Bonsoir ! :D Hé non, vous ne rêvez pas, voilà la suite après une longue attente, je m'en excuse sincèrement. D'immenses regrets aussi de ne pas avoir trouvé le temps de finir le chapitre suivant de Mafia Blue, il est en route et bien au chaud, et sera servi dès le début des vacances, promis !
Merci à Camhyoga pour être toujours là pour moi, ainsi qu'Alexis et Morgane. Merci aussi à tous ceux qui me laissent des reviews auxquelles j'essaye de répondre et qui me touchent énormément. Enjoy !
7 – Confrontation
Héphaïstos lâcha le corps du Balrog, qui s'affaissa au sol comme une marionnette désarticulée. Minos se jeta sur son amant et le prit dans ses bras en le secouant :
« Rune ! Rune, je t'en prie, réponds-moi ! »
Avec un gémissement étouffé, il frôla le cou du jeune homme, qui n'était plus que chair à vif et sanguinolente. Répétant le prénom de son procureur, il caressa doucement ses cheveux, la voix tremblante. Il sentit soudain une présence à ses côtés et avisa la petite qui tirait sur la manche de Rune en l'appelant :
« Paaa-pa ? Paaa-pa ! »
Le Griffon sentit le désarroi de l'enfant, qui le regarda sans comprendre pourquoi le Balrog ne la prenait pas dans ses bras. Le cœur serré, Minos déglutit. Une voix caverneuse s'éleva soudain :
« Qui es-tu ? »
Sentant la fureur le gagner, le Norvégien se redressa, serrant toujours Rune contre lui, et toisa le dieu qui lui faisait face, avec toute la morgue dont il était capable en cet instant. Lorsqu'il était roi de Crête, il n'avait pas hésité à défier Poséidon, pour satisfaire son propre orgueil. A présent qu'il était Juge, il se dresserait contre Héphaïstos, pour son amant.
« Je suis Minos du Griffon, Juge des Enfers, cingla le Norvégien en ne cherchant pas à réprimer sa colère.
-Ah, c'est donc toi qu'il a appelé » commenta le dieu forgeron.
Cela fit au Norvégien l'effet d'une douche froide. Rune l'avait appelé… à l'aide ? Et il n'avait même pas pu le protéger ? Les mains tremblantes de colère, il déposa précautionneusement son procureur par terre, que la petite escalada avec agilité pour une raison connue d'elle seule. Il s'apprêtait à se jeter sur le dieu lorsque quelqu'un le ceintura violemment avec un cri :
« Minos, non ! »
Eaque. Le Griffon se débattit avec hargne et s'écria :
« Laisse-moi ! Tu n'as pas vu ce qu'il a fait à Rune !
-C'est à notre Seigneur d'intervenir, pas à toi ! rétorqua le Népalais en resserrant sa prise. Ne donne pas de raison à Héphaïstos de t'en vouloir à toi aussi !
-Mais Rune n'avait rien fait ! rugit le Norvégien. Il a juste permis à ce bébé d'avoir de l'affection, parce qu'Aphrodite n'a pas voulu s'en occuper après avoir convolé on ne sait pas où !
-Je sais tout ça, souffla le Garuda. Je sais. Je suis désolé.
-Comment ça parce qu'Aphrodite n'a pas voulu s'en occuper après avoir convolé on ne sait pas où ? fit soudain Héphaïstos avec un ton grave.
-Parce que c'est la stricte vérité et que tu es le seul à ne pas t'en rendre compte ! » siffla une voix furieuse.
Tous se tournèrent vers les nouveaux venus : Hadès, escorté par Rhadamanthe, Kagaho, Sylphide et Valentine, avançait à grands pas, le visage crispé de rage. Il fallait dire qu'être dérangé en pleine sieste à Elysion à cause d'un neveu qui avait décidé de démolir son palais et un de ses Spectres n'était pas un excellent moyen de commencer un après-midi.
« Tu ne pouvais pas avoir le bon sens de venir me parler d'abord, au lieu de t'acharner sur un de mes hommes ? poursuivit Hadès. Comment as-tu appris l'existence de ce bébé, qui, soit dit en passant, est sous ma protection ?
-Hermès, marmonna Héphaïstos.
-J'aurais dû m'en douter. Et peut-on savoir d'où ce cher Hermès tient cette information ? »
Le dieu forgeron resta silencieux. Hadès poussa un sifflement agacé puis se tourna vers les deux Juges :
« Je pars régler ça. Minos, tu resteras au chevet de Rune. »
Puis, sans attendre la réponse, les deux divinités disparurent. Eaque relâcha son emprise sur Minos, qui se dégagea d'un coup d'épaule furieux et retourna près de son amant. La petite s'était assise sur son ventre et le regardait avec perplexité. Lorsqu'elle vit le Griffon près d'elle, elle se tourna vers lui :
« Paaa-pa… Mal ? dit-elle en désignant le Balrog.
-Oui, papa a mal, répondit Minos en arrangeant une mèche de cheveux sur le front du procureur. On va s'occuper de lui.
-Aider paaa-pa ? s'enquit la fillette en se redressant. Câlin paaa-pa ?
-Oui, il te fera un câlin dès qu'il sera réveillé, sourit le Juge.
-Quand ? demanda-t-elle avec une mine boudeuse.
-Elle a pris tes mauvaises habitudes, commenta Eaque qui s'était rapproché.
-Aide-moi au lieu de dire n'importe quoi » rétorqua Minos sèchement.
Le Népalais obtempéra sans un mot et pris la petite dans ses bras tandis que son collègue se chargeait de Rune. Mais soudain, un éclair lumineux apparut près d'eux, qui se scinda en forme de triangle pour laisser passer deux silhouettes : Kanon et…
« Grand Pope ? s'étonna le Garuda.
-Bonjour, salua l'Atlante. Kanon m'a prévenu qu'il y avait besoin d'un guérisseur. »
Minos jeta un regard en coin à Rhadamanthe, qui esquissa un sourire fugace. Le Griffon lui fit un signe de la tête reconnaissant et se retourna vers Shion :
« Vous pouvez faire quelque chose pour Rune ? »
Le Pope tapota la sacoche qu'il portait à l'épaule et répondit :
« J'ai là tout ce qu'il faut. Amenons-le dans un endroit où il pourra se reposer. Qui est-ce ? ajouta-t-il en désignant la fillette.
-Une longue histoire, soupira le Norvégien. Suivez-moi. »
Le Népalais emboîta le pas à son collègue tandis que Shion les suivait sans un mot. Ils se rendirent directement aux appartements du Griffon, où ils installèrent Rune, toujours inconscient. Inquiet, Minos se rapprocha de Shion. L'Atlante déposa son sac près du Balrog et se pencha pour examiner la brûlure infligée par Héphaïstos.
« Quoi ? siffla-t-il en avisant la grimace du Pope. Qu'est-ce qui se passe ?
-La blessure est propre, mais les tissus ont été bien amochés.
-Il va s'en sortir ? blêmit le Norvégien.
-Je n'en doute pas un seul instant, déclara Shion. Un Spectre moins puissant que lui y serait sans doute passé. Il ne lui restera qu'une cicatrice. »
Minos poussa un soupir rassuré, un poids quittant sa poitrine d'un seul coup. La fillette grimpa sur le lit et s'assit à côté du Balrog, regardant l'Atlante déposer une sorte de cataplasme sur la plaie puis la bander soigneusement. Le Griffon se retourna et vit qu'Eaque était parti. Il fit une moue agacée : il aurait des excuses à présenter à son ami.
« Pourquoi êtes-vous venu ? demanda-t-il brusquement. Il y a deux cents ans, vous vous êtes battus tous les deux, et je sais qu'il vous a blessé lorsque vous étiez adolescent. Alors pourquoi est-ce que vous le sauvez, maintenant ? »
Shion termina de poser le bandage puis se redressa, pensif.
« C'est assez étrange, commença-t-il à voix basse. Mais j'ai toujours eu l'impression de lui devoir quelque chose.
-Comment ça ?
-J'imagine que sans son intervention, je ne serais pas devenu celui que je suis. Je lui devais bien ça. Il lui faut du repos, il a l'air exténué. Je repasserai demain pour changer le cataplasme. »
Shion quitta la pièce sans plus un mot, laissant Minos et la petite seuls pour veiller sur le procureur.
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Il avait la désagréable sensation d'avoir été passé sous un rouleau compresseur après avoir été réduit en charpie. A moins que ce fut l'inverse. En tout cas, c'est avec un mal de crâne abominable qu'il se réveilla et avec l'impression d'avaler des aiguilles à chaque inspiration qu'il prenait. La bouche pâteuse, il ouvrit les yeux. Il reconnut aussitôt les lourds rideaux de la chambre du Griffon et balbutia :
« Minos ?
-Paaa-pa ! fut le cri de joie qui lui répondit. Paaa-pa mieux ! »
Rune cligna des paupières et tenta de se soulever, mais sa tête se mit à tourner comme une toupie trafiquée et il renonça.
« Reste allongé, tu es assez salement amoché, fit doucement la voix de son compatriote. Comment tu te sens ? »
Le procureur sentit la main fraiche de son amant lui caresser la joue. Mais avant qu'il puisse répondre, la fillette grimpa sur son ventre et réclama :
« Câlin ! »
Rune esquissa un sourire fatigué et écarta un bras. Elle s'y réfugia en se roulant en boule contre lui, un pouce dans la bouche. Elle s'endormit presque aussitôt, sous le regard attendri des deux Norvégiens.
« Elle est restée allongée près de toi tout le temps que tu étais inconscient, reprit Minos. Elle a eu très peur… Et moi aussi. »
Le Balrog reporta son attention sur le Juge : il avait les traits tirés et l'inquiétude se lisait encore sur son visage. Il saisit la main du Griffon dans la sienne et murmura :
« Merci.
-Je m'en veux tellement, soupira Minos.
-A propos de quoi ? s'étonna le procureur.
-Je sais que tu m'as appelé. Héphaïstos me l'a dit. Tu m'as appelé et je n'étais pas là ! » s'exclama-t-il avec colère, les poings crispés.
Rune ne broncha pas, restant silencieux. Il observa un moment son amant, puis finit par souffler :
« Si je t'ai appelé, ce n'était pas pour réclamer ton aide. »
Minos releva la tête, surpris. Il fronça les sourcils puis demanda :
« Pourquoi alors ?
-Pour te revoir. Uniquement pour te revoir. Depuis que je suis Spectre, je n'ai jamais demandé à personne de me protéger, et je ne te le demanderai jamais. Si j'avais dû mourir des mains d'Héphaïstos, je serai mort et c'est tout.
-Ne dis pas des choses pareilles ! protesta le Griffon. Je ne suis plus rien sans toi, moi ! Si jamais tu devais disparaître, je…
-Ne fais aucune promesse que tu ne pourras pas tenir, Minos, l'interrompit doucement Rune. Un simple Spectre peut être remplacé, pas un Juge. »
Minos se mordit les lèvres, un air déchiré au visage. Avec un geste tendre, le Balrog l'amena contre lui et le serra aussi fort qu'il le put. Le Griffon cala sa tête sur la poitrine de son amant, là où il pouvait entendre les battements de son cœur.
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« Arrête de bouger ! ordonna sèchement Shion.
-Mais tu m'arraches la peau ! riposta Rune. Avoue que tu es venu uniquement pour te venger ! »
L'Atlante plissa les yeux et rétorqua :
« Si j'avais réellement voulu me venger, j'aurais fait en sorte que tu ne guérisses jamais. Maintenant tiens-toi tranquille ! »
Des dizaines de réparties dans la bouche, le Balrog se tint coi et grimaça lorsque son docteur attitré lui retira le cataplasme. Assise près de lui, la petite fille regardait faire le Pope avec intérêt, les yeux grands ouverts et la bouche en forme de « o ».
« Paaa-pa mieux ? » demanda-t-elle.
Cela faisait presque une semaine que Shion venait s'occuper de la brûlure de Rune. La peau du Norvégien se remettait, et la médecine atlante avait fait des miracles : boostées par le cosmos du Pope, les plantes qui garnissaient le cataplasme avaient réparé la chair meurtrie en un temps record. Seule une grosse boursouflure restait de l'affrontement entre le Balrog et Héphaïstos.
« Oui, ton papa va mieux, répondit Shion en souriant à l'enfant. Tu es une excellente garde-malade. »
La petite eut un sourire rayonnant et gazouilla gaiement. Rune poussa un soupir et se rassit sur le lit en approchant sa main de sa blessure.
« Ne touche pas, le rabroua l'Atlante. Ça va diminuer petit à petit, mais tu garderas une belle cicatrice.
-Je sais. »
La fillette grimpa sur ses genoux et dévisagea son cou, un air curieux et pensif au visage. Brusquement, elle posa ses mains sur la peau meurtrie et appuya dessus, faisant sursauter le Balrog. Mais avant qu'il puisse réagir, une étrange lueur bleutée apparut autour des doigts de la petite, se propageant ensuite aux plaies qui se résorbèrent à son contact. Lorsque plus une trace ne subsista sur la peau du procureur, elle retira ses mains et déclara :
« Papa pas cicatrice. Papa beau. »
Rune et Shion se dévisagèrent, stupéfaits. La fillette se redressa et colla un baiser sonore sur la joue du Balrog puis sautilla par terre comme si rien ne s'était passé.
