Disclaimer : ils ne sont pas à moi, sauf Haru pour le moment, mais sait on jamais.
Commentaire : c'est la fin des haricots… non, je déconne… enfin peut être. Vous allez bien voir.
Bonne lecture
Hahn tah Yhel
Séparation
Mouvement 14
Le romancier lève lentement la main et la pose sur la joue du chanteur.
- Ne pleure pas…
- Ne me laisse pas… je ferai tout ce que tu voudras… mais ne me chasse pas… ça m'est égal si tu ne m'aimes plus… du moment que je peux rester près de toi. Répond Shuichi.
Un peu désorienté l'écrivain fixe en silence le chanteur dont les lèvres se mettent à trembler.
- S'il te plait, Yuki… garde moi encore…
Il se courbe au dessus du blond, jusqu'à ce que leurs fronts se touchent.
- Je ne supporterai pas de te perdre Eiri… je suis trop seul sans toi… Si tu me dis non, si tu veux que je parte, je crois que j'en mourrai…
- Idiot, tu ne peux pas mourir, tu es déjà mort… murmure l'écrivain.
Shuichi se redresse, surpris et choqué.
- Comment !
- Tu es mort, il y a déjà plusieurs jours. Ton ami Hiroshi est venu me l'annoncer lorsqu'il est passé prendre tes affaires. Il m'a tout dit. Je suis désolé… je ne voulais pas te tuer… poursuit le blond d'une voix douloureuse.
Eperdu et angoissé par ces mots Shuichi se lève vivement, délogeant l'écrivain de ses genoux. Le blond atterrit rudement sur le sol et regarde celui qui le surplombe avec stupeur.
Pourquoi cette hallucination née de sa culpabilité agit elle de la sorte ? Ca n'a pas de sens…
Shuichi pose sa main sur sa poitrine. Essayant de trouver les mots qui convaincront l'autre qu'il n'est pas une hallucination ou un fantôme.
- Regarde moi bien ! Est-ce que j'ai l'air d'être mort ? D'être un fantôme ? Je suis vivant Yuki !
Mais l'écrivain refuse d'y croire.
- Tu as l'air vivant… mais tu n'es pas réel. Ce n'est qu'un rêve…
Le blond roule sur le dos et cache ses yeux de ses mains. Il ne veut plus rien voir de cette illusion des plus tentantes et si cruelle.
Le cœur serré Shuichi capitule.
Il ne sait que trop bien combien son amant peut être têtu.
Il ne protestera pas plus.
Pour Yuki il est mort et il est clair que rien ne le fera changer d'avis sur ce point.
Il ne lui reste plus qu'à mourir vraiment.
- Comment suis-je mort Yuki ? demande t'il doucement.
- Tu t'es ouvert les veines. Hiroshi m'a dit t'avoir trouvé trop tard.
Les yeux emplis de larmes Shuichi laisse son amant pour gagner la cuisine afin d'y prendre un couteau.
Pendant ce temps, ignorant le drame qui se prépare Hiroshi fait sortir Haru et referme la porte à clef derrière eux.
- Je vais te mener où tu veux. Mais tu dois me promettre de ne pas revenir. Lui dit il.
L'adolescent refuse d'un signe de tête.
- Je ne veux rien de vous et je ne vous ferai aucune promesse. Mais soyez tranquille, je n'ai pas l'intention de revenir.
Il s'éloigne d'un pas rapide et Hiroshi préfère le suivre de loin afin de s'assurer de son départ.
Shuichi revient dans le couloir et s'assoit non loin de son amant dont les mains cachent toujours les yeux.
Il joue un instant avec l'arme improvisée puis, d'un geste vif il s'entaille le poignet gauche et contemple le sang qui en coule quelques minutes avant de passer le couteau dans son autre main et faire de même avec son poignet droit.
Puis il laisse tomber le couteau qui tombe à terre avec un léger tintement.
Shuichi ferme les yeux lentement et reste les bras ballants, appuyé au mur, attendant la mort.
Le romancier écarte soudain les mains de ses yeux.
A nouveau quelque chose cloche.
Il le sent.
La douce odeur de fraise est couverte par une autre senteur bien moins agréable.
Une odeur qu'il connaît déjà, un peu métallique et très désagréable.
Un parfum alarmant de sang versé.
Il se redresse et rouvre les yeux.
Son regard se pose sur le chanteur immobile, assis contre le mur non loin de lui.
Il voit les poignets déchirés d'où s'échappe le sang, les deux petites flaques qui se forment sur le sol.
Loin de là Haru a regagné le parc où tout à commencé et s'est assis sur un banc.
Hiroshi rassuré est sur le point de faire demi tour lorsque l'adolescent sort un radio CD de son sac, le pose par terre et le met en marche avant de se mettre à danser au son de la musique qui sort de l'appareil.
Il est indéniablement doué et rapidement quelques personnes s'arrêtent pour le regarder.
Hiroshi regarde lui aussi.
Mal à l'aise soudain.
Haru ne semble rien percevoir d'autre que la musique.
Il ne danse pas pour se faire remarquer.
Il danse pour danser.
Pour oublier les dernières heures.
Se vider la tête.
Le reste est secondaire.
Même s'il est certain qu'il ne se plaindra pas si quelqu'un lui laisse un peu d'argent.
Son corps mince évolue souplement, sans aucune erreur visible.
Totalement en harmonie avec la musique.
Ses yeux mi clos brillent de bonheur.
Tout en lui trahit sa passion indéniable.
Lorsqu'enfin il se fige, couvert de sueur mais à peine essoufflé il sourit de plaisir.
Après un silence les premiers applaudissements se font entendre et le danseur frissonne.
Il est toujours surpris de voir qu'on apprécie de le regarder.
Il salue instinctivement.
Les gens apprécient en général.
Quelques pièces atterrissent à ses pieds.
Il salue encore, en remerciement avant de s'accroupir pour les ramasser tandis que les gens s'éloignent.
Puis des jambes s'arrêtent devant lui et il redresse la tête pour voir qui s'est arrêté.
Il découvre avec stupeur qu'il s'agit d'Hiroshi et se crispe.
Se relève souplement, glisse les pièces dans sa poche.
- Ca va, je pars. Grommelle t'il.
La main d'Hiroshi le stoppe dans son mouvement pour partir et il tourne à nouveau les yeux vers le roux, méfiant.
Mais le visage d'Hiroshi n'est en rien hostile, bien au contraire.
Le musicien regrette d'avoir été si dur envers le garçon.
Pour lui il est clair désormais que quelqu'un qui danse de la sorte ne peut pas être une mauvaise personne.
Il adresse un sourire sincère à l'adolescent.
- Félicitations, c'était éblouissant. Où as-tu appris à danser de la sorte ?
Haru hausse les épaules et se penche pour récupérer une dernière pièce et reprendre son radio CD.
- Un ancien danseur m'a donné des cours à partir de mes quatre ans. J'ai suivi ses leçons pendant dix ans. Mais ça fait deux ans que je n'ai plus les moyens de me les payer. Alors je me contente de danser pour ne pas rouiller.
- J'ai l'impression que tu n'as plus vraiment besoin de leçons. Sourit Hiroshi.
Un autre haussement d'épaules nettement dédaigneux salue cette affirmation.
Puis un commentaire laconique.
- Un vrai danseur ne cesse jamais de prendre des cours.
Haru termine de ranger son matériel et referme son sac.
- Faut que je file avant que des policiers ne passent. Il y a toujours quelques grincheux pour les prévenir.
- Où comptes tu aller ?
- Je ne sais pas et peut m'importe. Si j'ai assez je me paierai un box dans un cyber café. C'est moins cher qu'un hôtel et plus confortable.
Hiroshi soupire.
Il ne peut décemment pas laisser l'adolescent ainsi.
- Ecoute, je suis vraiment désolé de t'avoir traité comme je l'ai fait. Tu veux bien me laisser une chance de me rattraper ? J'ai du te paraître odieux, mais je me fais du soucis pour Shuichi…
Haru le fixe avec perplexité.
- Shuichi ? Comme celui qui s'est suicidé ? Ils sont combien à porter ce prénom autour de lui ?
- A ma connaissance il n'y en a qu'un.
- Celui qui est mort…
- Celui qu'il croit mort. Corrige Hiroshi.
Haru ouvre de grands yeux, la vérité vient soudain de lui apparaître clairement.
- Le type aux cheveux roses !
- Exact.
- Et vous, vous êtes celui qui a dit l'avoir trouvé mort… vous avez menti…
- C'est vrai, admet Hiroshi, je lui ai menti. Shuichi ne s'est pas suicidé.
- Mais pourquoi ?
- Pour le punir d'avoir fait souffrir mon ami une fois de plus.
- C'était cruel.
- Je sais. Soupire Hiroshi. Je n'ai pas réfléchi aux conséquences avant de le faire.
- Comment vous allez faire pour leur avouer maintenant ?
- Si seulement je le savais…
- Nous devrions retourner là bas. Déclare Haru d'un ton soucieux.
Hiroshi ne peut qu'être d'accord avec lui.
Dans le couloir le romancier se lève avec lenteur, la vue du sang fuyant les veines de son amant, fut-ce en rêve, lui est pénible.
Une terreur sans nom l'envahit lorsque ses doigts entrent en contact avec une peau tiède et que le sang coule sur eux.
- Shuichi !
Les yeux violets se rouvrent, déjà voilés par la douleur.
- Puisque tu préfère croire en ma mort… je te l'offre Yuki… j'espère que tu seras heureux… moi, je t'aime… je voulais que tu me pardonnes… je suis revenu… mais tu n'étais plus là… je suis désolé…
Brusquement l'écrivain réalise que tout est vrai.
Que ce n'est ni un rêve ni une hallucination.
Que son amant est en train de se vider de son sang sous ses yeux.
- Shuichi ! Non !
Il se précipite vers la salle de bains afin d'y prendre de quoi bander les poignets déchirés et revient en trombe, s'agenouille et entreprends ses soins, les mains tremblantes tant il a peur soudain.
La voix d'Hiroshi appelant Shuichi lui parvient, le faisant soupirer de soulagement.
Le guitariste saura quoi faire.
Il soulève le chanteur à demi inconscient entre ses bras et se rue vers l'entrée.
Haru et Hiroshi le voit surgir, pâle et défait, autant que celui qu'il porte.
Ils voient aussi le sang.
L'écrivain ne leur laisse pas de temps pour assimiler la chose et les bouscule.
- Vite ! Shuichi a besoin de soins ! Il faut le mener aux urgences !
Dans sa panique le blond occulte totalement le fait qu'il est nu.
Hiroshi tente de lui prendre le blessé mais il recule vivement.
- Non ! Tu ne me le prendras pas une nouvelle fois !
Le musicien n'insiste pas.
Ils n'ont pas de temps à perdre.
- Haru ! Trouve lui des habits ! Je sors la voiture. Retrouvez moi dehors.
Aussitôt dit, aussitôt fait.
Il ne se passe que quelques minutes avant que la voiture ne démarre et fonce vers les urgences les plus proches.
Dans l'affolement Haru, Shuichi et Eiri se retrouvent tous trois à l'arrière et le romancier se débat pour passer ses habits dans le peu d'espace dont il dispose.
Haru se tasse contre une portière.
Muet d'horreur.
Il a l'impression d'être en plein cauchemar.
Son regard paniqué fixe tour à tour le blessé livide, le conducteur tendu à l'extrême et le jeune homme blond qui continue à essayer de se vêtir convenablement.
