(1) petites boites cylindriques en verre ou plastique, peu profondes, et qui servent lors d'expériences en microbiologie.


Chapitre 4 :

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"Si l'on veut connaître l'amour, on doit vivre l'amour, en action."
- Leo Buscaglia

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J'observais attentivement John durant les semaines suivant notre conversation, sur la passerelle. Il ne semblait plus désirer se trouver une de ces femmes ridicules, il était de toute évidence heureux de passer ses soirées à la maison, dans notre appartement, ou d'être à mes côtés quand je poursuivais le criminel du jour.

J'ai remarqué qu'il avait l'air plus inquiet à propos de mon bien-être, et bien que ce soit énervant, je le laissais parfois me convaincre de manger ou dormir. Quel que soit l'agacement que j'en tirais, le plaisir d'être au centre de l'attention de John compensait largement.

Je faisais de mon mieux pour lui rendre la pareille, discrètement, en jouant au violon son morceau préféré de Vivaldi, ou en trouvant le plus d'affaires excitantes possible, pour stimuler son intérêt. J'avais même réduit le nombre de membres humains gardés dans le frigo, malgré le fait qu'il me soit pénible de limiter mes expérimentations.

Ça restait quand même assez frustrant. C'était comme si il n'y avait aucun moyen pouvant pousser John à faire changer notre relation, sauf si je me décidais à agir. J'étais déterminé à ne rien faire, parce que si je me trompais à son sujet (une des raisons pour lesquelles je ne me lasserais jamais de John, il me surprend souvent), alors je pourrais tout gâcher.

Les choses auraient pu continuer ainsi, indéfiniment dans cet enfer absurde, s'il n'y avait pas eu Anderson. De toutes les personnes présentes en ce monde...
Me tenant près du corps d'un homme âgé (empoisonné, assassiné pour son assurance-vie), je soulignais les preuves évidentes, désignant une utilisation subtile d'antigel dans son sirop contre la toux. John me fixait, avec cette expression (si sexy) pleine d'étonnement, qu'il avait lorsque je décortiquais mes déductions.

Quand j'en eus terminé avec mon explication, John s'écria d'un "Brillant !" en rayonnant dans ma direction, serrant mon bras dans son enthousiasme. Encore une fois, mon self-contrôle se fit la malle (comment arrive-t-il à me faire ça ?), et j'ai agrippé son bras en retour, souriant doucement à son plaisir évident. Pendent un moment, un parfait moment, nous sommes restés yeux dans les yeux.

"- Seigneur, prenez une chambre le taré."

Le commentaire mesquin d'Anderson avait brisé ce moment, et John avait laissé tomber ses mains, confus. Je m'étais reculé, le regardant froidement.

"- Je suis tout à fait certain que vous pouvez nous recommander un lieu approprié. Vous et le Sergent Donovan devez connaître les hôtels du quartier louant leurs chambres à l'heure."

Anderson rougit de colère, mais je me suis retourné, et suis sorti de la pièce avant qu'il ne puisse répondre. Avec un petit sourire en coin, John me suivit.

oOoOo

Durant tout le reste de cette soirée, John fut pensif. Je me suis immergé dans une expérience, à la cuisine, afin de lui laisser l'espace dont il avait clairement besoin. Avec plaisir, je pus lire chacune de ses pensées, inscrites sur son visage. Il me jetait souvent des coups d'oeil, quand il pensait que je ne l'observais pas.

Je regardais ses yeux, captivés par une photo de nous deux (prise à Scotland Yard, le lendemain de Noël, par une Sally Donovan exceptionnellement aimable, clairement un peu amochée par le punch) qu'il avait posé sur la cheminée. (Sur la photo, mon bras est nonchalamment posé autour des épaules de John, et nous sommes en train de rire. C'est inhabituel pour moi, d'être pris en photo souriant. Encore une fois, je blâmais l'influence de John sur mon self-contrôle.)

Ensuite, son regard erra sur le rapport de police que j'avais "emprunté" à Lestrade, prétextant en avoir besoin pour vérifier un bilan pathologique d'Anderson. En se retournant vers moi, la ride d'expression, entre ses deux yeux, était profonde. Il n'y avait certainement pas besoin d'être un génie comme moi pour comprendre qu'il était perturbé, et s'interrogeait à propos des constants sous-entendus nous suivant où que l'on aille.

Finalement il se leva, puis s'étira. Son pull en laine remonta et dévoila une parcelle de peau, ainsi que son nombril. (Je pouvais voir la fine couche de poils blonds s'épaissir en descendant vers le bouton de son jean... Oh...mon...) Mon souffle se perdit dans ma gorge, mais je réussis à ramener mon attention sur mes boîtes de pétri(1) avant qu'il ne me trouve en train de le regarder.

"- Je vais me coucher. B'ne nuit Sherlock."

"- Bonne nuit John."

oOoOo

Le matin suivant, John se réveilla tard, et se précipita dehors pour aller à l'hôpital, en lançant un rapide "En retard au boulot – j'y vais !". Dix minutes après je recevais un message de Lestrade. Je me hâtais donc afin d'aider Scotland Yard avec leur énième difficulté. Je fus bien trop occupé tout le reste de ma journée pour m'attarder sur les questionnements intérieurs de mon colocataire, alors je rejetais les pensées pour John hors de mon esprit.

Pourtant, au moment je m'en allais pour rentrer, il était de nouveau bel et bien au centre de mes pensées. Je décidai que cette soirée serait parfaite pour faire preuve d'autres évidentes petites attentions, celles d'un partenaire potentiel, donc je m'arrêtais pour acheter son plat préféré, naan et curry vert. Étonnement, il n'était pas encore rentré, du coup je déposai le repas sur le frigo (sur un plateau "pour-nourriture-uniquement", soulignant ainsi mon statut de partenaire-potentiel-attentionné), et j'attrapai mon violon.

Je me plongeai les Romances Sentimentales, Op28, de Stenhammer, qui me paraissait être un bon choix aux vues de mes actuels sentiments pour mon ami non-présent. Peut-être que jouer apaiserait ce désir qui n'aboutirait sans doute pas. Chaconne de Bach fut le morceau suivant, puis le Concerto pour Violon en D mineur, Op47, de Sibelius. Et comme John ne rentrait toujours pas, je me mis à jouer son morceau favori, Les Quatre Saisons de Vivaldi, comme si d'une certaine manière ça le ramènerait à la maison.

Ça ne marcha pas. Il ne rentra pas de la nuit. Je supposais qu'il s'était rabiboché avec Sarah, ou trouvé une autre petite-amie éventuelle. Je m'affalai, épuisé, dans mon fauteuil et regardai la faible lumière de l'aube filtrer dans l'appartement.

oOoOo

Un pas lourd et boiteux m'avertit du retour de John. En écoutant son pas traîner dans les escaliers, je me demandais ce qui pouvait avoir fait réapparaître sa douleur psychosomatique. (Sa jambe lui faisait mal, je pouvais sentir une légère odeur de bière, de cigarette et le parfum de Sarah. Les premières données suggéraient qu'il avait passé la nuit avec elle.)

"- Revenu de chez Sarah, John ?" Il sursauta, il ne s'attendait visiblement pas à me voir. "Je ne t'avais jamais considéré comme un 're-visiteur de relations échouées'. As-tu encore une fois passé la nuit sur son sofa ?"

J'ai levé les yeux, et vu son regard.

Oh.

Il avait l'air épuisé, des cernes noires sous les yeux, la lassitude était gravée sur son (indescriptiblement précieux) visage. Son regard a croisé le mien, et les émotions le traversant étaient pures, brutes. Il restait debout, silencieux et sans-défense. Il n'avait pas été avec Sarah ou une quelconque femme, mais il venait de passer une longue nuit-blanche à déambuler dehors.

Je me suis levé puis je lui ai lentement tourné autour, notant la boue sur ses chaussures, l'humidité laissée par le brouillard, faisant coller sur sa peau les cheveux mouillés se trouvant autour de ses oreilles.

"Mes excuses, j'ai parlé trop vite. Ce n'était définitivement pas le sofa. Tu as passé la nuit dehors, à marcher dans le parc à en juger ton apparence et ton odeur."

Je posais doucement mes doigts sur son poignet gauche, prenant discrètement son pouls. Il tressaillit au touché, mais il n'éloigna pas sa main. Je vis ses pupilles se dilater en une seconde.

Excellent.

"Que s'est-il passé John ? Quelque chose t'a grandement bouleversé. Tes pupilles sont dilatées, tu trembles, même la couleur de ton visage me hurle que tu te sens extrêmement anxieux."

John retira sa veste pour se soustraire à mon regard.

"- J'ai eu une journée difficile hier. Un cas bouleversant en fin de journée, une jeune adolescente qui a des troubles alimentaires. Sarah et moi sommes sortis prendre quelques verres, puis j'ai marché dans le parc. J'avais besoin de faire le vide dans mon esprit. Maintenant, si tu veux bien m'excuser Sherlock, je suis vraiment crevé, et je vais essayer de dormir un peu."

Je suis resté à le regarder un long moment, lisant le désir dans ses yeux, les récentes et douloureuses émotions qu'il n'était clairement pas prêt à affronter pour l'instant. J'avais attendu cela si longtemps, je pouvais bien attendre jusqu'à ce qu'il se soit reposé. C'est sûrement ce qu'un partenaire potentiel attentionné dirait, non ?
Je me reculai, hochai la tête et lui dit : "Dors bien."

oOoOo

Peu de temps après que John soit parti se coucher, je recevais un autre message de Lestrade. Je détestais l'idée de partir avant d'avoir eu plus d'information concernant l'évidente révélation de John, mais il avait besoin de repos, donc je me rendis une nouvelle fois à Scotland Yard. L'affaire fut simple, et résolue en milieu d'après-midi. Je pus enfin me jeter sur le premier taxi croisé pour rentrer à Baker Street.

Après avoir payé le chauffeur, je me dépêchais de monter les escaliers et je trouvais John assis, immobile dans son fauteuil.

"- John. Tu es enfin levé."

Je retirai mon manteau et mon écharpe, ensuite je m'installai dans le canapé. Le moment était venu d'être direct, et d'en finir avec cette situation.

"Alors, qu'as-tu décidé ?"

"- À propos de quoi ?" haleta John.

"- À propos du problème qui t'a tenu éveillé et fait marcher dans le parc toute les nuit, puis empêché de dormir jusqu'au lever du soleil. Le problème qui te consume tellement que tu en es assis ici, dans le noir, télé éteinte, sans livre, juste à réfléchir. Te demandant si oui ou non tu dois révéler tes sentiments à l'objet de ton affection."

"- Comment est-ce... Quoi ? Tu ne peux..."

"- Très intéressant John, ta logique sommaire et habituelle à l'oeuvre, mais j'aimerais entendre quelque chose de plus spécifique." je lui souriais.

"- Comment as-tu su que je pensais à tout ça ?" l'air clairement anxieux, il léchait ses (délicieuses) lèvres.

Oh, mon cher John.

"- Tu es un livre ouvert John. Toutes tes pensées sont inscrites sur ton visage, surtout celles concernant tes affaires de coeur." Je bougeais dans mon canapé, et me penchais en avant pour planter directement mon regard dans le sien. "Mais sérieusement John... Que vas-tu faire ?"

John lécha encore ses lèvres, et se pencha également en avant.

"- Que... Qu'est ce tu penses que je devrais faire Sherlock ? Comment savoir si...si... 'l'objet de mon affection' éprouve les mêmes sentiments que moi ? Cette... personne... m'a clairement fait comprendre pas le passé, qu'elle était complètement non-intéressée par une relation."

Enfin ! Il a finalement enfin réalisé ce que je sais maintenant depuis longtemps. Il me veut !

"- Complètement John ? Cette...personne... n'a laissé aucun indice qui montrerait qu'elle ait changé d'avis ?"

"- Comment je pourrais le savoir ?"

N'était-il pas plus qu'évident que je suis éperdument amoureux de cet homme ridicule ? Comment pouvait-il ne pas le voir ? Je décidai de lui donner une chance supplémentaire d'arriver à la bonne conclusion, avant que je ne me jette simplement sur lui pour l'embrasser déraisonnablement.

"- Tu connais mes méthodes John. Applique-les."

Je retombais dans le canapé en rassemblant mes doigts sous mon menton. J'attendais que John résolve le problème, qu'il décide de notre avenir. Il laissa tomber sa tête contre le dossier du fauteuil et ferma ses yeux. Après quelques minutes de silence, il releva la tête et me regarda dans les yeux.

"- Je pense avoir une solution possible, à mon problème."

"- Merveilleux." Je me penchais en avant, le fixant attentivement. "Quelle est cette solution ?"

"- Une expérience Sherlock. Si tu m'y autorises ?"

Oh, j'adorais quand il utilisait mes mots pour se moquer de moi. Ce qui pouvait être cruel venant des autres devenait une gentille taquinerie avec John. Il faisait toujours tellement attention à mes sentiments.

John se leva, contourna la table basse, et s'installa près de moi sur le canapé. Penché en avant, il s'arrêta à seulement quelques centimètres de mon visage.

Mon Dieu, c'est en train d'arriver ! Il va vraiment...

Lentement, John réduit l'espace entre nous, pressant doucement ses lèvres (étonnamment douces) contre les miennes, en un tendre et délicat baiser (Enfin ! Enfin !). Je ne pouvais pas m'empêcher d'appuyer, et il écarta ses lèvres pour goûter les miennes de sa langue, avec hésitation. J'entrouvris ma bouche en réponse, et John haleta silencieusement à cette invitation, et sa langue chaude glissa pour venir m'explorer.

Oh.

Le baiser prit vie de lui-même, s'approfondissant et faisant brûler un feu en moi tandis que nous langues s'entouraient doucement et dansaient. Les doigts de John s'enroulèrent dans mes cheveux. Nous respirions le souffle de l'autre, nous nous appuyions l'un contre l'autre, nous goûtions l'un et l'autre, nous nous perdions l'un en l'autre et c'était merveilleux. Je n'avais jamais su qu'un baiser pouvait être si lent, si sensuel. Le peu d'expérience que j'avais (ne pense pas à Seb maintenant, ne pense pas à lui, il ne fait pas parti de ça, jamais, jamais !) n'avait rien à voir avec ça. J'avais l'impression que John m'idolâtrait, qu'il cherchait mon âme avec sa langue et ses mains.

Mon coeur battait si fort, plus fort qu'après une course poursuite sur les toits de Londres. Vu que j'étais assis, tout à fait calmement, cette réaction me semblait excessive. Hmmm... il me fallait clairement plus de données.

Je me plongeais dans le baiser avec plus d'ardeur, essayant de mémoriser la sensation de la langue de John, qui glissait contre la mienne. John me caressait fermement le dos, me collait contre corps large et musclé. Je respirais difficilement, et je sentais mon corps trembler comme si il allait se briser en mille morceaux (Comment arrivait-il à me faire ça ?). Il avait le goût du thé et des biscuits sablés, et sentait le bois de santal, ce léger parfum boisé qui était juste tellement John. Mes doigts caressaient ses cheveux (incroyablement doux), ce qui le fit frémir et doucement ronronner dans ma bouche. À mon grand étonnement, quelque chose ressemblant fortement à un gémissement s'échappa de ma gorge. Mon self-contrôle était manifestement parti en vacances.

Finalement, le baiser redevint plus doux, un léger, lent, essoufflant, délicieux baiser. Puis nous nous sommes séparés lentement, les yeux ancrés dans ceux de l'autre. Oh, ces yeux à couper le souffle étaient si sombres, si dilatés que j'aurais pu me noyer en eux. John leva une main tremblante jusqu'à ma joue, et je m'appuyais contre la caresse de sa main chaude et calleuse. Sa voix vacillait.

"- Sherlock ?"

J'envoyais mes doigts s'enrouler autour des doux cheveux de John, au niveau de sa nuque, et l'avançais jusqu'à coller nos fronts. Je souriais affectueusement face à ses beaux, ses magnifiques yeux noisettes. Mon brillant, merveilleux John. Je soufflais :

"- Je savais qu'au final, tu y arriverais."

Les yeux de John se plissèrent en petit arcs rieurs et lumineux, un sourire empli de joie traversait son visage. Il m'embrassa encore, doucement, langoureusement, puis il rit.

"- Et qu'est-il arrivé au 'marié à mon boulot' ?"

Je déposais de légers baisers le long de sa mâchoire brûlante avant de murmurer à son oreille :

"- Tu ne le sais pas ?"

Il frissonna à cause du grondement près de son oreille (noter cette réaction pour de futures expériences) et secoua la tête.

"- Qu'est-ce que je ne sais pas ?"

Je me mis à mordiller sa nuque, puis laissais d'autres baisers en montant jusqu'à son autre oreille.

"- Tu es devenu une partie intégrante de mon travail, depuis le soir où tu as tué ce conducteur de taxi. Tu es mon travail John."

Il me tira encore vers lui en m'adressant un sourire radieux, et s'avança pour un autre baiser.

"- Alors ne me laisse pas davantage t'empêcher de travailler, Détective."


Voilà ! Une autre partie de bouclée =)

Personnellement, je suis littéralement attendrie par ce Sherlock. C'est un peu comme si Sherlock's Scarf exploitait cette partie de Sherlock, que l'on ne montre pas souvent dans la série. Elle exploite son côté d'autiste (ou Syndrome d'Asperger ^^ comme on veut). Un côté que reconnaissent les producteurs de la série et même John et Lestrade, dans Le Chien de Baskervilles. Donc pour moi, même si Sherlock peut paraître étrange parfois, à agir de cette façon, ça reste un comportement logique XD
Enfin ceci est mon point de vue ^^

Bon, eh bien pour la prochaine partie intitulée "Le Cantique de Sherlock", il faudra attendre une ou deux semaines.
Et je préviens que cette partie sera plus sombre. Pour ceux qui ont déjà deviné ou qui sont au courant, le passé de Sherlock va se révéler être un problème. Un problème de taille. Mais quel passé me direz-vous ?
Réponse bientôt !
Je sens que les réactions seront diverses et variées ^^

À bientôt !