Hello =) Arrivée spécialement en avance pour vous poster cet avant dernier chapitre de Ballade à la Lune (hem, disons plutôt merci à la SNCF d'avoir modifié ses horaires de train...^^'), voilà donc la suite.

Merci à Camhyoga pour sa correction ainsi qu'à tous mes reviewers ! J'en profite pour vous prévenir que a décidé de m'enquiquiner et que je ne reçois plus les alertes mail lorsqu'une review m'est laissée donc je risque de ne pas vous répondre de suite... Enjoy !


8 – Ariane

« Donc si je récapitule, j'ai fait en sorte que tu puisses garder cette enfant aux Enfers sans être menacé de mort par Héphaïstos et à présent tu m'annonces qu'elle a des pouvoirs divins, j'ai tout juste ? » grommela Hadès.

Rune jeta un coup d'œil à Minos, qui lui adressa un sourire réconfortant. Après tout, ce n'était pas prévu que leur Seigneur obtienne la garde de la petite au nom du Balrog. Le jeune homme hocha la tête sans dire un mot, préférant attendre la suite des évènements. Le dieu des Enfers poussa un soupir et reprit :

« Je suppose que tu dois t'en douter, mais cette nouvelle change tout. Si elle avait été une enfant sans don, tu aurais pu la garder, mais gérer une demi-déesse en pleine croissance… c'est impossible. Même pour un dieu ce n'est pas évident, tu n'as qu'à voir l'éducation de certains membres de ma… famille. »

Minos toussota dans une tentative de faire passer son ricanement inaperçu. Hadès eut un sourire fugace avant d'ajouter :

« Elle restera avec toi le temps que quelque chose se décide. Je suis désolé, Rune. Vous pouvez y aller. »

Les deux Norvégiens saluèrent brièvement leur Seigneur et quittèrent la pièce silencieusement. Ils savaient tous deux qu'Hadès n'appréciait pas spécialement les étalages de sentiments quels qu'ils soient, surtout quand ils venaient de lui. A peine sortis, Minos attrapa la main de son amant et le tira jusqu'à lui pour l'enlacer fermement. Rune se cala contre le torse puissant du Griffon et ferma les yeux avec reconnaissance, laissant la chaleur de son supérieur le traverser. Il l'avait pressenti, il savait que ce jour arriverait…

« Tu m'en veux ? demanda doucement Minos.

-Oui… et non, souffla le Balrog, la voix rendue sourde par la chemise de son amant. Je pense que tu avais raison.

-A propos de quoi ?

-De la petite. Je pense que c'était bien de l'avoir avec moi, malgré tout. »

Minos serra un peu plus le jeune homme contre lui et lui embrassa les cheveux avec toute la tendresse dont il était capable.

« A ton avis, il nous reste combien de temps ? murmura le procureur.

-Quelques jours, sans doute. Pourquoi ?

-J'aimerais que la petite ait quelque chose… Mais c'est peut-être déplacé, s'interrompit-il soudain, pensif.

-Tu veux dire quelque chose pour qu'elle se souvienne de toi ? » tenta le Griffon.

Au vu du silence qui suivit sa question, le Juge sut qu'il avait visé juste. Minos esquissa un sourire attendri et répondit :

« Ce n'est pas du tout déplacé, au contraire. Tu veux qu'on aille faire un tour à Athènes avec elle ? Ca lui fera un autre souvenir. »

Rune hocha la tête. Oui, une sortie à Athènes ne pourrait que leur faire du bien.

« Papa, ça quoi ? » demanda la petite, les yeux écarquillés, pointant du doigt un manège.

Une fête foraine. Il avait fallu qu'il y ait une fête foraine. Pour un peu, le Balrog jurerait que Minos le savait parfaitement en proposant cette petite excursion en famille. Sans la triste perspective de ne bientôt plus pouvoir profiter de sa fille, Rune serait aussitôt reparti direction la bibliothèque. Mais le regard brillant de l'enfant l'en avait dissuadé : depuis qu'elle avait vu des groupes d'enfants rire et s'amuser près des stands, elle agrippait sa main en gazouillant avec envie.

« C'est un manège, expliqua Rune, différentes lois de pesanteur lui traversant l'esprit –malheureusement, Newton n'était pas très approprié pour expliquer à un gosse comment fonctionnait une tasse géante qui tournait en rond sur un socle. Tu as envie d'essayer ? ajouta-t-il.

-Oui, avec papa ! s'extasia-t-elle.

-J'ai le droit de venir aussi ? » demanda malicieusement Minos.

La petite eut une mine pensive, puis eut un sourire éclatant :

« Oui, manège avec papa et maman ! »

Le procureur eut un rire silencieux en avisant le visage éberlué de son amant. Mais avant que le Griffon n'ait pu protester à propos de son nouveau statut, il l'entraîna vers le manège, retenant de l'autre main une boule de nerf sautillante. Le summum de la joie de l'enfant fut atteint lorsque le vendeur de tickets lui offrit une sucette. Ils s'installèrent dans la fameuse tasse, blottis les uns contre les autres. Finalement, la vie de famille n'était pas totalement désagréable…

Trois tours de tasse plus tard et après être passé devant tous les stands de la fête, ils se dirigèrent lentement vers le parc où la petite avait appelé Rune « papa » pour la première fois. Dire que cela ne faisait que plusieurs jours. Etonnant comme le sang divin qui coulait en elle accélérait sa croissance. Personne ne pourrait penser qu'elle avait débarqué aux Enfers enrubannée dans ses langes alors qu'à présent elle sautillait comme un puceron quelques mètres devant eux.

« Tout de même, m'appeler maman, maugréa soudain Minos. Je rêve.

-C'est logique, rétorqua Rune avec un haussement d'épaules. Si elle me considère comme son père, alors selon elle tu es sa mère.

-Mais c'est dégradant ! protesta le Griffon.

-Merci de t'en rendre compte. Je n'ai pas spécialement apprécié d'avoir été surnommé LaNorvégienne, répliqua le Balrog en plissant les yeux.

-Si elle m'avait dit papa, à la rigueur, continua le Juge. Mais maman !

-Si pas maman, alors qui ? » les interrompit soudain une petite voix décontenancée.

La fillette se tenait devant eux, les regardant tour à tour avec incompréhension. Minos se mordit les lèvres, réalisant qu'il venait d'ajouter une autre bourde à sa liste déjà longue pour cette réincarnation. Rune s'accroupit face à elle et poussa un soupir, ne sachant pas par où commencer.

« Maman pas maman ? demanda la petite avec hésitation.

-Non, répondit doucement le jeune homme. Minos n'est pas ta maman.

-Qui maman ? Où ?

-Ta maman va venir te chercher, bientôt. Elle va prendre soin de toi.

-Mais papa rester avec moi ? fit-elle, un air soudain effrayé au visage.

-Non, souffla Rune en baissant les yeux. Je ne viendrais pas avec toi.

-Pourquoi ? sanglota-t-elle en secouant la tête. Fait bêtise ? Papa m'aime plus ? »

Sa voix avait tremblé à ces derniers mots. Le procureur sentit sa poitrine se serrer et attira l'enfant contre lui, réservant à sa chemise le funeste destin de servir de mouchoir. Mais il s'en moquait, il s'en moquait tellement à présent. Seul comptait d'essayer de consoler la petite, sa petite.

« Ne pense jamais que je ne t'aime pas, chuchota-t-il. Jamais.

-Alors viens ! supplia-t-elle en reniflant. Je veux papa !

-Ce n'est pas possible, parce que… parce que je ne suis pas ton vrai papa. »

La fillette s'écarta de lui brusquement, les yeux écarquillés, perdue. Rune reprit, toujours d'une voix qu'il espérait douce :

« Ta maman et ton papa ne pouvaient pas te garder avec eux, alors ils t'ont amenée chez nous et c'est comme ça que je me suis occupé de toi. Mais maintenant, ta maman peut prendre soin de toi et elle va venir te chercher pour que tu vives avec elle. Tu comprends ?

-Je veux pas maman et papa, je veux toi ! cria-t-elle avant d'enfouir son visage dans ses mains en hoquetant. C'est toi mon papa ! »

Le Balrog se rapprocha d'elle et lui caressa lentement les cheveux, avant de murmurer :

« Et toi tu seras la seule enfant que j'aurai jamais eu. Je suis désolé » ajouta-t-il d'une voix cassée.

Resté à l'écart, Minos regarda son amant et la petite se prendre dans les bras, l'une en pleurs et l'autre totalement bouleversé. Mais soudain, un cosmos vibrant le fit sursauter. Rune croisa les yeux de son supérieur et comprit qu'il ne s'agissait pas de son imagination.

« Je crois que ta maman est là » annonça le procureur à la petite.

Celle-ci hocha la tête avec résignation mais resta obstinément accrochée au cou du jeune homme, qui la souleva sans broncher pour la porter. Leur retour aux Enfers fut silencieux et sans joie. Kagaho, qui les attendait, s'avança vers eux et déclara :

« Tout le monde est dans la salle d'apparat.

-Tout le monde ? répéta le Griffon avec une grimace éloquente.

-Délégation officielle, expliqua succinctement le Bénou en jetant un coup d'œil à Rune. Ça ne t'aidera surement pas mais je sais ce que tu ressens » conclut-il avant de tourner les talons.

Les deux Norvégiens suivirent leur camarade jusque dans l'immense pièce, où les Spectres s'étaient de nouveau réunis pour accueillir Aphrodite et ses suivantes, en espérant ne pas avoir à les supporter aussi longtemps que précédemment. A leur entrée, le brouhaha ambiant s'estompa aussitôt et l'attention de tous fut focalisée sur eux. Après un rapide signe de la tête, Kagaho s'écarta et se fondit dans la masse, laissant les deux amants s'avancer jusque vers les divinités qui les fixaient avec intensité. Si Hadès avait un regard sombre, Aphrodite, elle, arborait un sourire étrange. Rune repensa à l'expression jalouse qu'elle avait eue lorsque la petite l'avait préféré rester avec lui et se rembrunit un peu plus : se voir finalement confier l'enfant serait une parfaite revanche pour la déesse. Surtout que malgré lui, le jeune homme commençait à penser qu'elle avait abandonné sa fille uniquement pour se tirer d'affaire, sans penser un seul instant au devenir de son bébé. Après tout, rien dans l'Histoire n'avait démenti que les dieux pensaient à eux-mêmes avant toute autre chose. Plongé dans ses pensées, c'est avec automatisme qu'il s'inclina face aux deux divinités une fois parvenu devant eux.

« Je suis heureuse de te revoir, Spectre du Balrog, fit Aphrodite en s'avançant vers lui. Tu veux bien m'amener ma fille, que je puisse la tenir dans mes bras ? »

Minos sentit son amant se raidir imperceptiblement, avant de faire un pas en direction de la déesse pour lui tendre l'enfant à regret. La petite se laissa faire sans un mot, les yeux baissés. Satisfaite, Aphrodite se détourna du procureur et déclara :

« Maintenant que tout est rentré dans l'ordre, je n'ai plus rien à faire ici. Merci d'avoir révisé ta décision, mon oncle.

-Je ne l'ai certainement pas fait pour toi, rétorqua sèchement Hadès. Et cesse ton hypocrisie, elle m'étouffe. »

La déesse haussa les épaules et fit signe à ses suivantes de se préparer. Mais soudain, un cri retentit :

« Arrêtez ! »

Aphrodite se retourna, surprise de l'ordre qui venait de lui être donné. Le Griffon, furieux, s'était avancé d'un pas.

« Minos…, tenta le Balrog, inquiet de l'éclat qui venait de s'allumer dans le regard de son amant. Ne fais pas ça.

-Non, Rune, refusa le Juge. Qu'Aphrodite entende ce que j'ai à dire, si notre Seigneur est d'accord.

-Tu as toute notre attention » répondit Hadès avec un léger sourire.

La déesse fit une moue ennuyée puis soupira :

« Très bien, je t'écoute Juge Minos.

-Vous ne partirez pas d'ici comme ça, déclara le Griffon. Pas sans expliquer à votre fille pourquoi elle doit se séparer de la seule personne qui ait pris le temps de s'occuper d'elle et de l'aimer comme elle le méritait. Pas sans une excuse ou un remerciement auprès de Rune qui est obligé de la laisser partir alors qu'il s'est attaché à elle.

-Pourquoi ferais-je une chose pareille ? demanda Aphrodite en haussant un sourcil.

-Parce que c'est injuste de manipuler impunément les sentiments qu'ils éprouvent, rétorqua Minos. Vous leur devez au moins ça. »

Un silence de mort s'abattit sur l'assemblée. Tous les Spectres savaient que Minos méritait amplement sa réputation de ''fouteur de merde et fier de l'être'', mais personne n'aurait songé que sa folie allait jusque là. Quoique, après avoir défié Poséidon à cause d'un taureau…

« Soit, répondit finalement la déesse. J'accorde à chacun d'eux ce qu'ils souhaitent en cet instant précis. Rune du Balrog, tu voudrais offrir quelque chose à mon enfant pour qu'elle ne t'oublie pas : je te permets de lui donner un nom. Sache qu'il restera gravé dans l'Histoire que tu chéris tant. Quant à ma fille, elle désire que tu la tiennes une dernière fois dans tes bras. »

A peine avait-elle posé le pied sur le sol que la petite se jeta dans les bras de Rune, qui la serra contre lui.

« A revoir papa, souffla-t-elle en enfouissant son nez dans sa chemise.

-Au revoir…, répondit le Balrog en lui caressant les cheveux. Ariane. »

L'enfant redressa la tête et esquissa un petit sourire avant de disparaître. La délégation d'Aphrodite s'envola sans un mot, laissant les Spectres seuls dans la grande salle. La gorge nouée, Rune baissa les bras, les mâchoires serrées. Minos le rejoignit sans un mot et l'attira contre lui, faisant peu cas d'être entouré par toute l'armée des Enfers.

« Merci de m'avoir permis de lui dire au revoir, murmura le procureur.

-Pleure si tu en as besoin » fit le Griffon en retour.

Un murmure étonné parcourut l'assemblée lorsque le Balrog lâcha un sanglot. Murmure vite réprimé par un cosmos hostile et une voix sèche :

« Dehors. Et si j'entends un seul commentaire, je vous crucifie tous » gronda Kagaho.

Tous obéirent avec empressement, laissant les deux Norvégiens seuls.