Disclaimer : ils ne sont pas à moi, sauf Haru pour le moment, mais sait on jamais.
Commentaire : la fin des haricots continue…
Bonne lecture
Hahn tah Yhel
Séparation
Mouvement 16
Shuichi rouvre les yeux sur le décor d'une chambre d'hôpital.
Il bat des paupières pour chasser les larmes qui y viennent.
Il a survécu, il va donc devoir continuer à vivre, alors que celui qu'il aime est persuadé de sa mort et n'a pas voulu l'entendre.
Il se replie sur lui-même.
« C'est peut être mieux ainsi… il n'aura plus à me supporter… il pourra reprendre une vie normale… »
Il se redresse et observe la perfusion avant de l'arracher avec précaution, pas qu'il se soucie de se blesser ou non mais pour éviter de déclencher une alarme.
Comme rien ne se passe et que personne ne vient il se débarrasse de ses habits d'hôpital et passe ceux qu'il portait à son arrivée.
Les traces de sang ne le dérangent pas, il les remarque à peine et les oublie aussitôt, il a d'autres soucis en tête.
Il sort de sa chambre et se glisse vers la sortie la plus proche.
Gagner la rue est plus facile qu'il ne l'escomptait et il en est presque surpris, mais cela l'arrange beaucoup et il bénit la chance qui semble lui sourire enfin un peu.
Il marque un temps d'arrêt devant la sortie puis s'élance en direction de la rue la plus proche.
En un instant il se fond dans la foule et s'éloigne de l'hôpital.
Il marche aussi longtemps que ses jambes le lui permettent puis se réfugie dans une ruelle étroite où il s'assoit, dos au mur, et ferme les yeux, la tête appuyée contre les briques.
Il se sent mal et faible, complètement perdu et seul.
« Que vais-je faire maintenant ? Que puis-je faire ? »
Toute sa vie il n'a pensé qu'au chant, depuis ce jour lointain où tout a débuté pour lui. Au chant et à celui qu'il aime et il vient de renoncer aux deux.
« Pardonnez-moi… »
Au même instant le romancier contemple le lit vide.
Depuis dix jours que Shuichi a été admis dans les lieux il vient chaque jour, guettant son réveil, ne repartant qu'à la fin des visites ou quand la famille de son amant arrivait, pour ne pas leur imposer sa présence, lui qui était la cause de tout.
Il pensait qu'on lui ferait reproche de sa présence, qu'on lui en voudrait de ce drame survenu par sa faute, mais, à l'exception d'Hiroshi qui semblait continuer à lui en vouloir, les proches de Shuichi s'étaient montrés compréhensifs et gentils.
Trouver le lit vide a donc été un choc, mais très vite les habits laissés en désordre sur une chaise, ceux manquants du chanteur, la perfusion gouttant sur les draps lui ont fait comprendre ce qu'il s'était passé.
Shuichi avait agi seul et était parti, sans doute sans prévenir personne.
La contrariété ne tarde pas à s'éveille dans l'esprit troublé du blond.
« Quel idiot ! »
Inquiet malgré tout il se lance sur les traces du chanteur, doutant d'en trouver mais pensant devoir le chercher tout de même.
Il néglige lui aussi de prévenir les gens de l'hôpital, il ne veut pas perdre de temps et être ralenti par des questions.
Chaque seconde qui s'écoule augmente la distance entre eux.
Mais il connait assez Shuichi pour se douter de ce que ce dernier avait bien pu faire.
« Il est sans doute parti droit devant lui… »
Il en fait autant, prenant la même porte et suivant les mêmes rues sans s'en douter, se laissant guider par son intuition.
Bien qu'il continue à progresser il ne peut se retenir de s'angoisser pour celui qu'il cherche.
Dans son esprit il est clair qu'il était bien trop tôt pour cette escapade du chanteur. Qu'elle ne lui ferait aucun bien, au contraire.
« Et si je ne parviens pas à le retrouver à temps ?»
Il ne perd pas de temps à questionner des passants, il sait que personne n'aura rien vu, qu'il perdrait son temps, les gens voient rarement ce qui dérange.
« Il n'a sans doute pas pu aller très loin… il est trop faible… je vais le trouver… je dois le trouver ! »
Il inspecte toutes les ruelles, tous les coins sombres qu'il trouve sur sa route, refusant de baisser les bras et son obstination est finalement récompensée.
Il cesse de marcher peu après être entré dans une ruelle étroite.
Il a réussi.
Il a retrouvé Shuichi.
Le chanteur est toujours assis sur le sol, dos au mur, ses yeux sont clos.
Il est pâle, immobile, comme le jour où il s'est ouvert les veines, la seule différence réside en l'absence de sang sur le sol.
Comme ce jour là il a les joues trempées de larmes.
Le romancier le contemple un instant, n'osant pas s'approcher de lui, craignant d'être arrivé trop tard.
Enfin, il fait un pas en avant et son pied frappe involontairement une petite pierre qui vole et heurte la jambe de Shuichi.
Le chanteur frissonne et rouvre les yeux, les lèves vers la silhouette debout près de lui.
Les deux regards se croisent, doré et violet, attentif et perdu.
Un sourire fragile passe sur les lèvres du chanteur lorsqu'il identifie la personne qui se tient là.
- Yuki…
La voix du chanteur est si faible que le romancier l'entend à peine.
Il devine plus qu'il entend le nom maudit, il le lit sur les lèvres pâles de son amant.
Shuichi lui est heureux, l'espace d'un instant.
Celui qu'il aime est venu le chercher.
Tout va bien se passer désormais.
Il n'a plus à s'en faire, il est en sécurité.
Il oublie ses doutes, ses résolutions, son chagrin.
Celui qu'il aime est venu le chercher.
Il peut donc espérer encore.
Il puise des forces nouvelles dans cette pensée, se relève.
Et puis l'écrivain parle, d'une voix dure, cinglante.
- Idiot ! Comment as-tu pu faire une chose aussi stupide ?
Les mots transpercent Shuichi, lui donnent envie de crier, de hurler sa peine et sa révolte.
Le sourire heureux meurt sur ses lèvres.
Usant des dernières forces qui lui restent il tourne le dos au romancier et s'agrippe à une saillie du mur pour rester debout.
Il veut affronter son amant debout.
Une dernière fois.
Mais ses mots sont une capitulation.
- Moi… je suis… stupide… de toute façon… tu l'as toujours su… tu l'as… dit et redit… stupide de t'aimer… stupide de croire… ce que je crois… moi… je ne vaux… rien… à tes yeux… je… suis… un fardeau…
Shuichi trouve enfin assez de courage pour faire face à son amant.
Il se retourne lentement.
Trouve une autre position pour rester debout malgré sa faiblesse.
Appuyé contre le mur, le visage levé vers celui du blond il tremble de douleur et de chagrin.
Le romancier tend le bras pour le saisir mais la main de Shuichi balaie la sienne.
- Non !
Le mouvement brusque déséquilibre le chanteur qui se rattrape avec peine.
Il tourne à nouveau le dos au blond mais il ne s'en soucie pas, au contraire, il s'en réjouit, ce sera plus facile de continuer à parler s'il ne voit pas son visage et si le romancier ne peut voir le sien.
Il reprend péniblement son souffle.
Il a la tête qui tourne un peu mais c'est supportable.
Il reprend avec effort.
- Moi… j'ai toujours… voulu… te plaire… mais… je n'ai jamais su… ce que… je pouvais faire… comment… y parvenir… moi… quoi que je fasse… tu… me repoussais… moi… je… ne peux plus…
continuer… je ne veux plus… continuer… parce que… quoi… que… je fasse… cela… ne sera jamais… suffisant…
Il marque une autre pause avant de reprendre.
Le romancier reste figé, silencieux.
Sans réactions visibles.
Il écoute la voix faible reprendre son monologue.
- Moi… j'aurais pu… tout sacrifier… pour toi… ma carrière… mon corps… tout ! Je ne suis pas… comme… lui…
Une pause encore, plus longue cette fois.
Le romancier serre désormais les poings.
Il brûle d'ordonner à Shuichi de se taire mais sa voix refuse elle de lui obéir.
Et la voix faible du chanteur reprend de plus belle.
- Mais… je ne peux… plus… continuer… je ne peux plus… sourire… dire… que ce n'est pas grave… moi… j'ai mal… j'ai vraiment mal Yuki…
A nouveau le silence, les doigts du chanteur commencent à le faire souffrir, mais il ne veut pas lâcher prise, il sait que s'il le fait il tombera.
- Je sais… que tu as souffert… j'ai tant pleuré… pour toi… Moi… je voulais… te faire oublier… cet homme… Mais ce n'est pas possible… Moi… je regrette… je regrette Yuki… de ne pas être capable… de te… soulager… un peu… rien qu'un peu… Moi… je… je suis égoïste… je te veux pour moi… pour moi seul… chaque jour… un peu plus… Chaque jour… j'espère… j'attends…
Un silence encore.
- C'est vrai… je pleure trop… je fais trop de bruit… je prends trop… de place… j'en fais… toujours… trop…
Un rire sans joie échappe au chanteur, suivit d'un sanglot.
- Et… malgré cela… ce n'est jamais assez… Moi… je ne suis pas capable… de te parler… un langage que tu puisse comprendre… Moi… je suis… trop loin… trop loin de toi… tu veux bien… de mon corps… mais… tu n'as que faire de moi… de mon âme… de mon amour… tu vois… j'ai fini par comprendre… par accepter… ton refus… de mon être…
Le romancier voit soudain le corps du chanteur basculer et se précipite pour le retenir.
Avant d'avoir pu reprendre ses esprits Shuichi se retrouve soulevé de terre et calé contre la poitrine du blond.
- Non ! Laisse-moi ! proteste-t-il.
- Tais-toi ! Je ne veux plus rien entendre. Crie le romancier en retour.
Contre toute attente Shuichi ne persiste pas. Il se laisse emporter en silence, sans se débattre ni même pleurer.
Bien que ses yeux soient ouverts il semble absent et ce détail alarme l'écrivain.
Faisant volte face il prend la route de l'hôpital.
A suivre
