- Pourquoi tu veux des infos sur Nikolaï Boscovitch tout d'un coup ? Demanda le patron du restaurant de sushis russe, tout en découpant un poisson que son interlocuteur ne connaissait pas.
- Il m'a dit de ne pas poursuivre les gens sans les connaître. Répondit simplement Izaya, sur la pointe des pieds pour voir derrière le comptoir.
- Alors tu cherches à le connaître pour pouvoir le poursuivre ? Tu sais que t'es pas banal comme gosse ? Une vraie graine de stalkeur. Rigola l'homme en s'essuyant les mains sur un torchon propre en lui faisant signe d'aller vers une des petites pièces prévues pour les clients.
Cela faisait plus d'une semaine qu'il demandait des renseignements sur le tatoué à Simon et son boss, et qu'il en profitait pour se faire offrir des sushis aussi. Le vieil homme semblait enfin vouloir répondre à ses questions, malgré la réticence dont il avait fait preuve jusque là. Heureusement d'ailleurs, car les vacances touchaient à leurs fin, et le garçon aurait eu beaucoup moins de temps pour ses recherches.
- Ok petit, écoute bien, ce mec, là, il est dangereux, tu devrait pas t'approcher de se genre de type, encore moins à ton âge. J'ai pas le droit de te dire ce qu'il fait exactement, mais c'est pas joli-joli, alors laisse tomber sur ce coup.
Le brunet fronça les sourcils, ce n'était pas ça qu'il voulait, sachant bien qu'il ne reverrait plus l'autre russe tant qu'il n'en saurait pas plus. Le cuistot sourit en voyant sa grimace.
- Crois-moi, c'est mieux pour tout le monde si tu te mêle pas des affaires de cet homme, et de ceux avec qui il bosse.
Sur ces mots, le patron se releva et repartit en cuisine, laissant Izaya à ses réflexions. Si lui ne voulait rien lui dire, il allait devoir trouver des informations ailleurs. Nikolaï trempait apparemment dans des combines pas très nettes, alors le mieux pour l'instant ce serait de vérifier ses soupçons sur l'hypothèse qu'il fasse parti d'un des Colors Gangs. Et le jeune garçon savait exactement où aller pour ça, le seul problème étant d'en ressortir en un seul morceau.
SI
Il courait à en perdre haleine. Ses poumons menaçaient d'ailleurs de l'abandonner lâchement. Ils lui brûlaient. Ses jambes flageolaient, mais il continuaient de forcer. Peut importe tout ça, il ne devait pas s'arrêter. Pas avec ces types qui étaient après lui depuis plusieurs longues minutes déjà.
Après les vacances, il avait fallut au jeune garçon quelques jours pour entrer en contacte avec l'un des Colors Gangs : le Red Circle. Il avait alors questionné leurs membres, mais ceux-ci ne semblait pas connaître de Gorchkov. Mais, de toute évidence, ses recherches n'étaient pas passées inaperçues des plus hauts gradés, qui, eux, connaissaient le russe. Ils poursuivaient donc Izaya depuis des jours, pensant à tord qu'il pourrait les mener au tatoué, puisque lui-même ne savait que son nom.
Soudain, le brunet sentit un corps lourd lui tomber brutalement dessus et il se retrouva plaqué au sol, le souffle coupé, la vue brouillée, les oreilles sifflantes, les membres du Red Circle l'entourant dans une rue du centre d'Ikebukuro, vide à cette heure avancée de la nuit. Il y eu un instant de flottement où tout le monde prit connaissance de la situation, en plus de retrouver leur respiration. Le garçon commença alors à se débattre, il sentait bien que cette histoire allait mal finir pour lui.
- Olà, on se calme moustique ! Grogna celui qui le tenait toujours en renforçant sa prise sur ses petits bras.
Izaya sentit sa joue gauche racler contre les gravillons sur le trottoir et sa circulation sanguine s'arrêter presque là où les mains de gorille de l'homme le tenaient. Il aurait des bleus, c'était sûr. D'un coup il se retrouva soulevé et remit debout avec brusquerie. Les hommes en rouge l'entouraient, ne lui laissait aucune chance de fuir. Il allait devoir se débrouiller pour percer leurs rangs.
- Alors comme ça, un gamin comme toi est pote avec Gorchkov ? Je le crois pas !
Des rires. Le garçon les regarda tour à tour, cherchant une faille sans vraiment faire attention à eux. Ce qui eu malheureusement le don de les énerver. Le poing qui s'écrasa sur sa tempe le renvoya au sol. Le colosse l'attrapa ensuite par le col et le souleva à bout de bras.
- Maintenant tu vas nous dire tout ce que tu sais sur le russe, sinon, gosse ou pas, je vais te cogner jusqu'à ce que tu craches le morceau !
- Je sais rien… articula difficilement le brunet, la trachée compressée par le dos des doigts de l'homme.
- Ouais, à d'autres !
Il le lâcha et Izaya sentit sa cheville droite craquer en touchant le sol. Il ne montra rien de sa douleur et ne se releva pas. Peut-être qu'en restant inerte ils se lasseraient et partiraient. Du toute façon, il ne pouvait pas se battre contre eux, il en était bien conscient. Mais le Red Circle devait avoir une tout autre façon de penser.
- Parle bordel ! Cria un des types et écrasant sa botte sur le sternum du petit.
Sa respiration se coupa une nouvelle fois. Il allait finir par être un as de l'apnée si ça continuait.
- Je sais… rien…
Il ne pu ajouter quoi que ce soit avant qu'un autre coup ne l'atteigne à l'estomac, lui faisant cracher de la bile visqueuse et brûlante.
- Dans ce cas-tu vas morfler pour nous avoir fait perdre notre temps, gamin !
SI
Un liquide chaud coulait le long de son visage, venant d'une plaie ouverte dissimulée par ses cheveux en désordres. Il voyait flou, alors que son sang rougissait le bitume. C'est types ne l'avaient pas loupé, mais il était bizarrement indifférent à tout ça. La seule chose qui le dérangeait à l'instant, c'est qu'il ne savait toujours rien de plus sur le russe au tatouage. Il soupira et grimaça un peu sous la douleur dans ses côtes.
Des pas tranquilles se firent entendre dans le rue, silencieuse depuis le départ des membres du Red Circle. Quelqu'un venait vers lui. Le bruit des baskets sur le sol lançaient des petites vibrations qui remontaient dans les oreilles du garçon toujours allongé par terre. C'était désagréable. Qui pouvait bien se promener dehors à une heure pareille, en plein quartier appartenant aux Colors Gangs ? Il avait déjà donné, il espérait ne pas subir de nouvelles blessures, si possible.
- Je t'avais pourtant prévenu, non ?
Izaya reconnu immédiatement cet accent russe à couper au couteau et fit de son mieux pour se retourner sur le dos, croisant ainsi les yeux bleu glace de Nikolaï, un pocky rose dans le bec. Il y eu quelques secondes de silence puis l'homme soupira en s'avançant, et prit l'enfant dans ses bras.
- Je vais pas te laisser là.
Le brunet n'était pas inquiet. Cet homme était dangereux, il l'emmenait quelque part, il ne savait pas où, mais il s'en fichait. Il l'avait retrouvé, et c'était presque suffisant pour lui faire oublier ce par quoi il venait de passer pour enfin réussir à le voir. Maintenant il voulait des réponses, il voulait savoir d'où venait cette force, cette vie qui coulait du russe. Cette aura qui l'attirait comme un aimant, mais dont lui-même était dépourvu. En fait, il enviait Nikolaï. Cette constatation lui vint naturellement. Il enviait ces être humains qui sortaient du lot, ceux si spéciaux que même les pires crétins reconnaissaient leur existence comme un espèce de petit miracle.
Le jeune y pensait encore quand ils entrèrent dans un immeuble d'apparence totalement banale. Ils montèrent au septième étage et entrèrent le deuxième appartement sur la gauche du couloir après avoir toqué trois coups secs et brefs. Un homme apparut, portant une blouse blanche, et conversa un instant en russe avec le tatoué, sous le regard intrigué, mais absolument pas apeuré, d'Izaya.
- Il va te remettre à neuf. Lui expliqua Nikolaï en l'emmenant vers une pièce qui avait tout de la salle d'opération d'un hôpital, avec sa table d'opération et ses outils en tout genre éparpillés partout.
Le garçon se retrouva allongé à nouveau, puis le médecin, enfin, il supposait que cet homme devait l'être, s'approcha et lui mit un masque sur le visage. Il n'eut pas le temps de comprendre qu'il sombrait déjà dans l'inconscience.
SI
Quand il rouvrit enfin ses yeux carmins, la première chose qu'il vit fût un plafond blanc. Il y avait des tâches d'humidité dans un des coins qui jaunissaient la peinture blanche en-dessous. Avait-il changé d'endroit ou était-il toujours chez ce docteur ? Il remarqua ensuite que ses blessures avaient été traitées. Normal, ils étaient venus pour ça, pas vrai ? L'image de ses parents lui vint un instant en tête. Avaient-ils remarqués que leur fils ne rentrait pas à la maison ? Izaya en doutait. Mais peut importe.
Une porte qui claque le sortit de ses pensées et Nikolaï, toujours habillé aussi légèrement, comme insensible au froid, entra dans son champ de vision. Il s'assit sur une chaise en bois près de son lit et fixa son regard limpide dans le sien.
- On dirait que je vais devoir t'expliquer certaines choses si je veux pas que tu ais d'autres ennuis. Ça me ferait chier qu'un gosse meurt à cause de moi, donc je vais te dire ce que tout le monde sait ici, dans le milieu. Mais rien de plus.
Le brunet se redressa, soudainement intéressé, les yeux illuminés d'une lueur qui ne s'y trouvait pas habituellement. Il allait enfin savoir, il allait pouvoir se rapprocher de cet homme si spécial ! Il en aurait trépigné d'impatience si son plâtre à la jambe ne l'avait pas empêché de se lever. L'autre le vit et eu un sourire en coin en prenant un autre pocky.
- Enfin une expression sur ton visage ! Bon, tu es prêt ? Ouvre grand tes oreilles…
SI
Izaya avait un immense sourire sur le visage, les yeux écarquillés, les pupilles dilatées à en faire devenir ses yeux noirs. Plutôt effrayant d'ailleurs, mais personne n'était là pour le voir. Il le savait, il le savait ! Il avait raison !
Le grand chef de la mafia russe avait envoyé son second au Japon pour une affaire qui devait rester secrète. Et Nikolaï Boscovitch Gorchkov était lui-même le bras droit de cette homme ! Autant dire, la crème de la crème, un diamant brute dans le roc ! Le mâle alpha de la meute ! Il devait avoir un pouvoir incroyable sur les autres hommes, il pouvait les commander, leur faire faire ce qu'il voulait. Et le garçon l'enviait. Il pouvait jouer avec eux comme bon lui semblait, personne ne l'ignorait, tout le monde le voyait, tout le monde l'adulait !
Seul dans sa chambre, chez lui, ses parents qui ne l'avaient même pas vu rentrer après près de trois jours d'absence, ni même remarqué ses blessures, au bout du couloir, il éclata d'un rire dément à faire frémir un mort. Si il pouvait trouver le moyen d'avoir cette aura lui aussi, peut-être qu'il pourrait enfin trouver sa place.
Ce n'était à ce moment qu'une plainte d'un enfant ignoré depuis toujours et qui voulait qu'on le remarque. Ce n'était pas tant l'envie de contrôler ou de manipuler des gens, ni même de les voir. Non, à ce moment, Orihara Izaya voulait simplement que les autres le voient, lui, il voulait juste prouver son existence à ce monde qui s'échinait à le renier...
Il se calma néanmoins, passant une main dans ses cheveux noirs et légèrement humide de sueur. Nikolaï lui avait bien dit qu'il devrait garder tout ce qu'il avait apprit pour lui, au risque d'à nouveau se retrouver dans les problèmes jusqu'au cou. Mais cela ne l'empêcherais pas de recommencer à le chercher, plus que jamais il voulait connaître le secret de la vie de cette homme.
Voilà enfin le chapitre 2 ! Il m'aura donné beaucoup de soucis, j'ai l'impression d'aller trop vite et de ne pas avancer en même temps... ^^' J'espère qu'il vous a quand même plu ! J'essayerais de faire en sorte que le prochain soit meilleur !
Un énorme merci à Michiyo (ne t'en fais pas pour les fautes, ta review m'a fait très plaisir !), la perle sauvage (j'espère que la suite est à la hauteur de tes attentes), Taisuki (qui a dû me supporter tout le long de l'écriture, comme toujours, le pauvre...) et Kafka Tamura (ce chapitre est moins bon que le précédent de mon avis, j'en suis désolée T-T je vais me rattraper !)
Voilà, donc à la prochaine pour le suivant, j'espère que vous serez toujours là ! :3
