des 2 amants, qui se mangeaient la bouche sans retenue...

« Hum... Monsieur, Gale. J'ai terminé, je vais au supermarché, vous avez fait la liste ? » Clarissa, un peu gênée d'interrompre les 2 hommes, se tenait toute droite, dans l'encadrement de la porte.

Randy, se releva brusquement..Gale sourit.

« Oui, Clarissa, la liste est prête » Il se leva pour l'accompagner dans la cuisine.

« Clarissa. Vous aurez 5 minutes à m'accorder ce soir ? »

« Oui Monsieur, rien de grave, quelque chose ne va pas dans mon travail ? » Interrogeait la dame, anxieuse.

« Au contraire. Ne vous inquiétez pas, j'aimerais juste vous parler. » Rassura Gale.

La femme acquiesça, prit la liste, et sortit.

Gale pensait qu'il serait bon d'avoir une personne pour gérer l'appart à New York. Ni lui ni Randy n'étaient des fées du logis, ils auraient besoin de quelqu'un de confiance, et Clarissa était la femme de la situation. Sans famille, sans attaches à L.A, rien ne la retenait ici, et ce que proposait Gale était un bon travail, bien payé, avec un logement de fonction. C'était cette fameuse chambre de service qui lui avait donné l'idée. Randy au départ réticent à introduire une personne étrangère dans leur vie, reconnut que la dame était l'efficacité et la discrétion incarnées. Il accepta.

« Clarissa... Je voulais vous dire, je vais déménager à New York cet automne. Je ne garde pas la maison ici. »

« Oh, Monsieur n'aura donc plus besoin de mes services » Répondit la Mexicaine.

« Justement, si... Que diriez-vous de me suivre à New York ? Je vous propose le statut de gouvernante, un salaire fixe, avec un logement de fonction indépendant. Alors ? Ça vous tente ? »

La dame, assise, les mains croisées sur ses genoux, le regardait fixement.

Comment refuser ? L.A n'avait offert à Clarissa, qu'un matelas installé dans un mobile-home insalubre, dans les faubourgs de la ville, partagé à 3, avec d'autres femmes de ménage. Et la course effrénée 14 h par jour à cavaler d'une maison à l'autre, à récurer, nettoyer laver ranger pour des patrons pas toujours aussi bienveillants que celui qu'elle appelait avec respect « Monsieur Gale ». Aujourd'hui, il lui offrait un vrai travail fixe, un logement, la tranquillité de n'avoir à servir qu'une maison, qu'un employeur, arrêter enfin de courir, et puis... Clarissa avait une vieille tante à New York. Et jamais, dans ses rêves les plus fous, elle n'aurait cru possible de la revoir un jour.

« Autre chose, Clarissa, je ne serai pas seul dans cet appartement. » Gale tenait à ce que les choses soient claires, il savait la dame très pieuse, très croyante, il voulait s'assurer que sa relation avec Randy ne poserait aucun problème.

Clarissa souriait en se relevant.

« Les garçons, ça ne sait pas tenir une maison, ça c'est sûr ! Ne vous inquiétez pas Monsieur. Je m'occuperai de tout ! Marcher conclu » Et elle cella cet accord, par une solide poignée de main.

De retour à New York, Randy appela immédiatement l'agence « doux foyer ». Il confirma l'achat et le rendez vous avec les vendeurs et convoqua un entrepreneur pour qu'il fasse le devis de l'installation de la chambre de Clarissa, située au dernier étage de l'immeuble. La pièce était assez grande, mais il fallait y ajouter, salle de bain et sanitaires ainsi qu'un chauffage électrique digne de ce nom.

Et avec ça les vacances arrivaient enfin. Gale avait choisi... La Sicile ! Et Randy ne pensait plus qu'à ça. 3 semaines entières, ils n'avaient jamais eu autant depuis la parenthèse de Nantucket.

« Gale, on gère comment les billets d'avion ? Chacun pour soi ? » En effet, Randy partirait directement de New York, ferait l'escale à Milan, où il prendrait la correspondance pour Catane. Gale avait loué une villa sur les hauteurs de Taormina, retenu aussi chez Hertz une petite voiture. C'est lui qui avait tout loué, il arriverait donc le premier.

2 jours avant son départ, il avait laissé les consignes à Clarissa, il ne reviendrait pas à L.A, ses répétitions du « Tramway » commençant à New York dès son retour de vacances.

« Clarissa, je vous envoie votre billet d'avion dès que l'emménagement dans l'appart sera fait. Pour vos affaires, servez vous de mon numéro de compte chez Fedex, et faites les envoyer. »

« Monsieur, je n'ai qu'une valise » Répliqua timidement la dame.

« Pas de meubles ? » Demanda Gale.

« Non monsieur ».

« Allez, Clarissa, toutes les consignes sont écrites, au moindre soucis, appelez moi. Ça va aller ? »

La femme était stressée...

« À très bientôt Clarissa »

Le soleil au zénith en cette fin de matinée d'août, brûlait le tarmac du petit aéroport de Catane. Au loin, l'Etna crachait sa petite fumée blanche...

Gale attendait nerveux, le petit A 320, qui était annoncé. Inquiet, il regardait la manœuvre d'atterrissage un peu brusque.

Randy arrivait enfin, lunette de soleil rivées sur le nez, et sac à roulettes au bout du bras.

Ne pas l'embrasser, ne pas le serrer dans ses bras. Attendre l'intimité de la voiture, pour enfin retrouver cette incroyable bouche couleur de rose.

« Tu as fait bon voyage ? Pas trop chaud ? Ça va ? » Gale le bombardait de questions tandis qu'il prenaient la petite route sinueuse montant à Taormina.

La villa qui abriterait leur amour pendant ces 3 semaines était petite, mais possédait une magnifique piscine, et une vue imprenable sur la baie et l'Etna. Le spectacle était grandiose.

« Oh, tu me laisses au moins me laver les mains ? » Randy essayait de se dégager de l'étreinte de Gale, qui le tenait comme une proie.

« Non. J'ai mieux. À la douche » Il lui fit valser son t shirt par dessus la tête, et entreprenait déjà d'enlever la ceinture de son pantalon.

Randy riait tout en déboutonnant le chemise de coton blanc de Gale. Il entrèrent sous la douche tiède, au comble de l'excitation.

« Tu permets ? » Randy écartait les mains de Gale et lui ramenait à plat sur le mur carrelé.

« Quoi ? »

« Laisse-moi te regarder. » Parfait... Il était parfait.

Le jeune homme suivait du bout des doigts, le cou, le torse, le ventre, le nombril. Descendit jusqu'au membre tendu, il fit tourner le pouce sur le sommet, surchauffé.

Non, décidément, le trop plein de frustration ne pouvait pas se contenter de lenteur... Ils n'en pouvaient plus, ni l'un, ni l'autre. Randy stoppa ses caresses, entreprit de laver son homme, qui à son tour, enduisait le corps du jeune homme d'un doux savon citronné. Il le retourna contre la paroi de la douche, lui caressa doucement les fesses.

« Ton meilleur profil » Lui murmura-t-il au creux de l'oreille.

« Salaud » Répondit Randy, avant de rajouter dans un soupir « Viens.. Maintenant ». Comment résister à cet appel ? Gale prit Randy, le plus doucement possible, comme il avait l'habitude de faire à chaque retrouvailles, pour que leurs corps se réhabituent sans peine à se mélanger, à ne faire qu'un. Randy émit une légère plainte.

« Ça va.. ? » Gale était prêt à stopper.

« Oui, oui, ça va... C'est juste que, ça fait longtemps, vas-y doucement.»

Un peu plus tard, dans l'espace cuisine ouvert sur la terrasse, Randy, inspectait les placards, le frigo dans lesquels il trouvait tomates, pâtes, yaourts, glaces, melons, fruits... Gale avait acheté ce qui lui semblait vital.

Il avait étalé un petit stock de brochures toutes droit sorties de l'office de tourisme et énumérait les sites à visiter, allongé sur le ventre, sur le sol en teck qui bordait la piscine. Randy s'approcha, se mit sur les genoux et passa sa langue sur la colonne vertébrale de son amant, de la nuque jusqu'au creux de ses reins...

« Ça t'intéresse ce que je dis, hein ? » S'amusa Gale en se retournant sur le dos.

« Absolument, tu crois que je fais quoi, là... Je visite ! » Et le jeune homme entreprit une descente vers l'entre jambe de son compagnon…

« Qu'est ce que je vais faire de toi ? » Eut le temps de murmurer Gale, avant de succomber dans un râle...

Taormina était un village étonnant, dont ils découvrirent l'histoire par hasard, en regardant la devanture d'une petite boutique de cartes postales. Dans cette échoppe étaient exposées de vieilles cartes sépia, datant de la fin du 19ème début 20ème siècle. Et ces cartes, plutôt insolites, mettant en scènes des couples d'hommes dans des situations sans ambiguïtés, laissèrent les 2 garçons quelque peu ''interloqués''. Le vendeur, devant leurs mines interrogatives, leur raconta l'histoire du village.

À la fin du 19ème siècle, des aristocrates et intellectuels anglais, homosexuels, sous l'impulsion de Oscar Wilde, le célèbre écrivain, vinrent passer leur villégiature dans ce hameau sicilien, afin d'échapper au terrible puritanisme de l'époque Victorienne. Taormina était donc devenue, l'Ibiza de l'époque, bien malgré elle...

« Et bien sur, tu as choisi notre destination de voyage par hasard » Ironisa Randy en sortant de la boutique.

« Absolument ! Je te jure, je n'étais pas au courant » Rétorqua Gale. Ils rirent de cette amusante coïncidence, et Gale saisit la main de son blond, en redescendant vers le parking public. Randy dégagea vivement sa main, quand il crut entendre parler, un groupe de touristes américains qui descendaient d'un autocar.

« Mon ange... Relax. C'est un club du 3ème age, visiblement parfaitement hétéro... Comment veux-tu qu'ils nous identifient ? »

Gale avait raison, aucun motif de se montrer paranos. Dans cet endroit il suffisait de rester naturel, personne ne prêterait attention à eux.

Et effectivement, le peuple sicilien s'avéra sans malice, simple, d'une extrême gentillesse. Ils avaient plusieurs fois pris le café avec leurs voisins, des paysans à la retraite qui leur avaient apporté un gros panier de figues de Barbarie. Pour leur rendre la politesse, ils leur avaient proposé la piscine pour leurs petits enfants qui avaient barboté là, quelques après midis sous la surveillance de la grand mère. Le grand père avait indiqué un endroit insolite, où l'on pouvait voir des bulles d'eau bouillantes jaillir du sol, comme des petits geysers, et une plage inconnue des touristes, fréquentée par quelques autochtones, sauvage reculée et sans bruits. Ils y allèrent quelques soirs, à la tombée de la nuit, à l'heure où les familles rentrent, lasses, les enfants endormis dans les bras... Ils s'y baignèrent alors, nus, un peu à l'écart, terriblement libres, dans cette eau si chaude. Que faire l'amour dans cette apesanteur leur sembla un moment de grasse infinie.

3 semaines seuls au monde, à se lever quand on veut, à s'endormir ensemble, se réveiller enlacés. Et ne voir que les yeux de l'autre, à chaque minute de la journée.

Puis, il fallut fermer la maison. Rendre les clefs... Et partir.

Il prirent ensemble l'avion pour Milan, comparèrent leurs bronzages respectifs en riant et se séparèrent à Fumiccino. Il n'était pas question de prendre le même vol pour New York. Kennedy Airport grouillait de paparazzi qui semblaient littéralement vivre sur place.

Gale reprit la location de son appart hotel, seule alternative possible avant que l'achat de l'appart ne soit effectué. Randy retourna vivre chez Phil. Et la vie s'organisa autours des répétitions.

Le rendez-vous chez le notaire fixé à 10 h, faisait toucher du doigt le concret de leur situation aux 2 hommes qui s'apprêtaient à signer l'acte d'achat. Le propriétaire avait délégué son avoué. Ce coup-ci, le début de leur vraie vie de couple commençait.

« Félicitations, Messieurs, vous voici à parts égales, co propriétaires de cet appartement »

Le notaire, tenu au secret professionnel, ne présentait aucun danger de « risques de fuites. ». Quant à l'avoué du vendeur, visiblement, il n'avait aucune idée de l'identité des acquéreurs.

« Et bien voilà... Nous y sommes. » L'appartement désert, offrait simplement le spectacle de murs blancs immaculés. Gale faisait le tour des pièces, s'appropriait les lieux. Randy avait hâte de lui montrer, les fameuses « 2 entrées », et lui demanda de choisir quelle serait la sienne.

« Barton... Je prends Barton. » Murmura Gale, un peu gêné.

« Oh Gale, je t'assure, c'est un si petit sacrifice. Ce n'est rien, rien du tout. Je m'en fous. »

Randy se mit sur la pointe de pieds pour l'embrasser. Il fut soulevé, emporté dans la chambre...

« On a pas encore de lit » Murmura le blond.

« Et ? » À ce moment précis, cela n'avait pas grande importance, le confort attendrait...

Le premier Octobre 2009, le dernier tapis déroulé, Gale savourait avec une bière, la première heure qu'il allait passer, chez lui, à New york. Le studio de Clarissa était enfin aménagé, elle débarquait le lendemain. Penser à lui envoyer un chauffeur, Randy s'occuperait de l'accueil. Lui, il n'avait pas le temps, les répétitions lui prenaient ses journées, hantaient ses nuits, il était envahi de Kowalski. Randy, riant de le voir transformé en macho du sud, imitait son accent.

La date de leur mariage avait été enfin trouvée, ce serait le 13 janvier. Théa avait communiqué tous les dossiers nécessaires, et avait choisi son lieu de résidence, une petite ville de la banlieue chic de Toronto, au calme, à l'abri de tout. Il n'est pas obligatoire de publier des bans au Canada. Ainsi, l'union de ses 2 amis pouvait parfaitement passer inaperçue, de plus, c'était un jour de semaine. Et les mariages ne sont pas légion, en hiver... La liste des invités fut succincte.

Théa, Robert, Peter, Scott, Michelle, Sharon, la mère et le frère de Gale, la mère et le frère de Randy, Phil, … Les témoins ? Phil pour Randy et Théa pour Gale.

Théa, vu le nombre très restreint d'invités ( en fait que des amis très proches ), avait décidé de faire le repas chez elle. Les filles mettraient la main à la pâte. Randy adorait le concept ''repas de famille à la campagne''. Il n'en voulait pas plus. Aucun des futurs mariés ne souhaita s'étendre sur le fait que leurs pères ne viendraient pas.

« Théa, j'ai besoin de toi... Encore » Gale tirait nerveusement sur sa cigarette dans l'arrière cour du théâtre, c'était la pause...

« Fais vite, chéri, je suis en répétitions moi aussi, qu'est-ce qui se passe ? »

« Tu sais, on n'a pas d'alliances » Gale ne se sentait pas très bien. Un mariage sans alliance, ça le rendait un peu triste.

« Pourquoi ? Parce que vous ne pourriez pas les porter ? Tu crois que les gens s'attardent à ces détails ? Ne les portez pas pendant les interviews, les sorties officielles et ça suffira bien, si tu veux mon avis. Tu te prends trop le chou, chéri. Alors, arrête de stresser, et file chez le bijoutier » Répondit la blonde.

Gale sourit en raccrochant. Son amie avait raison, comme toujours.

Ce serait sa surprise, son cadeau de mariage...

Maintenant qu'il habitait New York lui aussi, il se retrouvait avec la bande de big apple. Michelle, Sharon, et souvent Thea qui n'était qu'à moins de 2 h d'avion. Les garçons restés à L.A. lui manquaient. Ils s'appelaient souvent, mais ce n'était pas pareil. Il en fallait, de l'énergie, pour ne pas se perdre de vue. Heureusement que le net était là. Et que les vidéos conférences instaurées chaque semaine maintenaient ce lien indéfectible entre eux tous...

L'arrivée de Clarissa fut accueillie avec un certain soulagement. Les garçons n'étaient pas très organisés, travaillaient beaucoup, rentraient tard. Ils n'avaient le temps de rien. La douce, discrète et efficace présence de la gouvernante avait quelque chose de maternel, et de profondément rassurant.

Elle eut vite fait de faire le tour de son nouveau domaine, imposa la discipline dans le bac à linge et les règles élémentaires d'hygiène, à savoir : « on aère en grand, on fait un vrai petit déjeuner, on mange des légumes, et une terrasse est faite pour fumer, d'accord, mais aussi pour y mettre des fleurs.»

Le bijoutier avait prêté une petite plaque en carton, remplie de trou de différents diamètres. Des mesures pour les doigts. Randy ne portait jamais de bagues. Il ne s'agissait pas de se tromper.

Une nuit de forte migraine, alors que le jeune homme était terrassé par les médicaments, Gale, patiemment, avait essayé les gabarits comme le prince avec la pantoufle de verre, se disait-il.

Jusqu'à ce qu'il arrive enfin. 54. Dieu que c'était petit !

Il avait choisi 2 anneaux d'or extrêmement simples et fins.

« Dois-je faire graver quelque chose, Monsieur ? »

« Oui vous mettrez, 13 janvier 2010, enfin. »

« Enfin ? » Le bijoutier semblait étonné.

« Oui, c'est ça.. ''enfin'' » Confirma Gale.

« Ohh, la dame a été longue à se décider ? » Sourit l'homme.

« 8 ans » Répondit Gale.

« Et bien ça, c'est le temps de la réflexion » S'exclama le bijoutier.

« Ceci-dit, on ne peut pas dire qu'il s'agit là d'un coup de tête, ce qui est très bon signe pour l'avenir » Termina-t-il dans un clin d'œil.

La première du tramway arrivait enfin. Randy, en grand comploteur, avait réussi à faire venir Peter, Scott et Rober. Les filles seraient bien sûr toutes là aussi. Ils avaient tous feint un emploi du temps surchargé, afin de ménager la surprise, et Randy avait demandé à Clarissa de préparer un repas froid pour une dizaine de personnes.

Le théâtre, plongé dans le noir, ne permettait pas aux comédiens, de distinguer les spectateurs dans la salle. Et ce fut seulement quand les lumières se rallumèrent pour les saluts que Gale aperçut la joyeuse bande de QAF, qui hurlait et tapait des pieds, sifflait en braillant son nom. Les larmes lui montèrent aux yeux aussitôt. Il resta un petit moment avec les autres comédiens, pour se congratuler mutuellement du succès de cette soirée. Puis, il s'engouffra dans sa loge, afin de pouvoir goûter aux joies des retrouvailles avec ses complices de 10 ans.

On s'embrassa, on se garda longtemps dans les bras. Sharon distribua des baiser sonores et colorés à tout son petit cheptel, comme elle aimait à appeler ses protégés.

Se retrouver dans l'appartement, tous réunis, les ramena 4 ans en arrière, à l'époque où ils dînaient le soir après les tournages. Ils avaient beau alors passer déjà 10 h par jour à jouer ensemble, ils ne se lassaient pas de leur complicité, de leurs discussions sans fin ponctuées de rires...

Sharon, se souvenait de tout. Elle avait depuis longtemps compris, qu'entre Gale et Randy, il se passait quelque chose de spécial. Quelque chose qui dépassait largement le cadre des « bons rapports professionnels entre partenaires ». Cette façon qu'avait Gale, de s'inquiéter d'un coup de froid, d'une fatigue du jeune homme. Cette drôle de manie qu'avait Randy, de lui piquer ses écharpes ou de manger dans son assiette. Et surtout, Gale, qui ne pouvait rester près du petit blond sans l'enlacer, le garder sur ses genoux, ou passer sa main dans ses cheveux. Combien de fois était-elle venue les réveiller, endormis sur le canapé, la tête de l'un sur l'épaule de l'autre ?

Cette nuit, de voir à nouveau la tribu réunie, Sharon en avait les larmes aux yeux, il lui semblait que tous avaient quitté le tournage la veille, tant leurs petites habitudes avaient repris leurs droits, en une fraction de seconde.

Il fut entendu que Scott et Peter dormiraient chez eux. Que Robert irait chez Sharon et que Théa bien sur, resterait chez Michelle. Il n'était pas question un seul instant d'hôtel !

Appuyé à la rambarde de la terrasse, Gale fumait son joint.

« Fais tourner, égoiste ! » Peter attrapa la cigarette tendue.

« Tu dors pas ? » Demanda Gale.

« Toi non plus on dirait. Des soucis ? » Répondit son ami.

« Non, je réfléchissais. »

« Hummmm, on philosophe à 3 h du mat ? » Ironisait Peter, sourire en coin.

« Non, je me disais que la vie est bizarre quelques fois. Si , n'avait pas eu ses problèmes de santé, je ne serais pas là aujourd'hui. »

Effectivement, l'acteur prévu pour jouer le rôle de Brian Kinney s'était désisté au dernier moment, offrant à Gale l'opportunité de se lancer dans cette aventure exceptionnelle qui l'amenait aujourd'hui, aux portes du mariage avec l'homme qu'il aimait.

« Hum, hum... Garçon, la vie n'est faite que de chemins pris à temps. Ou ratés... Et toi, tu as pris exactement celui qu'il fallait. Tu as une bonne étoile.» Peter passa son bras autours du cou de Gale, lui embrassa la joue.

« Aller, dodo. Demain, la journée va être très, très courte. Les filles veulent faire du shopping pour la cérémonie. »