Et vous, tu m'aimes ?

Victime III : Dokuro Chrome

Chanson associée : Big Bang (Au Pays des Candides)

Bon euh, je commence à avoir l'habitude de jamais rien faire comme je l'annonce donc cette fois c'est pas Hibari ni Goku mais bien Chrome qui passe à la moulinette. Me demandez pas pourquoi, l'inspiration ne se contrôle malheureusement pas. Surtout que c'est pas du tout la chanson que j'avais prévu pour elle à la base. M'enfin, passons.

Je n'ai pas grand-chose à dire là-dessus. C'est court, voire très court et globalement ça ne sert à rien, pour changer. Suffit que j'écrive pas pendant un moment et je deviens complètement rouillée.

Bref, niveau couple, ça donne : one-sided 9669 et M.M.69 M.M.96 et 6918, en fond (et surtout pour placer le putain d'OS sur Hibari si j'arrive enfin à le pondre un jour (ce qui n'est pas gagné)).

Et, comme d'hab, écoutez les Brig' ! Même si je dois avouer que le ton de la chanson ne correspond pas franchement à celui de la fic (ou inversement).

Donc voilà, j'ai à peu près tout dit. J'espère que vous passerez un moment agréable malgré la totale nullité de ce truc. Bonne lecture !

oOo

« Au pays des candides

Au pays des bandits

Son palpitant a fait le Big Bang

Quand il l'a conquise, quand elle a compris

Que son dandy n'était pas un ange

Il a du sang sur les phalanges

Ce n'est pas Suzanne que ça dérange. »

Lisbonne, été 2022. Il fait une chaleur à crever, même sous la tonnelle où Chrome a trouvé refuge. Elle s'évente avec le journal de la veille et sirote sa citronade relevée d'une pointe de vodka amère mais rafraîchissante. Plus loin, planqué entre les buissons qu'il fait semblant de tailler, le jeune jardinier la reluque sans vergogne. Joueuse, elle passe le verre glacé sur sa peau, suivant le tracé de ses seins et pousse un gémissement de volupté. Le pauvre garçon a la respiration sifflante, elle l'entend d'ici et il suit de son regard hypnotisé les gouttes de sueur et d'eau mêlées qui disparaissent dans son genereux decolleté. Elle sourit : les hommes sont tous les mêmes.

Enfin presque.

« T'as pas fini d'exciter tous les mecs qui passent, poufiasse ? »

Paresseusement, Chrome retire ses lunettes de soleil et lève la tête vers la nouvelle venue. En dix ans, M.M. n'a pas vraiment changé. Elle est juste devenue encore plus belle et bien plus mortelle. Un peu comme elle.

« Dit celle qui n'a pas besoin de se baisser pour qu'on voie son cul. Ta jupe a rétréci au lavage, ma grande ? »

Les deux filles se jaugent. L'air se charge d'électricité et Chrome jurerait que la température vient d'augmenter de plusieurs degrés. Elle sent son cœur battre un peu plus vite et humecte ses lèvres sèches. Ne jamais détourner les yeux. Ne jamais laisser d'ouverture. Ne jamais montrer un signe de faiblesse. C'est l'une des premières choses qu'elle a apprise de ce métier. M.M. l'a su bien avant elle. Alors elles attendent, leurs corps sculpturaux tendus à l'extrême, anticipant une attaque qui ne viendra sans doute pas. Sans doute.Deuxième chose : ne jamais faire confiance à personne.

Et, soudain, elles éclatent de rire. M.M. tire une chaise jusqu'à elle et se laisse tomber dessus, croisant ses longues jambes avec classe. Il vaut mieux pour le jardinier : la connaissant, Chrome ne peut que douter qu'elle porte un quelconque sous-vêtement.

« Alors, tu vas te le faire ? » chuchote la rouquine avec un air de conspiratrice qui lui va particulièrement bien.

« Ce nabot ? » rétorque Chrome en haussant un sourcil. « Tu rigoles ? Je suis sure qu'il habite encore chez maman. Je ne fais pas dans le puceau, moi, chérie. »

« Ils ont leur charme, » déclare M.M. en connaisseuse, accompagnant ses paroles d'un petit sourire canaille. Son éternel carré se dandine avec elle alors qu'elle se replonge en gloussant dans des souvenirs certainement très agréables. Chrome lève les yeux au ciel. Malgré ce qu'elles racontent, il n'y qu'un seul homme au monde dont elles désirent obtenir les faveurs.

Leur bandit. Leur dandy magnifique. Celui pour qui elles ont tout abandonné. Du moins, le peu qu'elles possédaient.

Chrome se rappelle sans grande émotion du temps où elles se haïssaient pour ça. Enfin, où M.M. la haïssait pour ça. En dix ans, elles ont laissé tomber leur haine, à peu près au même moment que leurs robes hors de prix.

Chrome aime bien les filles, surtout cette fille-là. Les filles sont douces, même celles qui ont du sang sur les mains. Et rien de mieux que la douceur pour oublier quand ça fait trop mal.

« Sinon, la Suède ? » demande M.M. d'une voix morne. Elle fait tourner les glaçons dans le verre qu'elle vient de se servir. La Suède, elle s'en fout. Evidemment qu'elle s'en fout.

« Chaud, » répond Chrome sans se mouiller. « Les locaux, très. Dehors, beaucoup moins mais ça compense. »

« C'est pas ce que je voulais dire. »

« Je sais. »

Elles se perdent dans leurs pensées. Chrome voit des gens crier grâce, chanter des prières dans une langue qu'elle parle à peine. Elle voit les pleurs d'hommes brisés et, au milieu d'eux, la silhouette élancée du maître des illusions. Elle entend son rire de démon aguicheur, admire, impuissante et conquise, la flamme dangereuse qui danse dans ses yeux fous.

« Il était comment ? » la presse M.M. en se penchant vers elle. Chrome peut comprendre. Ca fait longtemps qu'il ne l'a pas appelée. Plus de six mois.

« Comme d'habitude. » Peu de mots mais bien assez. Pas besoin de décrire cette sensation, elles la connaissent parfaitement toutes les deux. La respiration qui s'accélère et les mains moites. Pas que les mains. Entre leurs jambes. Et cette envie… cette envie que rien ne comblera. Cette envie qu'elles offrent à d'autres bras, qu'elles soufflent à d'autres oreilles. La faim au ventre de deux amoureuses que la vie n'aura pas épargnées. Qui s'ébattent dans le fric facile et les coups d'un soir et qui arrivent même à adorer ça.

Non, Chrome ne regrette pas son innocence. Elle méprise et crache sans complexe sur la fille ingénue et idiote qu'elle était il y a dix ans. Depuis, elle a appris à survivre, à parler sans bégayer. Elle n'a pas rougi depuis des lustres. Elle sait ce qu'elle veut. Finie la bonne poire. Elle est fière de ce qu'elle a accompli. Et si ça n'a pas servi à grand-chose, peu importe.

Les cadavres dans son placard, elle les a accrochés pour lui. Inutile de préciser que sa garde-robe atteint aujourd'hui des proportions phénomales.

« Et l'autre, il était là ? » grogne M.M. Elle tremble d'une colère à peine contenue et Chrome serre les poings. Ouais, l'autre. Le roi de la jungle. Le carnivore. Le dévoreur. Autant de surnoms ridicules dont on l'affuble et qui lui vont pourtant tellement bien. Car cette homme, non cette bête-là dévore, il ne sait faire que ça. Avec ses crocs acérés de prédateur infaillible, il a dévoré les rêves et le cœur de leur maître, il a marqué sa peau. Son territoire. Il a déchiqueté leur espoir et ça l'amuse, elle l'a lu dans son regard. Là-bas, en Suède. Et toutes les autres fois.

Hibari Kyoya. Ce nom qui la révulse. La douleur est si puissante qu'elle est prise de nausées lorsqu'on le prononce en sa présence. Elle aimerait qu'il crève, qu'il s'étouffe dans ses fluides corporels, lui faire cracher ses entrailles. Mais elle sait, on leur a assez rabaché, qu'il est le plus fort. Le plus fort de tous les Gardiens. Sur tous les terrains, il ne prétend qu'à la victoire. Elle n'a aucune chance. Elles n'ont aucune chance.

Ô combien elles détestent ce monstre-là.

« A ton avis ? » répond-elle enfin. Elle s'étrangle sur la dernière syllabe et peut-être bien que la goutte salée qui coule le long de sa joue est une larme et pas de la sueur. M.M. ne tique pas et ne fera aucune remarque. Aucune répartie acide ne franchira la barrière de ses lèvres blanchies par l'effort qu'elle use pour retenir son propre hurlement de souffrance.

Le cri d'agonie de deux femmes vaincues.

Ensuite, elles se taisent. Tout est dit. Elles écoutent le chant des cigales, le claquement répétitif et rassurant des cisailles du jardinier et laissent la chaleur les entraîner dans une torpeur bienvenue.

Jusqu'à ce que…

« Oh, mais que vois-je ? Les deux femmes de ma vie comploteraient-elles dans mon dos ? »

Elle sursaute violemment et se tourne vers lui. Sa citronnade s'est écrasée au sol mais qu'est-ce que ça peut faire ? A quelques mètres à peine, il y a son visage et son sourire. Il y a lui. Seul. Il est là et tout revient. L'amour et la reconnaissance, purs, bruts, qui la prennent à la gorge et la font suffoquer. Ses membres tressautent, convulsent et, pendant un instant, elle croit qu'elle va s'évanouir. Elle tente de se lever pour courir vers lui mais ses jambes ne la portent plus. Elle veut qu'il la regarde, qu'il ne regarde qu'elle, qu'il l'appelle sa petite Chrome, comme avant, comme toujours. Comme pour toute l'éternité. L'éternité dans cet enfer qu'ils ont créé de toute pièce. Tous les trois. Tous les trois ?

Ses yeux s'arrachent à leur contemplation et se posent sur M.M. Elle ne semble pas en meilleur état et pleure même pour de bon, cette fois. Elle suinte d'une félicité terrifiante, ses beaux traits déchirés entre soulagement et horreur face à ses allégations. Bien sûr que non, veut-elle dire. Comploter, quelle idée ! Avec elle ? N'importe quoi !

Et, brusquement, les vagues de bonheur qui parcouraient le corps de Chrome se figent et tombent comme une chape de plomb dans son ventre. Elles enflent, enflent encore et se muent en fureur puis en rage qui glace le sang dans ses veines et lui éclaircit l'esprit. Alors c'est ça ? C'est à ça qu'elles en sont réduites ? Deux chiennes gémissantes quémandant des caresses ?

Elle se met en marche, mécaniquement. Elle se sent sale, dévorée par la rouille après toutes ces années à jouer les marionnettes entre les doigts du maître. Son courage flanche à chaque pas mais elle tient bon car elle sait que si elle ne le fait pas maintenant, elle n'y arrivera jamais.

Elle se retrouve devant M.M. et l'attrape par le bras pour la tirer vers elle. Contre elle. Il les regarde, étonné mais se contente d'observer ce nouveau retournement de situation sans rien dire avec cette curiosité malsaine qu'il porte comme une seconde peau. M.M. la fixe, la dévisage comme si elle était folle. Et sans doute qu'elle l'est, juste un peu. Mais cette folie-ci apporte la clairvoyance et elle est sûre de son bon droit. Elle a déjà remboursé sa vie, au centuple. Elle l'a accueilli au plus profond d'elle-même, l'a laissé prendre tout ce qu'il y avait à prendre mais ça n'a pas suffit. Ce n'est pas ce qu'il veut. Ce qu'il désire, c'est la rebellion, c'est le combat, c'est un adversaire à sa taille.

Un égal.

Ce qu'elles ne seront jamais. Même dans mille ans, même dans l'équivalent d'une éternité. Elles se sont épuisées à faire semblant et, à présent, il est plus que temps qu'elles se reposent.

Alors elle l'embrasse. Elle embrasse cette fille pas si douce qui a du sang sur les mains avec tout ce qui lui reste d'espoir. Elle force ses lèvres de sa langue et pousse contre ses dents, s'accroche à ses épaules et griffe son dos. Elle doit lui faire mal mais elle s'en contrefiche, elle s'en contrefiche et comprend qu'elle est libre quand M.M. enlace sa taille et répond enfin à son appel au secours.

Et lui il rit, il rit comme si c'était la blague la plus drôle qu'il ait entendu de toute son existence. Mais son rire de démon hésite et meurt alors qu'elles passent devant lui et s'éloignent sans un coup d'œil en arrière, se tenant l'une à l'autre comme deux âmes en peine. Chrome s'enivre du parfum capiteux de sa compagne, ou peut-être est-ce la vodka ou le soleil brûlant qui lui fait tourner la tête. Tu avais raison, pense-t-elle, de tous les mondes que tu as foulé de tes pieds, celui des humains est de loin le plus cruel. Car nous sommes imprévisibles. En mal, souvent mais en bien, aussi, parfois.

Alors va te faire foutre, Mukuro. Toi, tes illusions et tes dettes non-remboursables, allez vous faire foutre. Amuse-toi avec ton dévoreur, moi je suis la princesse qui s'enfuit avec la princesse. Et on ne reviendra pas. Va te faire foutre.

Avec tout notre amour.

oOo

Alors oui, on est en droit de se demander watwaszatagain ? Et je vous répondrai que je n'en sais foutrement rien. Moi-même j'avais du mal à comprendre ce que j'écrivais. Après, pour le fond, on ne me jette pas la pierre. Je fais une obsession violente sur le Chrome/M.M. depuis que j'ai lu Une Chanson pour la Dame Perséphone de Quillslinger. J'avais jamais pensé à ce couple avant et, franchement, quand on la lit, ça apparaît comme une évidence. Si vous comprenez l'anglais, franchement, allez-y, c'est un petit bijou.

Merci d'avoir lu et à bientôt (je dirai pas pour qui, cette fois, vu que ça change toutes les cinq minutes xD).