Pidop tout le monde ! =) Me voilà de retour pour ce nouveau chapitre ! Merci à ma Camhyoga pour sa correction, ainsi qu'à tous mes reviewers.

NdA : comme je l'avais annoncé, cette année j'aurais un accès à internet (très) limité. La fin de parution sera donc retardée, mais je ferai mon possible pour que ça ne soit pas trop long. Pour les lecteurs de Mafia Blue, toutes mes excuses pour ne pas avoir de chapitre cette fois-ci mais j'ai préféré me concentrer sur cette fic qui sera nettement moins longue et qui est quasiment terminée. Je n'abandonne pas mon second opus pour autant, soyez sans crainte ! :)

Sur ce, bonne lecture ! (Et ne m'envoyez pas de messages de menaces à cause de la fin, svp ! XD)


6 – Calme et tempête

« Donc tu gardes la petite ? » fit Gordon avec un grand sourire.

Rune hocha la tête en retenant un soupir agacé. Cela faisait trois jours qu'Aphrodite était enfin partie des Enfers, et comme rien n'échappait au bouche à oreille, tous avaient appris que le Balrog avait « adopté » un enfant. Les esprits s'étaient emballés, certains avaient même suggéré que le Norvégien était en fait une Norvégienne et qu'il avait caché son état sous son ample tenue de procureur. Heureusement, ces rumeurs s'étaient éteintes aussi vite qu'elles s'étaient allumées, en particulier lorsque Minos avait menacé de s'entraîner avec tous ceux qui auraient un doute sur le sexe de son amant. De plus, tous avaient voulu voir le bébé qui vivrait désormais aux Enfers et Rune avait été submergé par une foule de curieux, à son grand déplaisir. Seul Kagaho avait été aux abonnés absents, et le jeune homme ne saurait jamais assez le remercier. Et ce matin du quatrième jour, alors qu'il espérait passer une journée tranquille et calme, il avait eu droit à une visite de Gordon et Queen, venus aux nouvelles.

« Elle est vraiment adorable » décréta le Minotaure en jouant avec le bébé, un immense sourire aux lèvres.

Cela surprenait toujours Rune de voir cet air si joyeux sur une personne aussi imposante que Gordon. Queen, assis à côté du procureur, avait l'air stoïque de celui que rien ne peut atteindre.

« Vous allez l'appeler comment ? » demanda soudain le Polonais.

Le Balrog écarquilla les yeux, n'ayant absolument pas pensé à baptiser la petite. Et pour couronner le tout, il n'avait aucune imagination dans ce domaine.

« Aucune idée, j'avais d'autres chats à fouetter.

-Pourquoi pas Pêche* ? C'est joli.

-On ne va pas donner un nom de fruit à un bébé ! riposta Queen. Tu as déjà entendu quelqu'un s'appeler pastèque ?

-Clémentine, ça existe bien, rétorqua Gordon. Ou alors un nom de fleurs, tu dois en connaître plein non ? »

Avant que Rune puisse intervenir, l'Allemand obtempéra de bonne grâce :

« Rose, Violette, Iris, Lys, Pétunia…

-On croirait que c'est vous qui allez vous en occuper, commenta le Norvégien avec une moue un peu agacée.

-Bonne idée ! Et si on demandait à Hadès de nous permettre d'adopter, Queen ? »

L'Alraune crut s'étouffer et devint rouge pivoine, sous le regard amusé du Balrog. Il fallait dire que rouge sur rouge était assez comique. De plus, il était rare de voir l'Allemand sans répartie. Devant la stupeur de son compagnon, Gordon éclata de rire :

« Ne t'en fais pas, je doute que notre Seigneur accepte de transformer son château en nursery.

-Depuis combien de temps vous êtes ensemble ? s'enquit Rune.

-Bientôt trois mois, répondit le Minotaure.

-Dans deux jours, ajouta Queen à voix basse, encore sous le choc.

-Mes félicitations.

-Merci ! Il a été difficile à convaincre, ajouta Gordon en riant.

-Je pensais plutôt à votre discrétion, le détrompa le Balrog. Personne n'est encore au courant, c'est exceptionnel.

-On a tellement l'habitude de nous voir ensemble que personne n'a dû se poser la question » répliqua l'Alraune.

Le Norvégien hocha la tête sans rien dire. Après quelques autres gouzis-gouzis de Gordon, les deux Spectres prirent congé, à la grande satisfaction de Rune. L'Allemand et le Polonais étaient d'une compagnie moins désagréable qu'il l'avait tout d'abord pensé, mais rien ne valait le calme de la solitude à ses yeux. Il allait enfin pouvoir se reposer un peu, tout du moins si la demoiselle concédait à le laisser dormir.

Car non seulement les vas et viens des Spectres dans ses quartiers l'avaient obligé à supporter un raffut quotidien et épuisant, mais en plus la nouvelle star des Enfers semblait avoir décidé de l'empêcher de faire une nuit complète, pleurant pour un biberon ou pour ses couches. Elle était également exaspérante lorsqu'il s'agissait de prendre son bain : elle criait tout ce qu'elle pouvait pour ne pas se retrouver dans l'eau, mais une fois dedans impossible de l'en faire sortir sans se retrouver aussi trempé qu'elle. Rune n'en pouvait plus et il maugréait qu'il aurait mieux fait de laisser la petite à sa mère. Mais le Balrog s'était attaché malgré lui à cette petite chose baveuse et qui s'agrippait à ses tuniques dès qu'il faisait mine de bouger. Si cela faisait sourire Minos de voir son amant avec la petite dans les bras au tribunal, lui nettement moins : il était plutôt difficile de juger des âmes tout en essayant de faire arrêter de gazouiller un bébé qui ne voulait pas le lâcher.

Le Norvégien referma soigneusement la porte de ses appartements et la verrouilla à double tour : il n'ouvrirait à personne, pas même son amant. Il avait trop besoin de dormir et il faudrait défoncer sa porte pour le déranger. Satisfait de sa décision, il partit s'allonger sur son lit et poussa un soupir de bien-être sitôt qu'il fut installé, rejoint rapidement par la petite qui s'accapara son ventre comme oreiller.

Mais alors qu'il fermait les yeux pour plonger dans le sommeil, un vacarme épouvantable retentit, le faisant bondir de son matelas. Sans doute une expérience de pyromanie quelconque. Rune se pinça l'arrête du nez en essayant de reprendre son calme, puis se recoucha, notant au passage qu'il lui faudrait investir dans des boules quiès très prochainement. La petite gémit doucement en se réinstallant contre lui, tremblante. Le Balrog la serra dans ses bras et lui caressa les cheveux sans comprendre pourquoi elle avait peur. Et au moment même où la demi-déesse en couche culotte se mettait à hurler, la porte explosa.

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Les trois Juges étaient attablés face à des thés divers et plusieurs centaines de papiers ennuyeux lorsqu'un grondement semblable à un éboulement les interrompit. En sursautant, Rhadamanthe manqua de déchirer le document qu'il tenait, Eaque brisa sa tasse sous ses doigts et Minos faillit tomber de sa chaise. Ils se dévisagèrent avant que le Norvégien demande d'un ton effaré :

« Qu'est-ce que c'était que ça ? Une expansion du palais s'est effondrée ?

-Prie pour que ce soit celle de Pandore, grimaça le Garuda en retirant les morceaux de faïence incrustés dans ses paumes.

-Vous sentez ce cosmos ? » les interrompit l'Anglais.

Les deux autres se turent immédiatement et se focalisèrent sur l'énergie brute qui venait d'apparaître, brûlante et destructrice.

« Eaque, par pitié, dis-moi que c'est Kagaho qui a pété un câble, maugréa Minos.

-Navré de te contrarier, mais ce n'est pas lui, rétorqua le Népalais.

-C'est un cosmos divin, déclara la Whyvern en se levant d'un bond.

-Dans ce cas, laissons notre Seigneur s'en débrouiller, conclut le Griffon.

-Rappelle-moi qui, sur l'Olympe, maîtrise les forges ? » soupira Rhadamanthe.

Le Norvégien écarquilla les yeux avant de se ruer hors de la salle. Eaque appela son Surplis à lui et tapota l'épaule de son collègue :

« Bravo pour ta mise en scène. J'espère que tu as prévu autre chose pour notre rencontre avec Héphaïstos…

-Va le rejoindre, je vais chercher notre Seigneur. »

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La première réaction de Rune en contemplant les débris de son ex-porte d'entrée fut de calculer combien les réparations allaient coûter. Son esprit rationnel fonctionnant à plein régime, il se demanda ensuite par quel miracle les morceaux de bois s'étaient arrêtés à quelques centimètres de son visage avant de retomber par terre, lui épargnant le destin funeste de se transformer en porc-épic géant. Ce n'est qu'après qu'il focalisa son attention sur l'intrus qui venait de briser ses espoirs de prendre le repos auquel il aspirait.

Gigantesque et affublé d'un tablier épais et craquelé qui lui recouvrait tout le devant du corps, un marteau d'une taille démesurée à la main et les yeux rougis de fumée, l'indésirable tenait à peine dans l'embrasure de la porte anéantie. Les cheveux en bataille et une grimace peu amène aux lèvres, il s'avança vers Rune et beugla :

« Toi ! C'est la fille de ma femme ! »

La petite poussa un gémissement et s'accrocha à la tunique du Balrog. Inutile d'être exceptionnellement intelligent pour comprendre qu'il avait en face de lui un Héphaïstos en colère qui n'avait pas l'air de vouloir du bien à l'enfant dont il avait la garde.

« Donne-la-moi ! ordonna le dieu en tendant la main.

-Paaa-pa ! » hoqueta la fillette.

Rune la saisit dans ses bras et bondit de son lit quelques secondes avant que le marteau d'Héphaïstos ne s'abatte sur le matelas, faisant s'élever un nuage de plume dans la pièce. Le Norvégien fit une grimace en contemplant le désastre : s'il ne réagissait pas, il pourrait dire adieu à sa chambre toute entière. De toute évidence, il était inutile d'essayer de tenir tête au dieu furieux, à moins de vouloir finir plus aplati qu'une crêpe. Il ne restait plus qu'à fuir, mais où ? D'un côté, le couloir menait à un cul de sac, de l'autre il se dirigeait vers la bibliothèque. Hors de question qu'Héphaïstos s'approche de ses précieux livres à moins de cinq cent mètres. Il ne restait donc qu'une solution : la fenêtre. Il revêtit son Surplis alors qu'Héphaïstos poussait un rugissement :

« Tu vas payer pour avoir posé la main sur ma femme ! »

Allons bon. Il aurait dû apprendre à la petite de ne pas l'appeler paaa-pa devant tout le monde. Le Balrog s'élança au travers de la vitre pour éviter un nouveau lancer de marteau, qui acheva d'émietter la fenêtre. Il se rua vers les jardins d'Hadès en espérant que leur Seigneur s'y trouvait et qu'il réussirait à stopper le dieu, de préférence avant d'être réduit en bouillie.

Mais malgré son imposante stature et son air balourd, Héphaïstos se mouvait avec rapidité et précision. Rune serra les dents en entendant le dieu se rapprocher de lui. Sa malchance le poursuivait, il n'y avait pas d'autre explication. (1) Avec un cri, il se sentit soudain partir en arrière et parvint à amortir sa chute de justesse. Un rictus malsain aux lèvres, Héphaïstos tenait les longs cheveux clairs du Balrog dans une de ses mains et tira dessus d'un coup sec pour traîner le procureur jusqu'à ses pieds. Le Norvégien tenta de se rattraper à l'aide de son fouet, mais la poigne du dieu était trop forte pour qu'il puisse y résister.

« On peut dire que tu me fais courir ! maugréa Héphaïstos. Tu pensais pouvoir m'échapper ? Sache qu'on n'échappe pas à un dieu. A présent, donne-moi la fille !

-Elle ne vous a rien fait, tenta le Balrog en resserrant sa prise sur l'enfant tremblant contre lui. Votre colère est injustifiée !

-Injustifiée ? gronda Héphaïstos. Ma femme me hait, mais je ne laisserai certainement pas un simple mortel m'humilier plus encore !

-Je suis un Spectre au service du Seigneur Hadès, je n'avais encore jamais rencontré Aphrodite jusqu'à ce qu'elle vienne aux Enfers ! riposta le Norvégien. J'ai trouvé cet enfant par hasard et…

-Mensonges ! Tu me prends aussi pour un simple d'esprit pour espérer que de tels boniments marchent avec moi ? » rugit le dieu.

D'un geste brusque, il saisit Rune par le cou, lui faisant lâcher le bébé qui tomba au sol en criant. Le Balrog, à moitié étouffé, s'agrippa à la main ferme qui le maintenait en l'air, dans un réflexe stupide pour inspirer plus d'air. Héphaïstos esquissa un sourire qui ne présageait rien de bon et fit enfler son cosmos digne d'une lave en fusion. Le jeune homme poussa un cri étranglé en sentant la morsure sur sa peau et tenta de se débattre, une affreuse odeur de chair brûlée lui montant aux narines.

« Vas-tu m'implorer ? demanda le dieu forgeron en plissant les yeux.

-Mi… nos, hoqueta Rune, des étoiles apparaissant dans son champ de vision.

-C'est ton nom ? Bien, je le dirais à Hadès. »

Le Balrog perdit connaissance au moment où quelqu'un arrivait en courant, hurlant son prénom à plein poumons.

*On se demande bien d'où peut venir ce prénom… XD

(1) Vous allez me dire : si, une auteure sadique, pas vrai ? x)