Hey hey ! :D Chapitre tout frais, tout juste corrigé par ma Camhyoga adorée, rien que pour vous ! Si c'est pas beau la vie... ^^ Comme promis, je me démène pour que vous ayez la fin le plus vite possible ;) Sur ce, bonne lecture !


5 – L'identité du bébé

« Il suffit ! Tu es chez moi ici, alors cesse de te donner en spectacle, Aphrodite ! » intervint froidement Hadès en saisissant le bras de son homologue.

« Me donner en spectacle ? répéta la déesse avec une voix rendue aigue par la fureur. A cause de cette imbécile, tout est fichu ! »

Avec colère, Aphrodite lâcha sa suivante, qui tomba au sol en gémissant plaintivement. Elle se recroquevilla aux pieds de sa maîtresse qui s'en désintéressa aussitôt.

« J'attends des explications, déclara Hadès sèchement. Au vu de ta réaction, j'imagine que c'est toi qui as introduit un être vivant aux Enfers.

-Tu ne comprendrais pas, rétorqua la déesse en plissant la bouche. Aucun de vous ici ne le peut.

-Comprendre quoi, Aphrodite ?

-L'amour d'une mère pour son enfant, répondit-elle avec hargne. Que peux-tu y concevoir, toi que Perséphone a délaissé ? »

A ces mots, les trois Juges se figèrent, osant à peine respirer. Perséphone, un nom qui n'avait pas été prononcé aux Enfers depuis des siècles. La pique déloyale d'Aphrodite touchait une corde très sensible, car tous ici savaient que leur Seigneur avait été fou de la jeune déesse aux cheveux couleur de miel. Hadès ne pipa mot, puis fit à voix basse :

« Jamais je n'aurais d'enfant, en effet. Mais ce que toi, tu ne comprendrais pas, c'est l'affection que je porte à mes Spectres, qui vaut bien l'amour d'un parent pour sa progéniture. J'attends toujours des éclaircissements. »

Avec une moue qui trahit son agacement, la déesse secoua sa longue chevelure blonde puis pinça les lèvres.

« Si ça t'intéresse tant, je veux bien t'éclairer. A une seule condition, cependant.

-Tu n'es pas en mesure de réclamer quoi que ce soit » siffla Hadès, perdant patience.

La déesse eut un rire et fit jouer ses doigts fins dans le tissu de sa tenue.

« Crois-tu, Hadès ? Combien de tes chers Spectres seraient anéantis si je leur enlevais leur bien le plus précieux ? Comment réagiraient-ils si je leur retirais l'amour qu'ils éprouvent pour l'un des leurs et pour toi-même ?

-Tu n'as aucun droit d'agir au sein des Sanctuaires, Aphrodite !

-Parce que tu crois qu'une interdiction de la part de Zeus pourrait m'arrêter ? »

Minos serra les poings avec colère. A ses côtés, Eaque et Rhadamanthe prenaient aussi sur eux pour ne pas s'emporter. Aphrodite osait manipuler leur Seigneur devant eux, dans sa propre demeure ! Hadès leur fit un signe apaisant de la main, avant de reporter son attention sur son homologue.

« Qu'attends-tu de moi ? demanda-t-il.

-Que l'enfant qui te dérange tant soit placé sous ta protection. »

Alors que même le chantage d'Aphrodite n'avait pu lui soutirer la moindre expression, Hadès écarquilla les yeux avec stupeur. Qu'est-ce qui pouvait bien pousser la déesse à réclamer son soutien, alors qu'ils étaient aussi dissemblables et peu amicaux l'un envers l'autre ?

« Te rends-tu compte… ? siffla-t-il.

-Choisis, dit Aphrodite avec un ton implacable. Mon enfant ou tes Spectres. »

Le dieu fronça les sourcils, furieux. La jeune femme sembla se radoucir puisqu'elle ajouta :

« Il y a longtemps, tu aurais refusé.

-Tu as intérêt à avoir une bonne raison de m'obliger à pareil acte, sinon je détruirais l'âme de ton enfant sous tes yeux ! s'écria Hadès. Parle, maintenant.

-Ici ? s'étonna Aphrodite en jetant un regard aux trois Juges toujours silencieux.

-Ici, et tout de suite ! »

Sentant qu'il devenait risqué de défier plus le maître des Enfers, elle acquiesça lentement.

« Tu sais que depuis l'Olympe, j'aime regarder les simples mortels. C'est ainsi qu'un jour, je perçus le désespoir d'un homme qui n'avait ni femme ni enfant et qui désirait plus que tout connaître le bonheur d'avoir une famille.

-Et tout d'un coup tu t'es dit que tu allais te lancer dans le caritatif, c'est ça ? railla Hadès. Je présume que cet homme si louable était bien fait de sa personne.

-Oui, avoua la déesse avec une moue pincée. J'ai décidé d'accéder à son désir et me suis incarnée en simple humaine. »

Le ton d'Aphrodite frôlait la condescendance. Hadès lui fit signe de poursuivre, le regard sévère.

« Je tombai très vite enceinte. Les quelques mois que j'ai passé auprès de cet homme furent très heureux, jusqu'à ce qu'il meure à quelques jours de mon accouchement.

-Tu devais savoir que son heure était venue.

-Justement, elle ne l'était pas ! protesta la déesse avec véhémence. Un chauffard l'a renversé, il n'aurait pas dû mourir ! Son nom était Tiberius, l'un de tes Spectres a dû juger son âme. »

Minos sentit son pouls s'accélérer. Il avait effectivement eu ce nom dans ses registres dernièrement, registres qu'il avait confiés à Rune pour qu'il rende les sentences à sa place… Il ferma brièvement les yeux, espérant ne pas avoir à l'annoncer à son amant.

« J'ai mis cet enfant au monde avec l'aide de mes suivantes, poursuivit Aphrodite. Mais je me suis retrouvée face à un dilemme : que faire du bébé ? Si je l'emmenais avec moi sur l'Olympe, le courroux d'Héphaïstos aurait été incontrôlable. Sur Terre, mon époux aurait découvert son identité un jour ou l'autre, grâce à mon essence divine qui est en lui. Il ne me restait qu'une solution : emmener mon enfant dans un lieu où personne ne songerait à aller le chercher… Chez toi, mon oncle. »

Hadès lança un regard glacial à la déesse, appréciant peu la mise en avant de leur lien de parenté. Aphrodite soutint le défi visuel, puis baissa les yeux dans une apparente docilité.

« Et ensuite ? demanda le dieu.

-Je me suis donc rendue aux Enfers, camouflant l'enfant de mon cosmos. Je suis restée assez de temps pour qu'on ne me soupçonne pas d'avoir laissé ce bébé sur tes terres. J'ai demandé à l'une de mes suivantes de le cacher aujourd'hui, où j'avais planifié mon départ… »

La déesse eut un mouvement de colère et, se rendant compte que ses suivantes avaient disparu entre temps, de même que Pandore qui avait dû les conduire dans une autre pièce, poussa un sifflement agacé.

« Sauf que cette imbécile a désobéi à mes ordres, et qu'à présent je suis obligée de me fier à toi. Tu sais tout, maintenant. Quelle est ta décision ? »

Hadès ne répondit pas, plongé dans ses pensées. Il se tourna finalement vers ses Juges et interpella Minos :

« Amène-moi Rune et l'enfant.

-Mon Seigneur… ? fit le Norvégien avec un soupçon d'inquiétude.

-Tout de suite. »

Le Griffon hocha la tête doucement et tourna les talons. Il retourna sur ses pas et se dirigea vers les appartements de son amant. Parvenu à la porte d'entrée, il hésita : que voulait donc faire Hadès ? Avec un soupir, il toqua légèrement puis entra. Il découvrit Rune plongé dans un livre qu'il lisait à voix haute, la petite calfeutrée dans ses bras et l'écoutant dans un silence religieux, son pouce dans sa bouche. Il esquissa un sourire attendri et ne bougea plus, peu désireux d'interrompre cet instant. Mais Rune redressa la tête et, avisant son air soucieux, demanda :

« Quelque chose ne va pas ?

-Notre Seigneur veut te voir, ainsi que la petite. »

Sans un mot, le Balrog acquiesça. Il referma le roman et serra le bébé contre lui, puis suivit son supérieur. Peu avant d'entrer dans la salle, Rune demanda à voix basse :

« Qu'est-ce qui va se passer, Minos ?

-Je ne sais pas, soupira le Juge. Je reste avec toi. »

Ils se serrèrent brièvement les mains puis se séparèrent. C'est avec un visage parfaitement neutre qu'ils entrèrent et s'approchèrent des deux divinités. Rune s'agenouilla, la petite agrippée à son vêtement.

« C'est bien lui ? demanda Hadès d'une voix dure.

-Oui, répondit Aphrodite. C'est mon enfant. »

Rune écarquilla les yeux de stupeur, avant de se reprendre : il valait mieux rester stoïque et attendre de voir ce qui allait advenir. Hadès s'avança soudain vers lui et déclara :

« Rune du Balrog, relève-toi. J'ai une question à te poser. »

Le Norvégien obéit immédiatement, réfléchissant à toute allure. Que lui voulait donc Hadès ? De plus, le regard d'Aphrodite, fixé sur lui, ne lui disait rien qui vaille…

« Si cet enfant devait rester aux Enfers, serais-tu prêt à t'en occuper ?

-Rester aux Enfers ? répéta Rune sans comprendre. Que voulez-vous dire ?

-Aphrodite me demande d'accorder ma protection à son enfant, expliqua le dieu. Mais je ne peux accepter si personne ne se porte garant de lui, et je ne veux pas imposer cette tâche à quiconque.

-Hadès ! s'exclama Aphrodite d'une voix apeurée.

-C'est pourquoi, l'interrompit Hadès avec un ton brusque, je te demande si tu es prêt à t'occuper de lui jusqu'à ce qu'il soit en âge de choisir sa destinée.

-Si je refuse ? interrogea le Balrog. Que lui arrivera-t-il ?

-Mon époux le tuera » répondit Aphrodite.

Involontairement, Rune eut un mouvement de recul et serra la petite plus fermement contre lui. Il jeta un coup d'œil à Minos, qui secoua la tête sans un mot : ce n'était pas à lui de prendre cette décision. Le jeune homme fronça les sourcils, puis déclara :

« J'accepte.

-Dans ce cas, je vais réfléchir à ta demande, Aphrodite.

-Quoi ? s'exclama la déesse. Tu as dit que l'enfant restait !

-Je n'ai jamais dit ça, répliqua Hadès avec un sourire narquois.

-Espèce de…, rugit-elle.

-Ce n'est pas moi qui fais du chantage ! rétorqua Hadès sèchement. Ton enfant est dorénavant sous ma protection, mais attends-toi à devoir assumer tes actes ! »

Il se rapprocha de son homologue et ajouta :

« Et si jamais tu tentes encore de t'immiscer dans les affaires des Sanctuaires, je n'aurai aucune pitié. Ton enfant a peut-être la grâce des Enfers, mais sache que je n'hésiterai pas à m'en servir comme gage de ta parole. Me suis-je bien fait comprendre, ma nièce ? »

Aphrodite acquiesça vivement, puis se tourna vers Rune et demanda d'une voix douce :

« Tu es donc celui qui a trouvé mon bébé. Puis-je le voir ? »

Indécis, le jeune homme hocha la tête et tendit la petite à sa mère, lorsque la déesse se fut rapprochée. Mais à peine l'avait-elle prise dans ses bras qu'elle se tortilla en gémissant pour en descendre.

« Paaa-pa ! » appela-t-elle en tendant ses petites mains vers le Balrog.

Rune croisa les yeux clairs de la déesse, la surprise s'y lisant aisément mais aussi autre chose, comme de la jalousie. Il reporta son attention sur le bébé qui tentait de s'échapper des mains de sa génitrice.

« Je vois que je n'avais pas de soucis à me faire, commenta Aphrodite avec un ton sarcastique. Je ne vais donc pas t'imposer ma présence chez toi plus longtemps, Hadès, ajouta-t-elle en rendant l'enfant à Rune.

-Sage décision, fit le dieu en haussant un sourcil. Et n'oublie pas de reprendre tes suivantes avec toi. Tu n'imagines pas ce que des Spectres en colère peuvent faire… »

La déesse renifla avec dédain avant de disparaître dans une flambée de cosmos. Comme un seul homme, les trois Juges se détendirent d'un seul coup avec un soupir de soulagement. Minos s'élança vers son amant et l'enlaça fermement contre lui :

« Je t'aime, Rune. Je suis fier de toi.

-Minos…, marmonna le jeune homme en piquant un far monumental. Nous sommes devant notre Seigneur…

-Pardonnez-moi, s'excusa le Griffon avec un sourire qui signifiait tout le contraire.

-Après l'excentricité d'Aphrodite, je suis hermétique à tout, rétorqua le dieu avec un rictus amusé. Au fait, Rhadamanthe, tu pourras prévenir Kanon qu'il peut revenir aux Enfers en toute sécurité. »

Ce fut au tour de l'Anglais de s'empourprer, sous les pouffements d'Eaque qui se mordit les lèvres pour ne pas éclater de rire. Hadès se détourna, un air satisfait au visage, et ajouta :

« Vous pouvez retourner à vos activités. »

Rune remarqua aussitôt l'air lubrique de son amant et se souvint qu'ils avaient été interrompus par la Whyvern en pleine séance de déshabillage et plus si affinité. Oui, ils avaient toutes les raisons pour être heureux du départ d'Aphrodite…