Séparation

Mouvement 2

L'écrivain n'a pas le temps de pleurer, un bruit de pas se fait entendre, puis une voix lui parvient, dure, moqueuse.

- Un chagrin d'amour mon mignon ? Tu veux qu'on te console ?

L'écrivain entend des rires mais n'y prête pas attention, songeant que s'il les ignore ils finiront peut être par partir.

Espoir vain et déçu, bien loin de s'éloigner les voix se font plus proches, une main se pose sur sa tête, lui caresse les cheveux.

Hérissé par cette familiarité l'écrivain se raidit.

- Cassez-vous. Gronde t'il.

La main se fige sur son crâne.

- Pardon ? Demande l'homme.

Il tourne la tête vers son complice.

- As tu entendu la même chose que moi ?

- Je crois bien que oui.

- Tu vois, on essaie d'être gentils et de le consoler et monsieur nous vire comme des malpropres. Je n'aime pas cela. Si on lui donnait une leçon de politesse ?

- Bonne idée.

L'écrivain sourit, ces deux idiots tombent à pic, il va pouvoir se défouller, évacuer sa colère, son désespoir dans une bagarre.

Vif comme l'éclair il laisse tomber ses mains et se rue sur eux. En quelques coups bien appliqués il vient à bout des deux casse-pieds. Frustré il se détourne avec mépris, il aurait souhaité que l'affrontement dure un peu plus, il est encore plein de colère et son désespoir n'est pas le moins du monde apaisé par la correction qu'il vient d'administrer.

- Idiots. Murmure t'il en s'éloignant de ses victimes.

Au bout de quelques mètres il se heurte à une grille fermée en raison de travaux et jure entre ses dents. Il est bon pour faire demi tour et se payer une autre traversée du parc. Maudissant les grilles fermées il fait volte face et reprend à grands pas le chemin de la sortie par laquelle il est rentré.

Les deux abrutis sont toujours allongés là où il les a étendus pour le compte. Le plus petit des deux tente de se relever en l'entendant approcher et cela crispe l'écrivain.

- Tu en veux encore ? Demande t'il.

L'autre se met à trembler de terreur.

- Non, par pitié, ne me frappez plus... Implore t'il.

L'écrivain prend enfin le temps de le regarder et se rend compte qu'il est très jeune. Sans doute pas plus de 17 ans et que l'autre n'est pas beaucoup plus vieux.

"Quels crétins..." Songe l'écrivain.

Il oblige le plus jeune à se relever, lui arrachant un cri de douleur.

- Ferme la ! Ordonne l'écrivain. Aide moi à porter ton copain. Je vais vous conduire à l'hôpital.

Des yeux marrons semés de taches vertes se tournent vers lui.

- Vous allez nous dénoncer à la police ? Questionne une voix tremblante.

- Comme si je n'avais que cela à faire. Répond l'écrivain. Vous la bouclez sur ce qu'il s'est vraiment passé et j'en fais autant. Marché conclu ?

- Marché conclu.

Avec l'aide du plus jeune des "voyous" l'écrivain traîne l'autre jusqu'à l'hôpital le plus proche.

Là le blessé inconscient est pris en charge tandis que l'on questionne l'écrivain et le plus jeune. Sans s'être vraiment concertés ils parviennent cependant à produire une histoire plausible d'agression.

Le gosse affirme ne pas avoir bien vu ses agresseurs et l'écrivain être arrivé après leur départ.

Il profite d'un moment de répit pour regarder le garçon à nouveau.

Quelques mèches bleues strient la chevelure noire, curieusement terminées par des pointes d'un bleu plus sombre.

Le gosse a dit s'appeller Haru, mais sans préciser son nom de famille, il na pas plus donné son adresse. Se contentant de serrer les dents et de détourner le regard.

Il a avoué ne pas connaître le vrai nom de son compagnon, le désignant sous le surnom de Kizuna.

- Tu as menti ? Demande l'écrivain, profitant de l'absence des questionneurs. Tu sais son vrai nom ?

Haru soutient son regard.

- Non.

L'écrivain hausse les épaules. Au fond, il s'en fout.

Estimant ne plus rien avoir à faire en ce lieu il se retire. Mais il est obligé de faire une halte à l'entrée pour laisser son adresse en cas de témoignage ultérieur. Ce qui le contrarie quelque peu.

Lorsqu'il regagne enfin sa maison il est tard et lui est épuisé.

Il ouvre la porte et se fige, guettant un bruit, une présence.

Mais il n'y a que le silence.