Disclaimer : ils ne sont pas à moi, sauf Haru pour le moment, mais sait on jamais.

Bonne lecture

Hahn tah Yhel


Séparation

Mouvement 7

L'écrivain achève de se sécher et passe à son tour un yukata, il rejoint ensuite Haru dans la chambre.

Le garçon est assis dans un coin de la pièce, les jambes repliées sous le menton. Il se balance doucement, pour oublier sa peine.

- Haru… commence l'écrivain.

Il ne continue pas. Il ne sait que dire au garçon.

- Tu es seul n'est-ce pas ? dit il au bout d'un moment.

Le silence lui répond, profond. La question était de pure forme, de toute façon il connaît déjà la réponse. Haru a lui-même affirmé pouvoir dormir dehors, signe qu'il l'a déjà fait.

- Depuis combien de temps ta mère est-elle morte ?

A nouveau le silence puis une réponse étouffée.

- Un an.

L'écrivain soupire, il devine sans peine que la vie n'a pas du être facile pour le garçon. Sans personne vers qui se tourner.

Lui n'a jamais connu cela, sa famille était là pour lui, même s'il était parti de son plein gré. Il pouvait revenir vers eux à tout moment, chose qu'il se refusait bien sur.

Même après la trahison il n'était pas seul, Tohma était là pour veiller sur lui.

Mais qui avait veillé sur Haru à la mort de sa mère ?

Comme s'il avait deviné ses pensées le garçon hausse les épaules.

- J'étais assez grand pour me débrouiller.

Il a un regard dur, presque méchant.

- Je ne suis pas une lavette comme votre amant.

L'écrivain oublie sur le champ la compassion qu'il commençait à ressentir. Il ne peut pas tolérer que ce gamin manque de respect à Shuichi.

- Tais toi ! Tu ne sais rien de lui ! Shuichi était le plus gentil garçon que je connaisse, il pardonnait tout à tout le monde, même les pires outrages ! Des salauds l'ont violé un jour et lui, il s'est senti coupable de leurs actes, comme s'il était responsable de leur comportement, comme s'il l'avait cherché… c'est vrai, il pleurait beaucoup, mais il n'était pas si faible que tu le dis. Il faisait face à sa manière. Il était prêt à tout pour protéger ceux qu'il aimait, même à souffrir. Un enfoiré qui voulait lui nuire l'a menacé de ruiner ma carrière s'il ne se laissait pas violer par ses comparses et que crois tu qu'il ait choisi ? De ne penser qu'à lui et de laisser ce type s'en prendre à moi ? Non ! Pour me protéger il s'est offert à ces salauds et si son meilleur ami ne m'avait pas prévenu, je n'aurais sans doute jamais rien su. Dis moi, si tu avais été soumis à un tel chantage, quel choix aurais tu fait ?

Haru baisse les yeux, honteux.

- J'aurais refusé de me soumettre je crois… mais je suppose que cela n'aurait rien changé, ils m'auraient violé tout de même, ils étaient là pour cela.

L'écrivain soupire, lui aussi est parvenu à cette conviction, mais il ne croit pas que le naïf Shuichi s'en soit douté alors. Shuichi ne trichait pas, il en était incapable. Il n'était pas non plus attiré par l'appât du gain. S'il chantait ce n'était pas pour l'argent ou la gloire, mais pour ressembler à son idole, pour parvenir à son niveau.

Lorsque sa sœur Mika avait voulu utiliser Shuichi pour le faire revenir au temple, elle avait fait miroiter aux yeux du chanteur une récompense que n'importe quel débutant aurait trouvé irrésistible : La possibilité d'être soutenu par Seguchi en personne. Tout ce que Shuichi avait à faire était de le convaincre de renouer avec les siens.

Shuichi avait refusé l'offre, il ne voulait pas être acheté, même si cela devait lui couter sa carrière. Pour Mika cela avait été une découverte, jamais encore elle n'avait rencontré quelqu'un capable de refuser une telle proposition.

Pourtant, Shuichi était venu le trouver et avait tenté de le convaincre. Parce qu'il voulait lui venir en aide. A cette époque le romancier n'avait pas encore pris la mesure de la générosité dont était capable le chanteur. Il n'avait vu dans ses paroles et dans ses larmes que des artifices, une comédie visant à le convaincre. Pour lui Shuichi avait été acheté et se moquait bien de lui. Il s'était moqué de lui, l'avait accusé, traité de menteur et Shuichi s'était contenté de le regarder en silence, les yeux pleins de larmes.

Le romancier n'oublierait jamais ce visage si triste, ces larmes et ce silence. Les premières larmes que lui offraient son amant, les plus précieuses.

Ce jour là Shuichi aurait pu renoncer et retourner à sa vie d'avant, le laissant à sa solitude et à ses fantômes. Mais il était resté, il avait persisté dans cet amour contre nature.

« Pour moi… »

Bien sur, lui aussi aimait le chanteur, mais il était incapable de s'ouvrir tout autant, de l'accepter si vite, si facilement. Par-dessus tout il y avait cette peur toujours tapie en lui, cette crainte d'être trahi à nouveau, abandonné.

Cette peur qui l'isolait et que seul le chanteur avait su vaincre.

Le romancier ne croit pas que cette chance lui soit donnée à nouveau. Il n'y avait que Shuichi pour être si généreux, pour passer outre un meurtre et tant de froideur.

Haru s'approche du blond, le visage fermé de l'autre lui fait un peu peur, mais il ne veut pas le laisser se morfondre.

- Est-ce que c'est vous qui l'avez trouvé ?

- Non... C'est son meilleur ami… je n'ai pas pu le revoir… c'était au dessus de mes forces… voir son corps… affronter ses proches… et puis cela n'aurait pas été correct de ma part… j'ai préféré partir… j'irai sur sa tombe plus tard…

- Si vous voulez, je viendrai avec vous.

- Pourquoi me le proposer ?

- Je sais combien c'est dur de s'y rendre seul… lorsque maman est morte je n'en avais pas le courage non plus… il m'a fallu un bon mois pour y parvenir.

La voix d'Haru est si adulte en cet instant que l'écrivain oublie qu'il est en présence d'un jeune adolescent d'à peine seize ans.

- Merci.

Haru sourit et se dirige vers les futons.

- Maintenant au lit ! Je suis épuisé !

Il se glisse dans la couche la plus proche et ferme les yeux.

Le romancier hésite à en faire autant, il est encore tôt et même s'il est fatigué, il ne veut pas dormir.

Haru ne ressemble en rien à Shuichi. Il n'est ni naïf ni tendre. Il n'éveille rien de particulier chez le romancier, pas même cet agacement que lui inspirait parfois Shuichi.

Il prend place à nouveau sur les planches et fixe le jardin sans vraiment le voir.

Quelques mots d'Haru lui tournent dans la tête.

« Est-ce que vous allez passer le reste de votre vie à fuir son souvenir ? »

« Non ! »

Il se refuse à cela. Shuichi ne le mérite pas.

« Je dois rentrer… »

Un frisson le parcourt. Rentrer… dans cette maison vide… il sait que cela sera dur.

Tournant la tête il contemple le futon d'où émergent quelques mèches hirsutes.

« Je pourrais l'héberger quelques jours… le temps qu'il trouve un lieu où vivre… »

Cette idée le tente, Haru sera un invité plus calme que Shuichi, il prendra moins de place, ne lui demandera rien.

Pas une seconde il ne craint que l'adolescent puisse tenter de le voler, son instinct lui souffle qu'il n'est pas de ce genre.

La nuit tombe et se sent plus calme bien que de la tristesse reste en lui, ainsi que de la honte.

Il rentre, referme les panneaux et se couche à son tour.