Chapitre 2 : Switch

Les deux hommes se regardaient fixement. Ianto fut le premier à bouger. Il leva la main vers le visage lui faisant face et le toucha.

Ianto : Jack ?

Jack : Heu… oui, c'est moi ?

Ianto : Mais… Comment ?

Jack : Je n'en sais rien.

Ianto retira sa main brusquement et s'assit, les jambes croisées, tentant désespérément de cacher quelque chose.

Eirwen : ça va pas ?

Ianto : Si, si, je vais bien… dit il confus…

Jack : Ianto ?

Ianto : Mais comment tu fais pour être excité 24 heures sur 24 ? J'ai à peine touché ta joue et je sens déjà un désir grandissant en moi ?

Jack : Des années de pratiques pour me maîtriser Ianto Jones… T'es mal barré… Un conseil... Reste le plus loin possible de moi

Jack éclata de rire, mais ce ne fut pas son rire franc et communicatif habituel, ce fut un rire plus retenu, plus timide.

Eirwen et Simon n'en revenait pas … Ils avaient devant eux, certes leurs amis, mais comment expliquer… Inversés ? interchangés ? Transférés ?

Bref, pour faire simple, Jack semblait être dans le corps de Ianto et Ianto dans celui de Jack. Ce qui était assez perturbant. Vu leurs caractères assez différents, voir à l'opposé l'un de l'autre, entendre « Ianto » parler comme Jack et « Jack » parler comme Ianto avait quelque chose de … bizarre…

Encore plus perturbant, voir un « Jack » timide, réservé, poli et en ce moment même mort de honte, et un « Ianto » sûr de lui, moqueur et dragueur laissaient une sensation de malaise chez les deux autres membres.

Jack : Bon, une chose à la fois ! Ianto file préparer un café, ça te fera peut-être passer ton envie… Simon, trouve quelque chose, n'importe quoi mais quelque chose… c'est pas que ce soit pas plaisant d'être dans ce corps de jeune apollon, mais j'aimerai récupérer le mien… Eiry… heu... aide Simon !

La scène qui se déroula sous les yeux d'Eirwen tenait du comique de situation, Ianto dans le corps de Jack se dirigea vers le percolateur, et Jack dans le corps de Ianto s'assit à son bureau et examina son écran. Eirwen ne savait pas quoi faire … Qui savait quoi faire d'ailleurs ? Allaient-ils rester chacun dans le corps de l'autre pour toujours ? y avait-il réellement une solution ?

Eirwen ne pouvait détacher son regard de Jack préparant leurs cafés, c'était une image tellement improbable. Mais ce n'était pas Jack, c'était Ianto. Sa tête commençait à lui faire affreusement mal et elle préféra s'en retourner à son bureau, tenter quelque chose… sans savoir réellement quoi. Mais elle devait arrêter de penser à ce qui s'était produit.

Quand Ianto déposa les tasses fumantes sur le rebord des bureaux, elle ne releva même pas la tête et murmura un merci timide. Ianto quand à lui se dépêcha de rejoindre Jack, sentant que son envie inavouable recommençait à se faire sentir en présence de la jeune femme.

Ianto : C'est impossible Jack… j'y arriverai pas… Mais c'est quoi ton problème ? Un caniche t'exciterai j'en suis sûr…

Jack : Assis-toi et ferme les yeux. Respire lentement et essaye de faire le vide dans ton esprit. Ça devrait passer...

Ianto : Et si ça passe pas ?

Jack : J'ai bien une petite idée, mais je ne suis pas sûr que tu sois psychologiquement en état.

Ianto : Ce n'est franchement pas le moment Jack !

Jack : Dommage, ça aurait pu être une expérience intéressante.

Ianto : Tu es incorrigible.

Il se leva et quitta le bureau de son boss. Il attrapa la pile de dossiers en attente de classement, se dirigea précipitamment vers l'escalier et descendit les marches jusqu'à la salle des archives dans laquelle il s'enferma au calme et loin des tentations.

Jack sortit à son tour et se dirigea vers Simon. Ils discutèrent un moment et elle le vit approcher.

Jack : Eirwen ?

Eirwen : Iant… heu… Jack ?

Jack : Il faudrait faire une vérification des éléments qui auraient pu perturber le fonctionnement de la faille. Tu peux t'en occuper ? Simon fait le diagnostique et ça lui prend toute son attention.

Eirwen : Oui, bien sûr…

Jack : Merci.

Durant le reste de la journée, ils furent tous occupés, plus ou moins, à trouver une solution à cet épineux problème qui devait être résolu le plus rapidement possible. Ianto resta invisible au reste de l'équipe et Jack passait des coups de fils depuis le début de l'après midi…

Un peu avant 18h, Eirwen se leva d'un bond de sa chaise et entra en trombe dans le bureau de Jack.

Eirwen : Eruption solaire de puissance 15 !

Jack : Pardon ?

Sans le regarder elle répéta :

Eirwen : Il y a eu une éruption solaire de puissance simultanément à l'activité inhabituelle de la faille. Tu crois que ça pourrait expliquer ça ?

Jack : Tu vas éviter de nous regarder jusqu'à quand ?

Eirwen : Pardon ?

Jack : J'ai bien vu que tu évitais de croiser nos regards. Imagine que nous restions coincés dans le corps de l'autre, tu continueras à regarder le sol à chaque fois que tu nous parleras ?

Eirwen leva les yeux vers son patron. Il était adossé au dossier de son fauteuil les pieds sur le bureau, les bras croisés et un sourire sur le visage. Il était dans la position qu'elle lui connaissait bien, mais l'effet ne fut pas le même car à la place de Jack, c'était Ianto qui la regardait. Pas que Ianto la laissait de marbre, c'était un jeune homme très séduisant et attachant, mais elle le considérait plus comme un frère et n'avait jamais eu les mêmes sentiments d'attirance qu'elle avait en face de Jack. Jack dégageait de lui une telle confiance, un tel courage, un tel aplomb qu'il était difficile de lui résister.

Eirwen : Laisse moi le temps de m'y habituer Jack…

Et elle sortit précipitamment du bureau, suivit par Jack qui alla voir Simon pour avoir confirmation de ce que venait de lui apprendre Eirwen. Il lui confirma que d'après ses calculs, l'éruption solaire avait eu pour effet de booster la faille et que le pic d'énergie correspondait au moment où ils avaient échangé de corps. Il ajouta que selon ses calculs, une nouvelle éruption devrait avoir lieu dans une semaine exactement et que selon la théorie, si les mêmes conditions sont réunies, ils pourraient retrouver leur corps.

Une semaine. Cela ne devrait pas être dur… Enfin, pour lui, pour Ianto, rien n'était moins sûr.

Jack : bon, et bien si on a que ça a faire, attendre, rentrez chez vous. On ne peut rien tenter avant une semaine, donc pas besoin que vous restiez ici. Rendez-vous demain matin, frais et dispo.

Eirwen : Tu es sûr Jack ?

Jack : Tout à fait sûr. Et Ianto ne sortira des ses archives que si vous n'êtes pas dans les parages. J'ai un esprit de gallois dans un corps d'agent du temps à m'occuper.

Eirwen chassa immédiatement l'image qui était apparue à son esprit… Elle savait Jack super libéral dans ses mœurs, mais de là à … non… si ? Pourrait-il ?

Eirwen : Bon, à demain Jack !

Simon : J'ai laissé le diagnostic en marche, il reste encore 3 heures avant son arrêt complet. Tu vérifieras le moment venu ?

Jack : Pas de soucis Simon. Je m'en occupe.

En moins d'une minute le Hub était vide, calme et silencieux. Jack descendit aux archives afin d'avoir une « discussion » avec Ianto. Il tenta d'ouvrir la porte mais elle était fermée de l'intérieur.

Jack : Ianto ! Ouvres !

Ianto : Non.

Jack : Ten inches… (25,4 cm)

Ianto : Quoi ten inches ?

Jack : J'ai mesuré… 10 inches.

Ianto : T'as mesuré quoi ?

Puis comprenant ce que venait de dire son amant, il ouvrit la porte à la volée et s'exclama :

Ianto : T'as pas osé ?

Jack : Vraiment ? 10 inches ? J'avais pas remarqué… et pour ta gouverne, non, j'ai pas osé… ce qui me ressemble guère, j'avoue…

Ianto : T'es vraiment qu'un …

Mais il ne finit pas sa phrase et claqua la porte au nez du capitaine.

Jack : Tu ne vas pas rester là pendant une semaine ?

Ianto : Comment ça une semaine ?

Jack lui expliqua au travers de la porte ce qu'ils avaient découvert quelques instants auparavant. Mais cela ne lui sembla pas rassurer le gallois, toujours retranché derrière la porte. Il aurait pu l'ouvrir… s'il avait eu son bracelet d'agent du temps… mais vu que ce bracelet était attaché à son poignet gauche et que son poignet se trouver derrière une double porte sécurisée, cette solution était exclue.

Jack : Ianto ? Sois pas ridicule et sors… ou laisse moi entrer !

Ianto : NON !

Jack : Pourquoi ?

Ianto : Parce que « ton » corps n'en fait qu'à sa tête quand « tes » yeux voient « mon » corps.

Jack : Y'a qu'une solution Ianto…

Ianto : Laquelle ?

Jack : Laisse le avoir ce qu'il veut.

Ianto : Tu rêves Jack… Tu as des fantasmes qui sont parfois au-delà des limites. Ne me dis pas que l'éventualité de « te » faire l'amour en est une ?

Jack : Hum….

Ianto : Non, surtout ne réponds pas …

Jack : Tu vas réellement rester là dedans ?

Ianto : Si tu me promets de ne pas me « chercher »…

Jack : Promis.

Jack entendit le verrou s'ouvrir et vit « sa » tête passer à travers l'ouverture. Il se dit qu'effectivement c'était une situation des plus bizarres, mais bien qu'il avait promis à son amant de se tenir tranquille, l'esprit d'un Jack Harkness, même piégé dans un autre corps, reste l'esprit de Jack Harkness et dieu sait ce que son esprit peut inventer quand il s'agit de « s'amuser ».

Mais il ne s'attendait pas à ce qui arriva. Ils étaient tranquillement assis dans les fauteuils de la salle de réunion, à l'opposé l'un de l'autre, buvant un café et regardant un documentaire sur la vie des truites dans les rivières françaises, documentaire qui avait pour seul objectif d'aider le pauvre Ianto à se focaliser sur autre chose que ses hormones.

Jack s'endormit rapidement de lassitude devant cette émission soporifique au plus haut point. Ianto avait quant à lui les yeux fixés à l'écran, se concentrant sur les explications données par le commentateur …

« Bien que la plupart des truites vivent exclusivement en eau douce, certaines espèces, Oncorhynchus mykiss et Salmo trutta fario notamment, présentent des spécimens qui passent leur vie adulte dans l'océan et remontent les rivières pour se reproduire, à l'exemple des saumons… »

Ianto essayait tant bien que mal de s'auto-résonner, mais du coin de l'œil il voyait son propre corps avachit sur le fauteuil, la poitrine se levant au rythme régulier de la respiration.

Il se concentra de nouveau sur le documentaire, mais ce qui devait l'aider se révéla en fait être un aphrodisiaque des plus étonnant.

« La truite fario est sexuellement mature vers 2 ans pour les mâles et 3 pour les femelles. D'octobre (ou novembre) à janvier (ou février), elle se reproduit à une température comprise entre 5° et 12 °. Les géniteurs se retrouvent après avoir effectué une migration plus ou moins longue vers l'amont des rivières pour bénéficier d'une meilleure oxygénation et d'un bon substrat. Les mâles très agressifs dissuadent les importuns pendant que les femelles aménagent avec leur caudale une dépression dans les graviers pour y pondre 1500 à 4000 œufs. Les ovocytes, d'un diamètre de 4 à 5 mm et d'une couleur orange, seront immédiatement fécondés par la semence mâle qui, à l'instar des œufs, s'altère très vite (en moins de 30 secondes). Puis la femelle les recouvre de graviers afin de les protéger du courant et d'éventuels prédateurs. Très vite, la frayère est abandonnée. »

Ianto était en proie à une torture intérieure, la simple évocation de la reproduction des truites lui avait fait un effet des plus surprenant. Il sentait sa masculinité grossir et être de plus en plus à l'étroit dans le pantalon de toile bleue de Jack. N'y tenant plus, il se déshabilla et s'avança ver son amant endormi.

Ianto : Jack ?

Jack : Mouis… dit-il encore endormi.

Ianto : Aide moi s'il te plait…

Jack ouvrit les yeux et vit « son » corps nu, prêt, dans toute sa splendeur. Ianto avait cédé à ses réticences et le suppliait de l'aider. Il se leva et prit son amant dans ses bras.

Jack : Viens…