Merci à ma Camhyoga pour sa correction ! Je t'adore :) Merci à tous mes reviewers, vous êtes des anges ;)
NdA : pidop ! Je sais que je mérite d'être lynchée pour avoir repoussé la parution de ce chapitre, je suis désolée... Vu que l'an prochain je risque de ne pas avoir internet, j'ai préféré changer un peu mon fusil d'épaule et remanier mon scénario pour que vous puissiez avoir la fin avant la rentrée/peu après la rentrée. Voilà pourquoi ce retard, j'ai dû changer mon chapitre. J'espère que ça vous plaira, enjoy !
4 – Complications
Rune n'avait jamais été aussi pressé de rentrer aux Enfers après une sortie à Athènes. Il avait filé vers ses appartements sans même attendre Minos, qui avait préféré rester en arrière. Une fois dans sa chambre, le Balrog avait déposé brusquement les sacs sur le sol et s'était ensuite laissé tomber sur son lit, les yeux fermés et le cœur battant. Il ne savait pas pourquoi il avait réagi de la sorte, de façon aussi irréfléchie et instinctive. Ce n'était pas lui, de prendre une décision sur un coup de tête sans penser aux conséquences. Que dirait le Griffon, qui était son supérieur avant d'être son amant ? Il venait de faillir à une mission qu'Hadès en personne lui avait confiée.
Le jeune homme passa une main fatiguée sur son visage, découvrant avec stupeur que ses joues étaient humides. Il éclata d'un rire sans joie et essaya de s'arrêter de pleurer, sans succès. Lui qui avait l'habitude d'une vie où chaque évènement était sévèrement classé selon un certain ordre, toutes ces agitations et ces imprévus lui faisaient perdre sa maîtrise de lui-même. Il devait absolument se ressaisir avant que ça ne tourne à la catastrophe. D'autant plus qu'il n'avait aucune raison de se mettre à hoqueter comme un… enfant. Rune se tourna sur le ventre et enfouit son visage dans son oreiller, mouillant le tissu et ne sachant plus quoi faire. Rattraper Minos et récupérer la petite fille, avec une explication à donner sur son comportement… Ou bien attendre, prostré, que quelqu'un vienne le chercher ?
Depuis quand se reposait-il autant sur les autres, et en particulier sur le Griffon ? Il avait toujours eu l'habitude de ne rien laisser au hasard et de ne pas permettre à l'inconnu de diriger sa vie. Il n'avait jamais compté que sur lui-même et ne demandait rien aux autres. Mais cela avait changé à partir du moment où il s'était laissé prendre dans les filets de son supérieur. Victime plus que consentante, il réalisait à présent combien il était devenu dépendant de la simple présence de Minos. Il aimait son rire souvent moqueur, ses airs condescendants et son arrogance princière qui ne l'avait jamais quitté. Un simple mot de sa part et qui sait ce que le Balrog serait capable de faire pour son supérieur ?
Rune n'avait jamais appris à aimer. Déjà alors qu'il était un simple humain, il ne voyait pas les liens sociaux ni les sentiments d'un très bon œil. Cette impression s'était confirmée lorsqu'il était entré au service du Seigneur des Enfers : l'amour en particulier rendait terriblement idiot et aveugle. Il avait passé ainsi ses réincarnations seul, comme un observateur discret et efficace. Jusqu'au jour où ils avaient appris qu'Hadès, Athéna et Poséidon avaient enfin décidé de ne plus jouer à la guerre et de devenir les meilleurs amis du monde des cieux –ou presque. Plus de batailles, plus de morts, profiter du temps imparti et être heureux. Les Sanctuaires avaient toujours des règles strictes, mais qui laissaient néanmoins beaucoup de liberté à condition de remplir ses obligations. Les Spectres avaient petit à petit réalisé leur chance et s'étaient adaptés. Du moins, la majorité d'entre eux.
Comme un contrecoup, une envie de libertinage s'était emparée des troupes, aussi bien aux Enfers qu'ailleurs. Puis des couples solides s'étaient formés, parfois prévisibles ou d'autres plus insolites. Sylphide et Valentine avaient compté parmi les premiers à s'afficher sans honte, de même que Rhadamanthe et Kanon à la surprise de tous. L'ambiance était plus sereine, détendue et fraternelle. Qui aurait pensé un jour fêter Noël aux Enfers ? C'était pourtant arrivé.
C'était cette fois-là que Minos lui avait offert les billets d'avion ainsi que le Kâma-Sûtra. Rune se souvenait encore de l'embarras qui lui avait presque coupé la respiration, sur le coup. Le Griffon était connu pour être un beau-parleur et un aguicheur de premier ordre, il était certain qu'il y avait anguille sous roche. Il s'était attendu à devoir supporter des avances de la part de son supérieur, qui n'était pas venues. Il n'avait pas compris pourquoi, car cela aurait été une suite logique aux évènements.
Mais le Juge avait attendu, patiemment, que ce soit lui qui fasse le premier pas, même si cela avait été de façon détournée grâce aux fameux billets. Cette attention avait touché Rune, sans doute plus que ce que Minos pouvait penser. Il se souviendrait éternellement du premier baiser échangé avec son supérieur, dans le hall de l'aéroport d'Athènes, après avoir passé une journée de fous. Cette fois-là, déjà, il avait perdu le contrôle de ses émotions, juste avant que Minos ne l'embrasse. Il avait bien fait de se laisser aller, finalement.
Mais qu'en était-il de cette fois-ci ? Que dirait Minos ? En aurait-il assez de lui, incapable de gérer ses émotions ni d'apporter de l'affection à quelqu'un ? Cette enfant lui avait offert un amour candide et sincère, et lui l'avait rejeté violemment et sans réelle raison. Qui aurait agi comme il l'avait fait ? Personne.
Rune se sentit coupable, en même temps qu'une peur irraisonnée s'emparait de lui. Comment réagirait-il si le Griffon décidait de le quitter pour quelqu'un d'autre, le repoussant comme il avait fait avec la petite ? Il ne le supporterait pas. Il avait offert tout ce qu'il était capable de donner, son corps, son cœur et son âme. Cela serait-il seulement suffisant ?
Au même instant, on frappa doucement à sa porte. Le Balrog reconnut aussitôt le cosmos du Juge et se leva pour aller ouvrir, essuyant une dernière fois ses joues d'un geste brusque. Face à son amant, il ne sut quoi dire et resta silencieux, indécis, avant de reporter son attention sur la petite fille, qui le regardait sans un bruit. Le cœur serré, Rune s'approcha et caressa doucement ses cheveux clairs, puis la prit des bras de Minos.
« Paaa-pa ? fit l'enfant tout bas, presque craintivement.
-Si tu veux » soupira le procureur.
Avec un petit cri ravi, elle se bouina contre lui et attrapa une mèche de cheveux qu'elle mit dans sa bouche, les yeux rivés dans les siens et un sourire aux lèvres. Le Balrog poussa un soupir et s'effaça pour laisser entrer son amant, qui l'avait regardé faire avec une expression amusée et tendre.
« Ça va mieux ? interrogea-t-il. Tu avais l'air bouleversé tout à l'heure.
-Désolé, marmonna Rune. Ça n'arrivera plus.
-J'imagine que ça a dû te faire un choc, commenta le Griffon. C'est normal.
-Ah bon ? Tu connais beaucoup de personnes qui auraient fait comme moi ? siffla le procureur.
-Eh, qu'est-ce qui t'arrive ? Je ne te reproche rien, au contraire !
-Je sais. Je ne comprends pas pourquoi, du reste.
-Si tu veux aller par là, je pourrais aussi te dire que tu n'as pas touché à un seul dossier de la journée, fit Minos. Que tu as interrompu ton travail de surveillance, que tu as désobéi à un ordre et qu'en plus tu ne t'es pas présenté à ton supérieur pour avancer tes excuses. »
Rune ouvrit la bouche mais le Juge l'interrompit en posant un doigt sur ses lèvres.
« Mais ça, Rune, ce n'est pas important. Alors arrête un peu de toujours faire passer la pensée avant le cœur, d'accord ?
-Je vais… essayer, soupira le jeune homme.
-Je suis quand même curieux de savoir ce qui t'a fait changer d'avis par rapport à la petite, fit Minos en entrant plus en avant dans les appartements du procureur.
-J'ai réfléchi, rien de plus.
-Vraiment ? demanda le Griffon avec un air dubitatif. Je n'aurais pas imaginé que la raison te dicte de laisser le bébé te manger les cheveux.
-Disons que j'ai mis de l'ordre dans mes idées, balbutia le Balrog en se détournant de son supérieur, peu désireux de lui raconter ses craintes.
-Et donc c'est à cause de ça que tu as les yeux rougis ? »
Rune ne répondit rien et continua de focaliser son attention sur la petite fille, qui fermait les yeux à moitié, un sourire aux lèvres. Minos se rapprocha d'eux et força son amant à le regarder.
« Je t'aime, n'en doute jamais.
-C'est si flagrant ? demanda Rune à voix basse.
-C'est commun chez un couple en tout cas, sourit le Griffon. Si tu savais la scène qu'a essuyé Eaque à cause d'une suivante d'Aphrodite qui l'a approché d'un peu trop près au goût de Kagaho…
-Ah ?
-Mais tu étais dans la bibliothèque quand c'est arrivé, reprit Minos. Eaque a dû rassurer son Bénou une bonne partie de la nuit.
-Je vois…
-Et je pense que ça ne te ferait pas de mal non plus » fit le Juge d'une voix langoureuse tout en passant un doigt sur les lèvres de son procureur.
Rune sentit son cœur s'accélérer rapidement, comme à chaque fois que le Griffon était près de lui avec ce regard de braise. Ils reculèrent vers le lit, où le Balrog déposa le bébé avec précaution avant de se consacrer à son amant, qui l'embrassa avec ardeur dès qu'il se tourna vers lui. Mais alors que Minos passait une main empressée sous la tunique du jeune homme, on frappa à la porte et on ouvrit sans attendre de réponse.
« Quoi ? grogna le Griffon en se retournant, une lueur mauvaise dans les yeux.
-Désolé Minos, mais c'est urgent, répliqua Rhadamanthe. Bonjour Rune.
-Bonjour Juge Rhadamanthe, marmonna le Balrog en remettant sa tenue en place.
-Qu'est-ce qu'il y a ? siffla le Norvégien. Les Enfers s'écroulent ?
-Non, Aphrodite s'en va. »
Les deux compatriotes se jetèrent un regard aigu. Il fallait agir vite si Minos voulait interroger les suivantes de la déesse avant qu'elles ne s'en aillent… Le Griffon poussa un soupir agacé en songeant au joyeux bazar qui allait sans aucun doute avoir lieu et grommela :
« C'est pas vrai... Ça lui a pris quand ?
-Il y a quelques instants. Hadès nous demande en salle de réunion, poursuivit l'Anglais.
-J'arrive. Tu vas t'en sortir ? demanda-t-il à son amant.
-Elle a l'air tranquille, répondit Rune en jetant un coup d'œil à la petite qui rampait sur son lit en gazouillant. Ça ira.
-Très bien, à tout à l'heure. »
Les deux Juges sortirent de ses quartiers en coup de vent. Le Balrog referma la porte derrière eux et se retourna vers le bébé, qui s'était mise à sucer son pouce. Pensif, Rune récita mentalement la liste des romans qu'il possédait. Peut-être que Robinson Crusoé pourrait lui plaire ? Dubitatif, il saisit le livre et s'installa sur le lit à côté de la petite, qui se rapprocha de lui pour se caler près de son ventre. Le jeune homme esquissa un sourire fugace, puis se mit à lire.
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Lorsqu'ils arrivèrent dans la salle de réunion, Hadès, Pandore et Eaque étaient déjà là, de même qu'Aphrodite et ses compagnes. Le dieu des Enfers paraissait plus qu'heureux de la décision de sa collègue divine, et même si aucun sourire n'ornait son visage, sa joie se ressentait pleinement. Dire que les Juges avaient eu du mal à supporter l'armée de jeunes femmes qui servaient la déesse, qui sait ce qu'avait pu subir leur dieu face à Aphrodite elle-même ?
Minos se renfrogna et se dirigea droit sur Hadès, et s'agenouilla devant lui :
« Seigneur, puis-je vous parler ? C'est urgent.
-Excusez-moi, ma chère, fit le dieu à sa collègue. Qu'y a-t-il ? » demanda-t-il une fois qu'ils se furent éloignés.
Le Griffon lui expliqua rapidement les soupçons dont Rune lui avait parlés. Hadès se mura dans un silence songeur et fixa son Juge avec sévérité.
« Tu sais que tes accusations sont graves, Minos.
-Ce sont des suppositions, répliqua le Norvégien sans se démonter. Je n'ai pas encore eu le temps d'interroger nos hommes, mais cette décision hâtive de partir m'empêche de procéder dans l'ordre. Et que je sache, aucun Spectre n'a quitté les Enfers ces derniers jours… En tout cas, aucun qui aurait eu l'audace de ramener un enfant au Royaume des Morts. »
Le dieu ferma brièvement les yeux et soupira :
« Très bien, je vais essayer de convaincre Aphrodite de rester encore un jour ou deux.
-Merci mon Seigneur » souffla Minos en s'inclinant à nouveau.
Hadès s'éloigna, plantant là son subordonné. Eaque le rejoignit rapidement et chuchota :
« Si tu as besoin d'aide, n'hésite pas. Plus vite on découvrira le coupable, plus vite on pourra dire adieu à Aphrodite.
-Je sais, pas besoin de me le rappeler. Mais vous avez déjà à vous occuper de la gestion sans moi, ajouta Minos.
-Je suis certain que Violate sera ravie de passer sous ton commandement quelques temps, sourit le Népalais.
-Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda le Griffon.
-Tu ne trouve pas que Byakku s'absente souvent, ces temps-ci ? » répondit le Garuda avec un sourire amusé.
Le Norvégien écarquilla vaguement les yeux, surpris. Eaque rit doucement et ajouta :
« Dire qu'auparavant c'est toi qui voyait ce genre de choses… Rune te change, c'est indéniable.
-En bien ou en mal ? » rétorqua Minos.
Avant que le Népalais puisse répondre, un cri de rage retentit. Le visage crispé de colère, Aphrodite se saisit d'une de ses suivantes et s'écria :
« Tu vas me le payer ! »
