Chapitre 2
Une heure, deux heures ? Depuis combien de temps était-elle là ?
Non. Cela ne faisait que 21minutes d'après une vérification auprès de sa montre.
Cauchemar. Henri, ses parents, Red et tous les habitants, allaient-ils au moins se réveiller un jour ? Et Regina, cette garce qui avait manqué de la tuer elle puis son fils, elle allait s'en tirer forcément, les méchantes des contes ne baissent pas les bras si facilement constata-t-elle amèrement.
Elle avait du s'endormir. Son ventre vide s'était tu. Elle baignait dans un univers différent, presque irréel, une sorte d'avant-quelque chose, un pressentiment.
Il lui sembla qu'on l'observait. Mal à l'aise, Emma se recroquevilla un peu plus sur sa paillasse. Ne parvenant à chasser cette impression, elle ouvrit les yeux. Après un coup d'œil, tout semblait comme auparavant, toutefois quelque chose attira son attention. La porte. Elle était lisse comme une porte blindée en acier, alors comment expliquer le bouton de porte à l'air cocasse qui l'ornait dorénavant.
- Un bouton de porte ! s'exclama-t-elle à voix haute sans raison.
- Il semblerait que oui ,répliqua simplement ce dernier.
Il lui semblait qu'une violente migraine essayait de faire irruption dans sa tête. Un bouton de porte qui parle, bien sur, pourquoi pas !
S'éclaircissant la voix elle bredouilla
- D'accord, pouvez-vous..pouvez-vous ouvir la porte ?
- Ce n'est pas dans mes habitudes,grinça-t-il.
- …S'il vous plait ?
- Je me fiche éperdument de vos formules, fermé je suis, fermé je demeurerai jusqu'à nouvel ordre.
Muée d'une colère soudaine en raison de sa position de prisonnière impuissante, qui plus est discutait avec un bouton de porte, elle décida de prendre littéralement les choses en main. Elle saisit le bouton malgrè ses protestations et tourna de toutes ses forces. Celui-ci semblait se débattre sous la chaleur moite de ses deux mains. Ne parvenant pas à l'ouvrir elle saisit la seule chose blessante qu'elle avait sur elle, son insigne et força la serrure du bouton qui au bout de plaintes acidulées céda bon grè mal grè.
Emma bondit hors de sa prison en ignorant les cris indignés du bouton clamant que personne n'agissait de la sorte « normalement ». Si le terme normal s'apparentait au monde des contes de fées, il faudrait se pencher sérieusement sur la définition actuelle de ce mot.
Parvenue au rez-de-chaussée, elle constata avec une demi-teinte de soulagement que tout était comme 'avant'. Les personnes gisaient, vivantes mais inconscientes. Henri gardait jalousement sa place sur le lit où elle l'avait préalablement placé.
Rassurée, elle ressortit de l'hôpital en prenant bien garde d'être plus méfiante et de raser les murs.
Elle était à la recherche d'une solution, et une solution elle trouverait. Sa raison en dépendait.
Ses pas la conduisirent presque hors de la ville, Elle reconnut son bureau de loin ainsi que les bois qui s'offraient à sa vue. Son pied heurta l'escalier qui menait à un grand manoir. Le chapelier. Elle se rappelait de lui, son obsession pour sa fille, ses nombreux chapeaux qui prétendaient avoir le pouvoir de voyager dans des mondes différents. La façon dont il l'avait drogué sans qu'elle ne s'en aperçoive, mais aussi la façon dont il l'avait rattrapé alors qu'elle se sentait défaillir. La mise en scène pertinemment orchestrée. –Le salaud. Jura-t-elle entre ses dents. Mais il était mort, ou disparu. Encore un mystère.
Elle commença à tourner les talons lorsqu'elle aperçu quelque chose bouger dans les fourrés. Mi inquiète mi curieuse elle attendit et observa. Une touffe blanche pointa hors des broussailles, et deux yeux étonnés la regardèrent. Un lapin. Terrifiant !
Le lapin prit le temps d'observer Emma d'une manière qui la mettait mal à l'aise, ce n'était pas quelque chose d'animal, mais presque ...d'humain. Emma sentit une bouffée d'horreur la traverser. Elle n'avait pas l'habitude de l'inhabituel. Le lapin glissa finalement son regard ailleurs et disparut dans la direction opposée.
Désorientée par cette confrontation, Emma décida de retourner au manoir, celui-ci offrait une vue d'ensemble sur la ville et elle trouverait peut-être des réponses en fouillant. Sans qu'elle ne se l'expliquait, elle était attirée par ce manoir.
Après avoir grimpé les marches quatre à quatre elle retrouva la porte principale qui était entrouverte. Elle se sentit comme une voleuse mais entrer chez quelqu'un qui l'avait droguée, menaçée avec une arme à feu et brutalisée, fit s'envoler ses appréhensions.
Le bureau. Il devait y avoir des informations sur ce monde des contes dont elle venait de prendre connaissance. Mais ce n'était que dessins griffonnés de chapeaux, des dizaines et des dizaines de modèles avec à chaque fois la promesse d'un accessoire qui changerait la donne. En poussant les feuilles, elle découvrit un portrait, celui d'une petite fille, l'amie de son fils, la fille du chapelier.
Le portrait était beau, pas d'un beau classique mais d'une beauté particulière. La page était vibrante d'émotion, d'un soin accordée au modèle. Emma était comme subjugée par le portrait, oubliant pendant un instant l'objet de sa fouille.
Elle ne s'aperçut même pas que quelqu'un avait doucement refermé la porte et ce faisant, pénétré dans la même pièce qu'elle.
- N'est-elle pas magnifique ? Résonna une voix derrière son dos.
Surprise, Emma lacha un hoquet et se retourna. C'était lui. Le chapelier, l'homme qui se faisait appeler Jefferson. Grand, la silhouette se découpant dans l'encadrure de la porte. Il l'observait de ses yeux complices à la couleur indéfinie.
Il avait changé ,pensa d'emblée la shériff. Ses cheveux étaient plus longs, et quelques mèches lui tombaient négligement sur la paupière. Il affichait un air doux mais ferme. Elle était entrée par effraction chez lui et avait volé le portrait le plus fidèle qu'il avait réussi à faire de Grace, de Paige se corrigeait-il à chaque fois. Toutefois, il ne projetait pas de s'en faire une ennemie, c'était un espoir de plus pour atteindre ce qu'il ne pouvait pas atteindre, sa fille. Un espoir vain, ainsi fut-il surprit de la trouver là.
- Vous…vous n'êtes pas mort, lacha Emma sans grande délicatesse .
- C'est bien vu, maintenant vous allez me dire ce que vous faites dans mes appartements.
- Euh, je .. cherche de l'aide, pour mon fils et tous les autres habitants. Ils sont tous…
- Endormis. Effectivement, ca doit faire déjà quelques heures. Ce n'est pas ici que vous trouverez l'aide dont vous avez besoin.
Devant ses paroles pessimistes, Emma explosa.
- Mais vous ne faites rien ! Vous…Vous fabriquez des chapeaux, vous connaissez la magie et toutes ces choses et vous restez là, sans rien faire à attendre ! Merde vous êtes un lâche !
Ses yeux s'agrandirent sous la surprise. Personne ne lui avait parlé ainsi depuis des années. Peu de gens lui avaient parlé tout court depuis des années en réalité. Mais il fut comme giflé par ces accusations dont il savait qu'elles étaient vraies. Il avait fini par reconnaître sa défaite en un sens mais avait plongé dans une sorte de folie pour se rattacher à un espoir infime bien qu'il savait qu'il n'y en avait pas. La reine l'avait une fois de plus dupé. Tout n'était qu'échec, et voilà que cette femme s'immisçait dans son manoir et lui balançait ces mots en pleine face.
Voyant sa surprise, Emma parut se radoucir.
- Ecoutez, votre fille aussi est surement endormie, comme eux tous, mais mon fils, je dois faire quelque chose, on peut les aider, on peut faire quelque chose ensemble.
Il ne dit rien pendant quelques secondes puis s'avança dans l'autre pièce.
-Suivez-moi.
