Et voilà, promesse tenue : le dernier chapitre avant Noël ! :D
Je tiens à remercier énormément Camhyoga pour avoir servi de relectrice/correctrice de choc pour toute cette aventure. Ensuite ma Zum', j'espère que cette histoire t'aura plu ! ;) Merci aussi à Goul pour ses bonnes idées et d'avoir accepté le rôle de seconde muse. Enfin merci à : Newgaïa, Baella, manganiark, Hemere, Pisces-Arkady, mina, Talim76, titi et Kirinkai pour toutes leurs reviews, de même qu'aux éventuels anonymes, qui ont suivi cette histoire.
J'espère que vous apprécierez ce dernier chapitre ; joyeux noël aussi en avance et à très bientôt j'espère ! Enjoy !
09 – Ballade
« Accrochez ça ici, ordonna Minos. Et les guirlandes rouges vont dans la salle commune, pas dans les couloirs ! Où sont les bougies ? Du nerf bon sang ! »
Affairés en tous sens, les Spectres obéissaient au Griffon en courant. Noël approchait à grands pas et tous participaient à la décoration du Palais. Les sapins trônaient à chaque intersection de couloirs, les papillons de Myu traversaient les salles éclairées en lançant des chatoiements multicolores sur les murs et la bonne humeur s'était installée. Oui, tout était pour le mieux.
Minos se désintéressa brièvement de l'avancement des préparatifs et tâtonna sa poche. Les billets étaient bien là. Il espérait que repartir quelques jours en Norvège, loin de l'agitation infernale des Enfers, rendrait au moins temporairement le sourire à son amant. Le Griffon réprima un soupir et abandonna les Spectres sous ses ordres pour rejoindre le tribunal, où Rune devait certainement se trouver. Plusieurs semaines s'étaient écoulées depuis le départ de la petite. Le Balrog s'y était fait et avait repris le travail avec encore plus d'acharnement qu'auparavant, ce qui inquiétait Minos. C'était peut-être le seul moyen que le jeune homme avait trouvé pour oublier, mais de vraies vacances seraient les bienvenues.
Il pénétra dans le tribunal et avisa son amant installé au bureau, grattant le papier avec application. Il redressa la tête en sentant le cosmos du Griffon et posa sa plume.
« Depuis combien de temps est-ce que tu es ici ? demanda Minos.
-J'avais des dossiers à finir, répondit le procureur en désignant une pile du menton. Ça m'a pris plus de temps que prévu.
-Evidemment, grinça le Juge. Allez, viens avec moi.
-Où ça ?
-Dans ta chambre. »
Avec le temps, Rune avait appris à ne plus se sentir gêné par les propositions pas toujours très délicates du Griffon. Il accepta la main tendue de Minos et le suivit parmi le dédale de couloirs du Palais. A peine arrivés chez le Balrog, le Juge poussa le verrou avec une lueur étrange dans les yeux qui fit frémir Rune. Quelle idée avait donc eu son amant pour avoir un tel regard ?
« Rune… J'aimerais bien connaître le poème que tu lisais à Ariane le soir » souffla le Griffon.
Le jeune homme écarquilla les yeux avec surprise et demanda, un peu perdu :
« Mais… tu ne voulais pas… ?
-Et après on dit que c'est moi l'obsédé, se moqua le Griffon tandis que cette fois-ci son amant piquait un fard. Non, j'avais juste envie de te sortir de toute cette paperasse et de passer du temps avec toi. Alors, tu veux bien ? »
Le procureur acquiesça et alla prendre un livre dans sa bibliothèque, avant de rejoindre Minos qui s'était allongé sur son lit. Il se cala dans les bras du Juge et ouvrit le recueil directement à la bonne page. Le Griffon posa sa joue sur les cheveux du jeune homme et ferma les yeux pour ne se concentrer que sur la voix douce et profonde de son amant.
C'était, dans la nuit brune
Sur le clocher jauni
La Lune, la Lune
Comme un point sur un « i »
Lune, quel esprit sombre
Promène au bout d'un fil
Dans l'ombre, dans l'ombre
Ta face et ton profil ?
Minos n'aurait pas imaginé qu'il était si agréable d'écouter Rune lire un poème. Comme si son amant savait exactement quelle intonation prendre, comme s'il avait tracé lui-même ces mots sur le papier, comme s'il les vivait en lisant. C'était vrai que son procureur avait été bibliothécaire à sa dernière réincarnation… Peut-être que cela venait de là ?
Et qu'il vente ou qu'il neige
Moi-même, chaque soir,
Que fais-je, que fais-je,
Venant ici m'asseoir ?
Je viens voir à la brune,
Sur le clocher jauni,
La Lune, la Lune,
Comme un point sur un « i ».
Plongé dans ses pensées, Minos n'avait pas suivi la suite du poème et ne se rendit compte qu'il était fini que lorsque son amant se tut. Il rouvrit les yeux et murmura :
« Merci. C'est très beau. Je peux te poser une question ? ajouta-t-il.
-Bien sûr.
-Pourquoi l'as-tu appelée Ariane ? »
Il sentit Rune se raidir contre lui. Il s'était longuement demandé ce qui avait pu pousser le Balrog à choisir ce prénom et était curieux de connaître l'explication de son amant.
« Pour qu'elle ait aussi un souvenir de toi, finit par avouer le procureur. Que l'Histoire ne se souvienne pas que de celle qui aida Thésée. Est-ce que… ça t'ennuie ?
-Pas du tout. Je suis honoré que tu ais pensé au prénom de ma fille, sourit Minos.
-J'espère qu'elle va bien, souffla le Balrog.
-J'en suis sûr. Elle a bien réussi à te dompter, alors Aphrodite… »
Rune frappa l'épaule du Griffon qui éclata de rire.
« Susceptible avec ça ?
-Très.
-Dans ce cas il va falloir que je me fasse pardonner… »
Minos renversa son amant et l'empêcha de protester en l'embrassant langoureusement. Il sentit Rune frissonner sous lui et passer ses bras autour de son cou pour mieux l'attirer contre lui. Le Griffon quitta les lèvres de son procureur pour aller se perdre dans le col de la chemise du jeune homme, tandis qu'il la déboutonnait lentement. Il parcourut le corps clair de son aimé du bout des doigts, amoureusement, arrachant des soupirs de contentement au Balrog. Avec un sourire, tel un violoncelliste, il entreprit de faire frémir la moindre parcelle de peau de son amant, avec ses mains, avec son souffle, avec sa bouche. Un bref instant, il jeta un coup d'œil au jeune homme, et la vision qu'il eut le troubla plus qu'il ne l'aurait cru : tête renversée en arrière et totalement abandonné aux mains expertes du Griffon, Rune était un véritable appel à la luxure. Et dire que celui qu'il surnommait son lutin des bois n'était qu'à lui…
« Minos… souffla soudain le jeune homme. Jure-moi… que tu ne me quitteras pas…
-Jamais ! répondit le Griffon en embrassant le coin de ses paupières. Jamais, je te le jure sur ma vie.
-Tu sais, reprit Rune en rouvrant les yeux. Je viens de réaliser une chose.
-Quoi donc ? demanda le Juge en posant son nez sur celui de son compagnon.
-Je ne t'ai jamais dit que je t'aimais.
-Je le sais déjà, fit Minos. Tu n'as pas besoin de me le dire, je le vois dans tes yeux. »
Rune saisit le visage de son supérieur entre ses mains et l'embrassa avidement, prenant le Griffon par surprise. Alors c'était donc ça qui tourmentait le Balrog depuis le départ d'Ariane ? La crainte que lui aussi se détourne de lui et l'abandonne… ? Le Juge répondit au baiser enfiévré de son amant, bien décidé à lui faire passer cette idée ridicule.
« Laisse-moi t'aimer comme tu le mérites, murmura-t-il lorsque leurs lèvres se descellèrent pour qu'ils puissent reprendre leur souffle.
-Aime moi… » fut la réponse du procureur, quasiment inaudible.
Minos obtempéra, avec un calme et une douceur dont il ne se serait jamais cru capable. Entre ses bras, il avait l'impression que le Balrog était fait de porcelaine, figurine diaphane aux traits fins et parfaits, et qu'il risquait de la briser au moindre faux mouvement. Décidément, Eaque avait raison de dire que sa liaison avec son jeune compatriote le changeait. Le bouleversait même : car si Rune s'était découvert un cœur, lui avait réalisé que le sien n'était pas qu'une pierre lisse que rien ne pouvait entailler. Et dire qu'Aphrodite avait menacé de leur retirer ça… !
Et Minos aima Rune comme il ne l'avait encore jamais fait. Il voulait que le visage de son amant rayonne, à sa manière bien sûr, avec ses légères rougeurs aux joues, ses yeux voilés par le plaisir et ses lèvres entrouvertes en un appel au baiser. Il voulait que le jeune homme ose avec lui ce qu'il n'avait jamais fait auparavant… Soupirs de désir, regards amoureux… Et rire. Le voir heureux, tout simplement.
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« On va être en retard, murmura Rune, à moitié endormi sur son amant.
-Pas envie de me lever, rétorqua Minos. Ils peuvent dîner sans nous.
-C'est le dernier repas avant notre départ en Norvège, tu peux au moins faire cet effort, déclara le Balrog en dardant ses yeux clairs dans ceux de son supérieur.
-J'aurais droit à une récompense si j'obéis ? » fit le Griffon avec un sourire lupin.
Pour toute réponse, le procureur se redressa et récupéra ses vêtements, avant de lâcher, camouflant un sourire :
« Tu verras bien…
-Dire que c'est moi le marionnettiste, soupira le Juge. Est-ce que j'ai au moins l'option de la douche à deux ?
-Minos !
-D'accord, pas de douche à deux pour ce soir… »
Rune leva les yeux au plafond en secouant la tête. Minos resterait toujours Minos, quoi qu'il arrive.
Ils finirent de se préparer et partirent vers la grande salle commune qui servait de réfectoire. Presque tous les Spectres étaient déjà installés, mis à part eux deux ainsi qu'Eaque et Kagaho qui arrivèrent quelques instants plus tard. Et ce soir, Hadès, Hypnos et Thanatos étaient là également. C'était la dernière soirée de l'année où ils seraient tous réunis, car dès le lendemain de nombreux Spectres partaient en vacances jusqu'au nouvel an. Après que les deux Norvégiens aient organisé les premières vacances de l'histoire des Enfers, d'autres avaient demandé la permission à leur Dieu de partir se ressourcer pendant quelques jours, ce qu'Hadès n'avait pas pu refuser.
D'où le festin qui s'étalait devant leurs yeux, fois gras, truffes et champagne étant au menu. Et cette année, le fait n'était pas une nouveauté comme la fois précédente, tous se détendirent réellement et sans avoir besoin d'ingurgiter des quantités d'alcool comme l'avait appris Sylphide à ses dépens –ainsi qu'à ceux de Valentine. Même Pandore, d'ordinaire coincée au possible, avait enfin retiré son balai comme le disait si bien Eaque. De même, de nouvelles affinités apparurent au grand jour et tous découvrirent que oui, Queen avait bien troqué son ours en peluche contre un Minotaure tout en muscles.*
La soirée passa donc relativement vite, et bientôt tous eurent l'estomac plein et le sourire aux lèvres. Enfin, Hadès se leva et déclara :
« Bien, puisque vous serez nombreux à partir demain, je vous souhaite de bonnes vacances et… eh bien, un joyeux Noël, de même qu'une… »
Le Dieu fut soudain interrompu par la porte de la salle, qui s'ouvrit dans un grincement digne d'Halloween. Un bruit de course retentit soudain, faisant naître des regards étonnés. Qui avait donc l'audace d'entrer sans l'autorisation du maître des lieux et de se mettre à courir comme un… enfant ?
Sourcils froncés, Rune se leva : mal lui en prit car quelque chose se jeta sur lui à toute vitesse, le faisant tomber au sol avant de crier à pleins poumons :
« PAPA ! »
Le Balrog dévisagea la petite fille, sa fille, qui le serrait dans ses bras et balbutia :
« Ariane ?
-Ma mère m'a dit que je pouvais venir te voir pour ton anniversaire, alors joyeux anniversaire papa ! » fit la gamine à toute vitesse.
Sous le choc, le procureur ne sut que répondre et regarda l'enfant qui avait encore grandi durant les semaines où ils avaient été séparés. Elle avait à présent de longs cheveux blonds bouclés, de grands yeux verts pétillants et les joues rondes d'une enfant de 7 ans.
« Merci Ariane, finit-il par dire en se redressant. Mais c'est après-demain.
-Dans ce cas, je vais rester jusqu'à après-demain ! décida-t-elle avec une moue qui était l'imitation parfaite de celle de Minos. Dis papa, je peux goûter ça ? » ajouta-t-elle en désignant la bouteille d'alcool qui trônait sur la table.
Rune eut un léger sourire : sa fille resterait la même, quoi qu'il arrive.
« Hors de question, tu es trop jeune.
-Mais papa ! »
L'enfant fit de nouveau la moue avant de demander :
« Si je suis sage, j'aurais droit à une histoire ? »
Oh oui, quoi qu'il arrive.
-The End-
*Petite référence à mes drabbles, je n'ai pas pu résister… ^^
