Chapitre 6 :
« Tu as pris ton passeport ? Des gants ? » Oui, oui, tout était ok. On attendait plus que le taxi.
On y était enfin, en ce 11 janvier 2010, l'avion qui les emportait vers Toronto était pour l'instant sagement garé devant le terminal D.
Michelle et Sharon étaient parties la veille. Les garçons de Los Angeles devaient arriver quelques heures avant eux.
Dans cette calme et bourgeoise banlieue de Toronto, l'effervescence régnait dans la jolie maison de bois blanc de Théa.
« Théa ? Tu as fais ton discours pour le marié ? » Sharon tournait sa cuillère dans son mug de thé.
« Absolument, et puisque j'ai l'honneur d'être la touche classe et féminine... Ce sera... Poétique ! »
Les filles se mirent à rire.
Elle avaient opté pour une déco simple, sans débordements de fleurs. Michelle avait son idée sur ce que devait être un mariage d'hommes ! Et elles s'étaient mises d'accord pour rester dans le sobre.
Nappes blanches, service blanc et or, argenterie, et ça et là, quelques lys. Rien de plus.
Théa avait pris le dossier en mains avec efficacité, tous les papiers nécessaires avaient été fournis à la petite mairie de K., plus discrète que le blockhaus de City Hall de Toronto. Ici, en semaine, ce mariage serait d'une absolue discrétion.
« Merde... Vous avez vu l'heure ? Qui va à l'aéroport ? » Gémissait Sharon en regardant la pendule de la cuisine.
« Moi ! » Déclara Michelle.
« Hey ! Scott, Peter ! » Michelle agitait les bras en sautant sur place.
Les 2 hommes finissaient de rassembler leurs sacs, sur le tapis roulant.
« Dieu qu'il fait froid dans ce bled » En sortant sur le parking aérien, Peter releva son col, et regretta de ne pas avoir emporté avec lui sa chapka. Il l'avait trouvée un peu « to much ».
La neige commençait à tomber plus dru, recouvrant le bitume de la route.
« Ils arrivent à quelle heure les mariés ? » Demanda Scott.
« Dans 2 heures » Répondit Michelle.
« Bon, ben tu sais quoi ? Je pense qu'il serait plus prudent de les attendre ici. Tu as vu ce qui tombe ? Pas la peine de faire 2 allées/retour inutiles. On tiens bien à 5 dans cette voiture. On tassera les bagages. Allez, préviens Théa on va squatter le snack de l'aéroport » Décida Scott.
On décida de se taper un « en cas » gigantesque, accompagné de café au lait.
Les 3 amis savouraient ces 2 heures de papotage en retard comme des gamins.
« Le vol AAL n° 3876 en provenance de New York est annoncé à atterrissage » Informait la voix de l'hôtesse dans les hauts parleurs.
« Waouh. Même pas en retard » S'étonna Peter.
S'entasser dans la Chevrolet fut un grand moment de franche rigolade, tous les passagers finirent avec un sac sur les genoux, la voiture en nette surcharge, touchait terre...
« Et en route » Lança héroïquement Scott, qui avait pris le volant (pour gagner de la place, prétendait-il. Michelle était menue et serait moins encombrante que lui à l'arrière).
La neige redoublait d'intensité à présent, on y voyait à peine à 2 mètres.
Gale et Randy étaient séparés par Michelle, assise au milieu, qui indiquait la route à Scott.
Peter certifiait qu'on allait tous mourir !
« Et s'ils décident de fermer l'aéroport ? C'est possible, ça non ? On aura pas le reste des invités ».
Randy stressait.
« Ça nous fera plus de bouffe » Déclara Scott pour détendre l'atmosphère.
« T'inquiète pas, bébé, les tempêtes de neige, ils savent gérer ici, on est pas à L.A , tout sera rentré dans l'ordre demain. » Rassurait Michelle et posant sa petite main sur celle du jeune homme.
Arrivés péniblement à la sortie de périph qui menait à K. , un policier campait devant son véhicule et leur fit signe de s'arrêter.
« Et merde... ».
« Monsieur, messieurs dames... Veuillez sortir du véhicule s'il vous plait. Papiers et licence. » Demanda-t-il à Scott.
« Américains ? »
« Oui monsieur l'agent »
« Vous savez que vous êtes en surcharge, votre voiture touche le sol là, c'est très dangereux »
« Oui, nous le savons, mais nous sommes allés chercher des amis à l'aéroport, et vu le temps, on ne voulait pas prendre le risque de faire plusieurs allez/retour, il n'y avait déjà plus de taxi, vous savez. »
« Hum. Et vous allez où comme ça ? »
« À K. , vous voyez, nous sommes arrivés »
« Adresse » Demanda le policier.
« 245 Mulligan Street, chez Madame Gill ».
Le policier leur fit ouvrir le coffre et sortir les bagages pour les transférer dans son pick up. Et leur ordonna de les suivre.
En déchargeant les valises devant le portique de la maison il leur lança un « bienvenue au Canada »
et reprit sa patrouille.
« Ahhh, vous voilà enfin ! » S'exclamait Théa en embrassant la petite troupe glacée.
« Rentrez vite, je vous montre vos chambres. »
Gale et Randy se retrouvèrent enfin seuls, dans une petite chambre mansardée débordante de papier à fleurs et de rideaux assortis. Cela les fit sourire.
« Approche » Gale attirait Randy contre lui.
« Alors ? Le trac ? »
« Un peu, mais ça va, j'ai peur que nos parents et Phil soient bloqués, Phil est mon témoin, tu te rends compte... Notre mariage pourrait être annu... »
Gale le fit taire en l'embrassant, ne lui laissant pas le temps de reprendre son souffle.
« Gale je... »
« Chuttt... Relax... Détends-toi. Ça te tente ? L'amour dans un champ de fleurs ? » Gale indiquait d'un coup d'œil le dessus de lit à motifs de roses. Comment dire non ?
22 h, le repas léger du soir, touchait à sa fin, c'était l'heure où chacun guette qui donnera le signal de départ.
Sharon se décida : « bon, les enfants, demain, la journée sera longue. Espérons que cette neige s'arrête de tomber. » Elle fit un baiser à l'assistance avec sa main, et fut suivie par Michelle qui dormait dans la même chambre.
Les garçons restèrent encore un peu à discuter avec le compagnon de Théa.
« Encore merci à vous pour cet accueil, nous sommes un peu envahissants » Disait Peter.
« Non, non, vous êtes la famille de Théa, je suis content qu'elle organise votre mariage » Répondit l'homme en s'adressant à Gale et à Randy.
Puis la maison devint silencieuse. À peine entendait-on un éclat de rire dans la chambre de Scott et Peter.
Le 12 janvier 2010 à 8 h AM, la neige avait finit de tomber, les chasses neiges étaient en action, les routes principales opérationnelles.
Thea avait appelé l'aéroport, les avions en théorie, ne devaient pas accuser de retard.
« Les garçons, je suis désolée de ne pas pouvoir loger vos familles » Disait-elle.
« Oh, c'est rien Théa c'est pas plus mal tu sais, ils se sentiront plus à l'aise. » Rassurait Gale.
Dernier petit déjeuner de célibataires !
Sharon toujours au taquet dès le réveil, établissait le programme de la journée, les dernières petites bricoles qui restaient à faire. Et comme tout était opérationnel, on décida de passer l'après midi à la patinoire !
Peter accoudé à la rambarde discutait avec Sharon.
« C'est dingue, tu te rends compte de ce qui nous arrive ? 10 ans d'amitié... 5 ans que ce tournage est terminé, et on a l'impression d'être tout le temps ensemble. »
« Nous sommes une famille, Peter, une vraie, c'est un cadeau précieux tu sais. Regarde-les s'amuser comme des gosses » Elle fit un signe de la main en direction de Michelle et Gale qui se prenaient pour Ginger et Fred !
L'arrivée de Phil et de Robert, les 2 derniers retardataires, fut accueillie comme il se doit. Cette fois-ci, la maison était pleine à craquer. Une dernière surprise attendait les fiancés.
Peter se leva de table et déclara, d'un ton solennel : « bien, puisque le traditionnel enterrement de vie de garçon n'a pas voulu être respecté par les fiancés, nous allons au moins appliquer cette tradition : on ne couche pas avant le mariage ! Donc... Cette nuit... Gale, tu dors avec Phil, et Randy trésor... Avec Robert ! C'est comme ça, pas de discussion »
« C'est une blague ! » Tenta de se rassurer Gale avant de se rendre compte que ça n'avait pas l'air négociable.
Sur le palier de l'étage des chambres, Gale et Randy se séparaient pour la nuit, enlacés.
« Bien, alors, bonne nuit... Dors bien »
« Mmmm. » Randy enfouissait son visage dans le cou de son homme.
« Allez, pas d'histoire, au lit ! » Ordonnait Scott, hilare !
Une fois la porte de la chambre refermée, Phil s'écria à l'adresse de Gale : « Allez, fais pas cette tête, tu perds pas au change. Vois le bon côté des choses. MOI, j'ai pas les pieds froids ! »
« Comment tu sais ça toi ? » Interrogeait Gale d'un air faussement suspicieux.
« Dis donc, ton loulou, je l'ai bordé plus souvent qu'à mon tour. » Rétorqua Phil, sérieux comme un pape.
« Bon au fait, maintenant qu'on fait couette commune, tu peux me le dire... C'était quoi cette fameuse position sur la photo ? Non c'est vrai merde, me laisse pas mourir innocent... »
Phil se ramassa un oreiller en pleine face en guise de réponse.
« T'es chiant » Argumentât-il en dernier recours.
« Dors » Ordonna Gale.
Michelle frappait à la porte de la chambre qu'occupaient Randy et Robert :
« Ça va, je peux entrer ? »
« Ben oui, c'est bon. Michelle, t'en as vu d'autres non ? » Ricanait Scott en ouvrant la porte.
« Alors, bien dormis, qu'est ce que vous complotez, on vous attends pour le brunch ».
Tout le monde s'était assis en tailleur sur le lit. Randy envoyait des SMS à ses amis restés à New York.
Puis, les 3 garçons suivirent leur amie, encore en pyjama de flanelle.
« Michelle, change rien, t'es trop sexe » Se moquait Randy en se ramassant une claque sur les fesses.
« Ahhh te voilà, toi... Bien dormi ? » Gale accueillait Randy en tendant ses bras.
« Mwai... Tu savais que Robert parle tout seul la nuit ? Un vrai festival ! Et Phil, il s'est tenu tranquille ? »
Phil dévorait des pan cakes par paquets de 3, relevant la tête pour signifier qu'il avait entendu.
« Moi ? Nickel. J'ai surveillé ton mec, il voulait faire le mur pour aller dans une boite de strip. Tu me connais, j'ai fait barrage de mon corps, il est resté à la niche... »
Gale embrassait Randy, Scott intervint pour les séparer. « Oh oh... On a dit, pas avant le mariage. »
Théa arrivait un thermos de café à la main. C'est bon les garçons ? Vos parents sont bien installés à l'hôtel ?
Oui, oui, tout allait bien.
« Phil, j'ai oublié de te demander hier soir, tu as les alliances ? » Gale avait pris à part le sculpteur, avec des mines de comploteur.
« Dis donc, tu me prendrais pas pour un blaireau ? Bien sur que je les ai, tu veux les voir ? »
« Non, non c'est bon... »
Gale avait confié le petit paquet au témoin de Randy avant de partir, au cas ou... À la douane les alliances soient découvertes.
« Vos parents nous rejoignent quand ? » Demandait Sharon.
« Vers 14 h, ils font un peu connaissance sans nous, je crois. » Répondit timidement Randy, qui prenait conscience du coté brusque de la situation. Ils en avaient peu parlé avec Gale, mais leurs sentiments étaient les mêmes. La drôle de famille QAF était bien celle qui les comprenait le mieux. Aucun doute là dessus ! Avec eux, pas besoin de discours, d'explications. Ils savaient tout, n'avaient aucun secrets, aucune gène. Et c'était si bon de les avoir là, dans un moment aussi important.
« Hé, bébé, ben alors, qu'est-ce qui se passe ? » Peter, caressait le bras de Randy. La petite larme peinait à se dissimuler...
« Qu'est-ce qui se passe, un coup de blues ? Allez, dis à tonton Peter » Il attira le jeune homme à lui. Celui-ci soulagea son chagrin.
« Mon père... »
« Oui trésor, ton père... Et bien tant pis, aujourd'hui, c'est le grand jour de ta vie. Alors, pense à ceux qui sont là pour t'accompagner, et qui respectent votre engagement, le reste... Laisse faire le temps. Ne te gâche pas ce moment. Ta mère est là pour te mener à l'autel. Tu vois... » Peter sortait un mouchoir pour essuyer la petite larme, embrassa le front du jeune homme, ordonna un sourire et l'entraina à l'étage.
« D'abord, la bonne douche bien chaude. Ensuite un peu de repos, et puis, il faudra penser à s'habiller, jeune homme » En montant les escaliers, il fait signe à Gale qu'il gérait la situation, tout était sous contrôle. Gale ne reverrait pas Randy avant la descente d'escalier.
De son coté, Gale était plus à l'aise, il y a longtemps que les opinions de son père sur sa vie ne le touchaient plus, et que sa mère et son frère aient fait le déplacement lui suffisait amplement, après tout, lui, ce n'était pas la première fois qu'il se mariait, et déjà, son père n'était pas venu...
Il avait au moins voulu aider à débarrasser la table du brunch, avait proposé de passer chez le fleuriste et s'était fait jeter par les filles. On avait pas besoin de lui. Il battit en retraite dans sa chambre, suivit de Phil, promu « chef habilleur ».
Phil était en grande forme, il avait le mérite de mettre de la légèreté partout.
« On se fait une petite sieste avant le grand moment ? » Oui, bonne idée...
« Gale ? Tu sais, Randy, c'est mon meilleur ami, je donnerais ma vie pour ce petit gars... Alors tu vois, je t'aime bien, on est potes, mais si tu le rends malheureux, je te tue » Le ton plaisant, ne cachait pas l'instant grave.
« Phil, je t'aime bien, t'es le plus cool des casses couilles, mais dis moi, pourquoi t'as pas tué S ? »
Phil mit un certain temps à encaisser la question, puis répondit :
« Tu sais, j'étais comme tout le monde, loin de me douter. Randy est fort pour ça. Il garde tout pour lui. Mais quand il m'a appelé le jour où l'autre connard l'a tabassé, s'il avait été devant moi, je lui massacrais la gueule... » Ils partirent un long moment dans leurs pensées, muets et immobiles sur ce lit fleuri.
C'est Phil qui brisa le silence : « J'ai ta parole d'homme ? »
« Tu l'as » Et ils se serrèrent la main.
Ce coup-ci, on y était. Gale s'était habillé assez rapidement, avec un costume anthracite d'une chemise blanche et d'une simple cravate grise aux reflets argentés. Phil avait mis toute la maison à feu et à sang avant de trouver LA paire de chaussettes, qui remplacerait celle malheureusement oubliée à New York. Un vrai cataclysme ! Ils vérifièrent que les bagues étaient bien dans leur écrin. Gale arrangea le col de la chemise de ce pauvre Phil, peu habitué à ce genre d'accoutrement. Puis, ils descendirent.
En bas, tout le monde était déjà prêt, sauf Michelle, qui avait un problème de chaussure à régler.
Sharon courrait derrière Théa pour lui ajuster une épingle à cheveux. Randy était déjà parti avec le mari de Théa, sa mère, son frère et Peter. Et voilà ! Respirer un grand coup. Et penser à dire « Oui ».
Le City Hall de la ville de K. était une petite battisse des années 50, modeste, et chaleureuse, en ce milieu de semaine de janvier. Elle était déserte, seule une employée de mairie, la maire et son adjoint, ainsi que le pasteur qui bénirait cette union se tenaient prêts à accueillir le mariage.
On avait rien répété du tout, vu que la seule réplique à connaître tenait en 3 lettres comme disait Scott.
La mère de Randy accompagna son fils jusque devant le pasteur, puis le laissa seul. Quand Gale vint le rejoindre, il s'empressa de s'accrocher à sa main...
« On y va ? » Lui murmura Gale.
« C'est parti, oui. »
Le Pasteur fit un sermon sur l'engagement, sur Dieu qui aime tous ses enfants et qui bénit l'Amour, universel. Puis, il posa LA question d'abord à Randy : « Randolph, voulez-vous prendre pour époux Gale ici présent, dans la joie et la douleur, dans les épreuves comme dans les bonheurs, jusqu'à ce que la mort vous sépare ? »
« Oui, je le veux »
« Et vous Gale, voulez vous prendre pour époux, Randolph, ici présent, dans la joie et la douleur, dans les épreuves comme dans les bonheurs, jusqu'à ce que la mort vous sépare ? »
« Oui, je le veux »
À ce moment, Phil, ménagea son entrée en scène en se précipitant sur Gale pour lui ouvrir le coffret. Il ppuya son effet par un clin d'œil... Gale sorti la plus petite des alliances, et la passa à l'annulaire de Randy. Puis Phil présenta l'écrin à son ami en lui murmurant « L'autre, c'est pour lui là, celui qui est en face de toi » Randy prit la seconde alliance la regarda un petit moment, retint ses larmes, et la passa au doigt de Gale.
« Je vous déclare unis par les liens sacrés du mariage » Le pasteur bénit le couple.
Ils allèrent signer le registre suivis de Théa et Phil.
« À présent, les mariés peuvent s'embrasser » Déclara le maire.
Michelle pleurait toutes les larmes de son corps. Sharon restait digne, pensait à tous ces couples humiliés de part le monde. Robert se demandait quand viendrait son tour. Théa voyait dans cette union l'apothéose de leur histoire d'amour et d'amitié commune. Peter repensait au chemin parcouru par les 2 hommes pour enfin en arriver là. Scott se disait qu'il n'aurait voulu être nulle part ailleurs...
La grande table centrale dressée dans le salon bleu scintillait sous les chandeliers de cristal. Il faisait déjà presque nuit. Théa proposait de passer à table.
« Hum en tant que maitresse de cérémonie, et témoin d'un de nos 2 mariés, je voudrais porter un toast » L'assistance se tût les yeux braqués sur la jeune femme.
« Gale, si tu comptais passer à travers, c'est raté. Donc, je lève mon verre à Gale, l'heureux marié.
À toi camarade. Toi qui a toujours eu le sens du partage et de l'amitié. Je me souviens avec émotion du soir où tu m'as avoué avoir collé les pages du script de Hale avec du yaourt liquide à l'aspect ''équivoque''. Merci à toi pour ce pur moment de poésie ! Je me souviens de nos conversations épuisantes au téléphone, un jour je t'expliquerai les mystères des fuseaux horaires, tu comprendras peut-être que tes fins de soirées donnent... 4h du mat chez moi. Je me souviens aussi de tes discours philosphico-existentiels, à mon avis compréhensibles qu'en Géorgie... Bravo Randy, c'est ton tour maintenant ! Le Pasteur a été formel. Il a dit ''pour le pire''... Gale, vraiment, tu vas me manquer. C'est à Randy que tu devras maintenant demander de te prouver l'existence de Dieu, de débattre sur les intentions des extra terrestres, et de te rassurer sur ton immense talent de chanteur D Bayou... Moi, c'est bon, j'ai fait mon devoir, je t'ai mené sain et sauf jusqu'à l'autel.
Plus sérieusement mon ami... Je t'aime, je te souhaite, à toi et à Randy, le plus grand bonheur du monde... » Théa envoya un baiser aux 2 hommes, plissant les yeux pour retenir ses larmes.
Gale se leva pour aller prendre dans ses bras son amie.
« Tu crois que tu vas réussir à te débarrasser de moi comme ça ? » Lui dit-il.
« J'espère bien que non.» Répondit-elle.
Le diner composé de langoustes grillées au beurre salé pimenté, et de tournedos Rossini était excellent. Le traiteur avait fait des miracles dans la petites cuisine de Théa.
On arrivait au dessert. Un gâteau à étages dans la pure tradition, surmonté de 2 alliances. Michelle avait décidé que la petite statuette avec 2 mecs habillés en pingouins était trop ridicule.
« Votre attention s'il vous plait » Aie... Phil s'était levé son verre de champagne à la main.
« Bien, il est temps pour moi, témoin du 2ème héros du jour, de porter mon toast. Et oui, c'est là que vous pouvez commencer à trembler... Donc, je lève mon verre aux mariés ! À Randy mon petit frère, celui qui m'aura vraiment fait faire tout et n'importe quoi... À toi, mon lapin qui a décidément les pieds trop glacés pour moi ! Te voilà donc casé ! Et c'est pas trop tôt ! Je peux te le dire franchement, j'ai détesté ton joueur de banjo, celui qui me cassait les burnes avec son répertoire middle west. J'ai eu des envies de meurtre avec ton danseur des Ziegfeld, qui avait la jouissance, indécente ! J'ai cru devenir dingue avec ton végétarien qui faisait des syncopes à la vue d'une boulette de viande ! Au moins celui là... Il me fait marrer, et il m'apprend des choses ! » Phil désignait Gale.
« Et oui... Je remercie donc ton mari, de m'avoir fait prendre conscience de la nécessité pour moi de m'inscrire au cours de Yoga... Car oui mes enfants, j'ai le secret de la position de la fameuse photo n° 4 ! La souplesse... Putin, les mecs, rien à dire. Vous êtes très forts ! »
Randy écarlate, jetait un œil désespéré vers sa mère qui se ratatinait sur son siège en cachant son visage avec sa serviette... Gale fronçait les sourcils.
« Ne soyez pas gênés ! Vous les gays, y a pas à dire, je m'incline, vous êtes plus forts que nous. Pauvres mortels ! Allez, j'arrête là avant d'être privé de dessert... Je vous souhaite d'encore longtemps, très longtemps vous éclater ! Gardez le meilleur du mariage ! Que le meilleur... »
Randy se leva pour aller dans les bras de son meilleur ami
« Merci, Phil, merci.. » Il savaient tous les 2 pourquoi Randy le remerciait. Parce qu'il n'avait pas mentionné S.
La soirée se poursuivit doucement, dans l'ambiance feutrée de cette maison de famille, et ils se retrouvèrent à nouveau, comme 5 ans auparavant, quand le soir, après les tournages, ils prolongeaient leur complicité par des jeux, des discussions sérieuses ou hilarantes. Michelle avait demandé des chaussettes à Théa et abandonné ses chaussures qui lui faisaient mal. Sharon massait la nuque de Peter, et Robert discutait avec le mari de Théa. Les parents des mariés, un peu à l'écart malgré eux, s'était rassemblés pour échanger leurs souvenirs de vacances, les voyages étant leur passion commune.
« Qui veut danser ? » Avait lancé Michelle.
Gale ouvrit le bal avec sa mère, puis avait pris Randy dans ses bras en lui murmurant
« You can dance, every dance with the guy who gave you the eye let him hold you tight, you can smile every smile for the man who held your hand beneath the pale moonlight
but don't forget who's taking you home
and in whose arms you'r gona be
so darling, save the last dance for me. »
Mais cette fois-ci, il ne lui massacra ni le dos, ni les pieds !
Sharon les regardait tourner, émue aux larmes. Peter l'entraina sur la piste en lui disant
« Pfff, de l'épate, on peut mieux faire... En avant ! »
Quelle nuit magnifique ! Si froide à l'extérieure, laissant apparaître un ciel d'hiver étoilé. Quelle chaleur dans cette maison.
« Allez vous coucher les enfants, on finit de ranger » Sharon empilait la dernière fournée d'assiettes dans le lave vaisselle.
« Théa, encore merci pour tout, c'était vraiment magnifique » Randy embrassait son amie en lui tenant les mains.
« De rien mon cœur, ça m'a vraiment fait un plaisir fou. Allez, filez vous coucher ! »
Les 2 femmes rejoignirent les autres dans le salon.
Robert demanda « Vous croyez que notre cadeau leur a fait plaisir ? »
« Plaisir ? Tu rigoles ou quoi ? Un Chesterfield à 6000 $ ? » Scott s'étouffait avec son lait au miel.
« Scott... Fais pas ton Ted.. T'es pas comptable » Railla Peter... Tous éclatèrent de rire.
Seuls dans la chambres à fleurs, Gale déshabillait son tout nouveau mari...
« Hé tu n'as pas regardé ce qui était écrit à l'intérieur de ton alliance ? »
Randy ôta la bague.
« Enfin ? »
« Mmm, enfin... »
« Oh, tu trouves qu'on a été un peu long ? » Le jeune homme jouait avec ses doigts dans les cheveux de Gale.
« TU as été long... Pas moi ! »
« Explique ! » Randy retirait à présent la chemise de Gale...
« Mon ange, je me souviens précisément de notre rencontre. J'ai su à l'instant, que le piège se refermait sur nous. Et je t'ai trouvé... Fort long à la détente ! »
« Ah bon ? » Randy souriait, posait un baiser au coin de la bouche de Gale, puis un autre dans son coup, sur son torse... Il descendait lentement...
« Dis voir, en parlant de détente... » Il roulèrent sur le lit... La nuit ne faisait que commencer, elle serait torride, épuisante, interminable...
OoO
« Alors ? Ça fait quoi ? » Gale avait pris l'annulaire de Randy entre ses doigts et tournait l'alliance.
« Ben en fait... Rien... Et tout. J'ai l'impression que ce coup-ci, ça devient plus ''concret''. » Souriait le jeune homme.
Il fallait se décider à sortir de ce lit à présent, le temps passait, et ils avaient tous les 2 encore envie de profiter de leur tribu réunie, dont on pouvait entendre les rires qui montaient du salon.
« Allez, debout, on descend » Gale tirait Randy par le bras, le soulevant d'un geste du matelas. Celui-ci, l'attrapa par les hanches, lui embrassa le creux du cou...
« Stoooooooooooop ! J'ai dit on descend ! » Ordonna Gale en fronçant les sourcils.
« Et ben, ça y est, t'es déjà chiant ? Ça aura pas trainé dis donc » Se moqua Randy avant de se faire poursuivre dans les escaliers, en riant...
« Mais c'est pas vrai ça ! Ça vous aura pas passé avec l'âge vos débilités d'ados ! » Lança Théa en les voyant débouler dans le salon.
« Bien dormi ? » Dans un clin d'œil malicieux, elle attendait la réponse.
« Super, comme des loirs. » Répondit Randy en essayant de se montrer convainquant.
Théa lui pinça la joue en lui murmurant au creux de l'oreille : « Bien tenté trésor, mais la prochaine fois, essaie de dissimuler tes cernes, tu n'as pas l'air d'avoir beaucoup dormi. »
Et comme d'habitude le moment de se séparer fut plein d'effusions de promesses. La bande New yorkaise allait retrouver le froid et le vent de l'hiver. Les californiens, leur soleil insolent...
Théa referma la porte de sa maison soudain si vide, si silencieuse. Son homme sourit en la regardant plier une écharpe oubliée par Sharon « Et bien voilà. Tu l'as l'occasion de filer à New York. C'était un très beau mariage ma belle. Allez, tu vas tous les revoir bientôt. » Et il lui embrassa le front.
L'appartement sentait bon la cannelle et l'orange. Clarissa en ouvrant la porte signifia qu'il fallait retirer sur le champ les chaussures, elle venait de ''faire'' le parquet. Gale et Randy s'exécutèrent sur le champ avec des airs de collégiens pris en faute... Clarissa repartit vers sa cuisine en marmonnant des paroles incompréhensibles, où il était question de nourriture canadienne et d'hommes négligeants.
« Alors, heureux d'être rentré à la maison ? » Gale avait attiré Randy entre ses bras.
« Mmm, je sais, ce que tu vas me dire, mais... Oui... New York en hiver. Je crois que c'est ma saison préférée. le jeune homme avait entrainé Gale devant la fenêtre de leur chambre, d'où l'on apercevait les arbres aux branches chargées de neige, du patio intérieur de l'immeuble.
Une nouvelle vie...
Au centre thérapeutique de west end, le docteur Parker referma le dossier de S. Celui-ci, recroquevillé sur sa chaise attendait le verdict après des mois de désintox, cures et autres ''groupes de parole''.
« Bien, monsieur D., je crois que nous pouvons envisager sérieusement votre réinsertion dans la vie ''extérieure''. Nous n'allons pas vous garder ici éternellement » Ajouta le médecin dans un large sourire.
S. voyait donc ce jour tant attendu arriver. Il allait quitter cette ''prison pour débiles'' comme il aimait à le répéter à Gillian, la seule amie qui passait lui rendre visite occasionnellement.
Celle-ci s'était d'ailleurs proposée de venir le chercher à sa sortie du centre, pour le raccompagner chez lui, lui faire à manger et le remettre dans le bain. Il allait retrouver son job de pigiste au New York H.T. Quelques sorties nocturnes furent prévues, afin de lui faire oublier cette période sombre de sa vie.
Gillian était une commère, une langue de p.. comme disait Sharon, qui se méfiait d'elle comme du choléra. Comédienne moyenne, au talent moyen, c'était une habituée des seconds rôles à Broadway, où elle était réputée non pas pour son talent, mais pour sa capacité à colporter les ragots à la vitesse de l'éclair. Un soir de vernissage, elle entendit une conversation entre Phil, et une jeune femme brune.
« Alors ? Ils sont rentrés de leur voyage de noces ? » Disait celle-ci.
« Tu rigoles ou quoi ? Quel voyage, Randy a repris direct ses répèts et Gale joue déjà ce soir. Non non, pas de voyage de Noces. Mariés le 13 et au taff le 16 ! Non mais sans blague, c'est pas le tout de roucouler à Toronto. » Répondait le colosse en terminant par un éclat de rire.
Et c'est ainsi que Gillian, put courir ventre à terre, apprendre la nouvelle à S.
« Tu sais quoi ? Ton ex s'est marié le 13 janvier à Toronto avec ce mec là... Gale. Dingue non ? »
Dingue. Oui...
Assis devant son écran, S. se concentra un instant, de la sueur perlant sur son front et souleva ses mains, mit un temps de pose puis tapa :
« Rumeurs, Gale Harold et Randy Harrisson se sont dit oui à Toronto le 13 janvier 2010 ».
Puis il se déconnecta en murmurant d'un air lugubre
« Tous mes vœux de bonheur... Chéri »
Et il se resservit un verre.
