Chapitre 2 :

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"Avez-vous déjà été amoureux ? Horrible, n'est-ce pas ? Ça vous rend si vulnérable... Ça fait mal. Pas seulement dans l'imaginaire. Pas seulement dans l'esprit. C'est une souffrance de l'âme, une réelle douleur qui s'insinue en vous et vous déchire de l'intérieur. Je déteste l'amour."
- Neil Gaiman

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La première soirée que j'ai passé avec le Docteur John Watson a été une révélation pour moi. Il y avait là cet homme fascinant, et il semblait tout aussi fasciné par moi. La moindre et ridicule déduction que je faisais paraissait le captiver complètement. Il me regardait, débiter mes raisonnements, la bouche légèrement ouverte, cette délicieuse langue rose parcourant sa lèvre inférieure, une incontestable étincelle dans ses yeux. Il ponctuait les pauses de mes déclarations par des "Brillant !" ou "Fantastique !". Bien qu'il ait un peu exagéré, je me délectais assurément de l'attention. Personne ne semblait jamais apprécier mes explications, donc ce fut une nouveauté.

Ce qui m'a pourtant le plus passionné chez John, c'est sa capacité d'écoute. Après un certain temps de vie, les gens deviennent colériques, sur la défensive, irritants, hostiles... C'était un tel soulagement de trouver ses yeux merveilleusement expressifs, me fixer avec une fascination pouvant presque paraître dérangeante.

Puis il est venu à moi.

Il n'y avait aucun doute sur son intérêt, particulièrement quand il entama maladroitement la conversation sur les relations. Nous étions assis chez Angelo, près de la fenêtre de devanture. La bougie qu'Angelo avait placé sur la table ("c'est plus romantique") rendait les yeux de John presque ambrés, à la place de leur couleur noisette habituelle.

En attendant que l'entrée de John arrive, nous avions bavardé avec facilité, et je réalisais avec choc que je ne pourrais jamais en avoir assez, de cet homme. Il était plein d'esprit, charmant, drôle, et avait manifestement un cerveau convenable, entre les deux oreilles. (Presque tout le monde est idiot, bien sûr, mais John était bien moins stupide que la majorité d'entre eux). Je me sentais de plus en plus attiré par lui, et je l'observais, cherchant des signes d'intérêt envers moi.

Malgré ses protestations à Angelo ("Je ne suis pas son rencard !"), c'était assez évident qu'il était attiré par moi. Il ne cessait pas de me lancer des regards intéressés, lécher ses lèvres (sérieusement, pouvait-il être plus flagrant ?), et posait des questions d'ordre privé.

Vous n'avez pas de copine ?

De copine ? Non... Ce n'est pas ma tasse de thé.

Un bon signe.

Je vois... Alors un copain peut-être ? Ce qui ne serait pas un souci.

Je sais que ce n'est pas un souci.

Vous avez un copain alors.

Non.

Ok, d'accord. Vous êtes sans attaches. Comme moi. Bien.

Ça se passait exactement comme je l'espérais – mon attirance était incontestablement réciproque. Magnifique. Je sentais une chaleur grandir à la base de mon épine dorsale, et une lueur d'intérêt dans mon aine. Je ressentais le besoin phénoménal de bondir par dessus la table et goûter ces lèvres roses qu'il n'arrêtait pas de lécher nerveusement.

Mais bordel qu'était-il arrivé à mon self-contrôle ?

Et bien sûr, j'ai tout fichu en l'air. Dans un moment de panique, dû à la chaleur dans mon ventre, j'ai commencé à faire marche arrière.

... John... Je crois qu'il faut que vous sachiez que je me considère comme marié à mon boulot, et que même si je me sens très flatté par votre intérêt, je ne suis pas en train de...

Non ! Hmm, non ! Je ne vous... demande rien. Non... Je dis seulement que... que tout me va.

... Oh. Merci.

Seigneur. Ce n'est pas comme ça que je voulais que ça se passe. Qui était ce petit homme calme, pour me troubler autant ?

oOoOo

La course poursuite à travers les rues de Londres, pour tenter de rattraper le taxi, avait été stupéfiante. John avait suivit rapidement, riant intensément. Quand nous avions finalement rattrapé le taxi, j'avais réalisé qu'il n'était pas possible que le passager soit le suspect, et embarrassé d'avoir commis une erreur devant John, j'avais dit au passager désorienté "Bienvenue à Londres !" puis fait demi-tour.

Lorsque John et moi nous étions arrêtés pour reprendre notre souffle, il avait commencé à rire follement. Une autre surprise – je n'aurais jamais pensé qu'un médecin-militaire puisse rire comme enfant heureux. C'était un son délicieux, et pourtant, je ne pouvais m'empêcher d'être un instant paniqué. Riait-il de moi ? Ça commençait toujours comme ça – tout d'un coup, l'hilarité de chacun me prenait pour cible, et très souvent, je n'en comprenait même pas la cause.

Mon anxiété dû se voir (un autre exemple montrant combien cet homme pouvait briser mes barrières habituelles, mes expressions faciales étaient complètement sous contrôle en temps normal), parce que John rit encore, et me répondit "Rien... 'Bienvenue à Londres' ?". Ensuite il repartit dans un autre paroxysme du rire.

Oh.

Il riait avec moi. Me traitant comme un ami. Il ne se moquait pas de moi, ne riait pas de mon manque de bonnes manières – il m'incluait dans son rire chaleureux et affectueux. Je me retrouvais à lui sourire en retour.

"- Vous avez retrouvé votre souffle ?"

"- C'est quand vous voulez."

Et nous avons couru de nouveau.

oOoOo

À la fin de cette soirée, John tua un homme pour sauver ma vie. Et après un mois passé, John était devenu absolument indispensable, à moi et mon travail. Je détestais tout simplement être sur une enquête sans lui. Sa présence m'aidait vraiment à clarifier mes pensées, et il avait une étonnante capacité à poser les bonnes questions, au bon moment, ouvrant une fenêtre qui illuminait l'évidente solution. Son absolue confiance en moi semblait inébranlable. C'était une sensation incroyablement grisante.

Hélas, plus l'on passait de temps ensemble, plus je souhaitais ne pas avoir repoussé ses avances si fermement. Il avait tiré une leçon de ma réponse, et désormais, il démentait systématiquement, disant à qui voulait l'entendre que nous n'étions pas ensemble, pas impliqués dans une relation, pas en rendez-vous amoureux, etc...

Puis ensuite, j'ai reçu un e-mail de Sebastian Wilkes. Il y a des moments de ma vie, en faisant de mon mieux, que j'ai effacé, et le temps passé avec Sebastian Wilkes est un ensemble de souvenirs qui reviennent obstinément, en dépit de tous mes efforts.

J'ai été, durant mon dernier trimestre à l'Université, impliqué sexuellement avec Seb, et je dois l'avouer, j'étais quelque peu obsédé par lui. Malheureusement, c'était résolument une relation unilatérale, et les abus émotionnels (et parfois physiques) de Seb, ont fait de ma vie un enfer. Les gens avaient tendance à penser que j'étais une machine, sans quelques émotions que ce soit, et Seb n'a pas été une exception. Il paraissait se délecter de mon humiliation. Sa cruauté m'a finalement conduit à quitter l'Université et à plonger dans une nouvelle et passionnante habitude. La cocaïne.

Donc recevoir un mail de Seb Wilkes, demandant mon aide pour une affaire, déclencha en moi un paquet de vieilles sensations. Si ça n'avait pas été pour les problèmes financiers de John, je n'aurais jamais répondu, mais de cette manière, je pouvais alléger ses problèmes. Je pense pouvoir affirmer qu'il a gagné la moitié de son salaire annuel, et qu'il sera en sécurité financièrement durant des mois.

Lorsque nous sommes entrés dans le bureau de Seb, toute la souffrance qu'il m'a infligé est revenue d'un coup. J'ai revêtu mon attitude froide et j'ai, de manière évidente, présenté John comme étant mon ami. Le pouffement railleur de Seb sembla déclencher l'occasionnel réflexe chez John, qui aboya un "collègue !" pour me pour corriger.

Le mot me traversa tel une longue épée. Clairement, John avait très bien retenu la leçon du "marié à mon boulot". Comment l'amener à me revoir de la même manière que cette nuit là ?

À suivre...


Encore un chapitre de publié, d'ailleurs mon temps de publication est un peu bordélique ces derniers temps.

Sinon, pour ceux et celles qui seraient tentés de me faire remarquer que "Mais pourquoi, si il a beaucoup d'argent grâce à un héritage, Sherlock ne paye pas tout pour aider John ?".
Sérieusement, vous avez vu comment John a du mal à oser demander à Sherlock de lui prêter de l'argent ? Et vous le voyez se faire entretenir ? Lui ?
Heuuuu... Naaaaan !
Sherlock veut que John ait de quoi se débrouiller durant pas mal de temps ET qu'il n'ait pas à travailler, pour pouvoir être toujours disponible quand il y a une affaire. Si le premier objectif a été atteint... Ce n'est pas le cas du second !

Merci pour vos reviews et pour continuer à suivre, Sherlock's Scarf et moi on est heureuses !