Disclaimer : ils ne sont pas à moi, sauf Haru pour le moment, mais sait on jamais.
Bonne lecture
Hahn tah Yhel
Séparation
Mouvement 5
Haru peine à porter son sac qui pèse lourd sur ses épaules, son corps lui fait encore mal après la correction reçue la veille au soir, mais il n'a d'autre choix que de marcher s'il veut gagner un lieu plus civilisé.
Le bruit d'un moteur lui fait tourner la tête, il soupire en reconnaissant la voiture qu'il vient de quitter.
« Aucune chance de ce côté. » songe t'il.
Pourtant, contre toute attente le véhicule ralentit à sa hauteur, puis se gare.
- Monte. Ordonne l'écrivain.
Haru hésite un peu, après tout, il ne sait rien de ce type en dehors du fait qu'il cogne fort et vite.
- Monte je te dis ! s'impatiente le blond.
Haru se détourne, les sourcils froncés et reprend sa progression.
Il perçoit un juron puis le bruit du moteur cesse et une portière s'ouvre.
Obstiné il poursuit sa route jusqu'à ce que deux mains fortes s'emparent de lui et de son sac.
Il se sent soulevé de terre et ramené à la voiture sans ménagement. Calé sur une épaule solide il se débat en vain.
- Lâchez-moi ! Proteste t'il avec véhémence.
- la ferme crétin ! Je ne vais pas te laisser en pleine campagne, même si tu le mérites.
L'écrivain dépose l'adolescent sur le sol et le plaque contre une portière, le foudroyant du regard.
- Ecoute moi bien petit con ! Je ne suis pas d'humeur à supporter tes caprices. Alors, tu la boucles, tu montes et tu te fais oublier !
Boudeur Haru se laisse dépouiller de son sac mais prend place à l'avant, se tient raide sur son siège, les yeux rivés sur la route.
L'écrivain monte à son tour, ayant placé le sac dans le coffre avec ses propres affaires.
Le silence de son passager est un soulagement pour lui, il n'a aucune envie de lui faire la conversation.
« Pourvu que cela dure. »
Pendant quelques minutes un pesant silence règne dans l'habitacle, l'écrivain se concentre sur la conduite et l'adolescent se contente de l'observer par moment, songeur.
Après leur altercation il n'aurait jamais cru que le blond lui viendrait en aide.
Bientôt le romancier gare son véhicule sur le parking d'une petite auberge et coupe le contact.
- Je suppose que tu n'as pas de quoi te payer une chambre. Dit il d'un ton froid.
- Je peux très bien dormir dehors. Répond le garçon sur le même ton.
Le blond hausse les épaules et quitte la voiture.
Il ouvre le coffre, en extrait le sac d'Haru et ses propres bagages. Se tournant vers l'adolescent il lui tend son sac.
- Viens.
Haru cette fois ne se fait pas prier, il y a des jours qu'il dort dans la rue, une nuit dans une vraie chambre serait pour lui le comble du luxe.
Il prend son sac et entre à la suite du blond dans la petite auberge de campagne. Une femme en tenue traditionnelle vint les accueillir.
- Soyez les bienvenus dans mon établissement.
- Nous voudrions une chambre. Déclare le romancier une fois les salutations d'usage accomplies.
- Suivez-moi. Répond la femme.
Discrète elle ne fait aucun commentaire sur ces clients si différents l'un de l'autre par leur style et leur maintien. Pas plus que sur les habits froissés qu'ils portent.
Elle leur ouvre une chambre et les laisse s'y installer. Se retirant sans bruit en refermant la cloison coulissante avec douceur.
Haru laisse tomber son sac dans un coin et regarde autour de lui.
Deux futons sont roulés dans un placard entrouvert, prêts à être étendus.
L'adolescent les fixe avec envie mais le blond lui barre la route lorsqu'il fait mine de s'en approcher.
- Va te laver ! Hors de question que je te laisse te coucher dans un tel état de crasse.
Le garçon lui lance un regard torve.
- Si je suis sale, c'est uniquement de votre faute et je ne suis pas crasseux !
- La ferme ! Fais ce que je te dis ou je te fous dehors !
Haru le défie encore quelques secondes mais bat en retraite lorsqu'il fait mine de se rapprocher. Il n'a aucune envie de se frotter encore à ses poings et encore moins d'être mis dehors, ce que l'autre n'hésitera pas une seule seconde à faire, il en est convaincu.
Une fois dans la salle de bains il se déshabille avec lenteur et plie avec soin ses habits dans un casier avant de se laver avec application.
Il n'est pas riche et tout ce qu'il possède est précieux pour lui. Il en prend donc grand soin.
Il se savonne avec plaisir et se rince longuement.
Il passe ensuite un yukata mis à la disposition des clients.
Il n'y a ni cuve ni baignoire où il pourrait se prélasser un peu et cela le désole légèrement, mais au moins il se sent propre et frais.
Lorsqu'il regagne la chambre il découvre que le blond a ouvert le panneau donnant sur l'extérieur et a pris place sur les planches lisses de la galerie.
De là où il se trouve Haru l'apperçoit en partie et entend le bruit régulier d'un bambou, le murmure apaisant de l'eau ruisselant sur les pierres.
Il découvre également qu'ils ont à leur disposition un bassin privé empli d'une eau fumante.
Ravi Haru oublie sa fatigue et la crainte qu'il a du blond pour ne plus penser qu'à cette tentante source chaude qu'il vient de découvrir.
Il se dirige vers elle lorsqu'il se rend compte que des larmes marquent le visage du blond.
Cette vue le stoppe net. Le chagrin il connaît bien et cela le pousse à se rapprocher.
- Vous avez perdu un proche ? demande t'il doucement.
Il s'assoit aux côtés du blond tout en posant sa question.
Le romancier tourne des yeux égarés vers celui qui le tire des ses pensées.
Lorsqu'il a découvert le lieu que l'on pourrait sans peine qualifier d'enchanteur il a aussitôt songé à Shuichi.
Sans nul doute le chanteur aurait apprécié cet endroit, se serait émerveillé de tout comme un enfant.
Oui, il n'a eu aucun mal à imaginer la joie de son amant s'il s'était trouvé là, sa reconnaissance aussi…
Mais Shuichi n'aurait plus jamais le loisir de s'extasier sur quoi que ce soit…
En lui avait commencé à naître l'atroce conviction d'avoir tué le jeune chanteur aussi surement qu'il avait assassiné son premier amour. Mais cette fois, il n'a pas l'excuse de la trahison et de la douleur, encore moins celle de la jeunesse.
Il n'est plus un adolescent abusé et meurtri, il est un homme et rien ne saurait excuser le mal qu'il a causé. Rien ne peut l'absoudre de son crime.
La voix d'Haru le prend par surprise, il répond machinalement.
- Je l'ai tué…
Le temps semble se suspendre après ces mots.
Haru n'en croit pas ses oreilles.
La voix du blond est triste mais calme. Il parle d'un ton neutre, comme absent, presque comme s'il avouait un détail sans réelle importance.
Il s'entend lui-même questionner, d'une voix un peu tremblante.
- Vraiment ? Comment…
- Je l'ai repoussé, une fois de trop…
- Vous voulez dire… vous l'avez fait tomber de quelque part ? balbutie Haru de plus en plus perdu.
Le romancier secoue la tête.
- Non, pas comme cela. Il était sensible… trop… il s'est suicidé.
Haru soupire de soulagement.
Un suicide si triste cela puisse être ce n'est pas un meurtre.
Même si visiblement le blond voit cela d'un autre œil.
Si pour lui le remord est le même.
- Il était de votre famille ?
- C'était mon amant.
Haru espère avoir mal compris.
- Votre quoi ?
- Mon amant. Répète le blond en détachant les syllabes.
Quelque peu choqué Haru se relève d'un bond.
- Mais alors, vous êtes p… homo !
Les yeux du blond se tournent vers lui, emplis de lassitude.
- Oui.
Haru fait la grimace, la situation devient inconfortable pour lui. Partager la même chambre qu'un homosexuel lui fait un peu peur.
Le blond se lève à son tour et lui tourne le dos.
- Je n'ai aucune envie de te toucher. Mais si tu n'es pas capable de supporter ce que je suis, tu peux partir. Je ne te retiens pas.
Il gagne à son tour la salle de bains et entreprend de se déshabiller.
Il n'est pas vraiment surpris de la réaction du garçon. De nombreuses personnes ont la même et Haru ne sera pas le dernier à le regarder ainsi, comme s'il était sur le point de leur sauter dessus, ou pire, qu'il ne méritait pas de vivre.
« Maintenant que Shuichi est mort, je n'aurais plus à endurer ces regards et lui non plus… » songea t'il avec amertume.
Il doit pourtant admettre que Shuichi était le plus touché de ces réactions.
Lui n'était pas du genre à se soucier vraiment du regard d'autrui. Il vivait avant tout pour lui-même.
Shuichi n'avait pas totalement réussi à le faire changer sur ce point. Il restait en retrait, gardant ses distances, prenant ce qu'on lui donnait en offrant le minimum.
Il vient de se glisser sous la douche lorsque la porte s'ouvre sur Haru.
L'adolescent s'empourpre en le voyant nu mais ne se retire pas.
Le romancier ferme les robinets et s'empare d'une serviette.
- Que veux tu ?
- M'excuser. Je n'ai pas le droit de porter un jugement sur vous.
Le blond s'enroule dans la serviette et lui fait face.
- Alors, comme cela, je ne te fais plus peur ? demande t'il d'un ton moqueur.
- Non, je sais que vous ne ferez rien de mal.
Le romancier le rejoint et le saisit par les épaules sans ménagement.
- Idiot ! Lui aussi me faisait confiance et regarde ou cela l'a mené !
Haru se crispe mais ne se débat pas.
- C'était son choix ! Pas le votre ! Il est seul responsable de son acte ! laisse t'il tomber.
Le romancier reçoit ces mots comme une gifle.
- Non ! Sans moi il serait encore en vie…. Proteste t'il. Il était si joyeux, si vigoureux… je l'ai détruit…
- Et alors ? Il vous faut payer pour quoi ? Etre encore en vie ?
Le romancier le repousse mais Haru hors de lui laisse libre cours à sa rage.
- C'est trop facile de penser cela ! Mon avis c'est que ce n'est qu'un égoïste !
L'écrivain a envie de protester que Shuichi était l'être le moins égoïste qui soit mais le garçon ne lui en laisse pas le temps.
- Oui ! Un égoïste qui vous a abandonné au moment ou vous aviez le plus besoin de lui !
L'écrivain comprend que le garçon a lui aussi enduré un deuil et sans doute une sorte de trahison et que leur discussion a rouvert de vieilles blessures.
Les mots suivants confirment cela.
- Un égoïste ! Comme mon père ! Quand maman est tombée malade et que les médecins ont dit qu'elle allait mourir il s'est suicidé ! Il a précipité sa voiture contre un arbre ! Maman et moi nous avons du faire face seuls ! Comme si cela n'était pas suffisant qu'elle soit malade et condamnée, elle a du également endurer la honte d'être la veuve d'un lâche ! Et votre amant ne valait pas mieux ! S'il vous avait vraiment aimé, il ne se serait pas tué ! Je déteste les hôpitaux parce que pour moi ce sont des lieux de mort. Mais vous, est-ce que vous allez passer le reste de votre vie à fuir son souvenir ?
Haru n'attend pas de réponse, il quitte la salle de bains en trombe et regagne la chambre.
