Chapitre 3 :

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"Il suffit d'un très petit degré d'espérance pour causer la naissance de l'amour."
– Stendhal

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La nuit suivante, les choses ont empirées.

On sort ce soir.

En fait je... j'ai un rencard.

Un quoi ?

C'est quand deux personnes qui s'apprécie sortent s'amuser.

C'est bien ce que je proposais.

Ah je ne crois pas non. Enfin j'espère.

Visiblement, John essayait d'oublier son attirance envers moi. Eh bien, je ne pouvais tout bonnement qu'attendre, voir ce qu'il adviendrait, et repousser sans aucune pitié ces ridicules (romantiques ?) pensées concernant mon colocataire. J'étais probablement mieux seul de toute façon.

Pas très convainquant. À travailler.

oOoOo

Heureusement pour moi, la vie sentimentale de John ne rencontra pas de succès. Il enchaîna une série de petites-amies, aucune ne durant aussi longtemps que l'inutile Sarah qui, John m'a dit, avait rompu avec lui "parce qu'elle n'aimait pas sortir avec quelqu'un dont la vie était régulièrement en danger". Quelle excuse ridicule – John est excitant au possible quand sa vie est en danger, et même une simple et fade femelle comme Sarah pouvait sûrement constater ce rapport de cause à effet.

Je dois bien avouer m'être arrangé pour que sa situation amoureuse reste instable. Si John paraissait devenir trop épris d'une femme en particulier, je lui trouvais des distractions, sous la forme d'affaires, et il sautait avidement sur l'occasion de passer du temps avec moi, plutôt qu'avec la femme de la semaine.

Comment ne pouvait-il pas remarquer l'évidence ? Comment pouvait-il ne pas voir que nous étions reliés ?

Ce que je trouvais plus déconcertant encore était que, malgré ses évidentes réactions physiques en ma présence, John semblait absolument, et résolument, inconscient de son attirance. Même dans les moments où nous nous trouvions serrés ensemble dans une petite pièce (cachés dans le placard d'un tueur revenu à l'improviste, tous les deux pris au piège dans une chambre froide pendent plus d'une heure), John n'établissait pas la connexion entre l'accélération de son pouls, de sa respiration, et ma proximité.

Je commençais à désespérer, il ne réaliserait jamais que nous étions faits l'un pour l'autre. Je devenais irritable, agité, malheureux. J'acceptais plus d'affaires que jamais, essayant d'éviter la souffrance du temps passé avec mon fidèle ami – qui vraisemblablement, resterait seulement un ami, rien de plus.

oOoOo

Et c'est arrivé. Les choses ont commencé à changer. Peut-être était-ce à cause de l'incident de la piscine. Peut-être que l'affaire Irène Adler avait quelque chose à voir avec ça. Quelle que soit la cause, John parut ré-ajuster son regard, et à ma plus grande joie, je me suis souvent trouvé être le centre de son attention.

Je remarquais que John m'observait fréquemment, lorsque j'étais supposé être inconscient de son regard. Quand je jouais du violon, je veillais à jouer les morceaux qu'il aimait le plus, sachant qu'il me surveillait de près. Si je travaillais sur une expérience dans la cuisine, ou faisais nerveusement les cent pas dans l'appartement, j'attirais son attention, son regard glissait sur mon passage.

En fait, j'avais noté que cela arrivait couramment lorsque je portais ma chemise couleur-prune, et qu'un bouton supplémentaire retiré au niveau du cou semblait être en rapport avec la quantité de regards dissimulés que je recevais. J'avais mis un point d'honneur à acheter deux chemises identiques de plus, juste pour que ces moments arrivent plus souvent.

John s'est mis à formuler des requêtes, quand je jouais du violon. Il ne connaissait que les compositeurs les plus célèbres, comme Beethoven, Bach et Mozart. John avait l'air d'excessivement apprécier Vivaldi, et en dépit de mon agacement envers ces choix surjoués, je m'arrangeais pour jouer ses morceaux préférés, le plus possible, simplement pour lui montrer que faisais attention à ses goûts. (Mes recherches m'avaient indiquées que les personnes appréciaient les attentions venant d'un partenaire potentiel.)

Ensuite est venu l'après-midi sur la passerelle, à Regent's Park. Nous revenions d'une affaire assez simple, rien d'extraordinaire. (Un conservateur stagiaire, au British Museum, qui avait succombé à la tentation, et tenté de receler un vase Qing extrêmement précieux, à Prague.) John voulait savoir de quelle manière j'avais fait la connexion avec Prague (ridiculeusement simple – j'ai su d'un regard au pouce du conservateur qu'il avait un lien avec les Tchèques), donc je lui expliquais les déductions que j'avais effectué.

Nous nous sommes arrêtés sur la passerelle, penchés sur la rambarde. Subtilement je me rapprochais un peu plus près de John, dissimulant le mouvement sous des coups de pieds donnés à des feuilles tombées sur le pont. C'était enivrant de se tenir si près de John – je pouvais sentir l'odeur légèrement épicée de son savon au bois de santal, l'Earl Grey, et dessous, une odeur chaude, boisée, juste John.

Pendant que je parlais, en contemplant la surface du lac, je réalisais que John me fixait. Je levai les yeux de l'eau scintillante, et nos regards se sont rencontrés. Je voyais les reflets de la lumière du soleil jouer dans ses incroyables yeux, troquant leur marron habituel contre un bleu foncé, pour ensuite presque retourner à un ambre fauve. Les yeux de John sont comme des opales, semblable aux alexandrites – ils ne sont presque jamais de la même couleur. Ses yeux sont les miroirs de son âme, profonds et énigmatiques. (Bon Dieu, je suis complètement amoureux.)

Nous sommes restés dans le regard de l'autre durant, ce qu'intellectuellement je savais être, seulement quelques secondes. Et pourtant, ce fut comme si le temps s'était arrêté pendent un instant, et que nous étions enfermés dans une bulle, coupés du monde.

(Dis lui. Dis lui ce que tu ressens. C'est le moment !)

Ça ne l'était pas. John brisa l'échange, et après quelques secondes à rassembler mes idées, j'ai poursuivi mon explication sur l'affaire, comme si cet instant n'avait jamais existé.

Mais il l'avait existé. Ça devait vouloir dire quelque chose. John n'était pas loin de découvrir son attirance pour moi. Peut-être que tout ce qu'il me fallait était de la patience.

Accompagnée, bien sûr, d'un petit peu de sabotage concernant les potentielles petites amies pouvant surgir.

À suivre...


Oh, je trouve juste Sherlock adorablement malchanceux !

M'enfin, ça ira mieux, comme nous le savons tous ^^ (enfin moi je sais ! héhé)
En fait, c'est comme si le fait de ne jamais avoir trouvé personne à aimer comme John, avait emagaziné tout les sentiments possibles, et maintenant, c'est John qui prend tout ^^

Bon, je m'arrête, plus de divagations et à bientôt =)