Disclaimer : ils ne sont pas à moi, sauf Haru pour le moment, mais sait on jamais.
Commentaire : la fin des haricots continue…
Bonne lecture
Hahn tah Yhel
Séparation
Mouvement 15
Dans un crissement de pneus digne d'un film d'action la voiture étrangère s'arrête devant la porte des urgences. En sortent quatre individus en proie à une forte agitation.
L'un d'eux, un grand blond aux yeux dorés est pieds nus mais ne semble pas en avoir conscience. Un jeune homme aux cheveux roses, aux poignets bandés et au visage blême repose entre ses bras. Suit un jeune homme de l'âge du blessé avec de longs cheveux roux et derrière eux, fermant la marche se tient un adolescent dont la chevelure noire s'orne de mèches bleues.
Le curieux groupe s'engouffre dans les urgences et le grand blond réclame un médecin d'une voix autoritaire bien qu'un peu tremblante.
Prévenu un interne accourt et devant l'état du blessé, prend les choses en main.
Le romancier laisse le médecin lui enlever son amant avec un peu d'angoisse. Il regarde disparaître le brancard, le cœur serré. Il aimerait pouvoir le suivre, mais il sait que cela n'est pas possible.
Il se laisse tomber sur un siège et baisse la tête, accablé.
« Ne l'ai-je retrouvé que pour le perdre ? »
Il a encore du mal à admettre la réalité des choses.
Shuichi était vivant mais il lui a brisé le cœur, une fois de plus, une fois de trop.
Hiroshi lui est resté debout, les poings serrés, empli de fureur et malade d'impuissance.
Haru fait brusquement demi tour, incapable de rester plus longtemps. Plus personne ne semble se rendre compte de sa présence et il n'a pas le courage de rester encore.
Comme son sac est resté dans la maison du romancier il se résout à rester lui dans la voiture. Il se recroqueville sur le siège arrière, les mains sur les oreilles et les yeux clos. Il ne veut plus rien voir ni entendre concernant cet endroit.
Lorsqu'Hiroshi vient déplacer le véhicule et le gare dans un coin sombre l'adolescent ne bouge pas d'un pouce et le jeune homme ne se rend pas compte de sa présence, repart d'un pas rapide vers l'entrée de hôpital.
Le romancier est toujours assis à la même place et sur son visage Hiroshi peut enfin lire un autre sentiment que la colère.
Crainte, remord et espoir se mêlent sur les traits du jeune homme blond. Il y a même des larmes dans ses yeux.
Hiroshi lui fait face. En cet instant ils partagent la même impuissance et tremblent pour la même personne.
- A-t-on idée de dire une telle chose ? demande soudain Hiroshi.
- Quelle chose ? relève l'autre.
- Que les gens naïfs ne se suicident jamais.
- Moi c'est une autre question que je me pose. S'il meurt, qui de nous sera responsable de sa mort ?
Le coup est mauvais et de plus imparable. Hiroshi serre les dents.
Il se prépare à lancer une réplique acerbe lorsqu'il réalise que ce n'était pas une attaque mais la simple expression d'une crainte réelle.
Cette prise de conscience lui donne un nouvel élan.
Il pose les mains sur les épaules de l'écrivain.
- Je pense que nous serons ni innocents ni coupables. Si ce n'est de l'avoir aimé et de l'avoir mal aimé.
Le romancier approuve et se lève.
- Où allez vous ? Demande Hiroshi.
- Sa famille… il faut les prévenir…
- Je m'en charge. Propose Hiroshi.
- Non ! C'est à moi de le faire… j'étais là lorsqu'il a fait cela… à deux mètres à peine… je… je pensais être en train de rêver sa présence…je le croyais mort…je croyais qu'il n'était que le fruit de mon imagination… je l'ai laissé faire… je n'ai rien voulu croire… il me disait qu'il était vivant et j'affirmais le contraire…
Le romancier lève la tête, son regard doré exprimant son désarroi.
- Pourquoi ? Pourquoi ne l'ai-je pas cru ? Je voulais tant qu'il soit vivant… que vous ayez menti… avant d'entrer chez moi et de trouver la maison vide. Je voulais espérer son retour, mais quand il a eu lieu je n'y ai pas cru…
Hiroshi ne répond pas, ne sachant que dire. Il laisse le romancier passer l'appel du téléphone de l'accueil. Les poches de l'habit pris par Haru étant vides ce dernier doit se résoudre à faire appel à la compréhension de l'hôtesse d'accueil, fort heureusement lectrice assidue de ses romans. Contre la signature d'une dédicace il obtient le droit d'utiliser l'un des postes.
Par chance c'est la sœur de Shuichi qui répond à son appel. Elle reçoit l'information sans broncher.
- Je vais faire le nécessaire, ne vous inquiétez pas, nous arrivons.
Lorsque le médecin revient enfin, les parents et les proches de Shuichi se sont rejoints.
- Son état est satisfaisant, mais il a perdu beaucoup de sang et il lui faudra du temps pour se remettre.
- Pouvons nous le voir ? demande la sœur de Shuichi.
- Pas aujourd'hui. Je vous conseille de rentrer chez vous. Il ne s'éveillera sans doute pas avant des heures, peut être des jours. Inutile de vous épuiser sans nécessité.
La famille de Shuichi se rangea à cet avis.
Hiroshi fit face au romancier.
- Voulez vous que je conduise ?
- Ce ne sera pas nécessaire. Je reste ici. Je ne partirai pas tant qu'il ne sera pas tiré d'affaire.
Hiroshi ne peut s'empêcher de froncer les sourcils.
Les habits du blond sont froissés et tachés de sang et il est toujours pieds nus.
Il ne peut décemment le laisser ainsi.
Surtout pas dans un lieu public.
Comme il le suggère à mi voix le romancier se met à rire.
- Je m'en moques ! Ce qui ne touche pas à Shuichi est pour le moment sans intérêt.
- Justement, ce qui vous concerne concerne aussi Shuichi. Imaginez que l'on vous signale à la presse. Que pensez vous qu'il se passera ? Ils vont accourir comme des hyènes.
Le romancier ne peut que se rendre à cet avis.
- Très bien, je vous suis.
Ils regagnent la voiture et Hiroshi s'installa d'office à la place du conducteur.
L'écrivain lui laissa volontiers le volant, conduire pieds nus ne serait de toute façon pas la meilleure chose à faire.
Ce n'est qu'arrivés à destination qu'ils découvrent la présence de l'adolescent.
Haru s'est endormi, épuisé par des sensations trop fortes et une journée trop longue.
Le romancier ouvre la portière et se penche pour prendre le garçon entre ses bras.
Haru ne sort pas du sommeil et Hiroshi en est surpris.
- Qu'est il pour vous ? ose t'il demander.
- Il n'est pas et ne sera jamais mon amant. Mais je lui ai fait du mal à lui aussi… le soir où j'ai appris la mort de Shuichi je suis sorti et j'ai fini dans le parc. Il trainait avec un autre garçon et ils ont eu la mauvaise idée de m'agacer. J'ai eu une très mauvaise réaction.
- Alors, lorsqu'il m'a dit avoir été agressé dans le parc…
- Il mentait en partie, c'était moi l'agresseur. Voila pourquoi je ne peux pas le laisser.
- Est-ce un fugueur ?
- Non hélas, il n'a plus personne vers qui se tourner. Je crois qu'il vit dans la rue depuis plusieurs mois.
Hiroshi comprend mieux la détresse du garçon lorsqu'il lui a ordonné de partir.
Il ne s'oppose donc pas au romancier lorsque ce dernier emporte le garçon dans la maison.
