Chapitre 4 :

Lorsqu'Eirwen entra dans le Hub, le lendemain, elle fut surprise de ne voir personne. Simon n'était apparemment pas arrivé et ni Ianto, ni Jack n'étaient visible. Elle se demanda comment la nuit avait pu se dérouler entre eux deux… vu la situation…

Elle déposa ses affaires et alluma son ordinateur. Elle s'assit devant son écran qui était en train de faire défiler des lignes de codes et attendit que la fenêtre lui permettant d'entrer son mot de passe apparaisse. A la place, un message d'erreur apparut sur l'écran : SAUVEGARDE JOURNALIERE NON VALIDEE – POUR CONTINUER VEUILLEZ ENTRER LE MOT DE PASSE. C'était la première fois qu'Eirwen voyait ce message. Mais avant qu'elle ne tape son mot de passe, un hurlement se fit entendre, venant de l'étage inférieur. Elle se dirigea en hâte vers les escaliers et les descendit doucement afin de percevoir le lieu d'origine de ce cri. Lorsqu'elle passa près de la porte de la chambre, elle sursauta quand un nouveau hurlement résonna à l'intérieur.

Ianto : JAAAAAAACK ! Laisse moi sortir !

Elle posa la main sur la poignée et tenta d'ouvrir mais sans succès. Elle continua jusqu'à la porte suivante et une fois à l'intérieur, elle eut la surprise d'y trouver la télévision allumée, les vêtements de Jack éparpillés sur le sol et les tasses de café toujours posées sur la table.

Ça ne ressemblait pas à Ianto. Le Hub était toujours clean quand elle arrivait le matin. Il mettait un point d'honneur à le ranger le soir avant de partir ou très rarement le matin de très bonne heure quand il n'avait pas eu le temps de le faire la veille. Mais jamais elle n'avait vu la salle dans cet état. Elle allait ramasser les affaires quand elle fut arrêtée par une voix provenant de derrière elle.

Jack : Pas glorieux hein ?

Eirwen se retourna vers la voix qu'elle avait reconnu comme étant celle de Ianto.

Eirwen : Iant… heu Jack ?

Il se tenait debout, sur le pas de la porte, le dos contre le montant, vêtu d'un simple boxer noir. Il tenait à la main une serviette beige et la levant, il commença à se sécher les cheveux. La tignasse désordonnée par le séchage express de Jack lui donnait un air enfantin, impression renforcée par l'apparition progressive de bouclettes qui lorsqu'il prenait le temps d'aller chez le coiffeur n'étaient pas visibles.

Eirwen ne pu s'empêcher de le dévisager, l'expression tant connue sur le visage de Jack qu'elle voyait en ce moment sur celui de Ianto la chamboulait. Elle se força à fixer le bleu de ses yeux. L'aperçu rapide qu'elle avait eu du corps de celui-ci avait éveillé ses sens. Les costumes de Ianto, bien que taillés sur mesure, ne permettaient pas de se rendre compte combien leur propriétaire était sexy. Certes il n'avait pas de « tablettes de chocolat » mais son corps était taillé, entretenu. Il faut dire que les courses poursuites traditionnelles de Torchwood aidaient à garder la ligne… Elle se surprit à envier Jack et à comprendre son attirance pour le jeune homme.

Jack : Il est bien foutu l'animal hein !

Jack avait remarqué le malaise qui s'était installé et comme d'habitude, il prenait un malin plaisir à en profiter pour asticoter ses collègues. Lorsqu'il passa à coté d'elle, son regard comme aimanté ne pu se détacher de lui et elle tourna le visage. C'est à ce moment là qu'elle aperçu les nombreuses cicatrices couvrant le torse et le dos du gallois. Des années de services à Torchwood ne pouvaient laisser un corps indemne.

Eirwen fut sortie de sa contemplation par un nouveau cri venant de la chambre.

Ianto : JAAAAAACK ! Je sais que tu es là ! Laisse-moi sortir !

Jack s'arrêta, baissa la tête vers le sol, ferma les yeux et serra les points. Il ne bougeait plus, il était comme statufié et n'avait apparemment pas l'intention de faire le moindre geste pour accéder aux suppliques de son amant.

Eirwen : Jack ?

Jack : Je ne peux pas le laisser sortir Eiry… Pas après ce qui s'est passé hier soir.

IL se retourna vers elle, son regard avait perdu de sa superbe, il s'était assombri et quelques rides étaient apparues sur son front. Il se dirigea vers la table sur laquelle étaient posées des affaires propres et pliées. Il enfila un tee-shirt blanc et passa une chemise bleue. Après avoir revêtu son pantalon de toile, il ajusta ses bretelles par-dessus ses épaules et serra au maximum sa ceinture. Puis il se dirigea vers les vêtements dispersés à terre et les ramassa un à un pour les déposer sur un coté du canapé. Il s'empara des tasses et les glissa dans le lave vaisselle.

Eirwen regardait son patron d'un air mi-amusé, mi-compatissant. Il flottait dans ses vêtements trop grands pour lui, mais Jack n'avait apparemment pas l'intention de mettre autre chose que ses sempiternelles fringues. Jack sans son costume militaire années 1940 n'était pas Jack. Elle ne l'avait jamais vu habillé autrement, seule sa chemise variait aux grés de ses envies, mais toujours dans les tons bleus. Elle eut alors la réponse à une de ses questions : Jack avait plusieurs panoplies identiques de son « uniforme ». Etrange habitude…

Jack : C'est mieux comme ça… Il n'aimerait pas savoir qu'on a laissé la salle dans cet état.

Eirwen : Jack ? Ça va ?

Jack : Moi oui, je n'ai aucun problème à gérer ce corps… Ianto, je ne sais pas s'il pourra tenir une semaine…

Eirwen : Comment ça ? Ne pas tenir une semaine ?

Jack : Il n'arrive pas à contrôler ses pulsions et je ne sais pas si je pourrais lui résister s'il devenait … Entreprenant… Tu vois ce que je veux dire… ?

Eirwen : Je crois comprendre. Mais toi tu arrives à les contrôler pourtant ?

Jack : Je suis né avec … j'ai appris à les contrôler. Sur la péninsule de Boeshane, là où je suis né, les garçons qui atteignent la puberté vont faire une sorte de « stage »… Un rite de passage en quelque sorte, avec la « Mater », c'est elle qui nous enseigne comment réprimer et surtout contrôler nos pulsions et envies.

Eirwen : Boeshane ? Tu ne viens pas de la Terre ?

Jack : Je suis d'ici et d'ailleurs, je ne sais pas vraiment à quel endroit j'appartiens… je suis un citoyen de l'Univers dans sa globalité.

Ianto : JAAAAAAACK !

Le hurlement de Ianto suivit par un bruit métallique d'un objet se fracassant contre le mur inquiéta Jack qui sortit en courant, la main dans la poche à la recherche de la clé. Il déverrouilla la serrure et pénétra dans la chambre. Eirwen s'immobilisa sur le pas de celle-ci, comme si quelque chose l'empêchait d'aller plus loin.

Elle s'était imaginé beaucoup de choses sur cette pièce, son agencement, sa décoration… Mais elle était très loin de ce qu'elle avait sous les yeux. La chambre était … hétéroclite … un composite de Ianto et Jack. La simplicité des meubles tranchaient avec la surabondance d'objets plus étonnants les uns que les autres, qu'Eirwen ne put identifier. Au centre de la pièce, un lit double entouré de deux chevets en acajou. Les murs étaient couverts d'étagères sur lesquels étaient posés les différents objets bigarrés, variés et ahurissants. Dans un coin, une table sur laquelle un percolateur était posé, ce qui la fit sourire un instant. Dans l'autre coin, un bureau dans la même veine que le lit, immaculé. Rien n'était posé dessus à son grand étonnement… mais lorsqu'elle posa les yeux sur le sol, elle vit des dizaines d'objets à terre, certains brisés, et de nombreux papiers dispersés. Elle comprit alors que la nuit n'avait pas dû être de tout repos pour les deux hommes.

Eirwen : Jack, que s'est-il passé ?

Jack ne lui répondit pas. Il était occupé à ramasser la chaise dans laquelle Ianto avait réussit à shooter depuis le lit.

Ianto : Détache moi Jack !

Jack : Je suis désolé, je ne peux pas Ianto.

Ianto : DETACHE MOI !

Le ton de Ianto était si empli de fureur qu'Eirwen sursauta. Ianto n'était jamais sorti de ses gonds à ce point, en tous cas en sa présence. Elle avait certes déjà entendu Jack vociférer de la sorte, mais le fait que c'était Ianto qui hurlait à pleins poumons la décontenança. Elle pouvait même ressentir la haine qui l'animait.

Ianto : Jack ! Espèce d'enf****.

Jack : Calme-toi ou je serais obligé de te bâillonner.

Ianto : Essaye pour voir.

Malgré le regard assassin qu'il lui lançait, Jack posa sa main sur le torse de son amant afin de le calmer mais cela n'eut pas l'effet escompté, bien au contraire. Une lueur de désir apparut dans les yeux bleus du gallois qui se dirigèrent vers Eirwen. Il avait un sourire pervers sur les lèvres et des yeux pétillants de désir. Eirwen eut un mouvement de recul face à ce regard.

Ianto : Tu as amené de la compagnie ? ça pourrait être amusant un plan à ..

Mais il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Il fut transpercé par une nouvelle brûlure dans son bas ventre qui l'obligea à se plier tant bien que mal en deux.

Ianto : Arghhhh. Jack… aide moi !

Jack : Respire Ianto !

Ianto : Vas te faire f*** avec ta respiration !

Jack : Eirwen ! Vas me chercher des calmants à l'infirmerie ! vite !

Eirwen courut vers l'ancien bureau de Dreidre. Au moment d'entrer, elle ressentit un pincement au cœur. Lorsqu'elle pénétra dans le local, elle du marquer un moment de pause Tout avait été gardé comme elle l'avait laissé. L'infirmerie n'avait pas beaucoup servi depuis sa mort. A chaque fois qu'ils avaient eu des problèmes, ils étaient allés directement à l'hôpital.

Elle continua jusqu'à l'armoire renfermant les médicaments et chercha les sédatifs parmi les flacons et ampoules. Elle repassa chaque médicament en revue deux fois avant de se rendre à l'évidence qu'ils étaient en rupture de stock. Elle retourna vers les deux hommes et s'adressa à Jack.

Eirwen : J'en ai pas trouvé Jack !

Jack : Quoi ?

Eirwen : Il n'y en a plus !

Jack : Impossible, le stock est renouvelé régulièrement par …

Eirwen : Deirdre ... oui…

Jack : Merde !

Eirwen : Je t'avais prévenu …

Jack : Ce n'est pas le moment Eiry !

Eirwen : Y'a pas d'autres solutions ?

Jack : Si … je peux essayer de l'assommer…

Eirwen : Jack ?

Jack : Je crois qu'on n'a pas le choix … tu crois que tu peux en demander à ton ami ?

Eirwen : David ?

Jack : Tu as beaucoup d'amis médecins ?

Eirwen : Heu … non…

Eirwen sortit dans le couloir et s'empara de son téléphone.

Eirwen : David ? Oui, c'est moi … écoute… on a un problème… oui, ON… oui Torchwood… écoute moi ! …tu pourrais nous apporter des calmants ? … oui… non, c'est pour Ianto… quoi ? non, il n'est pas blessé … pas encore du moins…

Jack (hurlant pour que David l'entende) : ça pourrait ne pas tarder !

Eirwen : Oui, c'était Jack … quoi ? … oui, c'était la voix de Ianto... non… oui… je t'expliquerai plus tard…combien il pèse ? … heu…

Jack : Qu'il en amène le plus possible !

Eirwen : Oui, c'est ça … tu verras sur place… David… dépêche toi s'il te plait…

Eirwen allait raccrocher lorsque David la retint.

Eirwen : Ah oui.. Retrouve-moi devant l'entrée de l'ancien Stade. Oui... l'ancien Stade … c'est ça … à tout de suite . (à Jack) Il arrive dans 10 minutes, il tiendra ?

Jack : Il faudra bien…

Simon (en français dans le texte) : Sainte Mère de Dieu !

Eirwen : Simon…

Simon était arrivé au Hub et dans l'affolement général, les deux autres membres de l'équipe ne l'avaient pas entendu arriver.

Simon : Qu'est-ce qui se passe ici ?

Jack : Aide moi à le tenir tranquille Simon !

Ianto : Un nouveau joueur ! Plus on est de fous plus on rit … arghhhhhhh…

Ianto fut de nouveau plié en deux par la douleur. S'il n'arrivait pas à se calmer, son cerveau allait disjoncté et ce serait trop tard. Jack savait que l'on n'en ressortait pas indemne, il l'avait vu chez certains adolescents de Boeshane, qui n'avaient pas suivi les leçons de la « Mater » … ou qui avaient eu des « relations précoces ». Ils avaient subi les pires douleurs avant de sombrer dans le coma. Certains s'en était réveillés, mais étaient restés des légumes, d'autres étaient morts au bout de quelques semaines.

Simon se plaça à gauche du lit et retint les bras de I anto. Jack pu ainsi se focaliser sur son amant, le fixant des yeux afin de tenter de le calmer. Il lui fredonnait tous bas la même chanson que la veille au soir, mais elle ne semblait pas avoir le même effet cette fois-ci. Ianto continuait à se débattre comme un forcené. Jack devait continuellement veiller à ne pas recevoir de coups de genoux ou de pieds.

Mais il persévéra, il lui caressait les cheveux, tout comme sa mère lui faisait lorsqu'il était malade ou qu'il avait fait un cauchemar. Tout comme elle le faisait aussi à Gray lorsqu'il s'était fait mal ou que Jack l'avait trop taquiné et que ce dernier allait pleurnicher dans ses jupes. Ça faisait un moment que Jack n'avait pas pensé à son frère. Cela le ramena plus de 80 ans en arrière lorsqu'il l'avait enfin retrouvé … pour mieux le perdre à nouveau. Une larme coula sur sa joue, une larme pour Gray qu'il ne reverrait plus jamais mais aussi une larme pour son amour, étendu à ses cotés, qu'il avait tellement peur de perdre.

Ianto : Simon ! Détache moi non de D*** !

Simon : Jack ?

Jack : Non Simon, on ne peut pas … c'est pour son bien…

Ianto : Pour mon bien... Mon c** ! Si tu voulais mon bien, tu me détacherais et tu me laisserais te …

Jack plaqua sa main contre la bouche de Ianto afin de le faire taire, sachant pertinemment que ce qu'il allait dire ne serait pas très… joli…

Ianto : mpfff…

Jack : désolé…

Le portable d'Eirwen sonna. C'était un texto de David, il était à l'entrée du Stade et… dixit David, un homme bizarre l'empêchait d'entrer. Elle laissa ses compagnons et se rua vers l'ascenseur. Une fois arrivée à l'extérieur, elle retrouva David, assis sur un plot qui l'attendait derrière la barrière.

Eirwen : C'est bon Bob, il peut entrer !

Bob : Ce serait aimable de me prévenir quand vous attendez de la visite !

Eirwen : Cas de force majeur Bob, désolée ! Par ici David !

Bob appuya sur un bouton qui fit se lever la barrière tout en grommelant des mots incompréhensibles.

Eirwen : Merci Bob.

Bob : Vous direz au Capitaine que j'aurais deux mots à lui dire ! Quand il daignera venir me voir !

Eirwen : J'y manquerai pas…

Bob : grlmbl…

Elle prit son ami par le bras et l'entraîna vers l'entrée du Hub. C'est avec les yeux grand ouverts que David traversa la salle principale et descendit vers la chambre dans laquelle l'attendaient les trois hommes.

Jack : Aoutch ! Ianto !

Ianto : Un peu de piquant dans notre relation Jack … ça ne te dérangeais pas quand c'était le contraire …

Jack : Je te signale que tu n'avais pas les marques sanglantes de mes dents sur toi …

Ianto : Oh pauvre chéri qui ne tolère pas la douleur…

Eirwen : Jack ! On est là !

Jack : C'est pas trop tôt !

David était figé sur place, debout devant le lit. Ianto se débattait tant qu'il pouvait et cherchait à se défaire de l'emprise des deux hommes qui le maintenait fermement.

David : Mais… Tu m'avais dit que c'était pour Ianto !

Eirwen : C'est Ianto !

David : Comment est-ce possible ?

Jack : La discussion ce sera pour plus tard David ! Les calmants MAINTENANT !

David posa sa sacoche à terre et fouilla à l'intérieur. Il évalua le poids de « Ianto/Jack » entre 90 et 100kg et remplit une seringue avec 1,8 ml de tranquillisant.

Il s'avança vers Ianto et demanda aux deux hommes de le tenir le plus immobile possible. Mais à la vue de l'aiguille, il redoubla d'effort pour tenter de se libérer.

Jack : Calme toi Ianto !

Ianto : va chi*** !

Jack dut user de toute la force du corps dont il était le locataire involontaire pour se coucher sur Ianto et le forcer à ne plus bouger. Simon quant à lui, tenant le bras le plus immobile possible pour que David puisse faire l'injection.

David : Le produit devrait agir d'ici quelques instants …

Jack : Sûr ? Ça m'a pas l'air d'agir ton truc David !

David : Il aurait déjà dû se calmer …

Jack : Augmente la dose alors !

David : Je lui ai déjà administré la dose maximale !

Jack : Il supportera une autre dose !

David : Mais… Ça risque de le plonger dans un coma profond …

Jack : FAIS LE !

Ianto : Bande d'enf**** … Tu me le payeras Jack !

Jack : MAINTENANT !

David remplit une nouvelle seringue, même s'il était contre cette posologie, le ton de Jack ne lui laissait pas la possibilité de refuser de le faire. Une minute après la seconde injection, Ianto se calma et s'endormit. Jack et Simon purent le lâcher et Jack s'assit sur le rebord du lit. Il repositionna la couverture sur son amant et du dos de sa main lui caressa le visage.

David : Quelqu'un pourrait-il me dire ce qui se passe ici ?

Eirwen : Viens, laissons les seuls… Je te raconterai tout dans un moment, mais pas ici.

Simon précéda Eirwen et David et tous trois se dirigèrent vers la salle de réunion attenante.