Chapitre 2:

Le soir était tout à fait tombé, les amoureux commençaient à quitter les berges romantiques, la tiédeur de l'air rendait délicieuses la brise légère et cette odeur d'eau qui montait du fleuve. Tout le monde se hâtait vers son logis. J'avais faim et je voulus traverser le quai pour aller prendre mon bus mais j'avisais tout à coup sur un banc un homme dont l'attitude me surprit. Il était penché en avant, le visage entre mes mains, dans une immobilité absolue. Il y avait dans cette immobilité, dans ce silence quelques chose de poignant qui retint mon attention. Je le dépassai lentement, revins sur mes pas...

Cet homme n'avait ni l'attitude, ni les vêtements d'un clochard, il semblait vêtu modestement mais correctement. Peut-être était-il malade... Je m'éloignai de quelque pas et m'adossai au parapet du quai sans le perdre de vue. Soudain, il releva son visage et renversa la tête en arrière sur le banc. J'entendis une sorte de gémissement. L'homme passa plusieurs fois sa main sur son front puis se leva.

Lorsqu'il fut debout il chancela, se retint d'une main au dossier du banc, je pensai immédiatement qu'il avait bu... j'avais vu assez d'ivrognes pour aujourd'hui et j'allais m'éloigner mais l'homme reprit son équilibre et se mit à marcher, très lentement et avec peine. Il passa devant moi et à la lueur d'un lampadaire je vis son visage jeune, d'une extraordinaire pâleur. L'homme continua sa route d'un pas incertain, trainants. Je le suivis... l'homme ne marcha pas longtemps. Il s'emblait épuisé. Il alla vers le parapet du quai et se laissa tomber de tout son poids. Je m'approchai :

-Etes-vous malade? Puis-je vous aider? J'avais parlé d'une voix volontairement très basse pourtant il sursauta violemment ...

-Non dit-il. Merci.

-Vous semblez souffrant. Je peux vous accompagner jusque chez vous. Ou habitez-vous?

-Nulle part!

-Vous avez bien tout de même une chambre pour dormir? Vous tenez à peine debout, il faut rentrer et vous coucher. Si vous voulez je peux appeler une ambulance on vous conduira à l'hôpital.

- Laissez moi tranquille, je ne vous demande rien...

Il se détacha du parapet fit deux pas en chancelant, je le rejoignis d'un bond à l'instant même ou il allait s'affaisser et je le retins fermement par le bras. Je venais de comprendre ... cette pâleur, ces yeux immenses et cernés, cette voix faible... comment n'y avais-je pensé avant.

- Venez.

Il résista une seconde, mais je le tenais fermement et il était plus faible qu'un enfant. Je compris qu'il s'abandonnait et il me suivit.

Je connaissais dans une rue adjacente un bar/ brasserie "le chaudron baveux", ou j'avais été manger plusieurs fois avec mon ami Ron. En tenant le bras de mon "clochard" je m'y dirigeai et poussai la porte de la main sans lâcher l'homme que je craignais de voir s'enfuir. Peu de monde, à part deux couples et trois hommes seuls attablés contre la fenêtre du fond qui dinaient en lisant leur journal.

Il faisait chaud dans le bistro, j'amenai mon protéger jusqu'à la table la plus éloigner du comptoir et le fis asseoir de façon qu'il tournât le dos à la salle. Le patron, un bon gros débonnaire accourut.

- Pour ces messieurs , ce sera?

-Deux biftecks aux pommes, avec beaucoup de frites, de la salade et du fromage!

-Bien, bien,bien! dit-il en chantonnant.

Je posais ma sacoche sur la table et je relevai la tête pour regarder autour de moi en souriant. Je n'osais pas poser mon regard sur l'homme car je sentais que ses yeux ne me quittaient pas et j'avais peur de ce que j'y lirais. Heureusement le parton apportait deux assiettes fumantes.

-C'est sympa, dis-je avec enjouement, je meurs de faim, vous aussi j'espère , bon appétit!

Je ne regardai toujours pas le visage de l'homme mais je surveillais ses mains. Je les vis trembler tandis qu'il saisissait la fourchette et le couteau avec une hâte maladroite.

Lorsque son assiette fut vide sans rien dire je le servis en frite . Il soupira un peu , il mangeait moins vite. Il posa son couteau et sa fourchette sur la nappe et j'osai lever les yeux sur lui... il me dévisageait à la même minute et je reçus , comme un coup, le regard de ces yeux gris tempête, brulant et pathétiques que l'extrême pâleur, la maigreur du visage faisaient ressortir davantage faisait croire que ses yeux étaient noirs. Ses cheveux blond en désordre retombaient sur son front. Je ne l'avait pas cru si jeune tout à l'heure dans l'ombre. Il portait un pantalon élimé et une chemise de flanelle usée mais ces vêtements étaient propre et chose étrange, l'homme ne manquait pas d'élégance malgré sa pauvreté. Il continuait à me regarder et je me sentis gêné.

-Comment vous appelez-vous? demanda-t-il.

Les rôles étaient inversé et c'était moi qui me sentait timide et gauche.

-Harry Potter, et vous?

-Salazar.