Disclaimer : ils ne sont pas à moi, sauf Haru pour le moment, mais sait on jamais.
Merci à tous ceux qui ont laissé des reviews sur le dernier chapitre.
Bonne lecture
Hahn tah Yhel
Séparation
Mouvement 8
Au matin le romancier est éveillé par le chant des oiseaux.
Il se redresse sur un coude.
Le futon voisin du sien est non seulement vide mais aussi replié avec soin. Le garçon n'est pas dans la pièce, son sac aussi a disparu.
Alarmé le jeune homme blond se lève et sort sur la galerie.
Mais Haru n'est pas non plus à cet endroit.
Inquiet le romancier se rend dans l'entrée et la propriétaire arrive, toujours souriante.
- Que puis-je pour vous ? demande t'elle après les salutations d'usage.
- Je cherche le garçon arrivé avec moi. L'auriez vous vu par hasard ?
- Oui, il m'a proposé de faire quelques petits travaux en échange de l'entretien de ses affaires. Il est au potager, les plantes ont besoin d'eau en cette saison.
Rassuré le romancier remercie la femme et se fait indiquer la route du dit potager.
Il se change rapidement, ne pouvant sortir en tenue d'intérieur, sans compter qu'il ne se sent pas vraiment à l'aise dans cette tenue.
Ses habits sont peut être un peu trop habillés pour l'endroit mais il n'en a pas de plus simples et doit donc s'en contenter.
Mais à vrai dire il se moquer bien de ce genre de détails.
Le potager est facile à trouver mais le sentier qui y mène est raide à grimper.
« Un vrai sentier de chèvres… »
Parvenu à destination le blond cherche du regard le garçon.
Personne dans le potager.
Il laisse son regard descendre vers le ruisseau en contrebas lorsque son portable sonne.
Il prend machinalement l'appel.
La voix de sa sœur lui parvient, lointaine, imprécise.
Il comprend cependant qu'elle lui demande si tout va bien.
- Ne te fait pas de soucis, je vais rentrer. Juste un dernier détail à régler et je reviens.
Il éteint son portable sans attendre de réponse, espérant qu'elle a bien compris ce qu'il disait malgré les problèmes de réception.
A nouveau il regarde vers le ruisseau et fronce les sourcils.
Haru est écroulé sur le bord du ruisseau, les jambes dans l'eau, la main encore crispée sur l'anse du seau.
« Merde ! » songe l'écrivain en se précipitant.
L'adolescent est rouge, en proie à la fièvre.
Le romancier le tire hors de l'eau et tente de le ranimer, mais le garçon se contente de gémir et de frissonner.
Il se résout donc à le prendre dans ses bras et à retourner vers l'auberge.
- Pourriez vous faire venir un médecin ? demande t'il à leur hôtesse.
Elle installe le futon puis s'empresse d'aller quérir le docteur demandé.
Le blond déshabille le garçon et l'installe de son mieux.
Lorsque le médecin arrive enfin Haru est toujours inconscient.
Le docteur l'examine longuement avant de se redresser.
- Je serai d'avis de l'hospitaliser, il est visiblement victime du contre coup d'un choc violent.
Le romancier a la tentation de laisser faire, d'accepter que d'autres prennent en charge le garçon, le dégageant ainsi de toute responsabilité.
Il se reprend avec effort.
Haru a clairement exprimé son aversion des hôpitaux.
S'il s'éveille dans l'un d'eux il fuira encore et qui sait ce qu'il adviendra de lui alors ?
- Non, il ne voudra pas y rester. Ses parents y sont morts. Intervint il.
- Dans ce cas… répond le médecin, je ne peux que m'incliner. Mais il a besoin de quelques jours de repos et surtout d'une meilleure alimentation… êtes vous de sa famille ?
- Non. Mais je m'engage à prendre en charge tous les frais. Je suis responsable de lui à présent.
Il tait au dernier moment les raisons de cette « responsabilité ». Avouer que le garçon a été agressé par lui serait du plus mauvais effet.
Fort heureusement le médecin s'abstient de poser plus de questions et le romancier en est soulagé.
Mais lorsqu'il se retrouve seul avec le garçon il se retrouve partagé entre le soulagement et la frustration.
En acceptant de prendre soin d'Haru il se voit dans l'obligation de retarder son retour.
Lorsqu'enfin Haru sort de l'inconscience le blond est toujours dans la pièce.
Ne sachant que faire il est resté au chevet du garçon plus pour réfléchir au calme que pour vraiment veiller sur lui.
- Comment suis-je arrivé ici ? demande Haru surpris.
Le blond se tourne vers lui.
- Je t'ai trouvé évanoui au bord du ruisseau et ramené. D'après le médecin tu as besoin de repos et d'un peu plus de nourriture.
- Conneries ! Je vais très bien.
- Ne dit pas n'importe quoi idiot. Après la raclée que tu as reçu des plus forts que toi resteraient au lit.
Le garçon et le romancier se défient du regard, ni l'un ni l'autre ne veut capituler.
C'est l'écrivain qui perd patience le premier.
- Très bien, si tu veux aller crever dans un coin, c'est ton problème. C'est toi que ça regarde Moi je m'en lave les mains. Dit il avec mauvaise humeur.
- Je vous ai rien demandé. Rétorque Haru.
Furieux le romancier préfère quitter la chambre puis l'auberge.
Il marche de longues minutes dans la petite ville, suivi des regards curieux de quelques habitants des environs.
Lorsqu'il rentrer Haru a quitté son lit pour se plonger dans la source chaude qui lui faisait tant envie.
Durant l'absence du blond leur hôtesse est venue apporter un si copieux repas que même le féroce appétit d'Haru n'a suffit à le faire disparaître en entier.
Les yeux clos l'adolescent dort à moitié lorsque le romancier fait son entrée dans la chambre.
La vue des plats largement entamés le fait sourire malgré lui, mais pas que le garçon soit dans le bassin.
- Tu tiens vraiment à finir noyé ?
- Foutez moi la paix. Rage Haru. Vous n'êtes ni mon père ni mon tuteur ni même un vague membre de ma famille.
- Heureusement, je maudirais le sort si je devais un jour me retrouver encombré d'un sale gamin tel que toi.
Le romancier s'installe sur les planches de la galerie, fixant Haru qui s'est tourné vers lui pour lui répondre.
L'adolescent hausse les épaules et se détourne pour ne plus le voir.
Le silence retombe.
- Personne ne pourrait souhaiter cela. Dit brusquement Haru. Je porte malheur.
« Voila autre chose… » songe l'écrivain.
- Tiens donc ? Ironise t'il d'un ton mordant. Et sur quoi te bases-tu pour lancer de telles sottises ? sur la mort de tes parents ? Tu n'es pas le seul orphelin du Japon il me semble.
- Non. Pas seulement. Mais mon père a perdu son travail le jour de ma naissance, notre maison a brûlé quand j'avais trois ans et maman n'a jamais pu avoir d'autres enfants. Elle a perdu tous les bébés qu'elle attendait. Après la mort de maman des cousins m'ont pris chez eux quelques mois. Lui a perdu ses parents dans un accident de la route et elle est tombée malade.
- Tiens donc… laisse moi deviner, ce sont eux qui t'ont dit que tu portais malheur ?
- Oui et ils avaient raison.
Le romancier se met à rire.
- Idiot, ils ont pris le premier prétexte pour se débarrasser de toi oui ! Tout cela n'est que superstition pure et simple.
Haru ne répond pas.
La tête baissée il pleure en silence.
C'est la première fois qu'il ose en parler.
Le rire du blond le fait souffrir, tout comme ses propos qui sont plus blessantes encore pour lui que celles de ceux qui l'avaient hébergé.
Que l'autre ait raison ou non sa solitude reste la même, son chagrin aussi.
Le romancier cesse de rire.
Le silence d'Haru, son immobilité lui font regretter.
- Haru…
- Fermez la ! Vous croyez tout savoir ? Tout comprendre ? Mais personne ne peut croire cela ! Ils pensaient vraiment que je portais malheur ! Parce que les malheurs venaient avec moi ! Que j'en sois ou non la cause, ils ont eu lieu ! Des gens en ont souffert ! Je suis peut être idiot, mais j'ai de la peine à y penser ! Comme vous en pensant à votre amant mort. On ne peut rien contre ce genre de pensées ! on ne peut que pleurer et prier.
Le romancier se fige. La mention de Shuichi est une attaque en règle, il ne s'y trompe pas un seul instant. Haru rend coup pour coup.
- Tu as sans doute raison. Je vais rentrer… demain. Puisque tu crois pouvoir t'en sortir seul. Ne t'e, fait pas pour le prix de l'auberge, je paierais. Reste aussi longtemps qu'il le faudra. Mais sors de là maintenant, tu vas finir par ressembler à une vieille pomme…
- Et alors ? Qu'est-ce que cela peut faire ? Qui s'en soucie ?
Cette fois le romancier perçoit les larmes dans la voix du garçon. Il contourne le bassin et se penche, la main tendue.
- Moi je m'en soucie Haru.
- Pourquoi ? Vous avez envie de me sauter ? Désolé, je passe mon tour !
Le romancier serre les dents et se redresse.
- Tu n'as pas besoin d'être grossier.
Il retourne dans la chambre, passe dans la salle de bains et retire ses habits, se douche rapidement avant de se changer et de regagner la chambre.
Il n'a pas faim mais il se force à manger un peu, il aura besoin de forces s'il veut reprendre la route le lendemain.
Haru sort finalement du bassin, se change et se couche, lui tournant le dos.
L'écrivain soupire, il ne peut en vouloir au garçon de se montrer si dur et violent. Il en comprend les causes, lui aussi a ressenti cela jadis, comme un feu brûlant dans ses veines.
« Quand les larmes s'assèchent, il nous reste la colère et quand elle-même ne suffit pas, vient la haine… »
Voila c'est tout pour le moment.
Mais la suite devrait arriver plus vite.
Enfin, si ffnet veut bien.
